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 ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,

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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Sam 20 Sep - 14:27

Je n’ai jamais vraiment pris le temps de regarder les gens. Je veux dire, les regarder vraiment, creuser la surface pour y trouver autre chose. On donne peu de nous-mêmes en apparence, c’est souvent ce que je me dis quand je froisse des personnes avec mes airs de snob qui refuse de serrer une pogne. Mais je me dis aussi que les cons sont ceux qui s’énervent. La curiosité, vous connaissez ? Celle de rencontrer l’autre, d’échanger des regards puis des paroles, des sourires enfin, ou l’inverse. S’insulter tant et si bien qu’il devient par la suite difficile de résister à l’appel des coups. Mais il faut creuser, toujours creuser. Avec Siegfried, je creuse parce que je sais que ce gamin a quelque chose à apporter à mon fils. A moi, peut-être aussi. Chacune de tes réactions démontre que tu as vécu quelque chose de difficile. Tu es là, sans l’être forcément, assis à bonne distance de moi, respectueux à présent, honteux aussi. Et fatigué, si fatigué. Parce que je t’ai demandé de me dire des choses que tu n’aurais sans doute jamais dit à personne, quelque chose que tu as gardé pour toi suffisamment longtemps pour que ça te bouffe, petit, et ça te bouffe clairement, je le vois dans ton regard. Je me revois à vingt sept ans, dévoré par la colère et le chagrin, envahi par la morsure douloureuse qu’a provoqué la mort de ma sœur, et l’injustice, la cruelle injustice de n’avoir pu la venger, de ne pas avoir tué le type responsable de ta descente aux enfers. Et je m’en veux, aussi, de ne pas avoir pu te sauver. N’est-ce pas pourtant ce qu’un médecin devrait faire ? Tout mettre en œuvre pour te sauver, ma sœur ? Je n’en ai pas été capable, et maintenant j’ai honte. Je replonge treize ans en arrière, manipulé par mon esprit qui danse et souffre, je ne sais pas bien pourquoi. Ou si. Parce que c’est toi qui a réveillé tout ça. Comme Azraël qui réveille mes peurs ancestrales avec un plaisir malsain. Celui de m’enfermer dans un placard et de ne plus donner aucun signe de vie par la suite. Je t’aurais tué. De chagrin hein, mais je t’aurais tué. Vraiment tué.

Tu lâches quelques mots dans le silence, et je comprends immédiatement qu’il est temps pour toi de rentrer. Cette première rencontre ne se sera pas faite sans heurts, pas vrai ? Je me lève en même temps que toi, échange quelques banalités du genre « je te contacterai rapidement, merci d’être venu » « passe une bonne soirée, à bientôt » avec un sourire pâle, le sourire de quelqu’un qui est là sans l’être, le sourire de quelqu’un qui a déjà l’esprit vagabond, ailleurs, vraiment ailleurs. Je me surprends à me dire que je n’ai pas invité beaucoup de monde chez moi, ces derniers temps. Jamais, en fait. Mes amis ? En Angleterre. Ollie ne ramène jamais de copains, je n’ai jamais vraiment compris pourquoi, et je ne le lui ai jamais demandé, en bon père indigne que je suis. Siegfried est le premier jeune homme que j’invite à manger avec nous. Et je sais que ça risque de mal passer si quelqu’un d’autre l’apprend. Je l’ai fait passer avant toi, certes, et alors ? Lorsque la porte se ferme, le silence de l’appartement me prend à la gorge un peu comme une bête sauvage. J’allume une clope et pars à la fenêtre, pour écouter un peu le bruit ronflant et continu de la ville. J’en ai besoin, de ces moteurs qui hurlent, de ces klaxons qui se déchaînent même à dix heures du soir pour me dire que je ne suis pas si seul que ça. Pour me dire que je ne me suis pas forgé de carapace pour me protéger du monde, m’empêchant du même coup toute interaction avec les autres. J’aurais pu être un homme de quarante ans avec une femme, deux enfants et un cercle d’amis de la faculté de médecine que j’invitais chez moi, mais non. Je n’étais rien de plus qu’un homme seul, avec son fils fou furieux, mal à l’aise dans ses quarante ans.

Il y a toujours de la musique dans la chambre de mon fils, et je me surprends à souffrir atrocement de cette distance. J’en ai plus qu’assez. Plusieurs années sans le moindre contact, à s’échanger par téléphone des banalités comme « tu travailles bien à l’école ? Maman s’occupe bien de toi ? Oui, j’ai hâte de te voir. » sans profondeur, seulement formel, et pour moi cela n’a rien, strictement rien de la relation que j’entends avoir avec toi, Ollie, même si je te laisse aux bons soins de Siegfried. Je veux te montrer qu’il y a quelque chose d’autre, tu vois, quelque chose qui fait que je suis ton père, que je t’ai voulu et que je t’ai eu, comme un magnifique cadeau pour oublier la véritable raison de mes disgrâces et de mes silences. Cassandre en a voulu autrement. Mais il est temps d’en finir. Cette rencontre avec Siegfried prouvera au moins que j’ai des choses à changer dans mon comportement. De grosses choses, la première étant de ne plus le fuir, ne plus chercher à le protéger de mes problèmes, seulement lui montrer, lui expliquer pour qu’il comprenne que cela n’a rien d’une volonté de le mettre à l’écart de son père. Alors je toque à la porte de sa chambre, les yeux fermés en signe de soumission. Oui, je vais t’expliquer, je te le promets, tout t’expliquer. Aucune réponse, j’entre.

