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 "Je suis une moule et ta famille, c'est un rocher ?" Docteur Kyle <3

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MessageSujet: Re: "Je suis une moule et ta famille, c'est un rocher ?" Docteur Kyle <3   Dim 9 Nov - 3:47

« Siegfried, viens, il faut qu’on y aille. Siegfried !
- Hum ? »
 

Mon fils tourne la tête vers moi, comme surpris de me voir là. Je tiens deux gros sacs remplis de produits bon marché et j’attend qu’il se décide à me rejoindre à la sortie, comme d’habitude. Mais aujourd’hui, Siegfried a décidé de faire la sourde oreille. Planté devant une vitrine de la boutique « Manège aux bijoux », il observait les gourmettes en argent. Je pince les lèvres et le rejoint. Il ne me regarde pas mais m’a entendu. Sans rien dire, il m’en montre une. Les mailles ne sont ni trop fines, ni trop grosses. Je sais ce qu’il est venu faire ici. Et cela me contredit vraiment.
 

« Siegfried, je suis pressée, pas aujourd’hui… 
- Mais quand ? Son anniversaire est dans deux jours… tu l’as trouve comment celle-ci ?
- Un peu grosse et cher pour un enfant de douze ans.
- Il en veux une comme ça depuis longtemps, alors, ça ferait un beau cadeau. Bon, je crois que j’ai choisi. »
 

Il entre et moi j’essaye de le retenir. Je ne veux pas qu’il sorte sa carte bancaire. Pas aujourd’hui. Pour ses quinze ans, j’ai ouvert un petit compte courant pour mettre son premier salaire. J’ai constaté que Siegfried prenait soins de ses économies. Beaucoup même. Il ne supporte pas de perdre de l’argent pour rien. Je m’en veux car notre situation l’a poussé dès son plus jeune âge à penser aux questions désagréables comme le travail et l’argent. Et cela m’angoisse vraiment. Je soupire et passe ma main dans ses cheveux en soupirant mais lui il lève les yeux au ciel et rétorque avec exaspération « Pas en public, m’man ! J’ai vu des gens du collège. » Je m’arrête. Le gamin s’émancipe très vite. Cela m’angoisse, et plus que de raison. Tout va tellement vite lorsque le premier enfant s’avance doucement vers l’âge adulte. J’étais à mille lieux de savoir que dans six mois, il en deviendrait un d’un coup. Je soupire et pose mes courses à mes pieds. Je fais semblant de m’intéresser à ce qu’il regarde. Une gourmette. Il discute alors avec le vendeur. Malgré les petits soucis au collège, mon fils sait comment parler. D’ailleurs, je le soupçonne d’avoir attendu que la jolie vendeuse blonde s’est libérée d’un client pour l’aborder. Il expose sa requête brièvement avec clarté et la jolie dame lui répond avec plaisir. Siegfried insiste bien sur l’inscription de la gourmette. Recto Verso. D’ailleurs, la fille sourit et reconnait là une citation d’un anime : Fullmetal Alchemiste. Je crois que c’est le préféré de mes deux fils. J’avoue avoir vu les premiers épisodes mais mon travail de mère et de couturière ne me permet pas de prendre du temps pour moi. Je reconnais la fraternité d’Alphonse et d’Edward : à travers eux, je vois Zach  et Siegfried. Je ne suis pas vraiment étonné de ce cadeau… mais pas enchantée non plus.
Je suis véritablement angoissée. Siegfried établi un devis qui comprend la gourmette en argent et la finesse d’une future inscription. La citation est longue, aussi c’est un travail de titan qu’il faudra payer. La facture est salée mais Siegfried a mis beaucoup de côté ces derniers mois. Et puis, Zach ne mettra pas cette chaine autour de son poignet de suite. Selon Siegfried, il faudra attendre qu’il grandisse car ce bracelet est prévu pour un poignet d’homme. C’est plus économique et bon, Zach entrera bientôt au collège. Pas question de prendre le risque de se faire racketter ou quoique ce soit. Il pense à tout… si je n’avais pas de tête, il penserait à ma place. Ca y’est, il a choisit. Il me l’a montre et j’avoue apprécier cet objet. Les maille sont légérement epaisse et la plaque d’une taille acceptable. L’inscription sera recto verso. Cependnt, Siegfried doit payer l’acompte. Mon cœur s’emballe. Je le stoppe immédiatement.
 

« Tu es bien sur ? C’est un peu cher… tu ne veux pas que…
- Maman, s’il te plait… il faut que je lui offre. 
- Mon chéri…
- Mais arrête ! Grogne t-il. »
 

Oui, c’est vrai, la vendeuse blonde. J’arrête et j’attends. Je pense que je n’y échapperais pas. Bon dieu, j’aurais voulu qu’il ne l’apprenne jamais. J’ai été forcée de le faire, pour nous trois. Mais à croire que le sort s’acharne contre nous. Cette fois, je suis grillée.
 

« Payement refusé… 
- Quoi ? Attendez, ce n’est pas possible. Je veux reessayer. »
 

Tentative numéro 2. Je suis la seule à savoir qu’il ne pourra pas faire l’acompte de 50 €. Siegfried regarde la vendeuse et lui demande d’attendre. Le guichet n’est pas loin, il va retirer l’argent afin de payer en liquide. Elle accepte et moi j’attends. La tête baissée, j’ai  l’air résignée. Je ne montre pas qu’au fond, je m’en veux atrocement d’avoir fait ça. Mais les huissiers ne comprennent pas qu’une mère fait tout pour ne pas entacher le confort de leurs enfants. J’ai tout fait, mais ce n’est pas suffisant. Je le regarde, impuissante. Il ne comprend pas mais il doit abandonner ce présent. Je tente tout de même de le raisonner.
 

« Celui là… tu aurais assez ?
- Oui… mais je veux celui-là. Il est en argent. 
- Sieg… »
 

Mais déjà il baisse la tête, profondément déçu de ne pas pouvoir acheter ce truc. Je regarde la vendeuse qui range tout et annule la commande. Elle aurait pu gagner une petite prime sur cet achat, mais qu’importe. On ne peux pas tout avoir. Sieg attrape mes sacs et marche d’un pas rapide vers l’arrêt de bus. Moi je le regarde de loin et j’espère sincérement qu’il ne saura pas ce que j’ai fais. Ses mille euros, accumulés depuis des mois, c’était une aubaine à ne pas négligé. L’argent manque atrocement et je peine à joindre les deux bouts. Mes deux petites bouches à nourrir sont voraces et je ne compte plus le nombre de sacrifice pour leur accorder ce qu’ils souhaitent. Mon ex-mari me donne bien une pension alimentaire mais elle est surtout utile pour les cours de violon de Zach. C’était le marché… de toute façon, je n’ai pas assez de poids pour attaquer Ted. Je pense qu’il se venge car un mâle humilié par une femelle finit toujours par mordre. Et il commence par là. Tout allait relativement bien il a quelques années mais les cours d’équitation de Siegfried m’ont couté un bras. Ce n’est certes qu’une expression mais encore un an dans cette école, et je pense que ces mots se seraient concrétisés. Je me rappelle de la colère de mon fils. Il m’en a voulu pendant des semaines. Muré dans un silence, il ne me disait que « bonjour » et « au revoir. » J’ai fini par le prendre pour une ombre car bien qu’il ne découchait pas, je le croisais dans les couloirs du petit appartement. Je ne le voyais plus. Je connais cette habitude. Il fuit la vue des autres pour calmer sa colère. Je le sens bouillir mais jamais il n’a éclaté. Mais l’intensité de sa déception est immense, je le sens. Mais j’étais obligé. Je le regrette car même si j’ai du travailler deux fois plus, le voir sur un cheval me procure des frissons. J’ai tenu à le prendre en photo, le dernier jour, celui de son concours. Il était magnifique, assis sur ce cheval gris. Contrairement à d’habitude, il s’était soigneusement coiffé, les cheveux en arrière, quelques mèches tombant sur son front. Le costume gris lui donnait cet air si supérieur qui m’avait tant ému chez son géniteur. C’est moi qui lui avait offert cette tenue, pour qu’il soit beau. La veste était d’un gris perle assorti à la cravate. La chemise, je l’avais choisie blanche. Gris. J’aime cette couleur. Elle rappelle que rien n’est définitivement noir ou blanc. J’ai toujours dit à mon fils que les sain d’esprit voyaient le monde en gris et qu’ils saisissaient les nombreuses nuances. Les fous eux, sont aveuglés par le noir et le blanc. - Je ne savais pas ce jour là qu’un jour je succomberais au noir le plus total. – Le gris… cette couleur lui correspond si bien… il ne juge personne, il accepte tout. Les couleurs sombres ne lui vont pas. Et puis le pantalon a déjà cette couleur austère. Ainsi que les bottes. Je n’ai pas l’habitude le voir aussi bien vêtu.  Un moment, j’ai l’impression d’avoir assez d’argent pour l’avoir envoyer dans un collège privé. Je l’ai coiffé soigneusement et noué sa cravate avant de l’embrasser en murmurant le cœur serré, que j’étais fier de lui. Il m’a sourit avec gentillesse et m’a enlacer. Je n’ai rien dit car je voulais qu’il passe une bonne journée. Il en a profité, vraiment. Le cheval de Clara, sa cousine, lui a parfaitement obéit. C’est sur cet animal qu’il s’entraine à chaque fois. Droit, les geste précis et la patience en plus. Je soupçonne Rosalia, la jument de Clara, préférer cet illustre cavalier à sa maitresse. Parce qu’il sait se débrouiller sur un cheval, je l’ai toujours vu. Les obstacles ne lui font pas peur. Par conséquent, le cheval sait ressentir sa confiance et franchit l’obstacle sans réelle peur. Ce jour-là, mon fils finit deuxième. J’aurais voulu qu’il finisse premier car ses cours prirent fin. C’est la première blessure suivie d’une longue suite. Je n’avais pas prévu que la dernière en date allait considérablement changer la donne.
 

Aujourd’hui, je vois le monde en noir. J’ai basculé et il me faudra longtemps pour nettoyer toutes ces tâches sombres. Y arriverait-je ? Je n’en sais rien. Dans tous les cas, je pense avoir déranger un homme dans sa rêverie. Ma main tendue vers la gourmette de mon fils s’est refermée sur le vide. C’est alors que je croise le regard de ce type en noir.
Et c’est là que milles questions se posent. Pourquoi cet homme et mon fils s’entendent-ils si bien ? Ses yeux noirs me font peur. Il y porte une chose horrible dans ses iris : une espèce de deuil. Quelle austérité. Et qu’il est bizarre aussi ! Tout est noir sur lui et mieux, pas de tee shirt, mais un pull noir aux manches longues. Pourquoi porter de tels vêtements ? Il fait si chaud… ! Et puis, il ne passe pas inaperçu. J’ai vu une fille le regarder bizarrement. Mais bon, elle doit sans doute avoir l’habitude alors elle avait haussé les épaules et retourné à sa lecture. Ici, les gens semblent plus libres, moins complexés. Je ne me sens pas à ma place. Et surtout pas devant ce type en noir. Mes lèvres se pincent quand il s’éclaircit la gorge « Hm, Hm. ». Il est rapide, plus que moi. Je relève la tête vers lui et alors qu’il me pose une question, je me renfrogne et je tend ma main vers la sienne, celle qui tient la gourmette mais encore une fois, sa rapidité me prend de cours. Ainsi que sa brutalité. Ses doigts se referment sur mon poignet. Je suis furieuse, mais il y a que le bas de mon visage que l’on voie. Mes yeux le pétrifient sur place mais mes lunettes de soleil cachent se regard outré. Alors mes doigts se crispent. La gourmette est proche et si loin à la fois. Je vois l’inscription que Siegfried à fait gravé : "L'humanité ne peut rien obtenir sans donner quelque chose en retour. Pour chaque chose reçue, il faut en abandonner une autre de même valeur." Au délà de cette philosophie, Siegfried a toujours aimé Fullmétal Alchemist. La relation entre Alphonse et Ed lui rappelait celle qui tenait avec Zach. Forte. Incassable. Même encore aujourd’hui.
Même si j’avais des doutes. Je regarde ma main, puis celle de l’homme. La manche remonte un peu et je peux apercevoir d’étranges marques. Qu’est ce ? Je pourrais soulever la manche pour en voir l’étendue mais il m’épingle sur place. Mes doigts crispés se referment alors lentement, très lentement, comme des pattes d’une araignée morte. Mon poing se forme et tremble d’une fureur maladive. Très bien, ce n’est pas ainsi que je récupérerais mon du. Je le regarde encore. Siegfried, que lui trouves tu donc à ce mort-vivant ? Je ne te reconnais plus… c’est vers des gens plus joyeux que tu devrais te tourner. Lui, il n’a rien pour lui. Je ne réponds d’ailleurs pas à ses questions. Je me contente de serrer le poing et de répondre dans un anglais apparemment approximatif. Ma voix se fait sifflante. Je suis une mère en colère, une mère qui a perdu un de ses deux petits et qui tente de rattraper le dernier.
 

« … charmante famille. Ils sont à vous les deux gosses là bas ? »
 

Je m’efforce de ne pas regarder mon dernier enfant. Je ne vois pas sa joie, je n’entends pas non plus ses rires. Pour moi, il m’a trahit tout comme j’ai pu le trahir. Cela m’insupporte de le voir serrer un autre que son frère dans ses bras. C’est une trahison aussi grande que l’adultère. Je ne peux cacher à cet homme ma véritable identité car l’espace d’une seconde, je regarde Siegfried et ce que je vois me lacère le cœur. Ses bras forts enlacent ce môme qui s’est blottit tout contre lui. Je ne vois pas ce lien qu’il tisse jour après jour avec cet enfant. Pour moi, il n’y a pas d’amour ici. Il ne fait que transferer celui qu’il avait pour Zach envers un autre, et c’est tout. N’importe quel enfant ferait l’affaire. A combien d’enfant as-tu fait ça Siegfried ? Je sais que tu le fais partout, histoire de rattraper quelque chose que tu as perdu. Mais arrête de t’acharner sur le passé et revient vers ton avenir. Avec moi. En France.
Cela me met dans une colère atroce mais je le cache bien. Je demande alors à cet homme d’une voix basse mais qui trahit toute ma détresse :
 

« Qui… est cet enfant ? »
 

Je ne pense même pas à cacher mon identité. D’ailleurs… j’ai entendu son nom. Kyle Porter… c’est vous qui m’avez appelé il y  a des semaines pour  me dire que mon fils a été pris dans un braquage. Je pensais que vous n’étiez qu’un  simple médecin qui faisait son boulot : prévenir les proches en cas de problème. Et pourtant… vous tenez une relation étrange avec mon fils. Je l’ai vu dans ses yeux qu’il éprouvait une affection étrange pour vous. Pourquoi ? Et cet enfant ? Pourquoi l’étreint-il ainsi ? Je me tourne encore vers lui. Je vois les cicatrices mais ce qu’il fait avec ce gosse me scandalise. Il le confond avec Zach,  j’en suis certaine… et ça me rend dingue.
Au loin, un jeune homme se reconstruit. Il donne tout son amour perdu à unn môme qui en a besoin. C’est sa manière à lui de se construire car il revient de loin. Ces sourires francs, je ne les ais jamais vu sur son visage timides. Il caresse les cheveux de son nouveau petit frère en un geste empreint d’affection. L’enfant lui répond à son étreinte. Ils sont seuls, durant un court instant. Je n’entends pas ses paroles glissées à l’oreille du garçon.
 

« Rien que tous les deux Dovakhin. Rien que tous les deux. »
 
 
Je ne connais pas vraiment la mer. Je l’a regardais de loin. C’est une étendue bleue à perte de vue grouillante d’une vie passionnante. Moi je passais beaucoup de temps sur la plage sans jamais oser franchir le cap. La plage, c’est une prison terrestre. Il faut y rester car l’homme nage mais pas comme un poisson. On ne sait ce qu’il y a en dessous car il y a cette peur de l’inconnue qui nous étreint.
Mais moi je n’ai eu peur qu’un seul instant. Vous savez, une fois jeté dehors comme un mal propre, j’ai erré dans les rues, la trouille  au ventre. J’ai connu la terreur des nuits loin de mon lit. Je courais pour fuir les ombres et je me cachais là où les clodos dorment. Mais ces derniers n’étaient pas contents de devoir partager leurs espaces avec moi alors un jour, j’ai faillit me prendre une bouteille dans la gueule. Je ne suis pas devenu un homme en une nuit. J’ai longtemps erré, réalisant ainsi combien la vie peut être cruelle avec nous. C’était l’inconnu. La vie nocturne dans les bas fonds de Portland. Les bars à putes. Les trafics. Les gens étranges. J’avais peur et je marchais, la tête basse. Je n’avais rien sur moi, mais on a tout de même tenter de me voler. J’ai du me défendre… ce ne fut pas facile mais j’y parviens. La peur donne des ailes. J’aurais pu prendre un taxi et rentrer chez moi en prenant l’avion. J’aurais pu oublier Zach et le laisser à son père. OUI, j’aurais pu. Mais cela aurait été la voix de la facilité, une vie monotone.  La plage. Tout le monde reste sur la plage car la peur est commune. Mais moi, je suis une âme libre alors je choisis de m’introduire dans l’eau, parcouru de frissons. Je nage et je ne regrette pas d’avoir glisser dans ce monde inconnu. Certes, l’eau est un peu froide et l’on est tenté de ne pas entrer tout le pied. L’orteil gronde, alors on obéit à sa raison. Il ne faut pas tenter la folie. Non. Mais moi je ne suis pas les  autres ! J’ai plongé dans l’inconnu à partir de ce moment là. Et plus jamais je ne suis retourné sur la plage. Ma route fut longue et jalonné d’obstacles. Mais je suis toujours là et je grandit, jour après jour. Les gens que j’ai rencontré récemment sont des personnes formidables. Vraiment formidables. Sans ma plongée dans l’océan, je ne pense pas les avoir rencontré. C’est un peu ça la magie de l’océan : on trouve de sacrés spécimen. A commencer par celui qui nous attend sur la serviette. J’aurais voulu qu’il nous rejoigne mais je suis déjà heureux qu’il soit avec nous. Je sais qu’il est malheureux. Je sais combien la perte d’une personne aimée est douloureuse. Mais… je sais aussi que malgré la douleur, il pense aussi aux autres, à son fils. J’ai bien vu le changement de la relation entre lui et son jeune fils.
Je me souviens de la première fois que je les ais vu. Un conflit nourri par  un poison implicite. Ce poison était mortel. Très mortel. Mais je ne sais comment, Kyle a su comment faire pour désamorcer la bombe. J’ai vu combien il tenait à Ollie et cela me donne un peu le vertige car j’observe de près ce dont je n’ai jamais eu droit. Allongé dans mon lit d’hopital, j’ai pu voir un père inquiet pour son fils. Aujourd’hui, il remet le couvert en venant avec son fils dans un endroit qu’il ne semble pas apprécier. Et cela me fait vraiment plaisir… je me suis attaché à cet homme sans pour autant oser m’immiscer dans son intimité. Une retenue respectueuse je pense. Je me sens encore comme le vagabond qui cherche une maison pour la nuit mais qui n’ose sonner pour plus longtemps. Je pense qu’il faut de la patience avec lui. Les Porter sont du genre réservé… Ollie par exemple. Il n’aime pas les inconnus… mais pourtant, au bout de deux semaines, je pense que l’on s’est rapproché. Ce braquage a beau avoir été un mal, le bien l’a suivit. L’océan réserve des surprises. Je viens d’attraper un adorable petit poisson et j’ose espérer le garder assez longtemps pour le voir grandir.
Mes racines se sont arrachées de la terre française et depuis longtemps elle cherche une terre fertile. Je pense l’avoir trouver mais il me faut être sur.
 
Je rentre dans l’eau et je glisse dans cet océan. Je me sens bien car il y a longtemps que j’attendais un moment pur comme celui-ci. Un moment de joie où la peur et la colère s’éteigne pour laisser place au bonheur. Je pensais longtemps que la mort était la solution, mais elle n’offre rien d’autre que le néant et non le soulagement. J’oublie tout et je souris à Cassandre lorsqu’elle se reçoit la grande vague que je lui adresse. J’aime m’amuser. Vraiment. Je ris aux éclats en vous voyant lutter contre moi. Très vite j’enlace la taille de Cassandre et je la chatouille partout sur le ventre et les  côtes. Ho ho ho, je suis méchant. Cassandre est totalement sous contrôle mais malheureusement pour moi, Ollie prend sa défense et m’attrape par le cou pour me faire tomber en arrière. Mission réussie moussaillons. La dame est libérée et moi je suis obligé de me débarasser de ce petit monstre qui me colle aux basques. Ollie a sauté dasn mon dos. Petit FOURBE ! Alors je plonge en arrière pour me débarasser de toi mais…
 

« Merde, ca va mon grand ? »
 
Je passe ma main dans ton dos alors que tu craches des poumons. Je m’en veux immédiatement… j’ai peur de te faire du mal sans le vouloir, comme je l’ai déjà fait dans  le passé, mais tu sembles aller bien. D’ailleurs, je n’ai absolument pas le temps d’entendre ta réponse qu’une main me tire au fond de l’eau. Je quitte alors la surface, happé par une sirène, venue ici pour tirer les humains dans leurs cavernes aquatique pour mieux les manger. La fourbe ! A son tour de prendre la défense de son fils. Et je bois la tasse. Je trouve ce gout IMMONDE mais peu importe car lorsque je remonte à la surface, je ris aux éclats. L’on a pas fini de se jeter dessus. Je suis seul contre eux mais je me débrouille bien. Je disparais parfois sous la surface et je nage vers l’un des deux en les attrapant par la taille. Hop ! Tu vas connaitre la colère du requin ! Et tout cela dure un moment. Long moment. Enfin tout est relatif. Moi j’ai  l’impression que ça fait cinq minutes qu’on rigole et qu’on se marre à force de se faire des coups bas.
Alors… j’ai mis de côté toute ma peine et ma rancœur. Je me soigne en fait. C’est le médecin qui m’a donné l’antidote. Je sais qu’il faudra de la patience mais bientôt, je serais guéri. Comment te remercier, Kyle… ?
 
Je sens Ollie se réfugier dans mes bras qui l’enlacent immédiatement. Je ne sais pas qu’une personne que je connais bien me voit serrer ce petit bout d’homme. On pourrait penser que je cherche à remplacer Zach mais c’est faux, totalement faux. C’est un mystérieux hasard qui a construit nos routes de sorte à ce qu’elles se croisent. Le menton posé sur son crâne, je dépose  un léger baiser dans ses cheveux trempés. Ce môme est une aubaine pour moi. Il y  a tant dans mon étreinte que j’ose espérer qu’il sache combien il est devenu important pour moi. J’oublie alors le passé, j’embrasse le présent et j’envisage le plus beau des futurs. J’oublie que tout n’attérit pas dans la main, cuit. Mais cela, nous verrons par la suite. Je ne me rends pas compte que près, tout près, plus près que je ne pourrais le penser, quelqu’un me voit enlacer un enfant que je ne connaissais pas trois mois auparavant. Je sais au fond de moi que je ne confonds pas Zach et Ollie. Nous, vous êtes différents et uniques tous les deux. J’ai perdu un être cher Ollie. J’ai aimé Zach à la folie car il a été mon projet, mon avenir. J’aurais tout construit pour ce gamin, mais finalement, le sort l’a banni de ma vie. J’avais encore beaucoup d’amour à donner, beaucoup trop. Et je suis heureux de t’en faire le bénéficiaire. Parce que tout cet  amour, j’avais besoin de le donner. Et tu en as cruellement besoin. Nous nous sommes bien trouvés tous les deux, n’est ce pas ?
Tu me poses une question et moi je te répond dans l’immédiat avec une douceur que je pensais avoir perdu avec le temps :
 
« Rien que tous les deux Dovakhin. Rien que tous les deux. »
 
Je souris doucement et j’entend le « clic » du flash d’un portable, celui de Cassandre. Je souris doucement. Cette photo doit être magnifique. Elle m’a capturé tandis que mes bras enlacent un Ollie calin comme un chaton. Ma joue collée contre le sommet du crâne. Mes bras autour de lui, ses bras autour de mon cou. J’ai les yeux presque fermés et le corps d’Ollie dissimule la presque totalité de mon torse, donc, mes cicatrices. Cette photo est déjà un trésor alors que je ne l’ai pas encore vu. Je l’a veux et je l’accrocherais au dessus de mon bureau, c’est certain. Il y en a déjà quelques unes.
Je me décolle un peu et je garde un bras autour des épaules d’ollie. Je me rapproche du bord, mais  je reste dans l’eau. En fait, je commence à parler de ma ville d’origine. J’invite Cassandre à s’installer avec nous mais elle propose d’aller chercher de quoi boire au bar de la plage. Je lui répond alors que c’est moi qui invite. Mon argent est dans mon sac. Moi, je reste avec mon petit protégé et je… je commence à lui parler de Carcassonne.
 
« C’est une ville magnifique. Je pense t’y emmener un jour. Quand tu regardes cette ville, tu as l’impression d’être au Moyen-âge. Je pense que c’est pour  ça que je me passionne pour cette époque. Tu sais, Ollie.. hem… je n’ai jamais pu retourner là bas en trois ans. Mais si tu veux visiter la ville, alors… pourquoi pas ! »
 
Pas tout de suite. Je cache les raisons à Ollie mais  la promesse est sincère. J’ai laissé mon bras sur son épaule et je lui raconte un peu combien cette ville a été une richesse pour un gosse comme moi. Je n’avais que très peu d’argent. Ma mère n’était pas bien riche et toute la pension alimentaire allait dans les leçons de violon. Personne n’était au courant… ma mère n’a jamais osé parler du chantage de mon père vis-à-vis de Zach. Elle ne pouvait pas se permettre de con sulter un avocat alors nous laissions faire. Tout cela, je ne peux encore le dire. Mais je te raconte combien cet endroit  stimule mon imagination. Je connais l’histoire de cette ville par cœur. Je connais le nom de toutes les tours de la ville. Je pourrais te citer toutes les légendes autour de cette cité magnifique, mais je me retiens car je suis très bavard à ce propos. Je te parle alors du soleil qui colore les murs d’un rouge sanglant, la sensation de dépaysement en traversant les rues pavées. Puis les festivals de théatre aussi. Bref. Je suis attaché à cette ville et je pense qu’elle pourrait renaitre de ses cendres si tu venais avec moi.
Nous sommes installés à mi chemin entre l’eau et la terre. Installé, elle nous arrive un peu en dessous du genou. Ce n’est pas profond mais j’aime me poser ainsi, l’eau caressant ma peau. Je répond à toute les questions d’Ollie. Rien n’a d’importance à ce moment précis. Parfois je le chahute et il me le rend bien. Alors à mon tour de le questionner. J’aime en savoir plus sur lui. L’école ? Sarah ? Les notes en français ? Et bien sur Londres. Je ne suis jamais aller dans cette ville alors je l’a découvre à travers son regard. J’ai entendu dire qu’elle est vivante et que le londonien est heureux lorsqu’un français essaye de parler anglais, même si ce dernier est hésitant. Je me souviens lorsque je suis arrivé pour la première fois aux Etats-Unis. Je n’ai jamais parlé français. D’ailleurs, la langue m’est venu très vite. Je savais me débrouiller très vite. Aussi, je devins trilingue en un été. Les autres suivirent et mes notes explosèrent en anglais. Je savais même dicerner des différences flagrante entre l’anglais d’Angleterre et celui américain. D’ailleurs, en arrivant en cours, j’ai tout de suite choisi l’espagnol et l’allemand comme options de langue. L’espagnol car j’ai le catalan dans le sang depuis toujours et elle me servirait pour intégrer l’espagnol. D’ailleurs je le parle souvent avec Soraya et je progresse véritablement dans cette matière. L’allemand parce que je trouve cette langue juste… magnifique. Oui, c’est vrai, c’est la langue d’Hitler. Elle parait dure et tranchante, comme un corps militaire mais je l’ai écouté en d’autres circonstances et je peux promettre que l’allemand peut faire preuve d’une grande poésie. Mais mes bases sont encore à l’état d’embryon. J’ose  espérer la parler couramment.
Ollie et moi parlons beaucoup. Je ne vois pas que le temps passe et que l’heure de rentrer s’approche. J’aimerais que cet instant dure, dure encore. Je ne pense pas au soir car cela me rendrait un peu triste. L’homme a cette particularité de penser à la fin quand il est enfin heureux. Pas moi. Je profite de tout. Des chahuts. Des questions. D’Ollie, tout simplement. D’ailleurs, ma main prend une grosse patée de sable mouillée et je l’étale sur la peau du gamin qui commence à geindre que « c’est froid, c’est sale, c’est BERK. » Et voilà qu’il m’en fout dans les cheveux, alors ça forcément, ça coule dans la nuque. Puis les épaules, puis le corps. Il se transforme en tartine de nutella. D’aileurs, c’est pas aussi bon que le nutella. On commence à s’en mettre plein partout et à la fin, je pense qu’on ressemble à d’étranges créatures boueuses hilare.
Puis quelqu’un s’approche. Je lève la tête vers lui et je lui souris amicalement. Content de te voir Kyle. Je n’en espérais pas tant. Enfin, tu me surprend un peu entrain de transformer ton fils en monstre des marais. Ollie est encore hilare quand je me redresse pour parler avec Kyle.
 
« Détend toi, je ne tenterais rien contre toi. »
 
Des fois qu’on me prendrait pour un fourbe. J’ai recouvert le premier Porter de sable bien mouillé. Je pourrais très bien attaquer le deuxième mais je connais sa répugnance pour le contact humain alors… alors rien. Je connais mes limites.
Du moins je le pensais.
J’ai eu tord de briser ses règles.
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MessageSujet: Re: "Je suis une moule et ta famille, c'est un rocher ?" Docteur Kyle <3   Dim 2 Nov - 21:12


J’ai toujours adoré la mer. Je ne sais pas pourquoi elle me fascine autant. Tout ce que je sais c’est que je n’y allais pas suffisamment souvent à mon goût, lorsque nous vivions en famille, dans la banlieue de Londres. Pas assez même si Brighton n’était pas loin. J’ai souvent demandé à mes parents pourquoi nous n’y allions pas. Parce que la mer c’est exactement le genre d’environnement que j’aime. L’odeur des algues, la chaleur du sable, et si beaucoup ont horreur de s’assoir sur la plage de se foutre du sable partout, moi ça m’est égal, ça peut même m’enduire le slip je n’y accorde absolument aucune importance. Parce que la mer, elle est libre, tu vois, elle est belle quand elle amène ses vagues danser sur le rivage. La mer elle est belle et elle sent bon, elle est un écosystème à elle toute seule, pleine d’une vie grouillante et fascinante. Quand on demane à mes camarades de classe quels sont leurs animaux préférés, la plupart disent « le chat » « la panthère » « le loup » « la biche » moi toutes ces bêtes-là je les trouve belles, oui, bien sûr que je les trouve belles, mais pour moi il n’y a rien de plus fascinant qu’un orque, qu’une baleine ou qu’un poisson-clown, toutes ces petites bêtes aux multiples couleurs qui évoluent dans l’océan, insouciantes et ignorant tout de la Terre, ignorant qu’à la surface il y a autre chose que le soleil, autre chose que le ciel bleu, ignorant qu’il y a des forêts et des montagnes. Les poissons ils ne connaissent que leur univers, l’eau dans laquelle ils progressent, les volcans sous-marins et les prairies d’algues marines, ils ne savent pas ce qu’il y a au dessus. Nous, animaux terrestres nous savons, en revanche, nous savons ce qu’il y a sous la mer. Et c’est cette insouciance que j’aime, tu sais Sieg ? Dans ma chambre, comme tu as pu le voir souvent, il y a des voitures, oui, il y a des sportifs et des groupes de musique, oui, mais il y a surtout des bulles, imprimées sur la peinture grise, il y a un gigantesque requin sur le plafond, et un tapis bleu me rappelant la couleur de l’océan. Moi je sais parfaitement pourquoi on ne va pas à la mer, pas souvent. Parce que papa ne le supporte pas. Ça je l’ignorais encore il y a quelques semaines, mais maintenant je le comprends. Je ne sais pas par quel miracle tu as réussi à le faire sortir aujourd’hui, mais tu as fait très fort. Maman ça la fait sourire, parce qu’elle sait, elle, que la mer c’est mon univers, l’eau c’est mon bonheur. Quand mes parents ont divorcé ma mère s’est faite un devoir de me rendre la vie plus belle, alors on allait se baigner quand il faisait beau, l’été. L’hiver, elle m’emmenait passer des heures à la piscine. On allait visiter de grands aquariums et moi, je restais le nez collé contre la vitre pour admirer toutes ces créatures qui ne savaient même pas qu’elles n’étaient pas dans l’océan mais dans une eau artificielle, enfermées dans une sorte d’immense bocal à poissons rouges. Pour le plaisir des yeux. Pour le simple plaisir de voir un poisson bleu fendre l’eau, suivi d’un autre, jaune canari cette fois. On ne me demande plus quel est mon disney préféré. D’aucuns diraient « Le Roi Lion » moi c’est « Le monde de Némo ». Mon père m’a un jour montré « Le Grand Bleu ». Beaucoup de gens se font chier devant. Moi ça me fascine absolument. Toi tu le sais Sieg, et c’est pour ça que tu acceptes avec joie quand je te supplie de venir te baigner. Regarde comme l’océan est beau. Regarde comme le soleil l’éclaire, regarde comme il reflète si habilement le ciel en colorant l’eau d’un bleu profond. J’aimerais bien faire de la plongée un jour. Si maman et papa veulent bien. Pour maman, je sais que ça sera plus facile, de la travailler au corps. Papa, ça risque d’être compliqué.

D’abord parce qu’il est malheureux. Ensuite parce qu’il vit dans la peur continuelle.

Je ne sais pas ce qui le rend si mal, mais j’ai des doutes, des doutes affreux parfois quand je rentre chez lui après la semaine passée chez ma mère. J’ai des doutes affreux quand je vais dans le salon et que je tombe sur un t shirt qui n’est pas à lui. Pas la même odeur, non plus. J’ai des doutes quand je vois que dans la salle de bains il y a une brosse à dents en plus que papa cache dans le placard. Une pile de T shirts près de la baignoire, de vieux trucs à mon père qu’il ne met plus depuis belle lurette. Qu’est-ce qu’ils font ici ? Et pourquoi, nom de nom, pourquoi est-ce qu’il cadenasse les placards, maintenant ? Je trouve ça débile, et je le lui ai dit. Mais il n’a rien voulu savoir. Il m’a dit que c’était à cause de ma dépendance au chocolat, qu’il devait rationner. Mais il n’y a pas de chocolat dans TOUS les placards. Je suis sûr qu’il foutrait une chaîne au frigo s’il le pouvait. Je sais que Sieg est au courant de quelque chose, je sais qu’il sait, pour papa, il sait pourquoi il ne va pas bien. Il sait pourquoi les cernes sous ses yeux sont si immenses, pourquoi il est si laid et si maigre, si triste. Je l’ai déjà entendu mettre un coup de poing dans un mur, une nuit, en sanglotant. J’étais terrorisé. Je ne suis pas sorti de ma chambre, mais j’en ai parlé à maman. Maman qui est restée interloquée par cette information. Mon père, drapper dans les murs ? Impossible. Mais impossible n’est pas mon père, j’en ai eu la preuve. Elle m’a promis qu’elle le travaillerait au corps pour qu’il finisse par révéler la vérité. Moi, je m’interroge. J’ai peur qu’il soit tombé très, très malade et qu’il ne fasse rien pour se soigner. J’ignore encore que c’est une maladie qu’on ne peut pas soigner avec un peu de Valium, mais quelque chose qui ne guérira jamais vraiment. Il n’y a qu’à regarder dans ses yeux. J’ignore tout de ce qu’il ressent, mon père maintenant, parce que je ne l’a jamais vu avoir du chagrin. Maman, oui elle l’a vu. Elle sait ce que c’est quand il est malheureux. Maman, c’est la seule à me parler de ma tante June, celle qui est morte quelques années avant ma naissance. C’est la seule qui m’explique, calmement qu’elle, elle l’a connue.

« Elle était comment ? »
J’hésite. Devant moi il y a ce petit bonhomme plein de curiosité qui me fixe et qui me demande de lui révéler le passé de son père, son père qui n’a jamais, JAMAIS voulu parler de June à son fils. Ou si. Seulement pour lui dire qu’elle était sa jumelle. Qu’elle est morte il y a longtemps. Mais quand on parle de June, il se referme sur lui-même comme une huître. J’ai vu des changements s’opérer chez Kyle, dès sa mort, des changements terribles. Il portait de la couleur avant qu’elle parte. Tous ces pulls noirs trahissent ce deuil qu’il n’a jamais réussi à achever. Les bracelets, aussi. Il y a une trentaine de bracelets sur la peau de Kyle, des bracelets en cuir noués sur sa peau blanche, décorés parfois de petits médaillons. Ça tintait, je m’en rappelle, à chaque mouvement qu’il faisait. Je m’étais habituée à ce bruit familier. Parce que tous ces bracelets, il ne les porta pas jusqu’à l’enterrement. Il m’a expliqué qu’il n’avait jamais aimé les bracelets, ça le gênait. Mais tous ceux-là, June les lui avait offerts. Et c’était suffisant pour qu’il les mette, tous, les trente sur sa peau, en chiffon ou en cuir et qu’il ne les quitte plus jamais. Même pour se doucher, même pour dormir. Jamais il ne les retira. Est-ce que je dois dire ça à Ollie ? Est-ce que je dois tout raconter ? Je ne le sais pas. Mais c’est sa tante. Il est en droit de savoir certaines choses. Alors je réfléchis, et je te souris, mon fils, je te souris parce que ta curiosité n’a aucune limites, au diapason de tout l’amour que j’éprouve pour toi.

« Brune, avec les cheveux un peu ondulés. Des yeux sombres comme ceux de ton père. Et à peu près aussi grande que lui.

- Elle était jolie ?
- …Oui, elle était jolie. »

Elle était très belle, June, en effet, elle était belle avec ses grands yeux bruns et son sourire qui fendait son visage en deux lorsque son abruti de compagnon n’était pas là. Elle était de bon conseil, même si elle n’a jamais vraiment su gérer sa propre vie. Ça rendait Kyle fou. Fou de voir que parfois, elle venait gantée pour ne pas montrer les bleus sur ses bras. Ça le rendait fou de la voir dépérir, jour après jour, troquer ces vêtements de toutes les couleurs pour une paire de rangers, un treillis et un t shirt sans forme, commencer à parler des étrangers avec le même accent dédaigneux que Carter. Lorsque ça arrivait Kyle la giflait. Ils se battaient souvent, tous les deux, comme des chiffonniers, ils se roulaient par terre parce que lui, ne supportait pas de la voir mourir à petit feux sans rien pouvoir faire et elle, elle ne lui avait rien demandé, elle elle ne voulait que son jumeau se mêle de ses affaires, elle lui disait qu’il l’aimait et qu’avec le temps, il se calmerait .Je n’ai jamais su pourquoi elle avait choisi cet homme. Je n’ai jamais compris pourquoi elle l’aimait aussi fort, à en dénigrer le lien incassable qu’elle avait bâti avec son frère, mon mari, au fil des années. Ollie réfléchit. Belle, oui elle l’était, jusqu’à ce qu’elle maigrisse, jusqu’à ce que son corps ne devienne qu’un tas d’os mourant.

« De quoi elle est morte ? »

De la faiblesse des hommes, mon poussin, de la cruauté humaine et de l’incompréhension de quelqu’un qu’elle aimait à en perdre la vie. Mais penses-tu être un jour capable de comprendre tout ça ? A douze ans, on voit l’amour comme un conte, quelque chose de pur, de beau. Le divorce t’a donné la désillusion. Et la mort d’une femme ? Que penseras-tu de l’amour après cela ? Je ne sais pas quoi te répondre. Je ne sais pas si je dois te mentir ou si je dois te dire la vérité, toute la vérité. J’opte pour l’entre-deux. Je choisis de me lever en te répondant pour aller attraper un album photos, dans un placard du salon.

« Elle était très malade, une maladie qui s’appelle l’anorexie. N’en parle pas à ton père. Ça lui a fait très mal de la perdre. »

Parce que June était plus importante que moi, dans sa vie, plus importante malgré le mariage. Et c’est quelque chose que j’ai choisi d’accepter après une conversation avec elle. Après avoir compris qu’elle aimait son frère, qu’elle savait des choses à son sujet dont il ne me parlerait jamais. Et que je ne pourrais pas intervenir entre eux. Mais que je pouvais me fondre à leur complicité, devenir l’une des leurs, et pas seulement une femme en périphérie. June m’apprit à aimer Kyle comme il convenait de le faire, avec patience, douceur et tendresse et c’est grâce à elle que tu es arrivé, Ollie. Jusqu’à ce qu’elle meure et que ça se dégrade, entre nous. J’ouvre l’album devant toi et je te montre une grande photographie, qui prend toute une page. Il y a Kyle et moi, bras dessus bras dessous, lui dans un costume gris perle, grand et beau, les cheveux en bataille, qui me regardait moi au lieu de regarder l’objectif. Moi dans une robe blanche et rouge, le voile relevé, un bouquet de roses à la main. Et Peter. Un peu moins maigre que Kyle, plus souriant aussi, rieur et franc à côté de moi. Et à côté de mon mari, June. Dans une robe fendue rouge vif, mince qu’elle était mais fraîche, avec ses cheveux raidis, son grand sourire à l’objectif, le bras posé sur l’épaule de son jumeau, le maquillage un peu coulant à cause des quelques larmes qu’elle versa dans la mairie. Ce fut la plus belle journée de ma vie, celle de mon mariage. Je désigne le visage glacé de June sur le papier photo, devant mon fils qui la regarde, curieux et attentif.

« J’avais déjà vu cette photo… Je ne savais pas que c’était la jumelle de papa. »

Oui, la ressemblance est moins flagrante, parce qu’elle est déjà maigre et lui il sourit, mais crois moi mon petit, quand ils font la gueule tous les deux on peut facilement deviner leur air de famille. Kyle et June sont de « faux jumeaux ». Mais la connexion restait la même. Je le laisse feuilleter le livre, à l’affut d’une autre photo d’elle, cette tante qu’il ne connait pas et qui pourtant figure sur plusieurs photographies deux ans avant sa mort, en vacances, collée à son frère qui la regarde avec tendresse, boudeuse devant l’objectif avec un Kyle qui fume une cigarette plus loin pour calmer ses nerfs et maigre, si maigre au fil des photos, quelque chose que je n’avais pas remarqué à l’époque mais qui reste flagrant maintenant. June. Le fantôme qui hante la vie de mon ex-mari. Et qui doit sans doute aussi polluer celle de mon fils, quelque part. Parce que ce jour là il me posa beaucoup de questions sur elle. Sur sa relation avec son frère. Et j’y répondis, calmement, pendant des heures. Pour ne pas que mon fils vive lui aussi à l’intérieur de l’ombre d’une femme brisée.

Papa refuse poliment l’invitation. Sieg insiste, mais il ne voit donc pas que ça sert à rien ? Mon père il a horreur de se baigner, horreur de la plage et du monde, surtout en ce moment. C’est bien simple : il est ailleurs, tout de suite. Maman le voit très bien et avec un sourire doux elle me laisse filer avec Siegfried. Elle, elle s’arrête à hauteur de papa, et lui parle alors que je ne l’entends déjà plus, plongé dans l’eau avec mon frère adoptif, rieur et heureux malgré mon inquiétude au sujet de la santé de mon père. Mais pour le moment je me contente de me jeter contre Sieg, pendant que ma mère dit quelques mots à mon père.

« Je me fais du souci pour toi, Kyle. »


Mais mon père n’est visiblement pas opérationnel pour une discussion tout de suite. Il la chasse d’un revers de la main.

« Je vais bien, Cassandre, une petite fièvre c’est tout. Je suis fatigué en ce moment.
- Ollie dit que tu ne manges rien. Que tu parles à peine, que tu t’enfermes dans ton bureau pendant des heures. Ton fils a besoin de toi, et toi… Toi tu ne veux même pas nous expliquer ce qu’il se passe. »


Kyle lève de grands yeux vers elle. Ma mère lit le chagrin, elle lit la douleur, rien à voir avec un virus, tout ça, rien à voir avec une quelconque maladie, tout ça c’est le masque de la souffrance, la vraie, celle qui détruit tout le reste et ne fait penser à rien d’autre. Ce regard la cloue sur place. Parce qu’elle se rend compte que ce n’est en rien une quelconque comédie. Ça, c’est sa maladie. Il a perdu quelque chose, ou quelqu’un et… Un chagrin d’amour, peut-être ? Le décès de Peter ? Elle ne sait pas, maman, et elle ne demande pas, elle se contente seulement d’écouter la réponse de mon père.

« Tu ne comprendrais pas, Cassy. Personne ne le peut, en fait. Tu me traiterais de malade ou pire, de salaud. De toute façon il n’y a rien à dire et rien à faire d’accord ? Allez vous amuser. Je te promets que ça ira mieux quand vous reviendrez. »


Maman ne répond rien. Elle sait qu’il n’y a pas de solution, pas de médicament miracle. Et c’est peut-être un peu pour cela qu’elle se penche en avant et qu’elle dépose un baiser sur sa tempe, malgré le frisson que ça provoque en lui. Un frisson désagréable d’un toucher non désiré. Pourtant il ne la fusille pas du regard. Il la remercie, quelque part. Elle l’aime encore. Elle sait que c’est fini depuis longtemps, tout ça. Mais elle l’aime encore malgré tout. Elle file, finalement nous rejoindre, dans l’eau, alors que Siegfried s’écrie, tout sourire :

« Je ne remettrais jamais les pieds en France ! Si je peux avoir la mer à disposition, je reste ici toute ma vie, c’est décidé ! En plus, il commence à faire froid en France, alors raison de plus pour rester ici. »


Le froid ici on ne connait pas bien. Maman entre dans l’eau comme une sirène et ça la fait rire, ce que Sieg dit. Maman parle français presque couramment, pour avoir pris l’option au lycée et à la faculté. Elle lui répond d’ailleurs, en français. Moi je ne comprends rien mais je vous regarde. Sieg, tu sais, t’es vraiment un frère. Tout ce dont j’avais besoin. Tu m’apportes le rire qui me manquait, en Angleterre, la présence nécessaire à mon sommeil quand tu es avec moi, quand tu ébouriffes mes cheveux avec un sourire, ou quand tu me fais manger plein de trucs super bons mais que papa m’interdit de manger d’ordinaire. Je te le dis souvent, que si papa l’apprend tu risques gros. Faut pas rigoler avec les règles de mon père. Toi tu dis que c’est notre secret. Et moi je le garde, parce que ça nous arrive, très rarement mais ça nous arrive, de rentrer de ballade avec un sac Mac Do sous le bras, et se caler devant la télé pour manger. Moyennant que j’aille me coucher à 21h30 bien sûr. Pendant que toi tu détruis les preuves.

« Tu as tort, c’est superbe la France ! J’y suis allée deux fois avec la fac et… EEEH ! »

Une gerbe d’eau se jette, poussée par le bras de Siegfried sur maman qui se retrouve couverte d’eau. Son maquillage coule. Et moi je suis absolument mort de rire quand elle redresse la tête et qu’elle dit « TOI ! » à Sieg avant de se jeter dessus. Et moi je suis. On est tous les deux sur lui, à lutter contre pour nous venger de l’attaque. Il se débarrasse de ma mère assez facilement mais moi je me jette sur lui dans son dos pour le tirer en arrière. On lutte, tous les deux et toi tu me fais couler alors que je rigole, et je bois une grande tasse d’eau salée que je recrache, dégoûté. BERKBERKBERKBERK. Maman profite de ton inquiétude à me voir tousser pour plonger, onduler dans l’eau, te choper les jambes et c’est toi qui coule. Quand tu ressors la tête de l’eau, on t’asperge. Maman rit à gorge déployée, et moi je me tourne vers la plage. Mon père nous regarde, répond à mon signe de main avec un pauvre sourire. Il fait peine à voir, mais je vois qu’il fait de gros efforts. Je tourne la tête pour sauter au cou de Siegfried et me réfugier dans ses bras, heureux comme un prince. Maman nous ébouriffe les cheveux à tous les deux. Elle est drôlement chouette, maman. Elle accepte Siegfried, parce qu’elle sait que sans lui je serais malheureux, à présent. Et moi je ferme les yeux, entouré par les bras protecteurs d’un frère que j’ai choisi. Que mon père m’a choisi.

« Tu m’emmènerais en France un jour ? »


***

Vous êtes beaux tous les trois, vous le savez ça ? J’ai eu de la chance de tomber sur toi, Siegfried, beaucoup de chance parce que grâce à toi mon fils est heureux, et en ce moment c’est la seule chose à laquelle je me raccroche. Pourquoi suis-je venu à ton avis ? Parce que je sais qu’Ollie est content de m’avoir avec lui, même si lui est dans l’eau et moi sur le sable, le regard dans le vague avec la sensation mordante de demeurer incomplet. Tu sais tu m’as enlevé pas mal de mes organes vitaux, il faudrait que tu me les rendes pour que je puisse de nouveau respirer normalement. Mais non, parce que t’es parti, t’es parti et moi je crois que je vais crever, un de ces jours, à penser à toi un peu trop fort. Moi je vous regarde et je repense au baiser de Cassandre, parce qu’elle a fait ça en connaissance de cause. Cassandre se fout des interdits. Cassandre elle a toujours pensé à mon bien-être. Mais elle ne pourrait pas comprendre, c’est tout ce que je me dis, elle ne pourrait pas comprendre que ça me brûle et que ça me bouffe, tout ça. Elle me prendrait juste pour un taré. Et je n’ai pas envie de passer pour ce genre de personnes. Je les regarde, et je tente de te chasser de ma tête. C’est dur, mais j’y arrive. Parce que leurs rires sont des musiques. Je les vois batailler, au loin et ça me fait oublier un moment tout mon chagrin. Je souris à Ollie qui m’adresse de grands signes de main. Et puis je me dis qu’après tout, pourquoi pas. Pourquoi ne pas les rejoindre ? Alors je me redresse, pour me relever… Et je tombe nez à nez avec une femme, penchée vers les affaires de Siegfried.

Une blonde, menue à vue de nez, avec une robe noire et des lunettes de soleil, les cheveux roux dorés attachés par une pince, la mine renfrognée, sévère… Et la main à deux doigts d’une gourmette que porte Siegfried en permanence. Je fronce les sourcils, parce que je ne sais pas si cette femme cherche vraiment quelque chose dans le sable ou si elle a un rapport avec Sieg. Je pourrais l’appeler pour qu’il intervienne mais je suis un grand garçon non ? En tout cas elle parait endeuillée alors qu’elle est à la page, elle tire la tronche, et elle est en noir. On est faits pour s’entendre. Je fais un « HM HM. » pour qu’elle relève la tête dans ma direction. Mes yeux rongés par la fatigue la fixent, pourtant parce que bon, faudrait pas voir à déconner non plus, si je suis là pour garder les affaires autant le faire jusqu’au bout. Cette personne ne me dit rien. Je ne sais pas ce qu’elle fait là. Elle ne ressemble pas à une clocharde, pas à une voleuse, seulement à une femme passe-partout, et pourtant il y a quelque chose qui m’intrigue, je ne saurais pas mettre la main là-dessus. Tout ce que je sais c’est qu’elle doit se barrer, parce que je n’ai pas du tout envie d’annoncer au jeune homme qu’on lui a tiré sa gourmette alors qu’elle était à moins d’un mètre de moi. Alors je la regarde, froidement et je croise les bras. Une inconnue vient de s’immiscer dans mon intimité, et rien que cela, ça me met suffisamment mal à l’aise pour que je sois en rogne. Alors je fais un pas dans sa direction, j’attrape la chaine, dans le sable près du sac et je la tiens dans ma main, calmement, sous le regard attentif de l’étrangère, silencieuse. Et je fous ça sous son nez, agacé.