Mon fils est allongé sur son lit, les yeux regardant le plafond. Des yeux rouges d’avoir un peu trop pleuré. Je m’en veux immédiatement d’avoir été cruel, colérique. Parce que le petit bonhomme qui se tient là, il ne fait plus le fier du tout. Il a mal, c’est tout, mal de voir que son père est un homme qui ne sait pas prendre soin de lui. Toundra, le chat, est enroulée près de ses jambes et ronronne comme une furieuse. C’est une Mau Egyptienne. Gardienne des temples, et de mon fils je suppose parce que lorsque je m’approche elle redresse immédiatement la tête, un peu comme un chien entendrait le vrombissement d’un moteur étranger, au loin. Ma main caresse le front de l’animal qui me gratifie d’un coup de langue râpeux. Aucune réaction de la part de mon fils, qui fixe toujours le plafond, presque sans ciller. Comme si je n’étais pas là. Je baisse légèrement le son de la musique, et m’assieds près de lui, sur son lit.

« Ollie… »


Pas de réponse. Il regarde à présent l’emplacement vide de là où se trouvait sa télévision. Non, cette fois je ne suis pas en tort, c’est pas comme ça que tu pourras la récupérer. Je te regarde longuement. Tu es adorable, mon fils. Tu ressembles à ta mère, mais ces yeux froids, cette lueur craintive dans le regard, c’est la mienne, je crois bien. Ces yeux si noirs. Tu ne me regardes pas, toujours pas, visiblement furieux contre moi comme tu ne l’as jamais été. Alors je tente le tout pour le tout. D’un geste, je retire mon T-shirt, le pose sur une chaise, et te fais face. La lumière artificielle de la chambre montre à présent le reflet de ce que je suis, de ce que j’ai été. Un adolescent dont la jeunesse a été brisée, à grands coups de fouet, de rasoir, de ciseaux et de cigarettes écrasées sur ma peau, toutes ces marques blanches sur ma peau légèrement plus foncée, partant de mes épaules au bas de mon ventre. Ça et là, quelques traces sont plus roses, plus marquées. Parce que récentes. La trace d’un suçon qui date de deux semaines. Mais je pense que tu es un peu jeune pour comprendre ce que ça représente. Tu te décides enfin à me regarder. Tes yeux s’ouvrent, en grand, très grand et tu pousses un cri muet, la bouche grande ouverte en reculant jusqu’au mur, comme pour m’échapper. Je pousse un soupir sans te quitter des yeux, dégoûté par moi-même, par l’image que j’ai toujours donnée de moi.

« Tu voulais savoir, non ? C’est ce que tu m’as demandé, et tu as raison. Je vais tout te raconter, du moins si tu es prêt à l’entendre.

- Papa… »
Ta voix, elle tremble alors que tu sembles hypnotisé par la démonstration de violence qui se trouve face à toi, toutes ces marques. Tu t’avances à nouveau, timidement, pour les regarder de plus près.

« Papa, c’est quoi… Comment tu as pu faire ça ?

- Tu es sûr de vouloir tout savoir ? »

Il hoche la tête, le regard bloqué par mes cicatrices. Alors je ne résiste pas, je t’attrape et te prends dans mes bras, pour la première fois depuis des années. Cela semble être un déclic parce que tu te mets à sangloter, presque instantanément entre mes bras. Tu t’accroches à moi et je comprends, je comprends que ce contact il n’est pas si dur avec toi, il est même nécessaire. Il y a des choses que je ne te dirais pas. Mais mon passé, je veux bien le partager avec toi. Tu redresses la tête et tu me regardes, des larmes plein les yeux.

« Tu vas vraiment tout me dire ?

- Je vais essayer.
- Pourquoi tu as ces cicatrices ?

- Oui.
- Et Tante June ? »


Hésitation.

« …Oui.

- Pourquoi maintenant ?

- Je pense que tu es en âge de comprendre. J’ai fait une erreur en te cachant les choses. J’espère seulement que tu comprendras.