« C’est ça que vous cherchez ? »


T’es quoi, une voleuse ? Mais si tu en es une, pourquoi venir uniquement fouiller par ici ? En plus je suis là moi, ce n’est pas libre, tu t’exposais au danger. Alors quoi ? Je fronce les sourcils. Je crois savoir. Mais c’est trop énorme pour être vrai.

« Qui êtes-vous ? »

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MessageSujet: Re: "Je suis une moule et ta famille, c'est un rocher ?" Docteur Kyle <3   Mar 28 Oct - 7:46



Pas de parc d’attractions. Pas de tournée d’halloween. Pas de virée à la piscine municipale. Pas de cinéma. Toutes ces choses sortaient de notre budget ultra serré. Zach et moi ne connaissions pas les petites joies des retrouvailles entre familles. Les seules fois où je mettais le pied dans ce genre d’endroit étaient les fois où je n’avais pas d’autres choix que d’accompagner ces enfants que je gardais continuellement.
Je vous vois venir. Les parents me payaient l’entrée mais c’est tout comme ils jetaient l’argent par les fenêtres parce que certains gosses ne pouvaient pas aller partout. Trop jeunes. Trop petits. Trop grands, trop ceci, trop cela. Et je ne pouvais pas vraiment, vraiment les laisser, m’voyez. Aussi, j’’étais l’imbécile heureux qui n’allait jamais dans les attractions et qui restait en retrait. C’est un peu rageant de regarder les autres s’amuser, aussi j’attendais que ces longues heures d’ennuis s’égrènent afin de de me trouver au calme… parce que ces endroits sont bruyants, si bruyants… !
Quelle angoisse que ce brouhaha constant ! Ces cris, ces pleurs, ces hurlements entremêlés. Il y en avait toujours un pour râler ou protester ce que je disais. Le « non » provoquait une montée de larmes. Mais comment pouvais-je le faire comprendre que malgré leur désir de monter dans ces grands manèges, ils n’avaient ni l’âge, la taille requise ? J’étais alors obligé de passer la demi-heure qui suivait à calmer le marmot déçu. Ma patience légendaire se retrouvait sérieusement entamée. Une vive tension me contraignait à ne surtout pas élever la voix, sinon j’étais sur de perdre mon sang-froid. Un comble pour un natif du sud, n’est ce pas ? Je sentais l’ardeur de mon caractère aiguillonné par ces situations stressantes, et pourtant, je restais calme. Dangereusement calme. Mon corps restait tendu et immobile tandis que j’expliquais au gamin que non « il n’ira pas sur ce manège là » et que « non ses parents ne le renverra pas ». Ma voix restait basse, et mon visage imperturbable. On me voyait calmer les marmots d’un regard, d’un mot bien placé mais il faut dire que les passants ne voyaient pas ce que l’enfant observait dans mes yeux. Je ne pouvais pas me permettre d’en coller une au gosse. Je ne pouvais rien faire. Mais mes yeux disaient tout le contraire. « Je peux t’en foutre une, là de suite, devant tout le monde. Sale môme… tu m’emmerdes, alors sérieusement ferme là, ou je t’en fout une tellement énorme que t’auras même plus envie de te secouer dans les montagnes russes. ». Je suis en colère mais il n’y a que mes iris couleur miel qui brillent toujours plus d’une fureur sourde. Je veux m’allonger. Etre au calme. Chez moi. Juste ça… avec ou sans gosse, je m’en fiche. Mais loin de cet endroit bruyant. Parce que je suis dans le bruit toute la journée et c’est épuisant. L’école, mes camarades de classe qui gueulent au collège dans certains cours, la cour, les gosses à garder, la ville… et maintenant le samedi après midi lorsque j’ose espérer la solitude de ma chambre mais non je dois sortir, un peu fatigué d’une longue semaine au collège. Je suis un enfant qui, malgré les apparences, connait déjà la dureté du travail. Les enfants me plaisent oui, mais je pense aux autres et non à moi. Je dois dédaigner le confort d’un samedi après midi pour me rendre à la piscine ou je ne sais quoi. Oui je sais que c’est chouette de sortir et de s’amuser un peu. Mais les devoirs, le gardiennage, tout ça… j’aimerais un moment à moi. J’aimerais profiter. Mais non, je dois sortir de chez moi, faire bonne figure et montrer aux parents que « Oui m’dame, je suis impatient d’y aller, oui j’aime les parcs d’attraction, oui je trouve Gaetan adorable. » alors qu’en réalité c’est le pire marmot de tous les temps.
Je ne dis pas que ce travail est horrible. Il y a pire… mais j’ai mes favoris. Comme les deux jumelles qui sont si amusantes. Ou Enzo et son calme légendaire. Et Phil, parce que ses parents payent bien. Il y en a d’autres aussi.
Mais pitié… laissez moi tranquille. Je veux du silence. Mes mains ne demandent qu’à se plaquer sur mes oreilles. Mes bras dissimulent mon visage crispé par une tension qui me bouffe. J’aime les enfants et l’amusement. Je pense à leur bien-être. Lorsque les jumelles viennent, je veille à ce que ma mère a acheté les cookies double chocolat parce qu’elles adorent ça. Quand elles ont finis le paquet de biscuit, elles se jettent dans mes bras et là, bon, c’est le calin général, sur le canapé. Par la suite, elles me quémandent la suite des épisodes de Sailor Moon. Et là je jure sur ma tête que jamais, jamais, jamais, je n’avouerai apprécier ce dessin animé. C’est épique bordel de merde ! M’enfin bon, allez savoir comment, un gars du collège l’a su et m’a affublé le sobriquet de « Bunny » (le prénom de l’héroine). Moment gênant… Très gênant. En même temps, ce n’est pas comme si j’avais choisi de regarder cet animé de moi-même. Non mais je vous jure. Mais voilà, une fois les jumelles parties, je rêve d’un moment à moi, rien qu’à moi. Niet. Les parents de Gaetan vont au restaurant ce soir et les soirées en amoureux, c’est sans enfants. Alors ils me filent 30 euros et moi je les cache dans un coffre dissimulé dans mes affaires. Gaetan ne tient pas en place et c’est fatiguant. Je dois faire mon devoir de science nat’ et lui, il s’en fiche, il fouine partout, il court. Zach grogne, et lui jette des regards glacials. Mon frère a passé deux heures en cours de violon et de piano ce soir, et il est épuisé aussi. C’est un enfant, lui. Moi je suis un adolescent, alors ça va. Mais lui, il est plus jeune que moi et ne supporte pas son espace vital envahis par cette petite chose monstrueuse. Ca me remonte dessus parce que le lendemain matin, il est d’hyper mauvaise humeur. Alors pour remédier à cela, pauvre âme faible que je suis, je me lève plus tôt et je lui prépare son petit déjeuner préféré. Cela lui fait tellement plaisir qu’il me pardonne mon absence de la soirée. J’ai beau ne pas lui offrir mon entière exclusivité, il n’y a que pour Zach que je me leverais au milieu de la nuit pour le border ou le soigner s’il tombe malade. Jamais je ne le ferais pour un autre gamin. Sauf…
Alors je cherche le calme. Et ce calme ? Je le trouve au milieu des chevaux. Je viens les brosser et m’en occuper une ou deux fois par semaine à défaut de cours. C’est là que je retrouve toute la sérénité dont j’ai besoin pour me resourcer. Généralement, c’set le mardi et le vendredi après midi car j’ai eu peu de cours. Je quittais la salle des cours comme une fusée et je courais presque jusqu’aux écuries où j’allais voir Aloysius, le cheval de ma cousine. C’est un magnifique frison noir que j’adore brosser. Et au moment où ma main se saisit de la brosse, je me sens… reposé. Les mouvements circulaires sur le pelage du cheval calme mes nerfs. Je me dois d’être calme car Aloysius est un animal très sensible, à l’écoute des émotions des êtres qui partagent son boxe. Mais moi je suis calme et lorsqu’un bruit au dehors le fait sursauter, ma main glisse sur son encolure. Le son de ma voix basse le calme instantanément et le voilà parti pour une rêverie. Si les chevaux savent rêver évidemment. Je le sens détendu, si détendu. Je le suis aussi, je pense que ça compte.
J’aime les chevaux pour leur sensibilité et leur calme. J’aime autant les regarder de loin et admirer cette grâce qui les caractérise. L’homme a conquis un monument de la nature mais peu savent les comprendre. J’aime les regarder de prêt aussi, car sentir un cheval confiant est la plus belle des récompenses. Il suffit de ne pas les brusquer ces êtres si sensibles.
Je souris quand Kyle serre les dents en jetant un œil au cheval. Je le sens crispé, comme sous l’emprise d’un souvenir désagréable. Oui, ces animaux ont de quoi impressionner. Cela me fait rire. Pendant qu’il parle, je tente de rester neutre tout de même. Car une pensée me vient à l’esprit, une pensée qui me ferait presque rire.
Je ne peux absolument t’ôter ce pull noir Kyle. Je ne me le permettrais jamais, par pur respect. Je ne te forcerais pas non plus à l’enlever, ni à retrousser tes manches. Tes cicatrices ont beau avoir vingt ans, elles sont toujours aussi vives. Qui suis-je pour te forcer à les montrer ? Je ne peux pas non plus te toucher, je n’en ai pas le droit. Le contact humain te fait hurler, c’est un fait. Je ne me permet pas d’entrer dans ton intimité. Pas trop. Par exemple, jamais je n’aurais fouiné dans ta vie amoureuse, tu sais. Ce n’est pas dans mon caractère, quand bien même je t’ai posé des questions sur une probable petite amie. Mais je ne suis pas aller plus loin que les questionnements, puisque j’avais Ollie avec moi, et sa présence me faisait oublier pourquoi tu me le confiais si souvent. Je ne peux pas me permettre de m’immiscer dans ton intimité… mais il y a des choses que je peux faire : comme te forcer à manger par exemple. Avoue que mes petites fantasies culinaires te plaisent, mh ? Je peux aussi te supporter quand tu parles « comme un livre ». Parce que mine de rien, j’en suis aussi –un peu-capable. Dans tous les cas, je sais mener un débat. Enfin, je pense que si tu avais connu Zach, il s’en serait mieux sortit que moi. Bref, des trucs, je peux les faire, sans problème. Et là, à présent, je me mets au défi de t’amener à monter sur un cheval. Oui parfaitement. Je sais que ça me prendra du temps mais franchement, pourquoi rester sur une si mauvaise impression ? Tu vas voir, tu vas connaitre le plaisir que l’on ressent lorsque toi et le cheval ne ferez qu’un. Enfin.. pour le moment, je songe surtout à te faire monter dessus tout court. Je sais que je suis capable de dresser un cheval. Je le faisais avec Connie, elle m’a appris un tas de choses. Et comme je me documente et que j’ai vécu parmi eux durant deux ans, je sais reconnaitre certains signes de comportements.

Je passe à la crème solaire, mais je sens Ollie se tendre dans mon dos. J’ai prononcé un nom qu’il ne connait pas. Un rival potentiel. Zach, un rival ? Non, petit, ce n’est pas un rival. Du tout même. Vous n’êtes pas des rivaux car je me surprend de plus en plus à t’apprécier autant que Zach. Il fait partie du passé et même si ce dernier s’évertue à tendre les bras pour me retenir, moi je tend ma main pour attraper la tienne car tu ne te rends pas compte du bien que tu me fais, gamin. Je me souviens de cse mots que j’ai prononcé il y a des mois et des mois. Des mots si violents. Si mauvais. Si… si… atroces. Je m’étais énervé et j’avais déclaré que ma vie après Zach était terminée. Tu peux pas savoir à quel point je l’ai aimé ce gamin. Il est bien le premier à m’avoir accepté. Les liens du sang ne sont pas les plus forts. Je n’ai aucun lien de sang avec toi Ollie. Tu viens d’Angleterre, du nord comme les Stark et moi je viens du sud, les dothtrakis. Aucun lien… et pourtant je me sens si proche de toi.

Tu exprimes ton inquiétude. Tu me regardes avec tes grands yeux si expressifs. Je t’avoue sans broncher que j’étais avec une fille et je m’amuse de ta jalousie si naive et enfantine. Tu sais, Ollie, les filles ne t’arrivent pas à la cheville. Je ne réalise pas moi-même que j’en fais frissonner plus d’une. Je ne sais pas qu’en ce moment, une magnifique française venue tout droit de Paris, ville des lumières, pense continuellement à moi. Je ne sais pas comment j’ai fais pour qu’Elena me tombe dans les bras dans l’ascenseur. Je ne sais pas pourquoi cette fille du supermarché m’a regardé avec cet air si brulant. Je ne sais rien de tout ça. Je ne me vante pas, c’est ainsi. C’est venu, d’un claquement de doigt. Quand une fiille me regarde, je sais comment réagir pour leur plaire. C’est pas toujours aussi compliqué une fille. Je me suis déjà rétamé, mais je me suis fait la main et c’est devenue une seconde nature. Je me rend compte que j’ai toujours plus confiance en moi et je cultive mon assurance que je viens d’acquérir. Je suis à ma place ici, à Miami, c’est d’autant plus facile.
Mais toi, tu es plus important que tout. Tu m’aides à ta manière. Tu me fais oublier beaucoup de choses. J’avance, je vais de l’avant, ce qui me semblait impossible au début de l’année. Je sors à peine d’un dueil difficile, Ollie. Je reviens de loin, mais je veux aller de l’avant. Alors si un jour je dois décommander un rendez-vous galant, je le ferais sans hésiter,… Je ne sortirais pas d’excuse bidon, je ne te cacherais pas comme un secret honteux mais je dirais la vérité.

« Sieg, tu étais avec une fille, c’est pour ça que t’étais pas là hein ? C’est pour ça que t’es arrivé en retard.
- En effet.
- Tu es jaloux Ollie ? C’est de son âge d’avoir des copines. »

Je souris doucement. Cette jalousie me touche tellement. Je ne me rend pas vraiment compte que cette petite famille là, un peu hors norme, m’accueille les grand ouverts. Je ne me rend pas compte que cela pourrait être permanent. Parfois la peur me prend : et si cela n’était que momentané et que Kyle déménagerait au bout du pays, Ollie sous le bras ? Cette perspective me terrifie tellement que je l’a balance hors de mon esprit.

« Je suis désolée si ce garnement t’en fait voir de toutes les couleurs. Il te fait souvent ce genre de crises de jalousie ? ?
- Il faut les voir quand Siegfried arrive en retard. Elle est jolie au moins Sieg ? »

Je répond par l’affirmative d’un air qui dit clairement que j’ai des gouts de luxe et que je m’y tiens. Mon sourire s’élargit quand Cassandre et Kyle jettent un œil sur les quelques photos d’Elena et de son sourire un peu sauvage, sa belle crinière blonde, son air un peu revêche. Elle est insolente, j’adore l’insolence et la sauvagerie car la docilité m’exaspère. Je ne supporte pas qu’une fille se plie à mes quatre volontés, je veux du caractère moi, pas une poupée de chiffon.
Ollie fait la gueule. Je sais qu’il jette un coup d’œil à la dérobée, curieux de voir qui est l’espèce de mijorée qui ose lui piquer son grand frère ? J’ai envie de dire un truc mais Kyle me coupe dans ma lancée :

« Il faut l’avouer, tu ne choisis pas les plus moches. »
« Une fausse blonde, Peuh ! »

Le compliment me fait plaisir. J’exhibe les filles comme des trophées, mes trophées. Elles viennent à moi facilement, aussi je n’ai aucune crainte de me faire remballer. Je les découvre très vite et mon intérêt pour elles se fanent très vite. Mais au moins, j’ai pu voir une créature enchanteresse de prêt. Kyle m’a sans doute aperçu avec l’une d’elles, d’où ce commentaire. D’ailleurs, une fois que j’avais un rendez vous médical dans son bureau, et que je n’ai pas voulu parler de ce braquage, je me suis mis à réciter mes conquêtes du moment. Excédé, il m’a foutu dehors, agacé de voir si peu de coopération. Et j’avoue que je suis orgeuilleux quelque part. Mais je n’ai utilisé cet orgueil avec lui que cette fois là.
Je raconte alors un exemple de jalousie d’Ollie. Cela plait beaucoup à Cassandre mais moins à Kyle. La preuve…

« Il ne fallait pas être miro pour le voir. Elle était hideuse. Avec un nez aussi gros que mon pied gauche. »
Et là je répond naturellement.
- Parce que le droit est plus petit ? »

Mais déjà Kyle affiche une expression autoritaire que je lui connais bien, pour l’avoir déjà vu auparavant.

« Ollie, j’ai raté quoi dans ton éducation, dis-moi ?
- Ho Kyle, avoue que c’est drôle comme anecdote.
- Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle à être malpoli avec les gens.
- Mais elle était MOCHE ! »

J’éclate de rire face à l’énormité de l’argument et je n’entend pas la réplique de Kyle. Décidément, Ollie. Tu as un sens de l’esthétique très altéré par la jalousie. Moi je l’aimais bien cette petite rouquine, tu sais. Je souris un peu à Ollie, signifiant que son comportement avec ces filles ne me dérangeaient pas. Le jour où la bonne se présentera, je mettrais les formes pour le prévenir. Pas d’insolence avec elle, ou c’est moi qui mort.
Je finis par montrer un magnifique frison au loin. Mais rapidement, un mouvement dans la foule me perturbe. Je fixe les silhouettes qui passent et repassent. Un visage que je connais bien. Mais cela doit être juste une ressemblance. Je me met à penser à cette personne que je n’ai pas vu depuis un an et qui doit attendre que son fils rentre de cette ville immense pour la retrouver elle. Une vague de honte me prend, mais elle échoue. J’ai encore du ressentiment, bien que je meure d’envie de la revoir. Mais pour cela, il lui faudra se déplacer. Remettre le pied sur le sol français me semble impossible. Impossible.
Ollie n’est pas dupe. Il a vu mon regard s’assombrir. Je me tourne vers lui et lui sourit un peu en passant ma main dans ses cheveux et en lui jurant qu’à mes yeux, il n’y a que lui. Il a fini d’étaler la crème sur mon dos. Je range le tube et je sens un léger poids se blottir dans mes bras. Je fais attention à ne pas toucher sa blessure et je l’embrasse légèrement sur la tempe. Ce gamin me plait. Je ne me suis pas autant amuser depuis des lustres. Et ces dernières semaines ont été rythmées par sa présence. Je remercie Kyle intérieurement rien que pour ça. Et je culpabilise pour les deux ou trois pizza interdites que j’ai bouffer. Trois pizzza. Bon, d’accord, quatre. Et ce malgré l’interdiction.

Mais vois tu Kyle, j’ai vécu dans une transgression pendant six mois. Oui. Six mois. Six mois que je m’arrangeais avec Clint pour faire assez de travail pendant quatre jours et partir ensuite pour trois autres dans la ville de Portland. Certes, pas toutes les semaines, mais les lettres échangées avec Zach ne me suffisaient pas. Alors j’ai pris de l’assurance et je suis allé à Portland. Une fois en un mois d’abord. J’ai passé trois jours avec Zach, sachant que le père ne le voulait pas et ferait tout pour me séparer de lui. Ma mère n’a rien fait pour récupérer son fils, alors j’ai pris les devants et j’ai transgressé les lois. C’est devenu de plus en plus fréquent jusqu’à négliger le travail au ranch. Les chevaux ne me suffisaient plus, à mon grand regret. Il m’était maladif de le voir lui. Mon travail le satisfaisait certes, mais il voyait bien que l’état de mon frère m’importait beaucoup. Durant deux ans, j’ai acquis sa confiance. Il a compris que j’étais là que pour un temps. Je devais me remettre de ce coup dur et il m’a permis de le faire. Mais à présent, je dois avancer. Alors il me dit droit dans les yeux que si je dois faire quelque chose, alors je dois le faire. Si ça ne fonctionne pas, alors je pourrais revenir car mon travail le satisfait. Mais un salarié distrait ne lui sert à rien. Indulgent, il me laisse partir à Portland. J’ai assez d’argent après tout et j’ai beaucoup économisé. Il me paye même mon billet d’avion. Par ma présence à Portland, je défiais l’autorité car je trouvais cela injuste. J’avais le droit de voir mon frère, j’en avais le droit et personne ne m’en empêchais. Je restais discret, tout comme je le suis chez moi. Je dissimule toute trace de pizza commandées en cachant les carton bien au fond des poubelles, je parfume la cuisine, je nettoie et surtout, je sors un plat dégueu du frigot et je le met dans l’évier. T’as vu, on a mangé ça ce soir. Je le fais derrière ton dos car je revendique tout de même une certaine liberté sans me demander si je fais fausse route ou pas.
Dans une famille, il y a des règles. Et ces règles, les tiennes, si duers soient-elles, je les ais trahies : Je perdrais ta confiance à trois jours de mon départ et je pense que je ne le supporterais pas.

« On va se baigner ?
Non, je vais rester ici à l’ombre, tu sais bien que je ne me baigne pas. »
Je soupire. Même un coup dans l’eau ?
« Ho allez… ! Juste histoire de te rafraichir. Tu dois crever de chaud comme ça. Puis, ça t’aiderait à supporter la chaleur. »

Parce que tu crèves de chaud là dedans, avoue le. Mais vois-tu, je ne peux pas te forcer à le faire. Il n’y a rien de pire que ça. Forcer quelqu’un. Tu es dans ton libre arbitre. Personne ne t’obligera à tomber le haut si tu ne le veux pas. Cependant, tu peux resté habillé et te baigner. La chaleur sera plus confortable, même si les vêtements te colleront à la peau.

« Non. »

Je suis désespéré.

« Donc… tu n’as pas trop chaud.
- Non.
- Tu transpires.
- Va te baigner. »

Sourire en coin de ma part. Tu ne veux pas dire « oui » et ça se voit puisque tu changes de sujet. Je m’avoue vaincu en soupirant, puis je me lève en suivant Ollie. Mon regard s’attarde un peu sur le corps superbe de Cassandre. Y’a pas à dire, cette femme est magnifique. J’envie Ollie de connaitre l’origine de ses gênes. Sur qu’il deviendra un garçon attirant plus tard. Il a le même regard vif que sa mère. Il ne se laisse pas faire et revendique un caractère déjà bien trempé. Du père, c’est une répartie mordante et d’un air sans doute un peu rêveur. C’est un charmant mélange et je me demande ce que j’ai hérité du mien, de père. Mais ce genre de question m’agace, surtout aujourd’hui. Cassandre ouvre la marche vers la plage. De dos, j’admire quelque peu ses jolies jambes. Vous êtes sur que cette femme a bien 40 ans ? Mais je ne la reluque pas plus. Elle est la mère d’Ollie, mais je ne peux m’empêcher de la trouver charmante. Ollie
m’attend, alors je finis par les suivre. Je tente une dernière approche.

« Si jamais tu changes d’avis… »

Et je rejoins Ollie et sa mère après avoir enlever la gourmette en argent que je porte toujours autour du poignet. Je n’ose pas la garder car j’ai peur de la perdre. Je la pose sous mon sac. J’ai bien conscience que mon torse nu pose problème à la populace. Parce que maintenant que j’ai enlevé ma chemise, je sens des regards sur ma fresque corporelle. C’est pas courant de voir un type constellé de lignes verticales et horizontales. Et ne parlons même pas des deux S symétriques qui ornent la totalité de mon torse. Ces regards, ils me gênent. Ils doivent se demander ce qu’il m’est arrivé. Je les regarde souvent ces cicatrices mais il y en a une qui me dégoutera toute ma vie, quand bien même elle disparait sous une couche de blessures récentes.
Je finis par rejoindre Ollie et Cassandre et enfin je sens l’eau délicieusement tempérée de l’eau de mer sur mes pieds. Je rentre complètement à l’intérieure, nageant dans cette eau si bonne et je me sens penché la tête en arrière afin de tremper mes cheveux et je les ramène en arrière. C’est là que je me dis qu’il faudrait un peu les couper.
Je finis par m’exclamer :

« Je ne remettrais jamais les pieds en France ! Si je peux avoir la mer à disposition, je reste ici toute ma vie, c’est décidé ! En plus, il commence à faire froid en France, alors raison de plus pour rester ici. »

C’est ma façon d’engager la conversation. Mais voilà, on est dans la mer, et il y a de l’eau et ce truc liquide, là, ça éclabousse par définition. Alors d’un geste, j’en mets une vague dans la figure de la jolie Cassandre. Après tout, une aussi belle femme n’en est que plus belle quand l’eau ruisselle sur son corps. Non ?


Et moi je te regarde entrain de t’amuser avec ces gens que je ne connais pas. Qui sont-ils ? Pourquoi cette proximité me rend-elle si jalouses ? Parce que je vois bien ce que tu tentes de faire Siegfried. Et ce n’est pas bien, pas bien du tout. Et le passé ? Tu l’oublies ? Tu te dois d’être fidèle à tes origines et justement, ce respect, tu sembles l’avoir perdu. Tu parles à cet homme si austère sans comprendre pourquoi il tu te sens si proche de lui. Tu sembles vouloir l’encourager à aller se baigner comme toi mais il refuse net. Et toi tu hausses les épaules et tu vas te baigner.

Moi je le regarde de loin et sans réfléchir je m’approche une fois que tu es entré dans la mer. Je veux le voir de prêt, je veux savoir pouurquoi tu t’es immiscé dans cette tranquille petite famille. Je devine un peu que le format « papa-maman-enfant » t’es totalement inconnu mais tu n’es qu’un étranger et tu ne peux te glisser dans leur intimité. Arrête. Tout de suite.

Je m’approche… et au final, je passe derrière lui… mes yeux fixent le sac de mon fils. Je connais ses habitudes. Il cache souvent ses affaires en dessous lorsque quequ’un garde les serviettes. Il est trop confiant. Je lui répète souvent qu’il ne peux pas faire ça, qu’un jour, quelqu’un lui prendra ses affaires. Et c’est justement ce que je vais faire. Je me penche alors, comme quelqu’un qui a perdu quelque chose et ma main fouille dans le sable. Je suis à un mètre de cet homme qui regarde au loin, comme s’il était à mille lieux de là. Alors je profite de son absence pour tendre la main vers les affaires de Siegfried. Cette gourmette, je l’a voulait pour moi. Mais toi tu m’as répondu sauvagement qu’elle te revenait car toi au moins, tu as « tout fait pour que Zach ait une chance de revenir en France. ». Tu as raison. Mais je veux manifester ma présence. Et tu vas connaitre ma colère espèce de petit ingrat. Mes doigts sont tendus vers la petite chaine qui dépasse du sac et je suis à deux doigts de l’attraper. A deux doigts. Je ne suis pas très rapide et je compte sur la chance que cet homme ne se doute de rien.
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MessageSujet: Re: "Je suis une moule et ta famille, c'est un rocher ?" Docteur Kyle <3   Dim 19 Oct - 15:33

« Tu me feras monter sur un cheval le jour où je serais mort.
- C’est ce qu’il risque de t’arriver si tu ne manges pas. »

Papa, il ne sait pas ce qu’il rate. Monter sur un cheval, le rêve. J’ai toujours adoré ça. Maman m’a payé des cours d’équitation en Angleterre, t même si je n’étais pas très bon, j’essayais d’avoir un score honorable auprès du moniteur à la fin de chaque cours. Mais d’après lui, j’étais trop agité sur l’animal, trop pressé, et surtout j’avais « une assiette de merde ». Ah. Merci. Maman a continué à me payer les cours, jusqu’à ce que papa réclame ma présence à Miami un peu plus souvent. Et depuis je ne suis plus monté sur un cheval. Il faut dire qu’ici, ils sont assez rares. A peu près aussi rare que les types qui portent un T shirt noir en plein été pour masquer les stigmates d’une ancienne vie un peu trop dure. Beaucoup trop dure, dirais-je. Papa ne se laisse pas démonter. Il tire la tronche, manifestement sous l’emprise d’un souvenir douloureux. Il a dû tomber de cheval, c’est obligé, autrement il ne ferait pas cette tête. Donc ?

« Bon, et pourquoi pas ?

- Je ne monterais jamais sur un cheval. C’est des bêtes vicieuses. Ca te fout par terre en deux secondes.

- Ma bête vicieuse à moi sera bien dressée. Mais tu fais comme tu veux… »


Maman sourit dans son coin en allumant une de ses cigarettes toutes fines. Elle jette un regard moqueur à mon père, visiblement très amusée par la situation mais garde le silence. Elle observe. Elle apprend. Elle a toujours tout cherché à comprendre et là, elle veut comprendre ce qu’il se passe dans l’intimité, avec ces deux hommes qui se jaugent et qui se balancent des piques. Je crois bien que c’est suffisamment simple à deviner : ils sont amis. Mais vraiment amis. Papa n’a pas eu beaucoup d’amis dans sa vie, il n’en invitait que deux. Le plus fréquemment, c’était Rowlett, son ami chirurgien, qui vit toujours en Angleterre. Ils étaient à la fac ensemble, me racontait mon père. Moi, il me faisait rire cet homme, un peu bedonnant et presque chauve qui riait beaucoup. Je l’appelais Roulette, et lui ça le faisait rire. Et mon père me menaçait de me tirer une gifle.
Richard Rowlett adorait raconter des choses à propos de mon père, à propos de sa jeunesse. Il racontait des choses sur ses petites amourettes, ou du moins ses tentatives de drague avortées avec ma mère. Parce que ce que mon père ne disait jamais à propos de sa rencontre avec maman, c’est qu’il dut s’y prendre à vingt fois environ avant d’avoir le cran de l’inviter à boire un café. Si Roulette n’avait pas été là, je n’aurais jamais su cette anecdote. Et toi maman, tu étais touchée, toujours quand il racontait ça parce que toi tu n’avais jamais vu ce type bizarre, ce jeune de vingt ans en noir qui te regardait en cachette dans la cour de la fac, une clope au bec, déambuler comme une reine sur le campus, à rire très fort, les yeux grands ouverts, les pupilles dilatées par le plaisir de vivre. Tu ne savais pas qu’à l’époque, ton futur mari ne connaissait plus ce plaisir-là. Et il t’enviait. Avant de se mettre à te vouloir un peu trop fort. Tout ça c’est Roulette et son gros rire qui me l’a raconté. Et je suis du genre à bien mémoriser, moi. J’écoutais ces conversations ponctuées de rire avec intérêt, parce que mes parents ne racontaient jamais comment ils s’étaient rencontrés. Ma mère, c’est la plus belle femme du monde, avec ses grands yeux d’un vert d’eau et son sourire immense qui lui déformerait presque le visage. Mon père il parait toujours plus vieux parce qu’il ne sourit jamais, austère, avec un peu trop de cernes. Mais pourtant, malgré une différence physique nette, elle est tombée amoureuse de lui. Parce qu’elle le voyait souvent, tout seul dans son coin lorsqu’il y avait des conférences, et ça a commencé à l’intriguer. Quand il a pris la parole dans tout l’amphithéâtre pour présenter une étude en rapport avec son cursus, elle a écouté, fascinée, la voix grave du jeune homme avec qui personne ne trainait à l’exception de Richard Rowlett, le blagueur de la promo. Et de là… De là moi je suis arrivé.

Siegfried parle alors de… De quoi ? Son frère ? Je reste interloqué quelques minutes, incapable de dire le moindre mot, en proie à un mutisme total. Un frère ? ça se transforme en murmure alors que j’étale la crème solaire dans le dos de mon ami. Un frère. Quel âge ? Où est-ce qu’il est maintenant ? Que fait-il dans la vie, pourquoi tu ne m’en as pas parlé ? Quelque part ça me contrarie, parce que tu fais des cachotteries et je n’ai jamais aimé les cachotteries.

« Tu ne m’avais jamais dit que tu avais un frère Sieg… »

Je crois que tu as voulu répondre parce que tu t’es tourné vers moi. Mais mon père coupe court à la discussion, visiblement très agacé par la tournure que prend cette dernière. Il jette un regard perçant à Sieg avant de prendre la parole, râleur comme à son habitude. Papa me fait un peu peur, quelque part. Vraiment peur en fait, parce que je ne l’ai jamais vu aussi fatigué, jamais vu aussi bougon et aussi maladif. Depuis qu’on est arrivé, il tire la gueule. Je ne sais pas comment faire pour qu’il sourie, je n’ai jamais su. Il y a six mois il y a eu un changement radical dans son comportement. Quand il a quitté Eva. Papa s’est mis à sourire un peu plus, détendu et calme. Et même s’il me faisait garder par Sieg, et que je lui en voulais, je voyais quand je rentrais qu’il n’était pas le même. Quelque chose avait changé chez lui, un quelque chose qu’il doit sans doute avoir perdu maintenant. Je ne vois pas d’autre excuse. A moins qu’il soit tombé malade, très malade et qu’il refuse de me le dire. Je commence sérieusement à avoir peur. J’aimerais qu’il retrouve son sourire. J’aimerais qu’il revienne vers moi. Mais j’ai l’impression que quand il me regarde, il ne me voit pas tout simplement.

« Vous en avez pas marre avec vos questions ? C’est pas un interrogatoire, laisses-le tranquille.

« Dis donc, toi tu n’ouvres la bouche que pour dire de amabilités en ce moment… On s’intéresse, c’est tout ! T’as avalé un truc de travers ou quoi ? »


Maman s’énerve. Parce que visiblement elle se fait du souci, elle aussi. Et c’est assez compréhensible, parce que vu l’état de mon père, il faudrait ne pas avoir de cœur pour ne pas s’en soucier. Maman s’est toujours inquiété de sa santé, même quand on était en Angleterre et lui ici. Quand je rentrais, j’avais droit à un interrogatoire dans les règles. « Comment va ton père ? » « Il mange bien au moins ? » « Et sa copine, tu l’aimes bien ? » « Vous êtes sortis un peu tous les deux ? » Maman elle l’aime encore. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Elle lui tend un muffin que papa repousse du plat de la main, visiblement très agacé par le comportement de ma mère. Oui elle l’aime encore, mais ça n’a rien de réciproque, et elle le sait. Papa il est parti et il ne reviendra pas. Il m’a expliqué pourquoi. Sans pour autant être entré dans les détails. Le soir où il est entré dans ma chambre et où il m’a montré toutes ces marques qui barraient sa peau, le forçant de fait à porter ces pulls noirs à col roulé. Siegfried en a aussi, des cicatrices, un sacré nombre même s’il n’y en a pas autant. Il les porte sans complexe, là torse nu sur la plage, à l’inverse totale de mon père qui n’assume en rien le passé qu’il a vécu. Il me l’a dit. Il ne supporte pas de les voir. Pour lui c’est se rappeler un peu trop fort. Se souvenir un peu trop durement et il ne peut pas, tout simplement. Est-ce que tes cicatrices sont aussi traumatisantes, Sieg ? Celles du hold up oui, en tout cas. Parce que j’étais là, allongé dans mon sang, avec une jeune fille qui me parlait doucement mais j’ai vu, les yeux entrouverts, l’homme qui a enfoncé un poignard dans ton ventre et j’aurais pu crier, tu sais, crier plus fort encore que quand j’ai été blessé si la douleur n’avait pas décidé de me faire taire. Je t’ai cherché, dans l’ambulance, j’ai cherché ta main pour ne pas te perdre, en me disant qu’on oublierait jamais ça, tous les deux jamais. J’ai eu peur, mais toi aussi. Toi aussi tu as eu peur. Même si tu ne veux absolument pas m’en parler.

« Tiens, avale ça.

- J’en veux pas.
- Porter, fait pas chier.

- Kyle. M’appelle pas par mon nom de famille.

- … KYLE. Mange. Si tu tombes dans les pommes, on va avoir l’air malins, non ?

- Je tomberais pas dans les pommes, je vais bien ! »
« S’il te plait. Je ne t’ai jamais vu aussi maigre, je me fais du souci pour toi. Et je ne dois pas être la seule. »

« … ça va, ça va. »

Et hop, moi pendant qu’ils s’engueulent je chope le dernier. La main de Sieg part en direction du paquet mais non, trop tard, hé, regarde, il est dans ma bouche, houhou ! Je te fais un sourire plein de miettes, provocateur. Oui, moi aussi j’ai un sacré estomac et moi aussi j’adore les muffins. Et puis quelque part je me venge, aussi, parce que je sais parfaitement que tu n’es pas arrivé en retard parce que ta mère avait la gastro hein. Ça me fait râler, très fort dans ma tête. Les filles ça ne devrait pas exister, sur terre, ça empêche pas mal de choses. Il n’y a que Sarah. Sarah et ses cheveux blonds, Sarah et son joli sourire, Sarah qui est inaccessible parce que l’autre, il a un Iphone 5 et pas moi. C’est un peu dégueulasse non ? Et toi Sieg, pourquoi tu ne me privilégie pas moi plutôt que les autres filles ? C’est pas un peu dégueulasse ? D’ailleurs je ne peux pas m’empêcher de le dire, parce que ça m’énerve en fait, ça m’énerve vraiment.

« Sieg, tu étais avec une fille, c’est pour ça que t’étais pas là hein ? C’est pour ça que t’es arrivé en retard.

- En effet »

ET VOILA. J’en étais sûr. Alors elle était comment cette fois ? Blonde, brune, rousse ? Je croise les bras, renfrogné. J’en ai marre. Pourquoi tu aurais besoin de filles alors que tu m’as moi ? C’est RIDICULE. Et ça me gonfle, oui parfaitement ça me gonfle parce que tu devrais te concentrer sur moi et pas sur les filles. Les filles sont des idiotes, surtout à ton âge. Elles sont méchantes, moqueuses et elles n’ont pas de cervelle. Non, décidément ça me gonfle, vraiment.

« Tu es jaloux Ollie ? C’est de son âge d’avoir des copines »

Oui maman, je suis jaloux. Je ne réponds rien, je tire la gueule. Parce que je n’ai pas envie de répondre à ça, ça a beau être de son âge il pourrait éviter d’en changer tous les quatre matins, ça m’éviterait tout arrêt cardiaque. J’ai besoin de m’adapter, moi hein. Mais maman continue, elle m’ignore maintenant. Parce que je ne réponds pas. Tu sais je ne veux pas que tu amènes de filles avec nous. Je crois que ce sera ma seule interdiction indiscutable. Elles n’ont pas leur place ici, pas leur place.

« Je suis désolée si ce garnement t’en fait voir de toutes les couleurs. Il te fait souvent ce genre de crises de jalousies ?

- Il faut les voir ces deux-là quand Siegfried arrive en retard. Elle est jolie au moins Sieg ?
- Je te laisse juger par toi-même, Kyle. »


Il tend son téléphone à mes parents et moi je regarde, un peu en biais. Une fille, blonde, avec un regard méchant, et puis ses cheveux de toute façon c’est une couleur, ça se voit au premier coup d’œil. Elle est moche. Elle ne me plait pas. Comme la rousse ne me plaisait pas avec ses faux airs innocents. Moi je ne veux pas avoir affaire avec ces filles. Tu sais ici, on est une grande famille non ? Alors tu n’aurais pas dû arriver en retard. Oui, je sais j’ai des manies de putain de sale gosse, mais c’est comme ça. Parce que je ne peux pas faire autrement, je ne peux pas, j’ai été balotté trop longtemps d’une maison à l’autre, d’un pays à l’autre pour supporter tes absences et tes retards, toi qui sera sans doute le seul à m’apporter un semblant de stabilité. Parce que même mes parents n’en sont pas capable. Il n’y a que toi pour me sauver, tu le sais ça ? Sinon je suis un type qui court dans le désert. Un type sans visage qui cherche un but. Toi tu en as déjà un de visage, je le sais même si pour toi c’est encore un peu flou, les contours. Moi, je vis balloté entre deux familles, entre deux mondes et c’est toi, aujourd’hui, toi qui les as réunies, tu comprends ? Alors ne m’abandonne pas. Ne fais pas comme les autres, ceux qui ne m’ont jamais accepté parce que je parle un peu trop fort, que je cours un peu trop souvent. Ne fais pas comme ma famille qui a décidé de me faire jouer les pigeons voyageurs. Je ne veux pas te partager, Siegfried. Peut-être que je t’aime un peu trop fort.

« Mignonne, non ?

- Il faut l’avouer, tu ne choisis pas les plus moches. »
répond mon père en tenant le téléphone. Il lui rend l’appareil et moi je grogne. Je grogne comme à chaque fois que je croise le regard d’une jeune fille qui serait tentée d’approcher Siegfried en ma présence.

« Une fausse blonde. Peuh. »


Mais Siegfried continue, le regard tourné vers mes parents alors qu’il me prend le tube de crème solaire des mains pour m’en coller une tartine dans le dos. J’aime pas la crème solaire. Ça shlingue. Et puis après on colle de partout et bonjour pour retirer tout le sable, hein. Mais je laisse faire sans râler parce que maman me jette un regard appuyé, lourd de sens pour me faire comprendre que de toute manière, on ne me demande pas vraiment mon avis. Et si mon père avait été en forme il m’aurait fait une conférence dans les règles au sujet des différents cancers de la peau. M’voyez le genre.

« - Et… Oui. Monsieur fait des crises de Jalousie ! Au moins, je ne pense pas aux filles durant le travail. Je me souviens d’une fois où l’on est sorti manger une glace. Ecoutez. On est assis et on discute, tranquille, comme d’hab. La serveuse arrive et bon, je la trouvais jolie alors je lui fait un compliment mais bon… Elle a pas fait un pas vers le bar que Ollie lache un gros « Laisse tomber ce gros thon, même Sale rousse est plus jolie qu’elle… et moi j’ai répondu comme un chef que la vérité sort de la bouche des enfants. Enfin, il sait reconnaitre les jolies des moches, notre Ollie, hmm ? C’est bien, t’es sur la bonne voie.
- Il ne fallait pas être miro pour le voir. Elle était hideuse. Avec un nez aussi gros que mon pied gauche. »

Maman éclate de rire. Mon père, lui, fronce les sourcils. Il croise les bras, visiblement la blague ne le fait pas rire et je sais pourquoi.

« Ollie, j’ai raté quoi dans ton éducation, dis-moi ?

- Oh Kyle, intervient Cassandre, avoue que c’est drôle comme anecdote ! »


Il se renfrogne. Aie aie aie.

« Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle à être malpoli avec les gens.

- Mais elle était MOCHE !
- Et alors, tu crois que tu es plus beau que les autres toi ? »

Je croise les bras, vexé. Maman rigole encore parce que je crois que papa pourra dire ce qu’il veut, elle a choisi d’être de bonne humeur. Mon regard suit celui de Siegfried. Un cavalier, sur la plage. Il le montre du doigt et mes parents tournent la tête. Maman l’observe, fasciné. Papa, lui, a un frisson de dégout. Il est tombé de cheval à quinze ans en voulant impressionner une adolescente. Il a sauté sur l’animal, à cru et visiblement ça n’a pas trop plu au cheval qui l’a foutu par terre et lui a collé un coup de pied sur le torse. Une côte cassée et deux fêlées. Et la fille l’a pris pour un con. Et depuis ce n’est pas la peine d’oser lui demander de remonter sur un cheval. Visiblement, l’incident lui a servi de leçon : si on garde les deux pieds bien campés sur le sol, on ne se fait pas mal. Je connais cette histoire, c’est le deuxième ami de mon père qui me l’a racontée. Un type américain, qui vivait à Londres, l’âge de mon père. Terry Branch. Lui il connait plein de choses sur l’adolescence de mon père, avant qu’il parte faire ses études à New York à dix-huit ans. Cette anecdote, à l’époque m’avait fait hurler de rire. J’ai failli prendre une torgnole parce que j’en ai renversé mon assiette sur mes vêtements, ce soir-là.

« C’est ça que je veux . C’est un frison. Spécialement prévu pour le spectacle et le dressage.

- C’est une bête magnifique. Pas vrai Kyle ?

- Moi je trouve qu’il a l’air méchant. »

Je regarde l’animal. C’est vrai qu’il est magnifique. Il y a quelque chose de puissant dans la démarche d’un cheval et quelque chose de gracieux chez son cavalier. Moi je n’ai jamais réussi à être gracieux, et surtout pas sur un petit poney rondouillet qu’on me passait pour mes leçons. Et puis la bête ne m’aimait pas et elle me le faisait bien savoir. Siegfried se retourne, son regard se voile. Il y a comme de l’inquiétude. Mes parents ne voient rien, absorbés dans la contemplation de l’animal mais moi je le vois, ça, je le vois et ça m’intrigue. Qu’est-ce que tu regardes comme ça ? Mes yeux suivent les tiens mais je ne vois rien. Seulement la foule qui se presse, là dans cette chaleur, des gens qui boivent un coup en terrasse, d’autres qui se promènent.

« Je croyais avoir vu…

- Vu quoi ?
- Ho rien. Heum… pour reprendre le sujet, franchement Ollie, à cause de toi je vais finir seul et vieux dans mon coin, gamin. »


Tu m’ébouriffes les cheveux, un peu comme pour effacer une mauvaise image de ta mémoire. Mais moi je ne suis pas dupe, je sais que tu as vu un truc et pour l’instant le sujet des filles ne m’intéresse pas. J’aimerais bien savoir. C’est ma curiosité naturelle, cette manie que j’ai de toujours vouloir tout savoir, tout le temps, sans dire quoi que ce soit en retour parce que moi je n’ai rien d’intéressant à dire. Les mains de Sieg étalent la crème en évitant soigneusement le bandage fait par mon père.

« T’en fais pas. Tu passes avant toutes ces filles. Elles ne t’arrivent pas à la cheville. »


Il pose la crème dans le sac et moi je souris, je le serre dans mes bras. Tu es un frère. J’ai toujours voulu avoir un frère, ou une sœur. Petit de préférence, pour que je lui apprenne des choses, pour que je lui montre des choses. Quand j’en parlais à maman elle m’adressait un silence pincé. Quand j’en parlais à papa il disait « Non. » avant de repartir bouquiner dans son coin. Mais la vie de fils unique aux parents divorcés, ça n’a rien de simple. Parce qu’on est tous seuls pour le subir, ça, tous seuls et à travers toi j’ai réussi à surmonter un peu cette angoisse de la solitude, maladive qui m’a pris aux tripes pendant cinq ans, ces cinq années de divorce qui me faisaient naviguer d’un pays à l’autre, tout seul dans l’avion en attendant de me retrouver sur le quai où mes parents m’attendaient, souriants. Mais en attendant je passais des heures tout seul. A me dire qu’il faudrait que je refasse le trajet en sens inverse. Aujourd’hui maman a acheté un appartement à Miami, pas trop loin de celui de papa, et elle cherche un éditeur américain. Et moi je me sens quand même très seul, même si je n’ai plus à faire toutes ces heures en avion. C’est difficile, tout simplement. Difficile à supporter, une séparation, moi qui avais une famille unie. Cet après midi c’est un peu comme une bouffée d’oxygène. Même si papa va très mal, et que tout le monde fait semblant de ne rien voir.

« On va se baigner ? »

Maman me sourit gentiment et retire son paréo pour laisser place à un bikini noir. Elle est juste… magnifique, absolument magnifique. Elle se passe un peu de crème solaire à son tour, histoire de bien se faire voir par mon père qui la regarde fixement, planqué sous le parasol. Il est là sans l’être, mon père. Parce que quand je lui propose d’aller nager il me regarde un peu comme si j’étais un fou. « Non, je vais rester ici à l’ombre, tu sais bien que je ne me baigne pas. » oui, c’est vrai. C’est vrai. Je me tourne vers Siegfried. « On y va, dis ? »


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MessageSujet: Re: "Je suis une moule et ta famille, c'est un rocher ?" Docteur Kyle <3   Lun 13 Oct - 0:33

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MessageSujet: Re: "Je suis une moule et ta famille, c'est un rocher ?" Docteur Kyle <3   Dim 12 Oct - 18:31

« Enfin bon alors Siegfried… Tu me parles un peu de toi ? Que je sache qui garde Ollie pendant que Kyle ne s’en occupe pas comme il le devrait une semaine sur deux. »

Je ne te connais pas, jeune homme, mais de nous quatre il y en a deux que je connais par cœur. Il y a ce petit, mon fils, avec ses cheveux en bataille, ses yeux clairs et son sourire, son air innocent, là, du haut de ses douze ans. Il y a le pansement qui est encore posé sur son épaule nue, que j’inspecte même si je te vois un peu du coin de l’œil. Ollie, tu sais, c’est un enfant que j’ai élevée quasiment seule pendant cinq ans. Pendant que son père vivait sa vie à Miami, loin de l’Angleterre, loin de tout. J’ai appris à connaître ses mimiques, ses airs absents, parfois, quand le week end il y avait un anniversaire organisé chez un gamin de l’école, et qu’il n’était pas invité. Je me suis battue, bec et ongles pour lui parce que malgré tout ce qu’on pourra dire à mon sujet, malgré tout ce qu’on pourrait me faire, je suis une femme qui ne vit que pour lui. Toi, tu es entré dans la vie de mon fils un peu comme on défoncerait une porte, tout ça parce que Kyle était tout bonnement incapable de remplir son devoir de père une semaine sur deux. Et ça m’est insupportable. Même maintenant que nous nous sommes installés en Amérique, tu rejettes ton gosse, hein ? Mais je ne quitte pas mon sourire. Parce que mine de rien, Siegfried, depuis qu’Ollie te connait, il vit enfin sa vie d’enfant, avec un grand frère qui prend soin de lui. Il n’y a qu’à voir comment tu le regardes. Tu l’aimes, ce gamin, tu l’aimes alors que tu le connais si peu, mais il a su te charmer, et rien que pour ça je regrette de t’avoir traité d’imbécile. Après tout, qui pouvait prévoir ce qui allait se passer ? Mais quand j’ai vu mon petit, mon tout petit là, allongé dans ce lit d’hôpital, j’ai perdu la raison, j’en ai voulu à la terre entière. Maintenant, je sais que c’était une erreur. Parce que tu n’es pas un idiot, ou peut-être que si mais par rapport à ce que tu fais à mon fils, ça n’a aucune importance, tu pourrais même être trisomique que je m’en foutrais, vu comme tu le rends heureux. Tu sais, mon fils, c’est le seul cadeau que Kyle m’ait jamais fait. Le plus précieux, je veux dire. Il n’y a qu’à voir ces cheveux bruns en bataille, qui prennent une couleur caramel au soleil. Il y a ces petites cernes, aussi, très légères mais qui vont s’agrandir, peut-être, plus tard. Comme son père. Et ce corps mince, aussi, ce n’est pas ma morphologie. Je reste assise, là, dans l’attente d’une réponse, parce que oui, oui je suis curieuse de savoir pourquoi tu plais tant à mon fils, ce qui fait de toi un gamin exceptionnel aux yeux d’Ollie. Pourquoi tu remplis cette place de grand frère. J’interprète le silence comme une hésitation. Ton regard va vers Kyle. N’aie pas peur, personne ne va te bouffer. Je veux seulement savoir. J’ai toujours voulu tout savoir. La curiosité, j’ai ça dans le sang et je l’ai transmise à mon fils. Mon fils qui dévore un muffin avec un grand sourire, en oubliant sans doute que son épaule a été transpercée de part en part par une balle. Une putain de balle, Kyle, et si tu avais vraiment voulu prendre soin de ton gosse, tu ne l’aurais pas confié à un jeune homme, et ça ne serait pas arrivé.
Oui, mais mon fils serait sans doute malheureux.

Mon bébé si joli,
Maman veille, mon petit
Ne crains rien, sèche tes pleurs
Viens sur mon cœur, mon tout petit.

Tu auras bien le temps
Car certains sont méchants
De connaitre les soucis
Et du chagrin durant ta vie.