- Je t’écoute. »

Je prends une inspiration, je te relâche parce que je ne dois tenir personne pour faire ça. Je contemple mes marques, ces horreurs qui sont imprimées là sur ma peau, et j’ai seulement envie de me laisser aller et de tout balancer pour me sentir soulagé, mais que diras-tu, mon fils, quand tu apprendras que j’ai été incapable de sauver ma sœur, incapable de me sauver moi des griffes de mon geôlier, comprendras-tu seulement ce que j’ai vécu et pourquoi les conséquences n’en sont que plus grandes, plus violentes encore ? J’inspire, donc. Lentement. Expire. Puis te regarde, droit dans les yeux. Oui, je suppose que tu as le droit de savoir.

« D’accord. Je crois qu’il faut d’abord que je te parle de Lloyd. »
RP TERMINE
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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Jeu 18 Sep - 0:14

Malaise. Son comportement le plaquait contre un immense miroir et le forçait à regarder, à affronter son comportement en face. Tremblant, il levait les yeux, traversé de sanglots intérieurs. Ce qu’il voyait ne lui plaisait pas. Mais il fallait avancer n’est ce pas ? Il fallait regarder droit devant soi et marcher, marcher, marcher sans jamais s’arrêter.
Siegfried marche à présent. Il revient dans la salon après être resté quinze longues minutes seul, dans cette salle de main. Il en profita également pour envoyer un texto à Connie. « Tu peux venir me chercher steuple ? », « Où ? » «  Je te donne l’adresse. Voilà. » « D’accord. Je suis là dans trente minutes. » « Dépêche-toi. Je suis épuisé. ». Rien de plus, rien de moins.
Siegfried prépare le café. De temps à autres, il pose son regard sur la montre de la cuisine. Il se souvient de moments gênants où le seul désir est de partir se cacher dans un trou de souris. C’est ce qu’il ressent ce soir-là. Laissez-le aller se coucher. Il en meurt d’envie. Le silence de Porter ne fait rien pour le rassurer. Pire. C’est angoissant. Du coin de l’œil, Siegfried l’observe un court moment. Malgré une « période de crise » assez forte, il se tient assis, l’air songeur, la cigarette aux lèvres. C’est étonnant… pourquoi ne l’a-t-il pas saisi par la peau du coup pour le foutre dehors ? Il n’en sait rien. Et quelque part, cela le soulage. Malgré la violence de ces rapports déjà intimes, tous deux remplissent un tas de points communs sans le savoir. Et avouons-le : Cela fait un très long moment que Siegfried n’a pas regardé un adulte avec tout le respect qui lui était dû. Sauf peut-être Clint… et encore, ce dernier dû supporter quelques plaintes de la part de clients que Siegfried qualifiait de « Trou du cul de sa mère », « face de petshop » et « homosapien mal évolué ». Aussi, il le sermonnait. Mais jamais Clint ne subit d’insolence de la part de Siegfried. Respect de l’ancien ? Il y avait de ça oui. Mais la raison véritable était que le ranch donnait tout ce dont il avait eu besoin pour surmonter l’épreuve qui l’avait marqué. Les chevaux étaient toute sa vie.
Porter, c’était autre chose. Il avait tenté de le mordre, mais l’homme calme l’avait corrigé, prouvant qu’être calme ne signifiait pas être con. Un plaquage avait suffit à le calmer. Rien de plus. Pas de plaisir pervers à l’écraser sur le sol, juste une volonté de rappeler qui est le chef ici. Une remise à l’ordre.  Etait-ce vraiment de l’humiliation en vérité ? Non, ce n’était pas le terme juste. C’était autre chose, de bien plus respectueux. Certes, son orgueil en avait pris un coup… mais était-ce bien de l’humiliation ? N’était-ce pas cette sensation de reconnaitre une bêtise et de promettre de ne plus recommencer ? C’était…
Il rougit de penser à cela. Arrête de prendre tes désirs pour des réalités. On dirait un gosse qui demande la lune au Père Noël. De père, t’en auras jamais. Tu es seul, c’est tout. Il ne sera jamais le tient. Laisse-le à Ollie et contente-toi de faire ton travail. T’es payé, tu viens, t’obéis et tu fermes ta gueule. Ho et pas de questions personnelles. Tu t’approche trop du brasier. Tu es seul. N’espère rien car tu n’obtiendras que le vide. Tu es né pour ne pas avoir de père et laisser ce privilège à d’autres. Et oublie ça : Devenir le grand frère d’Ollie ? Mais quels rêves stupides… tu es bête. Tu te fais du mal pour rien.
Il devait dormir. C’était sûr et certain. Maintenant plus que jamais.
 