Tu es mon doux trésor,
C’est toi seul que j’adore
Toi la raison de ma vie
Qu’il est joli, mon tout petit…

Je suis une femme de quarante-trois ans qui avait de grands projets d’avenir. Mes parents m’avaient payé une école très coûteuse pour devenir journaliste. J’étais promise à une belle carrière, belle et intelligente comme j’étais, et autoritaire, très autoritaire. J’aurais pu vivre une vie de rêve, riche, mais seule sans doute. Parce que je ne voyais que ma carrière, rien de tout le reste. J’étais une étudiante sur le campus de Londres qui traçait sa route, seule, entre les lettristes promis à un métier de prof, les chimistes, les ingénieurs, les médecins et les historiens, moi je voulais écrire sur le monde, le changer, je voulais être une femme dont on se rappellerait pour ses répliques incisives, pour oublier que je n’avais jamais connu l’amour d’une sœur ou d’un frère, ni même de mes parents qui régissaient ma vie comme du papier à musique, millimétré jusqu’à la plus petite des mesures. Ils appelaient ça de l’amour. Mais mon père il ne m’a jamais prise dans ses bras. Ma mère me regardait avec mépris si je ramenais une mauvaise note, et me félicitait du bout des lèvres lorsque j’en avais une bonne, entre le fromage et le dessert qu’une boniche nous donnait directement sur la table en marbre. Et j’étais persuadée que ma vie serait belle. J’étais persuadée que tout ce que je faisais était juste.

Tu sais Siegfried, je n’ai pas repensé à ça depuis des années, depuis mon divorce. Parce que Kyle n’a plus jamais voulu me voir plus de dix minutes, lorsqu’il habitait à Londres. Il ne me contacta plus lorsqu’il s’installa à Miami, ou seulement pour me confirmer la date et l’heure d’arrivée d’Ollie à l’aéroport pour les vacances. Cela fait des années que nous n’avons pas expérimenté ce genre de sorties. Et je comprends que c’est mon fils qui nous réunit tous les quatre. Notre monde à tous lévite autour du regard rieur d’Ollie qui boit une gorgée de soda, toutes dents dehors. A côté d’un Kyle assis, bras croisés, habillé tout en noir par cette chaleur étouffante. Et il tire la gueule, pour changer.

« Bien sur, pas de problèmes. Que veux tu savoir… ?

- Un peu tout ! Ce que tu fais dans la vie… ce que tu aimerais faire plus tard. Tes loisirs. Comment tu arrives à supporter le vieux ronchon qui grogne sous son parasol…
- Tu sais ce qu’il te dit le vieux ronchon ? »


Tiens, tu es vivant toi ? Je me tourne vers mon ex-mari qui croise les bras et qui me fusille du regard. Tu n’es pas content, Kyle ? Te rends-tu seulement compte que tu es le seul à ne pas sourire, ici ? Siegfried éclate de rire, très amusé par la situation. Kyle et moi on s’est toujours balancé ce genre de piques. Il sait que c’est ma manière à moi de lui dire que je l’apprécie toujours autant, malgré son air renfermé, malgré ses secrets et les cernes, de plus en plus grandes qui dévorent son visage. Mais je n’ajoute rien à son encontre parce que ça me fait rire, moi aussi, et rire Ollie, cette réaction de vieil idiot qui boude, là, au milieu de la foule. Tu ne m’as jamais dit que le monde te mettait mal à l’aise mais je l’ai su, parce que ce n’est pas bien compliqué à deviner. Ton regard passe un peu partout et tu sursautes dès qu’un baigneur court en direction de l’océan, un peu trop près de toi. Le toucher, hein ? C’est ça qui génère ton agoraphobie. Tu as peur qu’on te touche, même par inadvertance. Tu sursautes au moindre éclat de voix. Détends-toi Porter, personne ne voudra jamais te faire du mal. Ou du moins pas tout de suite parce que je ne vois vraiment pas ce que tu peux craindre sur une plage. Je me tourne à nouveau vers Siegfried, réellement curieuse. Alors ? Parle-moi de toi. Dis-moi pourquoi Ollie t’aime autant.

« D’où viens tu ?

- Hé bien je viens de… je viens de France. En fait j’ai… je passais tous mes étés depuis l’âge de neuf ans, à Portland. Mes parents ont divorcés, alors je passais d’un pays à l’autre chaque été. Puis… J’ai décidé de rester ici. Aux Etats-Unis… et de quitter Portland pour l’Arizona. J’ai bossé pendant deux ans dans un ranch et puis j’ai recommencé les cours. ».

Un français. Je comprends rapidement pourquoi Kyle l’a engagé. Un gosse perdu, c’est ce que tu m’inspires. Je ne pense pas que Porter aurait pris un enfant de bourgeois ou même un gosse sans histoires. Ça l’a toujours attiré, les garçons perdus. Il a toujours voulu sauver la veuve et l’orphelin, Kyle, depuis la mort de sa sœur. Et j’ai l’impression que tu ne fais pas exception. C’est peut-être pour ça qu’il m’a épousée. Je ne sais pas si j’étais, à ses yeux, la veuve ou l’orphelin mais cette rencontre, je ne l’oublierai pas. Rien de tout ce qu’il s’est passé, d’ailleurs, du début à la fin. Oh, par la suite il y a bien eu James, mais c’était pitoyable, tellement pitoyable. Six mois d’ennui monumental. J’ai jamais réussi à rencontrer quelqu’un d’autre après toi, Porter, et je crois que je te déteste un peu dans le fond pour ça. Parce que j’aimerais refaire ma vie mais que je suis enchaînée à toi par un lien de sang, déjà. Ollie. Et par autre chose qui me fait dire qu’il sera difficile, pour moi, vraiment difficile de t’oublier. J’écoute le petit avec attention. Portland, l’Arizona… Ce sont des lieux que je ne connais pas. Mais j’ai l’impression que ça cache des choses. Des choses qui ne me regardent pas, d’ailleurs. Alors je me contente de le regarder parler, d’écouter et de retenir. Surtout de retenir, parce que je ne veux pas que mon fils soit avec n’importe qui. Pour moi, c’est important de savoir.

« - Tu veux bien m’en mettre dans le dos, s’il te plait ?

- Ouais ! Papa dit toujours d’en mettre plus sur les cicatrices parce que c’est le plus fragile.
- Ha… les massages aussi remarque.

- Les massages ? Tu n’auras qu’à demander à la sale rousse. »

Hahaha. Mon fils, jaloux au possible. Il fit une vie pas possible à James lorsqu’il apprit que j’avais un nouveau compagnon. D’ailleurs ce connard s’est barré pour ça, mon fils a gagné la bataille. Je n’en ai pas voulu à Ollie. Il savait parfaitement qu’entre une amourette et lui, je le préfèrerais, lui. Sieg rit, un peu, alors qu’Ollie se cale dans son dos et étale la crème solaire. Ce gamin est assez bien foutu, quel dommage que des cicatrices barrent son corps comme ça. Mon regard s’attarde dessus alors qu’il parle. Parce que c’est assez impressionnant comme collection. Et je trouve ça courageux de les montrer. Je vois que Kyle l’observe, lui aussi et tire un peu plus sur la manche de son pull. Ce pull que t’as jamais voulu retirer, même pour coucher avec moi. Ça a quelque chose de tellement étrange. Tu portes le mystère dans le regard, Kyle, t’as jamais cessé de le porter, et c’est pour ça que je t’aimais autant. Parce que j’aimais tous ces secrets qu’il fallait percer avec toi. Mais tu ne l’as jamais fait, concernant ce pull. Je n’ai jamais réussi à voir ce qu’il y avait en dessous même après douze années de mariage. Même en essayant de rentrer dans la salle de bains à l’improviste, c’était toujours verouillé. T’as jamais foutu un pied à la piscine. Dans la mer n’en parlons pas. June savait pourquoi. Elle me l’a dit, une fois. Mais quand je lui ai demandé de me l’expliquer elle a refusé. « même maman ignore ça. Je suis la seule au courant. Je suis désolée, Cassandre mais si Kyle doit le dire je préfère qu’il te l’explique à toi. Et entre nous… J’aimerais beaucoup qu’il le fasse. »
Mais il ne l’a jamais fait. Porter, c’est pas quelqu’un qui parle. Jamais. Il n’y a qu’à le voir maintenant. Il allume une cigarette, silencieux, le regard complètement vide. Et je m’inquiète. Je m’inquiète vraiment parce que je ne l’ai jamais vu dans cet état, même après le décès de June. Il n’était pas aussi maigre, pas aussi chétif, il avait quand même l’étincelle dans les yeux, celle qui rappelle qu’on est malheureux, oui, mais qu’on est en vie. Que t’arrive-t-il, Kyle ? Ollie m’a dit que tu allais mal. Il m’a dit que tu étais peut-être malade. Et je commence à comprendre pourquoi mon fils se fait du souci. Mais on en parlera plus tard. Parce que Siegfried reprend.

« - Ho heum… et sinon… ha oui, je fais de l’équitation. C’est… c’est un peu ma… mon passe-temps. Outre les cours et les fêtes étudiantes évidemment. Ho d’ailleurs… Je vais bientôt m’offrir mon premier cheval.

- Wouaouh !!! c’est génial ! » s’exclame Ollie, des étoiles plein les yeux. « Je pourrais monter dessus dis ? Il sera de quelle couleur ? Oh steuplait dis moi que tu me feras monter dessus !! »

Porter se redresse, souffle la fumée sur le côté pour ne pas intoxiquer son gamin. Bravo Kyle, tu as gagné un bon point. Il ébouriffe les cheveux du petit, avec un sourire très mince. Mais un sourire, tout de même.

« Tu sais, Sieg il va avoir ce cheval un peu grâce à toi, donc je ne pense pas que ça pose un souci, mais arrête de le harceler. »


Moi je garde le silence, mes yeux verts bien grands ouverts pour écouter, parce que tout ça ça me dit qu’il y a des non dits, des choses que je ne sais pas, une complicité manifeste entre vous trois. Kyle, t’as horreur de la mer. Pourquoi tu es sorti ? T’as jamais aimé les lieux fréquentés, tu es aussi à l’aise qu’une truite au milieu de la savane, alors qu’est-ce que tu fais là ? Et ton visage, mon dieu. J’aurais presque du mal à te reconnaitre. Tu es si maigre que ça creuse tes traits, là sur ta figure, que tes cernes sont bien trop profondes pour être habituelles. Tes cheveux en bataille masquent un peu ton visage mais je vois, Kyle, je vois qu’il y a un vrai problème, que Siegfried le sait mais que ton fils même l’ignore. Il va falloir qu’on parle, parce que je veux comprendre. C’est vide, dans ton regard, c’est mort, presque parce que tu n’es pas là, tu es ailleurs, gagné par un trouble dont j’ignore jusqu’à l’essence. Dis moi, c’est pas à cause de cette connasse en rouge au moins ? Il y a six mois que tu l’as quittée. Et mon orgueil de femme a été chaleureusement caressé quand tu m’as appelé pour m’annoncer la nouvelle. Oui, pas de nouvelle femme dans ta vie, ou alors il faudra qu’elle passe à l’inspection. J’ai trop de mal à me dire que tu pourrais trouver mieux que moi. Trop de mal à penser que tu pourrais aimer quelqu’un dans ta vie, quelqu’un que tu aimeras bien plus fort que tu m’as aimée, moi.

« Sinon… hé bien, ma mère est restée en France. Et j’ai un jeune frère. Zach. »


Ollie lui tend le tube de crème solaire mais reste dans son dos, le visage pensif. Kyle se fige, d’un coup. Il fixe Siegfried, les yeux soudain en éveil.

Non Sieg, tu ne sais pas ce que tu risques là. Ne parle pas de ton frère tant que t’es pas prêt, d’accord ? Même à moi. Cache ça pour le moment, parce que sinon ils vont te poser des questions.


« …Tu ne m’avais jamais dit que tu avais un frère Sieg… »


Tiens, encore des secrets. Je regarde l’échange, silencieuse, observatrice. Mais Siegfried n’a pas le temps de répondre, parce que Kyle s’est redressé assez violemment, comme un sursaut, presque, et grommelle dans ma direction.

« Vous en avez pas marre là avec vos questions ? C’est pas un interrogatoire, laisses-le tranquille. »

Je fronce les sourcils.
« Dis donc, toi tu n’ouvres la bouche que pour dire des amabilités en ce moment… On s’intéresse, c’est tout ! T’as avalé un truc de travers ou quoi ?

- Cassandre… »

Tu n’as pas idée de ce que je vis. Je ne voulais pas être ici, moi, je ne voulais pas, tu comprends ça ? Et je dois détourner votre attention pour qu’il n’y ait pas de questions sur le gamin. Prenez-vous en à moi, mais foutez la paix à Sieg. Moi, j’ai plus rien à perdre. Lui il est trop jeune, bien trop jeune pour être malheureux.

Non, j’ai pas idée de ce que tu vis parce que tu ne dis rien, que tes yeux se contentent de me foudroyer. Moi, je croise les bras, contrariée. Bon, parfait. Tu veux te battre ? Moi non. Alors je reste silencieuse, pendant qu’Ollie reprend place. Il nous observe, tous, manifestement très content de nous avoir tous les trois, rien que pour lui. Alors je fais contre mauvaise fortune bon cœur, et je tends un muffin à Kyle, l’un des rares qui n’ait pas encore été englouti par le jeune gardien de mon fils.

« Tiens, avale ça.

- J’en veux pas.

- Porter, fais pas chier
.
- Kyle. M’appelle pas par mon nom de famille. »


C’était lui qui le faisait. Ne me le rappelle pas.

Je pousse un ENORME soupir.

« …KYLE. Mange. Si tu tombes dans les pommes on va avoir l’air malins, non ?

- Je tomberai pas dans les pommes, je vais bien ! »

Mon ton autoritaire se transforme en supplique. Kyle, je ne sais pas ce que tu as mais ça m’angoisse, ça m’angoisse vraiment.
- S’il te plait. Je ne t’ai jamais vu aussi maigre, je me fais du souci pour toi. Et je ne dois pas être la seule.

- …ça va, ça va. »

Mon ancien époux attrape le muffin en boudant, les yeux levés au ciel. Et nous on le regarde. Bien, parfait, voilà qui me rassure. Dans sa famille je sais comment sa fonctionne. June est morte de ça. Quand l’un des deux jumeaux avait une contrariété, ils cessaient de manger, tout simplement. June se faisait tabasser, l’anorexie a eu raison d’elle. Kyle lui ? Je l’ai vu jeuner plusieurs fois le soir lorsqu’Ollie ramenait une mauvaise note ou que je m’engueulais avec lui. A table il nous servait le sempiternel « pas pour moi, merci » et il filait s’enfermer à double tour dans son bureau. Ollie commence à faire ça, lui aussi, mais je le rappelle à l’ordre. Eh. Tu passes un peu trop de temps avec ton père toi hein ? Tu vas virer à la névrose. Ollie s’approche de Siegfried, s’assoit à côté de lui. Il fronce les sourcils. Possessif, ce petit, tellement possessif. Ça me fait sourire, amusée par le contexte de cette situation. Bordel, les Porter, vous avez vraiment quelque chose de fascinant. Kyle mange son machin miette par miette. Je le fusille du regard mais à l’évidence, il s’en fout.

« Sieg, tu étais avec une fille, c’est pour ça que t’étais pas là hein ? C’est pour ça que t’es arrivé en retard. »


Siegfried répond au gamin pendant que j’observe Kyle. Je ne te dis rien pour le moment. Mais ce visage cerné, si tu savais comme je l’ai aimé. Si tu savais comme je l’ai admiré, jusqu’au bout des cils.

« Tu es jaloux Ollie ? C’est de son âge d’avoir des copines. »
répondis-je en riant. Kyle semble se détendre un peu. Je ne sais pas bien pourquoi.

Parce que tu ne parles plus de son frère.


« Je suis désolée si ce garnement t’en fait voir de toutes les couleurs. Il te fait souvent ce genre de crises de jalousie ? »


Tout le temps, Cassandre, comme il nous en faisait à nous. Mais dans mon cas plus besoin de les faire. Je vais avoir pas mal de temps pour toi, mon fils. A mon tour d’observer Sieg. Et de lui adresser un signe de tête, en remerciement. L’agressivité de Cassandre, je le sais, n’est rien de plus qu’une façade pour dissimuler son inquiétude. Alors je décide de faire preuve d’un peu plus d’amabilité. Après tout, ce n’est pas de votre faute, à vous trois. Je remonte un tout petit peu ma manche. Je crève de chaud.


« Il faut les voir ces deux-là quand Siegfried arrive en retard. Elle est jolie au moins, Sieg ? »

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MessageSujet: Re: "Je suis une moule et ta famille, c'est un rocher ?" Docteur Kyle <3   Jeu 9 Oct - 1:25

« J’ai bien fait de me raser. » pensa t-il en pénétrant sur la plage. Partout il y a de la meuf à pécho. Là, là et là. Une rousse aux belles boucles recouvrant une belle poitrine généreuse, une blonde à la taille de guêpe endormie sur son livre, une brune qui commente son maillot de bain juste trop « in »  à sa copine grosse et moche… bref, la pêche serait bonne si le jeune français n’avait pas mieux à faire. Mieux à faire que charmer la gente féminine ? Oui. Il ne s’agissait pas d’éviter la jalousie d’Ollie, loin de là. Mais le gamin avait plus d’intérêt à ses yeux qu’un coup d’un soir. De plus, Elena avait assez de caractère pour lui dévisser la tête s’il venait à regarder ailleurs. Ne le cachons pas, la jolie blonde avait de quoi l’intéresser, plus que d’autres filles qu’il aurait approché dernièrement.
Mais à présent, il était quatorze heure. Quatorze heures dix, certes. Il ne louperait ce moment pour rien au monde.
Encore fallait-il le trouver. C’était noir de monde. Meufs, gosses, tout. Familles nombreuses, famille tout court… il cessa de marcher, sachant que de toute manière, il ne trouvera rien s’il avance à l’éveuglette. De toute évidence, il n’était pas difficile de localiser Kyle. Rien qu’à  voir l’année dernière : certes, il n’avait jamais pénétrer dans l’infirmerie mais il voyait bien « un drôle de type pas souriant, habillé en noir, même lorsque le thermomètre menaçait d’exploser ». D’ailleurs, il se rappelait avoir déclaré à voix haute et intelligible voix qu’il « fallait être totalement con pour s’habiller comme un croque mort alors qu’il faisait 40 degrés. ». Sa discrétion légendaire l’avait conduit à le dire en rigolant en passant devant la fenêtre où « le type en noir fumait ». Oui, bravo, Siegfried.
S’il suivait la logique, Kyle portait du noir, même aujourd’hui sur la plage. Cette méthode porta ses fruits puisqu’il le vit de loin. Il sourit légèrement. B Quelqu’un d’aussi peu expérimenté que Siegfried, ne pouvait pas comprendre comment un sentiment apparemment bienfaiteur puisse provoquer une telle maigreur sur un corps pourtant en bonne santé. Pourquoi ce visage aussi pâle ? Le manque de l’autre pouvait-il vraiment provoquer un effet néfaste sur le corps ? L’esprit avait donc autant d’emprise sur le corps en cas de sinistre ? Pourquoi ? Comment ? Naïvement, Siegfried se promit qu’en cas de rupture, il parviendrait à cacher sa peine et sa tristesse. Oui, il y parviendra. Non, il ne se laissera pas aller. Même si c’est douloureux à en mourir, il ne laissera pas la solitude l’amaigrir de son assurance apparente. Là, sont les personnes n’ayant jamais connu leur âme sœur.
Ca y’est, il a deviné qu’une fille l’a retenu et il montre clairement son désaccord.  Malgré quelques mots affectueux, le gamin ne se départit pas de son sourire. Ce gosse est d’une jalousie, c’était pas croyable ! Il fallait le voir lors de leur sortie à deux. Il se sentait possédé par l’enfant, c’était phénoménal. Et fort attendrissement. De toute évidence, Sophie Turner elle-même pouvait le draguer de toute ses forces, le regard de Siegfried ne se détournera pas de la compagnie d’Ollie. Il avait déjà dédaigné une fille alors que l’enfant se tenait à ses côtés. « Hé non ma petite dame, je ne me sers pas de mon p’tit frère pour aller à la pêche. Désolé, je ne mange pas de ce pain là. Ouste. ». Tels sont les mots qu’il lui avait lancé à la figure comme une tasse café brulant. Dégage…
Et il fait la gueule ! Il montre clairement que « non, pas de fille quand tu dois me voir moi ! Tu m’appartiens Siegfried. Ne regarde pas les filles quand je suis là. ». Non Ollie. Vu ce qu’il se passe lorsqu’il cède à la tentation de suivre une nana alors qu’il est censé garder un enfant, non, plus de fille pendant le travail. C’est fini. Il lui lance un regard attendri et se tourne vers Kyle. Hum. Rien ne va. Il osa pourtant espérer qu’avant la fin de la journée, une once de sourire étire ces lèvres figées par un célibat forcé. Sans le vouloir, son regard passa de sa tête jusqu’à ses jambes, redoutant à présent de tomber amoureux à son tour. Ce n’était pas ainsi qu’il l’avait rencontré. Pas de sourire, rien du tout. Mais toujours est-il qu’il lui avait apparu droit et vif mais aussi -et surtout- inébranlable. M’enfin, il l’avait tout de même mal juger le premier soir. La première apparence, n’était pas toujours la bonne. C’était que mensonge… on aurait dit qu’aucune passion n’était capable de l’atteindre. Oui, un homme habillé en noir ne tombe pas amoureux, c’est bien connu. Il lit des trucs tellement chiants que même l’ennui a trouvé son maitre. D’ailleurs, nul besoin de jeter un œil à ses lectures. Il doit sans doute s’intéresser à des essais philosophiques oubliés de tous ainsi que des romans incompréhensibles aux yeux même de leurs propres auteurs. Et cette propreté macabre ! Il doit sans doute faire le ménage tous les jours… Méprisait-il autant les petites saletés ? Il doit également rester seul le soir après le travail puisque personne ne supporterait pas d’entendre ce mec austère cité du Julien Gracq, hmm, m’voyez… ?
La morale de l’histoire est simple : Tout le monde peut être concerné par une peine amoureuse.
C’est en connaissant Kyle Porter que Siegfried apprit que non, la première impression n’est pas toujours la bonne. Ce proverbe à la con entrait bien évidemment en conflit avec celui-ci « Ne pas se fier aux apparences. » Hey les mecs, il faudrait tomber d’accord, non ? Alors que doit-on faire ? Se fier à une tête d’enterrement ou creuser un peu ?
 
« Comment tu te sens aujourd’hui ?
- J’ai pas besoin de chaperon Sieg. Ca va très bien, à merveille je dirais. 
- Je vois ça. Ton humeur t’a habillé de la tête aux pieds » répondit-il en haussant le sourcil.
 
Puis soudain, Ollie prit la fuite sans crier gare. Hé bien, qu’est ce qu’il a ? Siegfried le voit partir tandis que son pied fait gicler une belle gerbe de sable dans la figure de Kyle. Les aléas de la plage, pas vrai. Siegfried émit un petit rire mais se tut, histoire de ne pas se faire griller par son regard d’assassin. D’aiilleurs, est ce vrai ce mensonge ? Tout va vraiment bien ? Il sortit sa serviette de plage et l’étala à côté de la sienne. Hé bien ! Tout dans la forme, rien dans le fond. Vu le ton, non, rien ne va. C’est flagrant et tellement cliché de s’habiller en noir alors qu’il fait beau… « Tu montres clairement que non, rien ne va, mon pauvre vieux. » disaient ses yeux sans le lâcher d’une semelle. Il eut envie de rigoler. Putain, c’était lui-même qu’il se voyait là. Silencieux comme une tombe face à la question qui fait mal « Comment était le Hold-up ? ». D’ailleurs, il en lâche un de rire devant son air boudeur. Amusant de dire que tout va bien alors que tout va mal. Kyle veut rajouter quelque chose mais il s’arrête net, non sans lâcher le « ho Putain » de celui qui a vu un truc inattendu. Siegfried lui jette un regard circonspect puis suivit son regard. Hum.
C’est Cassandre, evidemment. Il ne montre pas du tout son visage surpris en fait. Kyle, quant à lui, semble à la fois agacé et stupéfait. Vous voyez que ce gars ressent des trucs ! La preuve !
En contemplant la maman de son cher petit protégé, Siegfried ne put s’empêcher de penser à la sienne qui se trouvait à des milliers de kilomètres d’ici. Mais pour faire bonne figure, il gicla ces pensées afin de ne pas détériorer sa bonne humeur. Il avait tant de mal à en éprouver une vraie qu’il considérait comme un sacrilège à l’idée de la gâcher. D’ailleurs, c’est bon pour le moral d’avoir une jolie femme comme elle à ses côtés. Bien entendu, loin de tenter une approche, il lui adressa un sourire amical. Plus qu’amical. Non, pas de sous entendu. Mais quand Ollie disait que  sa mère était belle, ha oui c’est la confirmation. Maintenant que la nuit d’hopital était passée et que les larmes et la peur avaient disparues, Cassandre lui apparue comme possédant tous ses moyens. Plus de risques qu’elle lui tombe dessus en le traitant d’idiot et d’irresponsable. Ho oui, il l’avait entendu… « Tu as engagé un parfait petit idiot ! » avait-elle crié dans les couloirs de l’hôpital. Etrangement, il avait sourit intérieurement sans le nier. Il avait été idiot parce que le braquage n’avait été qu’une répétition d’une sombre erreur.
« N’y penses plus. Laisse toi aller. Tu n’as pas peur de son jugement… tu sauras te défendre en cas d’attaque. Et puis… pourquoi y’en aurait-il une ? »
 
Ses pensées s’interrompent. Un Ollie fou de joie se jette à son cou, ce qui le fait rire. « Je préfère ça, DovaKhin ! » Lui lance-t-il d’un ton soulagé. Ses bras se referment autour de lui  et comme à chaque fois qu’il l’enlace, il se sent un peu moins coupable et plus apaisé. Il valait toutes les femmes du monde. S’il devait choisir entre un rencard avec une nana et un week end entier avec Ollie, le choix se faisait de lui-même. Sa main glisse dans ses cheveux et les ébouriffe affectueusement en faisant bien attention à ne pas frôler sa blessure. « T’es pire  qu’une nana jalouse toi, je te jure. » murmure-t-il, amusé en glissant une dernière fois sa main dans ses cheveux.
Puis il sent le regard de Kyle sur lui, Ollie et son ex-femme. Ho… aurait-il des doutes ? Siegfried s’assied sur sa serviette, entraine Ollie dans le mouvement. Cassandre suit le mouvement. Le jeune français réprime un fou rire quand la main de Cassandre ébouriffe les cheveux de Kyle. Il détourne les yeux, sinon, il est sur de mourir de rire à l’instant, là. Et monsieur râle encore et toujours. Quoi ? Un guet-apens ? Siegfried hésite un moment et se sent tenté de dire oui, même si c’est faux. Mais les soupçons se portent sur Ollie.
 
« Dis donc toi, tu aurais pu me prévenir que ta mère viendrait.
- J’ai voulu faire la surprise ! Elle a dit oui tout de suite. »
 
Puis Kyle se tourne vers lui… Siegfried sourit un peu et hausse le sourcil en écoutant sa question. S’il était au courant ? Non, bien sur que non. Il afficha un air stupéfait. Mais comment aurait-il pu être au courant ? Pourtant, il émit un petit rire et acquiesça. Juste pour t’agacer ! Il s’installe sur sa serviette non sans lâcher un « Bien sur » assuré, en totale contradiction la surprise qu’il avait ressenti en voyant Cassandre. Toutefois, ce fut gêné –sans le montrer- qu’il détourné la tête. Merde, Cassandre qui débarque sans prévenir. « Haaa Ollie » se dit-il « Dans quelle situation tu me mets ? Je sais, ta mère est belle et gentille. Mais… moi sa présence m’embarasse. Je ne le montre pas car je sais aisément le dissimuler. Je me souviens de ses cris dans le couloir de l’hôpital. L’espace d’un instant, je me suis réveillé et j’écoutais ce qu’elle disait. Mais je me suis rendormie. Il valait mieux. ». Une gêne s’empara briévement de ses tripes. C’est la mère et c’est une lionne. Fais gaffe à ce que tu vas montrer. Il vaut mieux.
Elle lui parle, Siegfried lui adresse un sourire mêlé de politesse et de chaleur. Comme il l’a toujours fait devant les parents qui cherchait un baby-sitter. Il imagine alors que tout va bien dans son existence. Il n’y a pas eu de braquage et ses nuits n’ont rien de cauchemardesques. Il ne fuit pas le regard de Cassandre même s’il a de quoi intimider n’importe quel téméraire. Il a appris à soutenir le regard de l’adulte intransigeant. Les yeux verts de cette grande et belle femme l’examine mais il n’a pas peur. Son regard brun et franc se plante alors dans celui de Cassandre. « Elle va te poser des questions, alors défend toi. On ne sait jamais ce qu’elle peut te demander. ».
 
« Ollie dit que tu aimes les muffins. » dit-elle en installant une nappe et quelques friandises qui trouvent grâce à ses yeux. Une lueur gourmande s’empare de son regard, lorsqu’il aperçoit le muffin. Fourbe. C’est une excellente manière d’endormir sa vigilance. Le français gourmand acquiesce et se rapproche… « Laisse donc ce vieux boudeur, il viendra quand il voudra. Viens manger un bout, ça peut pas faire de mal. 
- Avec plaisir. » répondit-il en se rapprochant.
- Et toi Kyle tu ferais mieux de faire de même, il date de quand ton dernier repas ? »
- Pas ton affaire. »
Siegfried sourit légèrement. Kyle ne se laissait pas faire et il avait bien raison. Mais Cassandre n’était pas quelqu’un de stupide. Elle finirait bien par découvrir le pot aux roses. Tandis qu’ils se disputent légèrement, Siegfried observa Kyle du coin de l’œil. Il y avait du dégat certes, et tant dans le physique que dans l’humeur. Ses répliques se faisaient aussi lapidaires que des cailloux lancées au premier courant osant poser des questions délicates.
Siegfried ne comprenait toujours pas comment on pouvait en arriver là. Pourquoi… ? Comment Lavine peut-elle autant supporter autant de douleur sans songer à se tuer ? Ses souffrances morales débordent tant et si bien qu’elles brulent son physique, le malmène et le transforme en coquille fragile et vulnérable.
 
« Amour me traite avec dureté. Le jour je souffre, et la nuit plus encore. Peu lui importe de faire mourir une tendre jeune fille qui ne peux se défendre contre lui. Tu m’as enseigné une rude leçon dont pas un ver n’était sans souffrance. Enseigne moi donc ton remède !
- Repose toi, folle Lavine, tu dois bien t’en imprégnier.
- Je ne l’ai que trop dans l’esprit.
- Etudie là bien et retiens-la !
- Je connais toute la souffrance, et bien peu de bonheur. Amour tu n’as cure de ma vie, tu memènes à trop vive allure, puisque tu m’as chargée d’un lourd fardeau, il me faut céder d’un lourd fardeau, il me faut céder à l’épuisement ;si je ne renonce pas à continuer à le supporter, sa proximité me bouleverse. »
 
Mais ce passage a moins d’intérêt que la suite. Attendez un moment. La reine a bien dit à sa fille de ne surtout pas s’approcher d’Enéas : après tout c’est un pd qui délaisse les nana au profit d’hommes dépourvus de bon sens et de moralité. Lavine n’ose pas dire que l’objet de ses souffrances est justement ce  type à  ne pas approcher. La tête de rat. Stupide Rho Kappa. Le petit jeune là, encore mineur qu’un adulte n’a pas le droit de toucher. Ces choses-là sont dégueulasses et dégradantes… toi, Lavine, t’approcher d’Enéas ? L’homme qui quitta Didon sans lui dire au revoir ? Le traitre à l’origine de la chute de Troie ?
Tu aurais du choisir Turnus : un parti bien plus raisonnable.
 
« La jeune fille vécut une nuit de souffrance, et le lendemain, quand la reine la vit si dépourvue de couleur (et maigre comme un clou) avec un visage et un teint altérés, elle l’a questionna sur son état. »
 
- Et toi Kyle tu ferais mieux de faire de même, il date de quand ton dernier repas ? »
 
« Et sa fille lui répondit qu’elle avait la fièvre. – Pas ton affaire-. Sa mère sut qu’elle mentait. Il en était tout autrement. Elle l’a vit d’abord trembler, et aussitôt transpirer, puis soupirer et bailler. Blémir, pâlir, changer de couleur. Elle sut qu’Amour s’était emparé d’elle et qu’il l’a tenait en son pouvoir. Elle lui demanda si elle aimait. Celle-ci lui répondit qu’elle ignorait ce qu’était l’amour et son pouvoir ; La reine ne l’a croie guère, bien qu’elle dise ne pas aimer, et lui répond « Je connais bien ce genre de plaintes et ces soupirs si languisants : ils proviennent de l’amour, du tréfond de l’être. Les plaintes et les soupirs provenant de l’amour sont très profonds, en contact étroit avec le cœur. Ma fille tu aimes, tel est mon avis !
- Jamais je n’ai eu de telle chose en tête
- Tu connais certains traits de sa nature
- J’ignore ce que c’est et j’en ai cure.
« - Que tu le veuilles ou non, ton visage en est pâli et sans couleurs. Amour t’a frappé, je le vois bien. Tu le caches, je ne sais pourquoi. »
 
 
« Je suis très heureuse que tu veuilles aimer, tu ne dois pas me le cacher. Turnus t’aime depuis bien longtemps, si tu l’aimes, c’est raisonnable. Tu dois aimer d’un amour loyal celui qui t’aime honorablement. Je ne t’en tien pas rigueur je t’y ai bien encouragée, et je t’ ai bien incitée. Je suis heureuse de te voir éprise. Fais à présent en sorte qu’iil sache que tu l’aimes.
- A Dieu n’en plaise qu’il ait mon amour. Non, il ne l’aura pas.
- Comment ? Tune l’aimes pas ?
- Non.
- Et moi je le veux !
- Vous l’aimez beaucoup !
- Mais toi aimes le !
- Il n’est rien pour moi !
- Pourtant il est beau, preux et noble.
- Il laisse insensible le fond de mon cœur.
- Avec lui ton amour est en de bonnes mains.
-Je ne l’aimerais jamais.
- Et de qui t’es tu donc éprise ? »
 
 
Il n’y avait que quelques gouttes pour le moment mais peu de temps pour stopper une hémorragie impossible à réguler. C’est comme la tienne Kyle. Tu as mal mais tu vas devoir faire avec… une fois que ta blessure est ouverte, tu peux y aller pour  tenter de la refermer. Je ne comprends pas ta douleur mais toi, tu ne pourras jamais comprendre ce que je ressens aujourd’hui.
Pourquoi je ne te parle pas du braquage à ton avis ? Pourquoi suis-je incapable de mettre des mots sur cet événement ? Pourquoi j’évite de te parler de ça ? Pourquoi est ce toujours à une heure avancée de la nuit que je parviens à mettre des mots sur la douleur ? Je ne peux pas le comprendre, pas encore. Je ne suis pas mature, pas assez sans doute. Pour moi ce sont les filles et rien d’autre… je n’ai pas le temps de penser qu’un homme c’est aussi bien qu’une femme parce que mes sentiments amoureux à moi sont pratiquement inertes. Ils mettent du temps à éclore puisqu’une chaine empêchent les pétales de se déployer. J’ai perdu quelqu’un…. Ça tu le sais et tu le comprends.
Mais si tu connaissais la vérité, l’entière vérité telle qu’elle s’est véritablement passée, je pense que tu me regarderais avec horreur.  A ton tour, tu ne comprendrais pas. Un jour tu le sauras… quand Ollie sera assez grand pour ne plus avoir besoin de moi. Pas avant… je suis fou de ton gosse bordel. Je ne sais pas si c’est une simple amitié ou un attachement maladif, un retour dans le passé addictif, mais je sais que je ferais mieux d’arrêter là.
Nous avons chacun sur cette terre une souffrance qui n’appartient qu’à nous et que personne ne peux comprendre. On ne peux que rester présent l’un pour l’autre. C’est suffisant, n’est ce pas ?
 
« Oh, dans ce cas, parfait. Mais ne vient pas te plaindre si tu tombes en carafe au milieu de l’apès-midi. Sérieusement, bois un truc, tu es tombé malade pour être maigre à ce point ? T’étais pas comme ça il y a trois semaines. »
 
Siegfried sourit mais n’intervient pas. Il ne se mêle pas des affaires des autres. C’est une dispute d’un ancien couple qui n’a plus lieu d’être mais qui se retrouve, en paix. Le français mord dans le muffin – Chocolat blanc et fraise ? Mais c’est parfait- et il se dit que « putain de merde, ça fait un moment qu’une maman ne lui a pas offert un gâteau. ». Il oublie donc un peu la petite guerre entre les deux ex et s’exclame :
 
« Putain de bordel de merde, tu loupes un truc Kyle… »
Et lui de répondre d’un ton blasé :
« Franchement, je m’en passe très bien surtout si c’est Cassandre qui les a faits. »
Okay, ça sent mauvais. Hey ho ! Siegfried lui jette un regard loin d’être catastrophé mais tout de même éloquent. Pitié, ne déclenche pas la même guerrilla que le premier soir s’il te plait… ! Mais Cassandre riposte en riant :
« Je les ais achetés, ducon ! Tu ne risques pas de mourir empoisonné. »
Frissons de plaisir en croquant dedans à nouveau. Achetés ou pas, rien à faire. C’est juste… parfait. En même temps, s’il a toujours faim… dans tous les cas, son estomac se trouve gâté en ce moment. Lorsque Kyle l’invite pour manger, ce n’est jamais pour du fast food, seulement pour des sushis, les lasagnes aux aubergines là… ha oui, parmejana, et d’autres trucs, très, très bons. D’ailleurs, en bon français, il s’était de riposter en lui préparant de la truffade. Mais quelle épreuve de préparer un repas à côté de Kyle Porter. L’a de la chance que son sang-froid est à toute épreuve : « Y’a une grosse tâche de sauce là. » « Et la vaisselle s’empile. » « Fais gaffe ! Tu salis tout ! » « Tes lardons ! Remue les sinon ils seront cuits que d’un côté ! »  « Rajoute du fromage. ». Et vas’y que je t’apprends à faire la truffade. M’enfin malgré toutes ces agaceries, Kyle a finit par l’apprécier sa truffade.
Puis Cassandre se tourne vers lui et lui adresee un sourire charmeur. Un sourire en coin charmeur apparait sur son visage à lui. Non, il ne l’a drague pas, loin de là. Seulement, il aime plaire. Et rien de plus valorisant que plaire à une maman qui confie son fils à un ‘étranger » ?
 
« Enfin bon alors Siegfried… Tu me parles un peu de toi ? Que je sache qui garde Ollie pendant que Kyle ne s’en occupe pas comme il le devrait une semaine sur deux. »
 
Siegfried se tourne d’abord vers Kyle l’espace d’une seconde. Il lui avait déjà fait part de sa crainte d’être… hum… « soupçonnée » par la mère d’Ollie. Mais il lui fait signe que non. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Le jeune français avale le dernier morceau de Muffin en acquiesçant. Que dire sur lui… question piège. Il n’en laisse rien paraitre mais il sent bien que cette question amène  des sujets qui font mal. A lui d’être le plus sincère possible sans pour autant tendre de perche. Il chasse très vite l’embarras et finit par répondre.
 
« Bien sur, pas de problèmes. » répondit-il en cherchant bien ce qu’il pourrait raconter sur sa vie. Que voulez vous Cassandre ? La version bâtarde ou nouvelle de Siegfried Wade ? Parce qu’il y a deux personnes différentes à connaitre. Il cherche dans son esprit à toute vitesse car ce n’est pas une question anodine. C’est un terrain miné jalonné d’épreuves explosives. Un mauvais pas, une mauvaise question. Et tout est fichu. « Que veux tu savoir… ? ».
Et tandis qu’elle répond, Siegfried commence à déboutonner sa chemise. Il fait sacrément chaud. Puis, le pull noir de Kyle attire toute la chaleur dans ce coin de la plage. Siegfried connaissait très bien les raisons de cette folie. Durant un instant, il interrompit son geste. Allait-il vraiment tomber le haut devant tout le monde ? Une gêne le parcourut. C’était… c’était un peu provocateur n’est ce pas ? Sans doute. Mais il avait chaud, vraiment chaud. Alors son torse fut débarrassé de sa chemise. Ce qu’on pouvait dire de lui, de cette apparence d’écorché vif, il n’en avait rien à faire. Laissez ces plaies respirer. Elles en ont besoins. Elles s’habituent à la lumière et moi je les montre pour mieux les cacher. On s’intéresse davantage à ce que l’on cache que ce que l’on voie. Ses plaies apparaissent, Certaines sont encore rouges mais d’autres tirent vers un blanc laiteux qui gardera à jamais cette couleur macabre. La lame du couteau n’a pas été indulgente, loin de là. Amoureuse de la chair, elle a voulu y planter sa marque pour que jamais elle ne l’oublie. La douleur est encore là, mais invisible et interieure. Elle s’est changée en petite voix perverse dans sa tête. Elle chante son qu’il a répété lors de ce braquage. Elles apparaissent à la lumière, mais il ne montre aucune honte car c’est ainsi : on ne montre pas ce dont on a honte. L’illusion est parfaite. Il y a des lignes, des droites, des courbes, une vrai figure de géométrie ratée. Puis il y a une croix sur le flanc à gauche. Une cicatrice vieille d’un an à demi rouverte et traversée par une autre plus récente. C’est un symbole : la croix annonce la rupture. Une difficile rupture… il y a une autre trace, là, sur l’épaule. Elle est large et encore douloureuse aujourd’hui. Azraël ne s’est pas retenue… mais peu importe. Rouge ou même blanches, ces blessures resteront inscrites sur sa chair et sur son corps. C’est un rappel pervers. Mais la pire resterait sans doute ces deux initiales inconnues tracées par ce démon. Deux lettres tracées en tremblotant d’une rage et d’un plaisir frôlant la démence. Elles sont encore là et resteront toujours là. Elles sont pratiqument blanches… encore un peu boursoufflée. Mais peu importe. Les gens ne diront rien, ils sont trop coincées pour oser poser la question.
Siegfried fait mine de ne pas les avoir. Elles n’existent pas. Il a chaud alors il enlève sa chemise. Alors ? Que veux tu savoir ? Une partie de ma vie est inscrite ici, dans ma peau. Et elle souffre. Pourtant, ce n’est pas ce que je raconterais. Pas ici et pas maintenant. Je suis dns une sphère sociale où je dois avancer dotée d’une apparence trompeuse mais agréable.
« Un peu tout ! Ce que tu fais dans la vie… ce que tu aimerais faire plus tard. Tes loisirs. Comment tu arrives à supporter le vieux ronchon qui grogne sous son parasol… 
- Tu sais ce qu’il te dit le vieux ronchon ? »
Eclat de rire de la part de Siegfried. Ho, c’était vilain ! Il n’y avait pas de moquerie certes. Juste qu’en prenant de la distance, il était vrai qu’il avait du  mal à croire comment un type comme lui pouvait se rapprocher autant d’un mec comme ça. C’était… c’était comme ça. Mais la question, la dernière question de Cassandre jeta le trouble dans son regard. Fort heureusement, il reprit contenance très vite.
« D’où viens tu… 
- Hé bien…, commence-t-il, apparemment flatté que l’on s’intéresse à lui, je viens de… je viens de France. »
Pas terrible, mais il continue. Il sert alors une histoire totalement inintéressante. Les détails sont vagues.
« En fait j’ai… je passais tous mes étés depuis l’âge de neuf ans, à Portland. Mes parents ont divorcés, alors je passais d’un pays à l’autre chaque été. Puis… » il sourit un peu, en pensant à la réalité vraie « J’ai décidé de rester ici. Aux Etats-Unis… et de quitter Portland pour l’Arizona. J’ai bossé pendant deux ans dans un ranch et puis j’ai recommencé les cours. ». La vérité séparée de ses plus beaux atours. Une réalité trop simple pour être réaliste. Il sent Zach cogner à la porte. Et moi alors ? Il ressent alors un élan de trahison. Non, je suis désolé... mais ton souvenir se fait plus clair et moins clément envers moi. Tu ne peux pas apparaitre comme ça, ta main jaillissant du sable fin. Tu m’obligerais à revivre une scène que j’ai vécut il y a deux mois. Alors… non. Pas encore.
Il se tourne vers Ollie et lui tend sa crème solaire.
« - Tu veux bien m’en mettre dans le dos, s’il te plait ? 
- Ouai ! Papa dit toujours d’en mettre plus sur les cicatrices parce que c’est le plus fragile.
- Ha… les massages aussi remarque.
- Les massages ? Tu n’auras qu’à demander à la sale rousse. »
Bref éclat de rire. Mais bon il se reprend.
« - Ho heum… et sinon… ha oui, je fais de l’équitation. C’est… c’est un peu ma… mon passe-temps. Outre les cours et les fêtes étudiantes évidemment. Ho d’ailleurs… » Sourire en coin de celui qui a un nouvelle géniale à annoncer. Quand bien même personne n’en a rien à faire. Mais c’est une attente de longue haleine. Depuis deux ans qu’il attendait le moment de s’en offrir un. Il avait réussit. C’était le moment ! « Je vais bientôt m’offrir mon premier cheval. »
Son autoportrait n’avait rien de très excitant, mais c’était un choix. Les blessures avaient une nette tendance à s’ouvrir ces derniers temps. Et pas qu’un peu… il ne veut pas gâcher cette journée qu’il a lui-même proposer. Il sait que si une main trop curieuse remue ces souvenirs trop brutalement, ses réactions n’auront rien de vraiment plaisantes. Il se connait sur ce point et personne n’était à l’abri de la rage qu’Azraël provoqua deux semaines auparavant. L’animal s’était réveillé il y a deux ans. Il s’est exacerbé à un tel point que personne ne pouvait le calmer ni l’endormir. Il faudrait pour cela un chant aussi beau et apaisant que celui qu’Orphée joua pour Cerbère. Mais personne n’en avait le pouvoir. Il fallait faire attention avec le passé car pour le moment, le sien menaçait de bouillir telle un volcan loin d’être endormit. Aujourd’hui, c’était jour de fête. La journée avait bien commencé. Il fallait qu’elle se termine ainsi.
 
Mais… mais Zach. Tu continues de me harceler. Qu’est ce que tu veux… ? Non, non il ne faut pas. Je sais que tu as envie que je te présente un peu à mon entourage mais… tu me fais mal. Ton souvenir me fait mal. Quoi ? Tu veux faire partie de ma vie ? Mais…. Tu en fais partie. Seulement, il faut que tu te caches. Comme moi je me suis dissimulé… tu te souviens de nos sorties en cachette à Portland ? Oui, tu dois t’en souvenir. Une fois par semaine, je venais d’Arizona et je passais une journée avec toi. Le samedi. C’est un jour où tu étais seul à la maison, enfermé dans ta chambre. Ted, lui, restait à son travail, persuadé que tu passais la journée avec Samantha. Il ne savait psa qu’en fait je te récupérais chez ton professeur de violon afin de t’entrainer dans les rues pluvieuses de pORTLAND. Il ne savait pas ça. Rien… moi j’apparaissais comme ça, derrière toi et je t’enlacais, par surprise. Tu te retournais et de ton visage fatigué et triste, jailissait un sourire qui ne s’effacera jamais de ma mémoire. C’était un sourire franc, sincère et soulagé. Ta semaine s’était mal passée, comme d’habitude. Tu avais peur d’un tas de chose et personne ne parvenait à dissiper tes peurs. Ton rire d’enfant s’était mué en un calme contraint et forcé. Tes cheveux, autrefois lachés autour de ton visage, sont lissés en arrière avec une élégance qui ne te ressemble pas. Alors je passe ma main dans tes cheveux et je les ébouriffe. Tu te laisses faire et, comme tous les samedis, tu te blottis dans mes bras, en chuchotant que tu es content de me voir…
« Moi aussi Zach… tu m’as manqué 
- Pas autant que moi »
Je souris doucement et je te caresse la joue. Il y a une larme qui glisse. Tu penses à l’autre époque, quand nous partagions la même petite chambre dans l’appartement de cet immeuble éloigné du centre-ville. Nous étions à l’étroit mais cette proximité n’a fait que nous rapprocher. De toute évidence, nous avions toute la ville pour nous, si grande, si bielle et si vaste. Cette chambre n’était qu’un nid où l’on se reposait après avoir parcouru les longues rues de la cité médiévale. De temps en temps, j’utilisais un peu d’argent pour louer un cheval et nous nous promenions ainsi, toi derrière moi.
Mais tout ça, j’étais bien loin d’imaginer que c’était fini car j’avais encore un infime espoir. Toi tu me regardais avec de grands yeux tristes et tu me suppliais de t’aider à oublier ces heures atroces où tes doigts parcourus de crampes se promenaient difficilement sur le clavier d’un piano. Alors Samantha arrivait, nous donnait un peu d’argent et te prenait le violon que tu ne pouvais plus voir en peinture sauf dans tes rêves d’enfant. Et nous partions à la découverte de Portland. Il pleuvait souvent car nous étions en septembre et l’automne arrivait. On ressemblais à rien avec nos capuches sur la tête. On craignait de se faire attraper par une connaissance de ton père ou autre. Zach, personne ne devait nous voir ensemble. Personne, surtout pas Ted car je te perdrais à ce moment là. Nous nous cachions dans la foule comme deux frères assassins. Ted, c’était le chef des templiers. Autant en faire un jeu… mais toi, tu ne jouais déjà plus. Ou si. Mais c’était d’un instrument. Le vrai jeu, ça, tu l’avais perdu. Tu ne sais plus t’amuser.
Je hais Ted.
 
Siegfried sourit un peu et rajoute.
« Sinon… hé bien, ma mère est restée en France. Et j’ai un jeune frère. Zach. »
Comme il le montrait si bien, c’est en montrant une plaie qu’on ne l’a remarqué pas. Les choses dont on parle librement sont celles qui n’ont rien à cacher. En apparence. Il continue à sourire, assuré. Ollie à finit de lui passer de la crème solaire, alors il le remercie et s’en passe sur le torse.
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MessageSujet: Re: "Je suis une moule et ta famille, c'est un rocher ?" Docteur Kyle <3   Dim 28 Sep - 23:13



Tu devrais sortir. Tu ne vas pas bien, je le sais, mais tu devrais prendre l’air.
- Sors avec Ollie.

Pas de réponse supplémentaire, seulement le sommeil, le sommeil qui me prend alors que je m’allonge pour la énième fois sur ce foutu canapé, le plaid remonté jusqu’à mes épaules. Et je dors. Deux heures. Réveillé en sursaut, j’allume la télévision parce qu’il ne me reste plus que ça à faire. Même lire je ne le peux plus. Je ne peux plus parce que je n’arrive pas à me concentrer, parce que les voix elles m’envahissent. Je suis obligé de mettre le son, plus fort pour ne plus les entendre, ou seulement les percevoir comme des acouphènes désagréables. Ajouté à cela la peur, la peur qui enfle et qui revient parce que tous mes souvenirs remontent. Tout. La mort de ma sœur, ce sale type que j’ai voulu tabasser. Le doux sourire de Cassandre, les mains de Lloys, épaisses et calleuses sur ma peau, la cigarette qui me brûle le corps, sans discontinuer à m’en arracher des hurlements de souffrance, insurmontables. Ça le faisait bander, ça. Oui, je m’en souviens, ça le faisait bander et moi ça me donnait envie de vomir, de peur, parce qu’ignorais ce qu’il avait encore l’intention de faire de moi. Et quand bien même je l’aurais su, que serais-je devenu ? Est-ce que j’aurais essayé de m’enfuir ? Non, j’ai jamais essayé parce que je suis un lâche, que j’en ai toujours été un. Je vis à travers un seul mantra : la peur. Et ça me domine, chaque jour un peu plus fort. Ça m’a toujours dominé, ça fait vingt quatre ans que ça dure. Je n’en peux plus. Juste plus. C’était la fois de trop. Je ne veux plus lutter, je ne peux plus ranger la douleur au fond de mon crâne pour faire comme si rien ne s’était passé. C’est bien plus fort que ça.