Les tasses posées sur la table, il s’assied à un mètre de Porter. Juste assez pour tendre le bras et le faire sursauter d’un simple contact de la main. Siegfried lui jette un regard méfiant. Non, il ne fera rien. C’est difficile à dire mais… c’est rassurant. Cette sensation n’avait, pour le moment aucune explication.
Il parle. De quoi ? Ses craintes concernant la voix. Cette menace grandissante qu’il ne voyait pas encore venir mais qui finira bien par mettre un nom sur ce français discret pas si blanc que ça. Depuis le début qu’il s’approchait des filles, cotoyait les Rho Kappa et suivait une existence telle qu’il n’en a jamais eu. Mais… cela se passait trop bien. Il fallait bien que tout se détruise un moment ou à un autre. Il fait part de ses craintes concernant la voix de Wynwood. Il sait pertinemment pour quelle raison bien que cette partie du secret n’ait pas été révélé. Tandis que Porter laisse ses yeux se perdre dans le vague, il répond avec nonchalance :
 
« Crois-moi, cette jeune fille ne s’intéresserait pas à quelqu’un comme moi. Et qu’elle découvre ce qui se cache sous mes manches ne me plairait pas, assurément, mais elle n’en a aucun moyen. La seule personne qui connait ce secret ne me trahira jamais. « On a trop de choses à perdre, bien plus inquiétantes que ce genre de révélations. Hm, bref. Tout ça pour dire que tu ne dois pas t’inquiéter. Si je suis le seul à savoir pour ton frère, tu peux être sûr que ton secret sera bien gardé. Personne ne saura, ne t’en fais pas. »
 
Siegfried continue de le regarder. Il n’y croie pas. Tout simplement. Il baisse les yeux, sachant très bien qu’un jour, la voix prononcera son prénom et balancera à tout le monde  ce qu’il s’est réellement passer. Il acquiesce, ne trouvant rien à redire, silencieux comme une tombe. A son tour d’être renfermé. Il se passe trop de choses dans son esprit pour disperser le malaise d’un coup de blague telle que « Qu’elle vienne : J’ai toujours voulu être dans la presse people ». Mais son humeur désinvolte s’était caché derrière cet amas mélancolique.  La prochaine fois qu’ils se verront, Siegfried aura une autre tronche. Mais pour le moment, l’angoisse le dévorait encore de l’intérieur. Pitié, faites que  cela cesse.
Les yeux de Siegfried se fichèrent un moment dans ceux de Porter. Pendant un bref moment, il eut envie de dire La vérité. Non celle en carton qu’il lui avait servit à la va-vite histoire d’avoir la paix, non. L’ultime vérité. Celle qui le dévorait de l’intérieur comme un ver solitaire, grignotant la nourriture qu’il avalait, l’affaiblissant jour après jour. Celle qui, comme l’aigle vorace dévore le foie de l’orgueilleux Prométhée, infeste ses tripes. Celle… qu’il mourrait d’envie de balancer à  quelqu’un. Quelqu’un comme Porter sans doute mais à quoi bon, il venait de le rencontrer. Et ce n’était pas dans ses habitudes d’accorder sa confiance au monde adulte aussi facilement. Il les trouvait trop fourbes, menteur et hypocrites.
L’êtes vous Kyle Porter ?
Une voix gentille lui murmure de le croire lui. Tous les adultes ne sont pas ainsi. Tu peux bien t’en remettre à quelqu’un. Tu te sens si seul…
Non pas encore. Siegfried détourne la tête, regardant droit devant lui.
 
« Pour Ollie, je te contacterai directement. Je pense commencer dans trois jours. J’i besoin d’un peu d’air, mais il faut absolument que je parle à mon fils de certaines choses. Qui sait. Peut-être que ça le fera changer d’avis te concernant. J’espère que tu as les nerfs solides, tu vas en baver. 
- Faites-moi confiance, murmura-t-il sans répondre à son léger sourire, le regard rivé sur l’étagère où reposait « Autre-Monde ».  Bon, je pense qu’il vaudrait mieux que je m’en aille. J’ai… cours demain, et…hum… je… je dois aller me coucher. » Brève hésitation. « Vous aussi vous avez une sale tronche. »
 
Il se leva donc, prêt à partir. Quelle soirée épuisante…
 
 
Il avait donc quitté Porter après avoir échanger les dernières banalités. Bien entendu, pas de Ollie. Le gamin restait tranquillement dans sa chambre, heureux de le voir partir. Mais cela ne fit rien, il survivra Jusqu’à leur première sortie. Le jeune homme salua donc Porter avec une politesse réservée. Mais malgré tout, il lui adressa un léger sourire, de peur d’être pris pour un croque-mort en formation.
Une demi-heure plus tard, il se retrouva dans sa chambre, parmi les Rho Kappa. Sans attendre, il prit une douche, prêt à se coucher. Fatigué, il était fatigué. Cette journée avait si bien commencé… et si mal… terminée ? Peut-être pas. Il prit une douche rapide, la deuxième de la journée certes. Mais il avait besoin d’apaisement avant de s’allonger dans un lit ouvert au monde cauchemardesque des souvenirs. Une fois sortit, Siegfried passa rapidement une serviette sur le corps. Face au miroir, il fixait son reflet, comme on fixe un ennemi. Ce que tu as fait est impardonnable. Impardonnable.
Son doigt suivit le fil d’une entaille refermée depuis longtemps, très longtemps. Huit centimètres, seize points de suture. Pour beaucoup, cette entaille n’était rien d’autre qu’un accident dit, de cheval. Il est tombé après avoir lancé Miracle au grand galop, rien de plus, rien de moins. Cette explication ne suiscitait aucune autre question.
C’était là l’unique mensonge qu’il se permettait.
Puisse cette cicatrice lui rappeler ses erreurs dans la continuité des jours et des années, dans les méandres de ses souvenirs cauchemardesques.
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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Mar 16 Sep - 0:18

Je réfléchis. Un peu comme d’habitude. C’est ma grande spécialité, ça, réfléchir tout le temps, et pour rien. Sauf que cette fois je pense avoir une bonne raison. J’ai laissé ce gamin dans un sal état. Dans le salon, il y a un silence quasi religieux, rythmé par le bruit de la musique de mon fils qui retentit dans sa chambre. Mais je n’en entends que des bribes. Parce qu’il sait qu’il ne faut pas trop jouer avec mes nerfs. Le poids des regrets m’envahit. Parce que je sais qu’en protégeant mon fils de ces lourds secrets de famille, je l’ai évincé de ma vie. J’ai cherché à garder ces choses pour moi, et uniquement pour moi. Et ce n’était pas la bonne solution. Il a le droit de savoir. Je réfrène une envie subite de toquer à la porte de sa chambre pour tout lui balancer, pour tout lui montrer. Je me force à ne pas le faire, parce que j’ignore s’il sera apte à comprendre un jour. Que tout ce que j’ai fait c’était pour son bien-être. Je n’ai jamais cherché à lui faire du mal. Ses yeux perçants de tout à l’heure, ces yeux pleins de colère, c’étaient ceux de Cassandre qui m’accusaient de mille torts, comme autrefois. Parce qu’elle ne sut jamais, elle non plus. J’ai compris, depuis, qu’on ne peut pas construire réellement quelque chose du moment qu’on ne s’est pas livré, entièrement et sans détour. Mais Ollie n’a que douze ans, sera-t-il capable d’accepter et de comprendre. Que dira-t-il à la vue de mon corps marqué de coups, de brûlures et de griffures ? Il ira vomir. Il ne comprendra pas et me traitera de menteur, de taré. Et j’aurais perdu mon fils à tout jamais. Cette peur, elle irradie dans mes veines depuis des années. Parce que la vraie raison de mon silence n’est pas la peur de me livrer, le besoin de le protéger, non. La vraie raison, c’est la terreur à l’idée du rejet des miens. Que penseraient-ils de moi en me voyant ainsi ? Je comprends alors que Siegfried s’est immiscé, à son tour, dans mon intimité. Comme lui il y a six mois. Que je suis dans le même cas, à quelques petites différences près. Je contemple la photo de ma sœur. Son sourire est magnifique. Et elle me manque. Je sais que c’est dur, petit, mais tu n’as pas vraiment le choix, en fait. Parce que sinon, tu ne vis plus. J’ai vécu comme un homme brisé pendant près de deux ans. Cassandre m’a permis de me sortir de là, mais c’est l’arrivée d’Ollie qui me fit brusquement prendre conscience que je ne vivais pas, je survivais. Je n’étais capable que de ça, sans ma jumelle. Et ce fut mon fils qui me sauva du tourbillon de mes souvenirs et de mes regrets. Lui qui me permis de me regarder à nouveau dans la glace, parce que j’ai soudain eu le sentiment d’avoir accompli quelque chose de bien, dans ma vie.

Et cela, il l’ignore, par ma faute.