Lorsque le matin arrive, mon fils se lève vers neuf heures du matin, pour me trouver assis comme un mort vivant sur le canapé. Mais quand je le vois je souris. Oui, c’est un pâle sourire. Mais ça en reste un, parce que ne veux rien lui montrer. Même si ça transparait sur mon visage de manière outrancière. Je veux cacher tout ça. Cacher que je suis mort à l’intérieur. Avec un peu de chance je pourrais te faire croire que je suis malade. Je me lève pour préparer son petit déjeuner. C’est comme ça que je me fais pardonner. Pendant qu’il mange, j’examine d’un œil peu amène les points sur son épaule. Tous les matins je regarde la cicatrice, malgré la répulsion, malgré ce que ça me rappelle. Ça me rappelle que je n’ai rien voulu dire, rien. Je n’ai pas voulu te le dire pour ne pas te faire peur. Et pourtant lorsque le téléphone a sonné j’ai jailli comme un diable hors de sa boite, je t’ai chassé et j’ai foncé, en roulant comme un fou jusqu’à l’hôpital. J’ai foncé parce que la peur a dominé ma raison, parce que j’aurais pu t’en parler, tu aurais même pu venir avec moi. On aurait pu expliquer tout ça très vite, mais j’ai choisi l’option compliquée, comme je l’ai toujours fait. J’ai toujours voulu compliquer les choses. Mais je ne montre rien. Je fais un bandage hermétique à l’eau, et je m’assois à côté de lui. Sans manger, ou alors seulement un fruit, parce que je sais que je suis capable de le rendre très vite. Mon fils me jette un regard interrogateur, et je me contente seulement de lui ébouriffer les cheveux. Mon téléphone vibre.

Tous les deux… cet après midi à quatorze heures à la plage.


Mais oui, bien sûr, moi à la plage. MAIS TU M’AS BIEN REGARDE ?! Putain. Je tapote un mot sur mon téléphone, renfrogné, désagréable. Il est fou lui. Il est hors de question que je foute le moindre pied au bord de la mer. Tu me connais donc si mal que ça, Sieg ?

Nan.


Je me trouve injuste, si injuste. Parce qu’il a fait beaucoup pour moi. Prendre soin de mon fils. L’emmener avec lui pour me laisser tout seul dans l’appartement. Il est venu me voir à l’infirmerie pour ses rendez vous médicaux, pour que j’examine ses blessures. C’était un jeu de tennis, chacun se renvoyait la balle. « Tu vas bien Kyle ? » « Et toi, ça va mieux ? Tu ne m’as toujours pas parlé du braquage. » « Oui oui. Mais tu sais c’est pas bon de rester enfermé. » « Pas plus que de broyer du noir dans sa tête au lieu d’en parler, Sieg, me prends pas pour un con je sais que ça t’a choqué. ». et ça dure tout le long de la visite, parce que je ne veux pas que tu demandes des nouvelles, je veux juste qu’on me foute la paix, qu’on me laisse tranquille. Alors je renvoie la balle dans ton camp mais tu l’esquives parce que tu te rends compte que ça n’a rien d’un ballon, ce que je te jette, mais ça a tout d’une putain de grenade dégoupillée. Rien de plus, rien de moins. J’ai envie de hurler. Mais Ollie me regarde. Il me fixe. Il me demande ce qui ne va pas, et je lui répond simplement que j’ai attrapé quelque chose. Il sait que je mens. Mais il sait aussi que je ne suis pas prêt. Ollie est bien plus compréhensif depuis que je lui ai tout raconté. Il sait que le silence, c’est ma muraille, il sait que je parlerai au moment venu. Il sait tout ça alors il ne me dit rien. Je songe qu’il doit poser des questions à Siegfried. Et je sais que Siegfried ne dira rien. J’observe la cuisine en silence. Il y a eu des moments sympas dans cet appart avec lui. Des rires, des cris de joie. La reconnaissance de mon fils à l’égard de son protecteur. Et Sieg, Sieg et son regard tendre vis à vis de lui, presque fraternel. Je sais qu’il y a une intimité entre eux dans laquelle j’évite de m’imiscer. Mais depuis quelques temps je ne peux plus voir personne, pas même lui. Sa crise à lui, après le hold up, a duré deux jours. Deux jours avant de revenir, souriant en apparence, sa fragile carapace remodelée en quelque chose de plus facile à briser encore. Il me parle de son frère, parfois. Et j’écoute. Je pose certaines questions auxquelles il ne répond pas, alors je n’insiste pas. J’ai jamais insisté. Ce gamin, je l’adore parce qu’il est brisé, comme moi à son âge. J’aimerais savoir pourquoi, pour l’aider, pour lui faire partager mon expérience, pour l’empêcher de devenir un type comme moi ou pire, un enfoiré de première. Mais il semble vouloir se débrouiller seul. Alors je lui tends des perches. Viens manger à la maison. J’amène Ollie au ciné, il te réclame. Merci de me l’avoir ramené. Tu veux rester une minute ? Et maintenant c’est à toi de tenter de me sauver. En insistant, comme je peux le constater sur mon portable.

Je te harcèlerais jusqu’à ce que tu dises oui.
Je veux passer du temps avec Ollie certes. Mais avec toi aussi, Kyle.


Ça me fait sourire, à peine, un tout petit peu. Qui l’aurait cru ? J’ai quarante trois ans, mais la personne que je peux considérer au plus près comme un ami a à peine vingt ans. Et celui avec qui je voulais partager ma vie les avait eus tout juste. Qu’est-ce qui cloche chez moi ? Je n’ai donc aucun amour propre ? Mais cette réplique fait mouche. Je me tourne vers mon fils.

« ça te dirait d’aller à la mer ? »


Ollie me jette un regard abasourdi. Il a peine à y croire, et je le comprends.

« Pardon ? A la mer, avec toi ?

- Oui, et avec Siegfried. Il y sera à quatorze heures, il propose qu’on passe l’après midi ensemble. Tu es tenté ? »

Son visage s’illumine. Et comment qu’il est tenté. Il se met à rire, à frapper dans ses mains comme un gosse de cinq ans. Il se lève, balance presque son bol dans l’évier et fonce comme une furie faire son sac de plage. Je ne l’y ai pas emmené depuis au moins six ans. La dernière fois c’était en Angleterre, à Brighton. Avec Cassandre. Mon fils a passé une après midi de rêve. Et puis je suis parti à Miami. Et ce ne fut plus que Cassandre qui l’emmena au bord de la mer. Dans mon placard se trouvent tout de même quelques choses. Un parasol blanc, des serviettes de plage rouge, mais ça s’arrête là. Je n’ai jamais été accro au soleil, moi. Encore moins maintenant. C’est Ollie qui ouvre les volets du salon. La lumière me bouffe les yeux. Et je peux constater que je me suis ouvert la main dans la nuit. Pas assez pour que ça pisse le sang, suffisamment pour me piquer. Je me renfrogne. Plus tard, tout ça, plus tard. Je ne dois pas y penser, pas y penser. Au moins pour cette après midi. Pour le reste, nous verrons. Il faut seulement que je me sorte ça de la tête, un moment. Par pitié, juste un moment. J’oublie momentanément de répondre au SMS, puis je m’en souviens. Pas besoin de longues paroles, Ollie est déjà quasi en maillot de bain alors qu’on ne part que dans une heure. Nom de nom. ce gamin est incapable de tenir en place.

… Très bien.
J’ai hâte de vous voir tous les deux ;)


Oui oui ça va, épargne moi ce genre de rengaine. A quoi ça rime, tout ça ? Franchement, à quoi ça rime ? J’ai pas envie de sortir. Je voudrais seulement rester enfermé. Même ne plus bosser, passer seulement mes heures devant cette télévision allumée en permanence. Comme lorsque j’avais dix-sept ans, comme lorsque j’avais peur. Personne ne peut connaitre ça sans l’avoir vécu, personne. Je pensais être allé au bout de ça, mais visiblement non. A quarante-trois ans, ces choses là hantaient mon esprit, encore et encore, à en murmurer des choses atroces à mon oreille que je ne voulais pas entendre, vraiment pas. Je suis en colère. En colère contre le monde. Mais je sais que mon fils sera heureux. Je l’entends piailler au téléphone sans en comprendre les mots, puis raccrocher et m’attendre, fin prêt, près de la porte d’entrée. Je finis par me décider. J’ai donné ma parole, donc je vais devoir y aller. Et mon fils rayonne. Ce simple fait me fait légèrement sourire en lui ébouriffant les cheveux. Oui, sans doute n’y a-t-il que toi, Ollie, qui me permette vraiment de respirer. Parce que sinon je ne me vois pas de raison de vivre, tu comprends ? Pas d’autres que ton sourire surexité parce que je t’emmène à la plage, avec Siegfried. Oui, je sais que tu vas passer un super aprèm. A voir s’il en sera de même pour moi.

Dans la voiture, mon fils trépigne et moi, je roule comme un escargot pour retarder l’échéance. Je suis habillé en noir de la tête aux pieds. Pantalon, pompes et t-shirt à manches longues, même la casquette, bordel. Je HAIS ce putain de soleil. Ma sœur l’aimait. Alors j’ai décidé de la haïr, parce qu’elle ne le verra plus. De toute manière, il est hors de question que je me mette en slip de bain (oh mon dieu ça JAMAIS) et encore moins torse nu. Non, pas torse nu parce que je ne peux même plus le regarder mon corps, même sous la douche je ferme les yeux. Trop de marques, trop de souvenirs que je ne parviens plus à juguler. J’en ai marre, plus que marre. Alors je gare la voiture au bord de la plage, et mon fils se met à courir comme un dératé. Après consultation de mon portable, je me rends compte qu’on a cinq minutes d’avance. Il ne doit pas être là. Je décide de nous pose un peu à l’écart, pas trop loin de la mer mais pas trop près non plus de la grosse femme qui engueule ses cinq gosses, de la fille qui se fait cramer la peau avec les seins à l’air, du type qui s’enfile hamburguers sur hamburguers sur sa serviette de plage en se plaignant que ça crisses sous sa dent et surtout, surtout pas trop près des trois mômes qui hurlent comme des sauvages autour de la tête d’un quatrième, fiché dans le sable et pleurant toutes les larmes de son corps. Voilà. Je me mets entre deux vieilles commères et une fille qui lit un bouquin tranquillement à l’ombre d’un parasol. J’évite soigneusement tous ces couples qui me donnent envie de vomir. Mon fils s’impatiente à me voir choisir une place pendant cinq bonnes minutes, un coup à droite, un coup à gauche. Et finalement je plante le drapeau. Je m’assois sur une serviette et je ne bouge plus. Je sens Ollie qui trépigne près de moi, un ballon dans la main. Il me regarde, avec un air contrarié. J’enfile mes lunettes de soleil pour éviter de montrer mes cernes à tout le monde. Déjà qu’on verrait presque mes vertèbres, ça va aller, inutile de paniquer les gens en leur faisant croire qu’un zombie sévit sur les plages de Miami.

« Il est pas arrivé.

- A l’évidence, non.

- Je suis sûr qu’il est avec une fille ! C’est pas juste !
- Pose tes fesses et attends, il va pas tarder. »

Et puis soudain le voilà. Chemise, panama, sac de plage et le sourire, la totale. Je me tourne pour le regarder arriver mais c’est Ollie qui fait le plus la gueule, contrairement aux apparences. Alors que Siegfried s’excuse du retard, Ollie croise les bras et tire la tronche. Le vrai fils de sa mère, celui-ci. Le temps que ces deux-là se disent bonjour, j’épousette ma serviette déjà pleine de sable avec une grimace. Voilà. J’avais oublié pourquoi je haïssais tant la plage. Et puis même. J’aimerais être partout sauf ici. J’ai décidé de faire la gueule, ça va rester comme ça un moment. Je ne veux pas penser à autre chose que : non j’ai pas envie. Laissez-moi tranquille, c’est tout.

« Comment tu te sens aujourd’hui ? »

Qu’est-ce que je disais.

Mon fils se met à courir comme un dératé dans une direction quelconque. Je présume qu’il va se baigner ou je sais pas, toujours est-il que dans un bon coup de talon je me prends une gerbe de sable en pleine tronche. J’enlève mes lunettes, rageur pour épousseter tout ça. Je HAIS LA PLAGE. JE HAIS LA MER. Mais Siegfried en profite pour me détailler, et je le foudroie du regard. Il me dit qu’il a bien fait de m’amener ici. Et qu’on pourra parler. Parler, mais parler de toi ? Je ne me confierai plus à toi tant que toi tu ne l’auras pas fait. Me parler du hold-up, par exemple. Parce que je me souviens parfaitement que tu voulais le faire, mais que tu l’as pas fait.

Ollie. Mon fils. J’ai ouvert la porte à la volée, je ne sais pas comment j’ai pas fait pour qu’elle me retourne en pleine tronche. Paniqué, totalement paniqué. Je me suis jeté à ton chevet. T’as pleuré, gamin, pleuré parce que tu as eu peur, et tu me racontes ça d’une voix affaiblie par la morphine, avec un pansement rouge autour de l’épaule. J’interroge le médecin, dans la pièce. Une balle. Une putain de balle dans l’épaule qui l’a traversé de part en part. Pas de carrière en tant que lanceur au baseball, en tout cas. Heureusement, ça ne l’a jamais attiré. Il est parti, le médecin et moi j’ai attrapé une chaise pour m’assoir près de mon fils. En tentant de lui parler, je me suis rendu compte qu’il s’était endormi entretemps, affaibli par un trop-plein d’émotions, de douleur et de peur. Et soudain je me hais. Parce que je suis responsable de ça. Mais quel con. QUEL CON. Je me déteste. Je me déteste parce que je sais que c’est entièrement de ma faute. Je tourne la tête. Siegfried est étendu lui aussi, à côté du lit de mon gamin. Je me dis que je vous ai mis dans la merde, tous les deux. Et je ne sais pas comment faire, je ne sais pas comment je vais bien pouvoir m’en sortir. Alors je me penche et je pose mon front sur la main d’Ollie, en silence. J’ai eu peur, si peur quand l’hôpital m’a appelé. J’ai cru à un accident sur la route, que tu t’étais fait renverser, ou tout sauf un braquage, un putain de braquage. Et tu t’es retrouvé au milieu. Comment ? Qu’est-ce que vous foutiez à la banque ? Il y a une voix dans le couloir. Qui pleure. Cassandre. Je lui ai dit d’attendre un peu avant d’entrer. Je lui ai dit de ne pas pleurer. Pour ne pas lui faire peur, à mon fils, pour ne pas le faire culpabiliser. Alors elle pleure, tout son saoul, dehors. Et moi je reste, silencieux comme un cadavre devant le petit corps étendu sous les draps de mon fils. Mon fils qui a failli mourir, à cause de moi. Une main se pose sur son poignet. Siegfried. Je ne t’ai même pas entendu te lever. Tu touches le poignet d’Ollie, le regard perdu de panique. Et puis son pouls te tranquilise. Et tu repars te coucher. Mais tu te tournes vers moi et tu me parles, d’abord en français puis en anglais, c’est décousu, tellement décousu que j’ai du mal à suivre, à comprendre. Tu me parles de la banque. De l’attaque. De la raison pour laquelle tu es rentré dans cette banque avec mon fils. Et d’autre chose de si peu comprehénsible. Du coup de feu, des cris. Tais-toi, je ne veux pas l’entendre, ça, je ne veux pas entendre que mon fils a hurlé, je ne veux pas le savoir. Mais j’écoute, j’écoute ces brouillons de phrases, des baigaiements compliqués, j’écoute tout ce que tu as à dire en te fixant droit dans les yeux comme je l’ai toujours fait. J’écoute et je comprends que tu mélanges tout, encore, que tu me supplies de ne pas t’en vouloir parce que tu te sens responsable. Alors… Alors. Il n’y a pas grand-chose à faire. C’est comme si tu délirais, comme si tu avais de la fièvre. Moi, je me lève, doucement pendant que mon fils dort. C’est pas compliqué, un toucher, on pourrait le croire mais ce n’est pas difficile. Moi je l’ai toujours cru. J’ai toujours cru que ça relevait de la démence, de pénétrer dans mon espace vital. Mais tu vois c’est con, Siegfried, tu représentes un peu ce que je n’ai pas eu, une adolescence et il est hors de question qu’on te la brise sans prendre soin de toi. Je prends conscience que t’as besoin d’un protecteur, et j’ai envie de remplir cette charge. Alors pendant que tu retiens tes larmes, j’enroule mes bras autour de toi, autour de tes épaules et cale ta tête dodelinante contre la mienne. Je te réponds, parce qu’il le faut. « Tu n’aurais jamais pu deviner que ça allait se passer, Siegfried. Alors calmes-toi. Personne ne t’en veut et personne ne t’en voudra, c’est promis. » il y a deux enfants dans cette pièce, deux enfants à s’occuper. Deux enfants blessés par les aléas d’une vie un peu trop dure.

Non. Trois, je crois bien.


« J’ai pas besoin de chaperon Sieg. Ça va très bien, à merveille je dirais. »


Je mens, je mens comme je respire mais je ne peux pas faire autrement, parce que je ne veux pas subir ton regard inquisiteur, je ne veux plus avoir affaire à ça, plus jamais t’entends ?ça m’énerve rien que d’y penser. Alors je tourne la tête en direction de l’entrée de la plage pour chercher mon fils, tout en causant. Bon, je disais quoi ?

« Et puis tu aurais pu emmener juste… Ohputain. »


Je trouve mon fils. Et sa compagnie me coupe la chique. Près de lui se tient une grande femme aux cheveux noirs et raides, aux yeux d’un vert d’eau. Des jambes de déesse, un corps sculpté qui n’a rien perdu de son charme malgré les années. J’ai toujours cru que Cassandre aurait pu faire mannequin. Mais elle me répliquait en riant qu’elle avait un cerveau trop gros à défaut de son cul pour faire mannequin. Elle écrit, Cassandre et c’est comme ça que je l’ai rencontrée, lors d’une conférence sur la psychologie. Elle était belle, déjà, plus belle encore que maintenant même si c’est difficilement possible. Et pourtant quand elle arrive, qu’elle salue Siegfried avec un grand « bonjour ! » souriant et amical, je ne peux m’empêcher de la regarder avec stupéfaction. Mais bordel…

« Cassandre, qu’est-ce que tu fiches ici ? »


Elle se tourne vers moi après avoir serré la main de Siegfried. Elle me détaille, de haut en bas. J’ai toujours eu horreur quand elle faisait ça. Son corps gracile s’avance vers moi, tandis qu’Ollie se jette quasiment au cou de Siegfried, rayonnant de bonheur. Je comprends que c’est lui qui l’a invitée. Et merde. Voilà avec qui il piaillait au téléphone. Je me tourne vers ce joyeux petit monde, effaré. Putain, VOUS VOUS FOUTEZ DE MA GUEULE ?!

« Avouez, c’est un guet-apens
.
- Salut à toi aussi Kyle. T’as une tête à faire peur. »


Elle s’avance vers moi et me salue en secouant mes cheveux comme un prunier. Elle rit. Cassandre a quelque chose de changé dans le regard. Cette femme m’en a toujours voulu de l’avoir quitté aussi brutalement. Mais là non, elle semble vouloir enterrer la hache de guerre. Elle adorait mes cheveux. Et je détestais quand elle les touchait. Je la repousse avec une tape de la main et un « tire-toi » peu amène, tandis que je me redresse. Je me tourne vers Siegfried, et Ollie.

« Dis-donc toi, tu aurais pu me prévenir que ta mère venait
.
- J’ai voulu faire la surprise ! Elle a dit oui tout de suite. »


Tu m’étonnes. J’observe Siegfried. Il semble être comme un poisson dans l’eau. Oui, il a su s’habituer à notre présence. Moi ? Moi ça passe pas. J’y arrive pas. Malgré les rires de Cassandre quand Ollie lui explique qu’il est devenu super balèze au collège avec sa cicatrice, malgré le soleil, malgré tout le reste. Je peux pas trop m’empêcher de penser à autre chose. Alors je tente de changer de sujet. On sait jamais. Je me dis que cet ado est vraiment un petit bonhomme extraordinaire. Plein de vie. Et que pour réunir notre famille brisée comme ça, il faut vraiment être un champion.

« T’étais au courant que Cassandre devait venir ? »


Entretemps, mon ex-femme tire de son sac deux bouteilles de soda et des muffins. Elle dépose le tout sur une grande nappe, sur le sable. Hors de question que je mange sur la plage, et l’hygiène ? Mais déjà elle comprend, avant même que je dise quoi que ce soit. Je sais que mon fils est heureux de la voir. Alors je fais bonne figure, peu importe ce qui pourra se passer. Cassandre se tourne vers Sieg, souriante. Visiblement, elle a compris qu’il n’était pour rien dans cette histoire de hold-up.

« Ollie dit que tu aimes les muffins. Laisses donc ce vieux boudeur il viendra quand il voudra. Viens manger un bout, ça peut pas faire de mal. Et toi Kyle tu ferais mieux de faire de même, il date de quand ton dernier repas ?

- Pas ton affaire.
- Oh, dans ce cas parfait mais ne viens pas te plaindre si tu tombes en carafe au milieu de l’après-midi. Sérieusement, bois un truc, tu es tombé malade pour être maigre à ce point ? T’étais pas comme ça il y a trois semaines. »


Oui Cassandre. Il y a trois semaines, ma vie ne s’était pas encore écroulée. Tu ne le sais pas, tout ça pas vrai ? Mais bon, contre mauvaise fortune bon cœur, je m’assois près d’eux. Cassandre attaque, d’entrée. Visiblement, Siegfried l’intéresse beaucoup. Elle lui tend un muffin et lui sourit. Un sourire que je connais bien. Le sourire d’une femme qui use de la gentillesse pour bien se faire voir. A moins que je me fourvoie. A moins qu’elle ait réellement de bonnes intentions.

« Enfin… bon alors Siegfried ! Tu me parles un peu de toi ? Que je sache qui garde Ollie pendant que Kyle ne s’en occupe pas comme il le devrait une semaine sur deux. »


Mes dents se serrent. Putain. La pique est bien envoyée. Je jette un regard à Siegfried pour lui faire comprendre qu’il est sans danger. Cassandre gronde mais ne mord pas. Elle tâte seulement le terrain. A nous de voir si cette après midi peut se dérouler sans disputes… Ou non.
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MessageSujet: "Je suis une moule et ta famille, c'est un rocher ?" Docteur Kyle <3   Dim 28 Sep - 23:02

«  J’espère que tu regretteras…
 
Regrets. Oui il y en a à chaque coin de rue de son esprit. Il lui suffit de fermer les yeux pour se retrouver dans ce hall de la banque et de regretter tous les choix qu’il a fait dans son existence. Cette voix profonde et cruelle continue de lui murmurer chaque nuits ces paroles qui le hanteront pour un bon moment. Son sommeil a depuis bien longtemps arrêté de le reposer. Dormir est difficile… chaque jour, ses yeux se marquent de ce manque de repos par deux légères cernes. Elles ne sont pas bien marquées mais visibles à l’œil nu. Son regret se lisait dans ses cernes.
 