Mais il m’est impossible de ne pas me souvenir. Parce que ma confession de tout à l’heure fait remonter des images terribles que j’aurais aimé ne plus repasser dans ma tête. Mon visage fou de colère, alors que je défonçais d’un coup d’épaule la porte du squat où logeait Carter et sa bande de skinheads. Je les ai trouvés sur un canapé défoncé, à fumer joints sur joints. Il a eu l’air surpris en me voyant. Pas une seule trace de larmes ou de regrets sur son visage. Seulement cet air surpris. Et je compris vite pourquoi, en voyant près de lui, collée contre son torse, une adolescente maquillée de noir, amaigrie, le visage rongé par la drogue et l’alcool. Des traces de piqure à l’intérieur des bras. Tu as détruit ma sœur, tu l’as tuée. Et à présent, tu changes de victime, une semaine seulement après ce mort. Ce fils de pute ne fit même pas le trajet pour se rendre à l’enterrement. Il valait mieux, de toute manière, parce que Peter et moi l’attendions de pied ferme. Et malgré tout le respect et le recueillement requis, nous n’aurions pas résisté à l’idée de tuer cet enculé. Oui, et là j’étais en train de concrétiser mon désir le plus fou. Je venais lui péter la gueule, tout simplement. Aussi, lorsque sa voix éraillée par le tabac résonna dans la salle « qu’est-ce que tu fous là, petit con ?! » je perdis aussi bien la raison que le contrôle de moi-même. Et je me suis jeté en avant, je m’en souviens maintenant. Les deux poings tendus en direction de cet immonde déchet, cette sous-race, pour le cueillir juste sous le menton. J’ai senti ses dents s’entrechoquer sous mes poings dans un craquement satisfaisant. Mais ça n’a pas duré. Mon contentement n’a duré que peu de temps, parce qu’ils étaient six dans cet endroit, sans compter cette pauvre fille. Ils m’ont attrapé alors que Carter recrachait une dent. Plaqué au sol, roué de coups de pied. Et je me suis contenté de rester immobile, en hurlant, le souffle court « TU AS TUE MA SŒUR ! ». Rien à foutre. L’un d’entre eux m’a frappé à la bouche pour me faire taire. Et j’ai fermé ma gueule, parce que ces contacts physiques fusaient de partout sous forme de coups. La terreur a fini par me gagner, la nausée aussi. Parce que je me suis demandé pourquoi j’avais accompli cet acte fou. Je m’attendais à quoi ? A le voir en larmes, à mes genoux, me suppliant de me pardonner ? Non, je m’attendais à le voir mort sous mes coups. J’avais oublié que j’étais un jeune homme de vingt-sept ans, frêle et fragile, incapable de faire du mal à quelqu’un depuis mes dix ans. Et lui, un homme fort de trente cinq ans, certes noyé dans l’alcool et la drogue, mais parfaitement capable de me sécher. Les rangers de ces connards m’ont brisé deux côtes, fendu la lèvre. Et puis il est arrivé ensuite, pour m’achever. Pour me cracher au visage, me bourrer le corps de coups de poing. En me disant avec un délice non feint « ta sœur était une pute, t’entends ? Une pute. Si elle m’avait obéi, elle serait pas morte, j’aurais pas eu besoin de lui administrer quelques corrections. Tu te crois capable de la venger ? T’es qu’une merde, Porter. Toi et ta sœur vous êtes juste un ramassis de merdeux. Au moins, je suis débarrassé de cette salope. »
Je ne sais pas ce qui m’a fait le plus mal. Ces coups ou ses paroles. Je me suis retrouvé catapulté dehors. On m’a dit que j’avais eu de la chance d’être encore vivant, d’autres avaient été tués pour moins que ça. Un cadeau pour mon courage, me dirent-ils. Mais quel courage avais-je eu, lorsque j’avais laissé ma sœur mourir sous les coups de ce sale type, rongée par l’anorexie ? Ma sœur était ma raison de vivre. Je l’avais perdue à cause de lui. J’ai longtemps voulu sa mort. Mais sa correction me prouva que rien ni personne ne me permettrait de retourner en arrière pour la sauver.

Le grincement familier de la porte de la salle de bains me fait comprendre que Siegfried s’est décidé à sortir. Je pose la photo sur la table, calmement et le regarde. Son visage porte encore la trace des pleurs, légèrement atténuée par l’eau qu’il a passé sur son visage et sur ses cheveux pour les ramener en arrière. Je trouve ce gosse courageux. Parce qu’il est malheureux, mais qu’il n’a pas voulu se laisser abattre, comme moi. A-t-il vécu des semaines entières, enfermé dans sa chambre, dans le noir, en ressassant à la pelle une pléthore de souvenirs qui n’en finissaient pas de repasser en boucle dans sa tête ? Si, sans doute. Mais il a commencé à forger son armure assez tôt. Et même si elle est fragile, je sens qu’il sera capable de passer le cap de son deuil. Que le temps fera son œuvre. Il est difficile d’accepter la mort, quand on est seul. Difficile de la comprendre aussi, quand on la prend en pleine figure. Il lève la tête, me regarde, me propose du café. Je l’accepte avec plaisir. Voilà, après la tempête, c’est l’accalmie. Il y a des arbres arrachés, des toits de maison envolés. Mais il est toujours là, lui, debout, sinistré mais vivant, cherchant à se réchauffer par un moyen ou par un autre. Il pose les tasses, sur la table, silencieusement et prend place à son tour. Un peu trop près de moi. Un frisson me prend mais je me fais violence pour ne rien laisser paraitre. Non, arrête Porter, à ce stade on atteint la paranoïa, tu ne crois pas ? Il ne te touchera pas. De toute manière, il sait ce qui l’attend s’il le fait. Parce que menacer un gamin, tu l’as déjà fait, et ça ne l’a pas empêché de recommencer. Mais Siegfried n’est pas Azraël. Azraël, c’est un gamin malheureux, certes. Mais aussi plein de névroses, comme moi, dont il ne peut se débarrasser. C’est un type qui a perdu ses repères trop jeune, et qui vit dans un monde où il est le seul maître, le seul roi. Sans pouvoir prêter attention aux autres. Il en est incapable. Toi, petit, tu es un bonhomme extraordinaire. Plein d’amour à revendre, de compassion et de joie, des notions qui me semblent peintes de toutes les couleurs sur ton visage. Tu n’as rien à voir avec le chiot perdu que j’ai trouvé en la personne d’Azraël, parce que l’agressivité ne te va pas, à toi, elle n’est qu’une manière de te défendre, de te protéger. Lui, il en use pour frapper avant et poser des questions ensuite. Je pousse un soupir, le nez dans ma tasse brûlante. Le silence est trop pesant, même pour un type comme moi, ça me gêne. Ça me gêne parce qu’il s’est passé trop de choses, trop vite. Parce que j’ai encore fait pleurer un gosse qui ne demandait rien d’autre qu’à oublier. Oublier qu’il vit depuis quelques temps un cauchemar permanent, là, dans sa tête. Que ça gronde plus fort qu’il le croirait. Enfin, c’est à Siegfried de prendre la parole, pour briser un peu le silence. Je tourne la tête vers lui.

« … vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis désolé. Vous n’auriez jamais dû assister à… ça. »

Ne t’inquiète pas, on est quittes. J’ai envie de répondre ça mais je me contente de hocher la tête. Silencieux comme une tombe, parce que je sais qu’il n’a pas terminé. C’est un môme qui a besoin de parler, besoin de dire des choses pour oublier. Il s’intéresse à moi comme je m’intéresse à lui. Une fois de plus, il y a deux âmes errantes qui se croisent. Qui se côtoient. Qui se refusent et qui finissent par s’accepter, comprenant au bout du compte qu’elles ont chacune quelque chose à apporter à l’autre. De l’espoir, du réconfort. Du rire, des nouveautés. Je te regarde sans esquisser la moindre expression trahissant mon humeur. Comme d’habitude. Je suis une tombe. Un croque mort depuis mes dix sept ans. Il est si rare de me voir sourire. Il n’y a qu’une personne capable de me faire rire comme un con. Sourire comme un débile. Et quand ma bouche fend mon visage en deux, j’ai le sentiment que j’ai enfin trouvé ce que je cherchais en tâtonnant depuis des années. Quelqu’un qui comprend, qui accepte. Et qui aime tout ce que je suis, sans chercher à me changer. Qui se moque de ma flegme légendaire,

« Je n’aurais… je n’aurais pas du vous toucher. C’était stupide de ma part. Cela ne se reproduira plus, c’est une promesse.

- Merci. »

Oui, merci, c’est tout ce que je suis capable de dire. Parce que sais à présent que je ne cours presque plus aucun risque. Je fais encore partie de ces rares personnes qui accordent du crédit aux promesses, tu vois ? Je suppose que ma démonstration de force n’a pas fait que du mal. Elle a aussi fait comprendre à Siegfried que la violence peut parfois se retourner contre nous, comme ça m’est arrivé à moi. Je sais ce que ça fait, se sentir impuissant face à la force de l’autre. D’avoir envie de se débattre, et de hurler contre l’injustice, mais tu as voulu te servir de ma faiblesse pour me battre. Je n’ai fait que me défendre contre une agression éventuelle. Qu’aurais-je fait si je n’avais pas réagi à temps ? Ce contact m’aurait électrisé tout le corps en une décharge insupportable. Je me serais effondré au sol, tremblant, incapable de réagir face à cette poigne de gamin. De quoi aurais-je eu l’air ? D’une merde. Tout simplement. Les bras devant le visage pour me protéger de nouveaux coups. J’en ai trop pris dans ma vie, et je refuse que cela se reproduise. Il y a de la reconnaissance dans mes yeux quand je te regarde. Grâce à ma réaction je n’ai pas eu besoin de me reprendre, j’ai anticipé ta réaction. Cette promesse me rend mon souffle. Je n’aurais plus à craindre de toi. Ou du moins pour le moment, jusqu’à la prochaine discussion houleuse, pas vrai ? Mais pour le moment je me détends. Je laisse le corps de ce jeune homme se tenir près du mien, alors que mes légers frissons cessent doucement, alors que je me répète dans ma tête « calme-toi. Il a juré qu’il ne te toucherait pas, et il ne te touchera pas. Tu ne cours aucun risque. Il ne te fera plus de mal. Tu as assis ta domination sur lui tout à l’heure. Il sait à présent à qui il a affaire. » Sous mes apparences d’homme frêle se cache un animal blessé, capable de tout pour sauver sa subsistance. Ma blessure, à moi, je crois qu’elle ne se refermera jamais. Je vivrai toujours avec cette peur d’un toucher étranger. Mais je peux la calmer. Je sais que j’en suis capable.

« Vous… enfin… N’avez-vous pas peur que… la voix de Wynwood ne découvre vos… »

Mon corps se raidit soudain. Quoi ? Mais pourquoi parles-tu de ça ?

« … votre secret ? ».