… toute ta vie…  de mettre la sienne… en danger…
 
Frissons. Allongé sur le lit, profondément endormit, Siegfried bougea légèrement. Ses doigts se crispèrent sur les draps et ses lèvres s’entrouvrent pour laisser échapper un léger râle apeuré. Non, arrêtez. J’ai suffisamment revécut ces longues minutes terribles. Laissez-moi dormir.
Mais cette voix continue à frapper sur le mur de sa conscience. Elle s’impose comme une amante jalouse à qui on refuse une étreinte. Elle est là, elle jouit sur sa figure tordue de peur. Siegfried tourne son visage vers la droite… puis vers la gauche…
 
« Ce que je fais… A UN PRIX.
- Pas Zach… ! Ollie… Zach… ! »
 
Il se surprend à se tenir redressé sur ses couvertures, une main sur son visage. Même si les images deviennent de moins en moins floues, les sensations restaient intact. La peur aussi. Mais non, sa main tremble et malgré les larmes de nervosité qui montent, il tente de reprendre contenance. Tout va bien. Sa main glisse sur ses cheveux pour les remettre en arrière, mécaniquement. Son visage est une fois de  plus humide, comme tous les matins – ou presque – depuis le braquage. Cet événement avait de quoi faire pisser le plus brave… Même toi Chuck Norris ! Oui, même toi… n’importe qui y penserait des semaines et des semaines plus tard. Ces nuits, il ne peux bouger, même sous la menace d’un trou noir d’où sortait des étincelles. C’était… juste angoissant. Le jeune  homme se rallongea doucement et se rapprocha de la silhouette qui reposait auprès de lui depuis la veille. Elena. Elle ne s’est pas réveillée… ou peut-être si… il sourit fragilement et regarda l’heure… 5H27… pour un dimanche, c’était bien tôt. Il devrait se rendormir, mais il craignait de fermer les yeux et d’hurler à nouveau, comme au premier jour. Jamais depuis un an il n’avait sangloté ainsi.
Et personne pour dissiper ses cauchemars. Encore fallait-il qu’il avoue passer des nuits horribles  Mais cela n’était pas bien graves. Il trouvait déjà du réconfort. Se plaindre de cauchemars était bon pour les enfants. Et lui, il n’en était plus un. Il supportait la pression. Non, il n’avait pas besoin d’être aidé. T-tout va bien. Tout va bien.
Sa main caressa la chevelure blonde d’Elena et doucement, il l’a ramena vers lui, son dos collé à son torse nu et sa tête dans son cou. Ses bras l’enlacaient précieusement, comme s’il avait peur que cette présence rassurante ne s’évapore pour laisser place à cet homme habillé en noir. Sa main trembla doucement lorsqu’elle caressa le sein, ce qui l’a réveilla. Il s’en voulut. Mais elle ne dit rien et se contenta de se tourner vers lui et de se blottir dans ses bras. Elle lui demanda s’il avait un problème mais il répondit hâtivement par la négative. Pour dissimuler son visage humide, il l’embrassa dans le cou et resta ainsi, la tête posée dans le creux de son cou. Il se passa bien un long moment comme ça, sans qu’ils ne bougèrent. Siegfried se sentit apaisé. Après une telle nuit, c’était la moindre des choses.
Huit heures du matin, il ouvre les yeux. Se serait-il rendormit ? Peut-être. Dans tous les cas, il se sentit moins fatigué. Elena n’avait pas bougé d’un poil. C’est tant mieux…
 
Il avait passé l’après midi à ses côté, tout le samedi. Rainbow Dash ne perd pas un instant lorsqu’il s’agit d’attirer les belles dans ses filets… bon d’accord, il n’était pas le grand don juam de l’école mais depuis quelques temps, il ne se gênait pas d’attirer quelques specimens dans ses bras. Cela lui apparaissait comme une évidence. Son sourire, son regard épinglaient parfois une jeune fille qui se laissait aller sans poser de questions. Comment ce talent lui était-il venu alors qu’en France, il avait été incapable de « pêcho de la meuf » comme on dit ? Il n’en savait rien. Il agissait, c’est tout. Si la fille voulait pas tant pis. Une chose était sure, s’il ne bougeait pas son derrière, il ne lui restera plus que les moches. Et ça pas question. Sa timidité avait laissé place à une audace toute nouvelle. S’il n’avait pas réagi dans l’ascenseur, il se serait sans doute réveillé seul ce matin-là.
Hé bien non… Elena était bien là. Avait-il apprécié la soirée de la veille ? Il l’espérait. Dans tous les cas, il avait passé du bon temps. Ces brefs moments magiques passé aux côtés de la blondinette lui avait fait oublié momentanément qu’il se sentait seul et malheureux seul dans son coin. Aussi, il avait entrainé Elena à travers toute la ville du début de l’après-midi à la dernière minute du soir.
Pour l’occasion, il avait fait un effort dans sa présentation. Sitôt rentré de sa retenue hebdomadaire, le jeune homme s’était enfermé dans la salle de bain, non sans attraper quelques vêtements dans sa penderie. Debout face au miroir, il avait nettoyé son visage… et s’était rasé. Sa mâchoire commençait à devenir une véritable forêt amazonienne et cela lui permettrait de changer de tête… un quart d’heure plus tard, sa peau douce émergeait de la mousse à raser. Il avait déjà meilleure mine. Puis vint le tour de ses cheveux. Habituellement ondulé et tombant de part et d’autres de son visage, il les ramena légèrement en arrière, dégageant sa belle gueule de Pi Sigma refoulé. Ils étaient coiffés, doux et éclatant contrairement à d’habitude. Il se lava le visage une dernière fois et se dit que personne ne devinera les atroces nuits qu’il traversait. Il sourit doucement à son reflet. Voilà, t’es très bien comme ça. C’est bien vernis. Personne ne devinera rien. Le braquage est derrière moi. Si quelqu’un me pose une question, je répondrais que j’irais bien et personne ne me posera davantage de question.
Il avait passé une chemise brune, puis une veste kaki grise dont il retroussa les manches jusqu’au coude. Il n’aimait pas les costards : Miami le brulerait sur place s’il sortait ainsi. A la place, il préférait l’élégance dans le décontract. Il ne chercha pas bien loin pour le jean qu’il choisit gris perle. C’était parfait… ce n’était pas le genre de fringues qu’il mettait habituellement mais passons. Cela lui allait plutôt bien… et annulait les quelques traces de coup qui s’obstinait à rester sur son visage.
Puis il s’en était aller chez la belle Sigma Mu, devant le bâtiment de sa confrérie. Il s’était avancé vers elle, la prenant dans ses bras, l’embrassant avec légèreté. Il sentit sa main sur son visage, murmurant un bref « Hummm.. tu t’es rasé. Tu as bonne mine. » Il avait souri sans répondre…. Et l’avait entrainé, glissant son bras autour de  sa taille, lui promettant une journée sans pareille.
 
Il est tôt pour un dimanche matin. Elena dort encore mais ce n’était pas étonnant, vu la journée de hier. Ils avaient tout de même passé la soirée dans un restaurant qu’il lui avait gracieusement offert. Bien qu’il ne soit pas un cinq étoiles, l’endroit leur avait plu. Bien entendu, Siegfried avait choisit un restaurant original. Les trucs passes partout, très peu pour lui. Celui là proposait des crêpes juste… fabuleuses. Salées, sucrées, pancakes, glaces. Et les assiettes avaient de quoi remplir trois estomacs. « Prend tout ce que tu veux, joli cœur. Ce soir, c’est jour de fête. ». Elle lui sourit et commanda ce qu’elle souhaitait. Siegfried n’hésita pas à aligner les billets pour lui faire plaisir. Il n’avait fait aucun excès depuis fin aout, date à laquelle Kyle  Porter l’avait embauché pour devenir gardien d’enfant. Chaque fois que l’infirmier lui donnait un nouveau billet de cent dollars, ce dernier allait rejoindre les autres dans une boite cachée dans un placard cadenassé de sa chambre. La boite s’était remplie avec une rapidité. Il avait atteint pratiquement la somme de son futur cheval. Aussi, il attrapa un des billets et l’empocha, bien décidé à passer du bon temps aujourd’hui. Il avait bien le droit de profiter un peu. Et mis à part le restaurant, il lui avait montré quelques endroits de Miami qu’il avait à peine découvert et qu’il lui plaisait par leur beauté. Déjà les plages, les longues rues jalonnées de palmiers, le parc dans lequel le jeune homme l’avait fait allongé sur un banc, tête sur ses genoux. Ses doigts avaient massé le visage de la jeune fille durant une bonne vingtaine de minutes. C’était… juste délicieux de lui masser ce beau visage. De temps en temps, il lui présentait un grain de raisin devant la bouche qu’elle dévorait d’un coup de langue.
Oui, notre français de Carcassonne est un tombeur. Cela n’a jamais été vrai dans son autre vie. A Miami, il était ce qu’il voulait. Il avait choisi et il continuait dans cette voix malgré les coups durs. En deux ans… haaaa en deux ans, il n’avait jamais autant vécut ! C’était riche et délicieux. Son âme lui dictait ce qu’il désirait et le corps suivait, s’échappant des chaines que l’homme ennuyeux s’était forgé. Non, je n’irais pas à l’école pour étudier et apprendre la vie mais pour gouter à mon existence endormie jusqu’à maintenant. Je vais à travers tout Bordeciel explorer ses recoins, faire des rencontres et combattre mes ennemies. Le héros de Bordeciel ne s’est pas installé dans la première maison qu’il a trouvé pour aspirer à une vie posée. Non. Il veut autre chose. Les sensations par exemples. Des nouveautés. Mourir dans l’action aussi, pourquoi pas.
 
Retour au présent. Il se lève, non sans glisser sa main dans le dos de la jeune fille qu’il a caliné toute une nuit. Ils ne sont pas allé bien loin cette nuit là. Le jeune homme ne l’a pas forcé non plus. Il n’était pas un monstre. Toutefois, il avait quand même finit par se glisser sous les couvertures pour  lui montrer comment on lèche une glace.
Bref, ce fut une journée mémorable qui eut le mérite d’endormir pour un temps ses démons. Elena fit preuve de discrétion lorsque le torse nu de Siegfried lui apparut sous les yeux. Trop chaud. Et puis il ne cachait rien. Seule la vérité se dissimulera sous ces plaies atroces. Toutefois, en voyant son air stupéfait, il haussa les épaules et murmura :
 
« C’est un Khajit qui s’est battu contre moi. Cela arrive. »
 
Siegfried se rappela d’un truc. Il attrapa son portable et consulta ses messages. Bien, parfait, il a répondu. La veille, le français avait adressé un texto à  l’adresse de Kyle. Ni plus ni moins qu’un « Tu Devrais sortir. Tu ne vas pas bien, je le sais… mais tu devrais prendre l’air. ». Ce message avait reçu une réponse. Toute seule. « Vas’y avec Ollie ». Ha ha. Il sourit doucement. Que ferait-il s’il était atteint du même mal que Kyle ? Il n’en savait rien. Tomber amoureux n’était pas dans ses projets. Il y avait bien Elena, et il l’appréciait beaucoup. Il pensait lui tenir compagnie durant un bon moment. Cependant, l’amour restait discret. Il ne pouvait tomber amoureux… cependant, il connaissait la douleur de la perte. Il savait ce que cela incombait. La perte de contrôle. Les hurlements. La douleur interne. Et aussi la solitude… il se rappelait de cette longue semaine passée loin de tous. La mort de Zach l’avait plongé dans une telle souffrance que son corps se tiraillait entre l’agitation et la somnolence. On avait finit par l’en sortir par des moyens plus ou moins rusés. Mais ce fut difficile. Siegfried répondit « Tous les deux… cet après midi à quatorze heures à la plage. ». Oui c’était décidé. Ce week end allait se terminer en beauté. Il jeta un coup d’œil à Elena et sourit doucement tandis qu’elle émergea. Ses doigts lui caressèrent le visage avec délicatesse.
 
« Bien dormi ? »
 
 
Terrasse de café. Il fait toujours aussi beau, toujours aussi chaud. Siegfried avait commandé un de ces gros hamburgers que les américains aimaient se farcir tous les jours. Bien entendu, ce n’était pas vraiment son alimentation habituelle mais putain ce que c’ était bon comme cochonnerie. Bon, pas aussi excellent que le « … repas… » de Kyle mais passons. D’ailleurs, son portable se fit entendre. « Nan. ». Hé bien d’accord monsieur l’infirmier. Il répondit immédiatement « Je te harcélerais jusqu’à ce que tu dises oui. ». Puis un autre, plus sincère. « Je veux passer du temps avec Ollie certes. Mais avec toi aussi, Kyle. » Il rangea son portable et passa son bras autour de la taille d’Elena qui lui sourit doucement.
 
« Alors, que  feras tu de beau cet après-midi ?
Aucune idée, je pense que je vais trainer dans ma chambre, peut-être aller courir, je verrais bien. »
 
Il sourit doucement, non sans ressentir une légère culpabilité. Il venait de lui murmurer à l’oreille d’un ton désolé, qu’il devrait s’en aller peu avant quatorze heures. Elle avait fait une petite moue mais il l’avait rapidement dissipé en l’embrassant sur le nez.
 
« Tes devoirs ? » Prooposa t-il « Non oublie… c’est dimanche, jour du seigneur. 
- Tu penses vraiment que moi je vais bosser ? A la limite ouvrir un cahier  en fin de journée mais c’est tout. » répondit-elle en riant. Elle se laissa aller contre lui lorsqu’il entoura ses épaules de son bras. Il murmura.
« - T’as raison. Vive la liberté. »
 
Ils s’embrassèrent doucement. Le jeune homme l’étreignit, l’embrassa avec délectation tandis qu’Elena obéit à cette étreinte. Les deux jeunes gens oublièrent un moment qu’ils allaient se séparé dans un moment. Il sentit les mains d’Elena se fermer dans son cou et lui caresser la peau non sans interrompre leur embrassade. « Vivement que tu sois majeure… » « Il va falloir patienter un peu » murmurèrent-ils dans leurs étreintes. Mais malgré tout, ils continuèrent leur flirt. La loi n’était là que pour les séparer… ho allez, il n’a que 19 ans… trois ans de différents, ce n’est pas bien grand.
De temps en temps, il réprime quelques sursauts. La bagarre n’est pas si loin que ça et les blessures rouvertes le piquent un peu de temps à autres. Mais peu importe. La langue d’Elena danse avec la sienne. Les fantômes ne peuvent entrer dans sa tête. La porte est bloquée par sa joie éphémère. Il meure d’envie de l’allonger là, sur la banquette, et de lui  bloquer les poignets au dessus de sa tête et de la prendre. De la prendre ! C’est bien ce que son corps a le droit de réclamer n’est ce pas ? Il l’attacherait et la ferait sienne. Mais… il est en public et ne peux lui faire une telle chose n’est ce pas ? Non, ce n’est pas raisonnable. Il faudrait calmer ses démons qui emprisonnaient sa raison. Ils le poussaient parfois à d’horribles extrêmes… ce n’était pas bon signe.
Vint le dessert. Siegfried mit le doigt sur la coupe spécial couple et adressa un sourire complice à Elena qui acquiesça, un air gourmand étirant ses lèvres. Il garda la jeune fille dans ses bras et prit une cuillère couverte de glace qu’il lui présenta devant ses lèvres mais il ne fut guère adroit car une sensation désagréable et froide lui tomba sur la cuisse.
 
« Ho quel maladroit je suis… » soupira t-il.
«  Ton jean n’est psa crade, je te rassure… » murmura la jeune fille en récupérant la glace avec son doigt.
- Je l’ai pas lavé depuis trois semaines. »
 
Grimace de la part d’Elena. Puis léger rire. Siegfried sentit le vibreur de son téléphone. Kyle Porter, encore une fois. « … Très bien. ». Grand sourire de la part de Siegfried. Il prit un moment pour lui donner l’endroit exact de rendez-vous et lui envoya le texte. Puis il rajouta « J’ai hâte de vous voir tous les deux ;) ». Elena le regarda, une moue triste sur son visage. Siegfried l’embrasse doucement tandis qu’elle murmure doucement :
 
« Je n’ai pas envie que tu partes. ».
« On a encore de la glace a finir… enfin, je dois bientôt m’en aller. Mon deuxième rendez vous n’aime pas les retards.  » répondit-il en glissant ses doigts dans ses cheveux. Mais elle se décolle doucement de lui, sans doute déçue.
« D’accord. Je ne vais pas te retenir plus longtemps alors ». Elle détourne la tête. Siegfried passe sa main dans son dos, réconfortant.
« Ce n’est pas une fille si c’est ce dont tu as peur. Pour me faire pardonner, je te rapporte ton déjeuner demain.
- Tu peux me dire si c’est une fille que tu vois. Je préfère que tu me le dises plutôt que je ne le découvre. »
 
Le jeune homme sourit doucement. Non, ce n’est pas une fille, vraiment pas. C’est même bien plus que ça. Ollie était certes d’une jalousie  dévorante lorsque Siegfried laissait son regard courir le long des jambes. Un jour, alors que la serveuse déposa leur glace sur leur table, ses yeux se laissèrent aller à la contemplation de ces belles jambes. Mais Ollie, peu satisfait du comportement de son gardien, s’était exclamé haut et fort « Pfff, elle est même pas belle en plus. ». Siegfried, stupéfait, s’était tourné vers lui… et avait éclaté  de rire. Il n’avait pas vu l’air outré de la serveuse, mais il s’en fichait. Tout ce qui lui importait était Ollie, à ce moment là. Juste toi, Ollie. Ce gamin n’imaginait pas le bien-être qu’il donnait à sa jeune nounou. En réponse à cette exclamation, Siegfried lui avait tendrement ébouriffé les cheveux, encore secoué d’éclats de rire. Ollie était jaloux, oui… il ne voulait pas partager Siegfried avec quiconque… celà lui faisait plaisir au jeune homme. Il ne pensait pas s’attacher autant à ce gosse si vite. Il avait multiplié les sorties après le braquage. Dans la limite du raisonnable car l’enfant devait se ménager.
 
« Ce… Ce n’est pas une fille. Je te le dirais. En fait… » Hésitation. Il ne parlait jamais de son travail aux autres, non pas qu’il avait honte du gamin ou  du fait de se rapprocher de l’infirmier de l’école, non, non, non. Juste… que ces moments avec eux deux avaient le don d’apaiser ses souffrances et les mettre au placard. Mais quelque part, il craignait la fin de cette amitié qu’il craignait courte. Il ne voulait pas s’emballer. Il sentait que l’attachement d’Ollie ne lui serait peut-être pas autant bénéfique… que dirait sa mère s’il le voyait avec un gosse de douze ans ?
« Tu es fou… ce n’est pas Zach. Arrête cette comédie et dis à Kyle que ce boulot est terminé. Tu as l’argent qu’il te faut. Alors… pars. Pars. »
Non… il ne voulait pas partir de ce cocon où deux personnes l’avaient accueilli à bras ouverts. Il ne voulait pas se lever de table, ignorer le plat de parmejana et se sauver dans la rue comme le vagabond qu’il était. C’était ce qu’il devait faire peut-être. Car il n’était pas raisonnable. Une pensée pleine d’espoir avait éclos plusieurs fois dans son esprit mais il l’a refermait aussi vite qu’elle ne s’était formée. Non. Même si je le voulais, je ne pourrais pas…
Il sourit à Elena.
 
« En fait j’emmène… Ollie, l’enfant que je garde, à la plage. Je lui ai promis une ballade. Et ce môme est… jaloux  comme une épouse que je trompe avec la plus belle des maitresses. » murmura t-il en embrassant les cheveux de la jeune blonde. « C’est un gamin formidable. Et bon,… ils m’aident un peu depuis le braquage. »
 
Sourire fragile. Parler du braquage lui en coutait beaucoup. Ce simple mot ressurgissait sa culpabilité et ses blessures ouvertes, fermées et rouvertes. Elena lui sourit doucement et finit par  conclure en mangeant la dernière cuillère de glace « File, allez, je te libère. ». Siegfried ne bougea pas  immédiatement… il se rapprocha d’ellle et posa son front contre le sien, lui caressant la joue, tendrement. « Je  te vois demain. Au déjeuner. Sans faute. Je te préparerais… humm… un truc bien français. Ca  te plaira. ». Il sourit doucement et l’embrassa, en fermant les yeux. C’était si bon… si  frais… ! Elena y répondit avec une ferveur qu’il n’aurait jamais cru possible de la part d’une fille à son égard. Puis ils s’interrompirent. C’était l’heure de partir ! Ils se levèrent donc et tandis que Siegfried alla payer leur repas, Elena lui posa son panama sur la tête. Ho, il l’avait oublié sur la table. Il sourit doucement et le mit bien en place  sur sa tête.
Des panamas, il n’en avait jamais mis. Mais la veille, lorsqu’il était parti chercher Elena, Connie le lui avait vissé sur la tête car un mec sans chapeau selon elle, c’est un type emasculé. Bien compris. Une fois payé, les deux jeunes gens sortirent du restaurant. Elena l’embrassa une toute dernière fois, passant sa main sur le visage de Siegfried. Ils se quittèrent donc… mais leurs mains restèrent enlacés une courte secondes, alors que leurs yeux s’étaient déjà détournées. Siegfried la caressa encore un moment, se promettant de la revoir le lendemain matin.
Mais pour le moment, ses pensées  allèrent droit vers Ollie et son père qui allaient certainement se plaindre se son retard. Il sourit intérieurement, impatient de les revoir. Tous les deux.
Bien entendu, il savait que Kyle avait envie de tout sauf d’être  ici sur à la plage avec deux sales  gosses. Mais il avait envie de le sortir, de le bouger. Rester seul trop longtemps n’avait rien de sain, il devait le savoir puis qu’il était médecin. Mais il comptait sur ses efforts pour lui faire oublier que dans cette ville, son âme sœur l’avait laissé tombé avec un « c’est fini » ainsi qu’un claquement de porte.  Sbam.  Oui, c’est difficile Kyle. Mais sortir un peu te fera du bien. Reste juste une heure et passe un peu de temps avec ton fils… cela vous fera du bien.
Il fallait aussi dire qu’après le braquage, il avait été plus présent que quiconque. Ce n’était pas grand-chose de l’inviter à manger chez lui. Du moins en apparence. Mais il préférait mille fois être avec eux que seul dans sa  chambre, tremblant comme une feuille à l’approche d’un marchand de sable habillé de  noir. Non, il valait mieux pour lui de rester en leur compagnie… et puis il y avait l’enfant qui parlait du braquage en toute liberté. Siegfried l’écoutait attentivement, menton reposé sur ses mains jointes. Il n’était pas mort. Non, il n’était  pas mort… que se serait-il passé s’il l’avait été ?
Il se souvint de ce moment à l’hopital où le sommeil l’avait giclé hors de son nid douillet. La douleur de la blessure à son flanc l’avait réveillé car dans son sommeil, sa main s’était crispée sur la blessure, comme s’il vivait un souvenir très vieux.
 



 
Il marche le long du muret le séparant de la plage. Il était à cinq minutes de les retrouver. Il imaginait déjà  la tête d’Ollie lorsqu’il allait débarquer « Mais pourquoi tu es en retard… je paris que c’est à cause d’une fille…elle est belle au moins ? ». Cela le ferait bien rire. Ha petit jaloux. Quel gamin formidable…
Il songea un peu à Zach.. mais ce n’’était pas le moment. Il préférait profiter de ce moment avec eux. Ses pieds rencontrèrent le sable. Déchaussé, il commença ses recherches. Ils devaient être juste là, dans le coin. Il y avait une légère foule. Mais pas autant que sur les plages japonaises. Bon, bon, bon… Alors où vous cachez vous les deux Porter ? Attendez, pourquoi ce type porte t-il un haut à manche longue… ? Mais il fait super chaud. Espèce de… de… Merde, c’est Kyle Porter ? Il fut surpris. Vraiment surpris… mais le souvenir des plaies jalonnant son bras lui traversa l’esprit. Non, ce n’est pas étonnant en fait. Quoiqu’il ne passait pas inaperçu. Il leur sourit doucement.
 
« Excusez de mon retard. J’ai été… Retenu. »
 
Moue boudeuse de la part d’Ollie. Siegfried lui adressa un sourire et lui ébouriffa les cheveux.
 
« Boude pas DovaKhin. Tu sais bien que tu passes  avant tout le monde, n’est ce pas ? » Puis il se tourne vers Kyle en souriant doucement « Comment tu te sens aujourd’hui ? »
 
Il voulait savoir… mais celà se voyait immédiatement à sa tête et à son corps que celà n'allait pas. Pâle. Maigre. Les yeux cernés. Il n'avait posé la question que pour la ferme. Son regard lui disait qu'il savait ce qu'il en était.

"Bon... j'ai bien fais de te sortir." dit-il en observant l'ampleur des dégats. "Je suis à deux doigts de te trainer dans un restau français..."

Il voulut rajouter quelque chose mais il remarqua l'absence d'Ollie. Pourquoi d’ailleurs ? Il n’en savait rien. Il commença à  formuler une phrase « Si tu veux, plus tard on pourra parler. Seul à  seul… il faut que je te parle… ». Mais il se retourna doucement en sentant Ollie revenir. Mais pas seul. Siegfried se  retourna et.  Oh. Il l’a reconnu. Que faisait-elle là ? Oui, la mère d’Ollie. Cassandre. Il sourit intérieurement. D’habitude, il aurait matter ces superbe jambes mais là, tout de suite, non. Le jeune homme avait une nette tendance à baisser les yeux, n’osant la regarder en face. Il fallait dire que tout ce qui touchait de prêt ou de loin le braquage et Ollie le plongeait dans une  perturbation fort déplaisante. Il se souvint donc… et ce n’était pas beau à voir.
 
Vous me parlez madame, mais je ne comprend pas  ce que je vous dites. Ollie répond à vos quetions mais moi je n’y arrive pas car durant un court instant, je ne suis qu’un français perdu dans cet immense pays, incapable d’apprendre la langue natale.  Je  vous regarde et je vois que vous avez l’air triste et démunie face à cet horrible évenement.  Ollie est à côté de moi. Il parle. Il respire. Il vit ! Et moi je le regarde. Pourquoi parles-tu cette langue gamin ? Je ne comprend pas. Je ne sais pas ce que tu dis.
Vous me posez des questions, mais au moment où j’ouvre la bouche, les mots se perdent. Jene vois pas combien vous êtes belle, je ne vois pas non plus que vous cherchez à savoir le déroulement exact des événements. Je regarde seulement vos yeux. Cet expression je l’ai vu. Une fois. Sur le visage de ma mère lors de l’enterrement. Elle s’est effondrée devant la tombe. Rien n’allait à ce moment là. Je n’ai osé la toucher pour la relever, l’apaiser, quoique ce  soit parce que  je me sentais coupable. Elle m’a regardé exactement de cette manière. Plein de souffrance dans les yeux. Mais  vous, vous avez de la chance car vous avez encore votre enfant, vous savez ? Il est là devant vous. Ma mère, elle, a perdu ses deux fils. Un est mort, et l’autre s’est retiré du nid familial. Ho je m’en veux oui. Ma mère est toute seule de l’autre côté de l’océan. Mais ce n’est pas le sujet du jour. J’aurais aimé qu’on se  rencontre en d’autres circonstances vous savez ? Je sais pas moi… hum… Kyle prépare un Parmejana, je suis invité et on mange tous les quatre ensemble autour d’une table. Je préfère ce tableau simple que ce qu’on est entrain de vivre. Vous m’avez traité d’idiot, je l’ai entendu. Oui, j’ai été un idiot et je m’en voudrais toute ma vie car c’est la deuxième  fois que je fais ça. Je n’ai rien gagné.
Tout ce que j’ai réussis à vous dire, c’est un bref « désolé. ». Je me suis couché et je me suis endormit car vos yeux me font peur. Ils me dardent de tout cotés. Et j’en ai assez que l’on me regarde. Je veux dormir, m’échapper. Je suis désolé… mais je n’aurais jamais cru qu’Ollie se ferait  tirer dessus. J’aurais préféré qu’il passe lajournée àmefaire la gueule. Déteste moi gamin, J’en ai rien à carrer. Mais tu es en vie alors ça me suffit.
 
Il fait bonne figure devant Cassandre. Il ne veux pas  qu’il se rappelle de lui comme une loque dans l’hôpital.  Il s’avance vers elle, lui sourit agréablement sans laisser ses yeux s’attarder sur son corps. Cela serait mauvais signe. Et puis bon, il sort déjà avec une nana blonde hein. On va pas ouvrir les hostilités en draguant une brune… et la mère du gamin en plus. Il tendit la main qu’elle sera.
 
« Bonjour Cassandre. Content de vous voir. » dit-il avec un sourire assuré.
 
Non, rien à voir avec la petite loque qu’elle a vu à l’hôpital. En public il restait un Rho Kappa qui passerait bientôt son examen final. Il regardait le monde avec son insouciance et oubliait que sous sa peau se cachait un horrible secret. C’était ça évoluer dans la société. Il choisissait les personnes à qui il se livrerait. Mais les autres ne verraient rien d’autre que lui et son sourire amical.
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"Je suis une moule et ta famille, c'est un rocher ?" Docteur Kyle <3
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