Mon secret, ou mes secrets ? Que sais-tu de mes secrets, gamin ? Tu sais que ma sœur est morte. Soit. Beaucoup de gens dans mon entourage le savent, c’est un secret pour personne. Et personne ne m’en parle, de peur de voir apparaître sur mon visage les monstres aux noms multiples. Regret. Colère. Déception. Rébellion. Parce que je ne parle jamais de June, jamais. Ma sœur est devenue un sujet tabou, au même titre que ces marques imprimées sur ma peau. Elle est ma cicatrice, elle aussi, imprimée sur ma cuisse, là où Carter, avant de me chasser, crut bon d’inscrire un petit « J » au couteau à cran d’arrêt. Par-dessus mon pantalon. L’humiliation fut cuisante, absolument cuisante, parce que j’avais refusé tant d’années qu’on me touche, pour me protéger. Pour finalement tomber entre les griffes de ce salaud qui ne fit que prolonger un peu plus mon supplice, en imprimant sur ma chair la première lettre du prénom de ma sœur. Pour que je n’oublie jamais que j’étais responsable de tout ça, absolument responsable. Ma décadence partait de mon ignorance. Et je l’avais payé très cher. Pourquoi tout ça me revenait maintenant ? Parce que j’ai tellement de secrets, Siegfried, tellement de secrets qu’elle ne saurait quoi en faire, la jeune fille qui parle au micro une fois par mois pour cracher son venin terrible. Je ne suis pas une victime. Ni une proie. Qui en a quelque chose à foutre d’un petit médecin scolaire comme moi ? Surtout la personne que je suis, austère et désagréable. Elle aurait bien tort de se mêler de mes affaires. Je comprends rapidement que ce n’est pas vraiment pour moi que tu as peur, mais pour toi. Parce que ce secret, tu aimerais le garder. Je te regarde longuement. Oui, je comprends parfaitement, mais tu n’as aucune raison de t’en faire, tu sais ?

« Enfin… je pensais venir ici pour oublier. Mais maintenant que quelqu’un… a si bien deviné, je redoute que quelqu’un d’autre le découvre et le fasse profiter à toute l’école. Je suppose ne pas être le seul. N’est-ce pas ? »


Il me regarde. Parle à nouveau, me regarde. Oui, j’ai peur pour mes secrets, mais si cela ne devait relever que de la Voix, je ne craindrais pas autant.

« J’espère également qu’Ollie n’a rien vu ni rien entendu de tout ça. Je ne veux pas qu’il me voit comme un dégénéré. Enfin… Bref. Quand est-ce que vous voulez me confier votre enfant ? Je suis libre toute la semaine mais pensez juste à me prévenir la veille. Et puis… heum… j’ai hâte. »


Tes yeux brillent, malgré ce regard qui me fuit. Je comprends. La culpabilité. Je la ressens aussi mais d’une autre manière. Pour le moment, je me contente de garder une sorte de silence, pour me remettre de l’émotion qui m’a animé. Mes bras s’enroulent légèrement autour de mon corps, comme pour me protéger d’une brise inexistante. Mais non, c’est seulement pour pallier à un manque qui me bouffe depuis des jours et des jours. Il y a des gens comme ça, qui font le même effet que la drogue. Et je suis devenu subitement dépendant, à tel point que je ne parviens pas à penser à autre chose. Il y a toujours une petite voix dans ma tête qui me rappelle à son bon souvenir. Pour ne pas oublier à quel point j’ai été heureux ces derniers mois. Et à quel point la chute a été difficile, très difficile. Pour oublier que je n’ai pas eu de répit, vraiment pas. Et que je n’en ai toujours pas, parce que l’absence, la perte, est absolument insupportable. J’en crèverais de douleur, je le sais. Es-tu capable de comprendre ? Non, absolument pas. Je sais que tu ne le peux pas. Je regarde légèrement mon avant-bras couturé de cicatrices, avant de répondre à Siegfried. Nonchalamment.

« Crois-moi, cette jeune fille ne s’intéresserait pas à quelqu’un comme moi. Et qu’elle découvre ce qui se cache sous mes manches ne me plairait pas, assurément, mais elle n’en a aucun moyen. La seule personne qui connait ce secret ne me trahira jamais. »


Mon regard se perd dans le vide. Putain. J’ai l’impression d’être redevenu un adolescent.

« On a trop de choses à perdre, bien plus inquiétantes que ce genre de révélations. »

Merde. Pourquoi j’ai dit ça ? Nerveux, soudain, je bois une nouvelle gorgée de café, allume une cigarette. Je secoue la tête, complètement à côté de mes pompes. Mon esprit est ailleurs, et me fait dire n’importe quoi. Il faut que ça s’arrange. Et vite, avant que je commette l’irréparable et que j’en dise trop malgré moi.

« Hm, bref. Tout ça pour dire que tu ne dois pas t’inquiéter. Si je suis le seul à savoir pour ton frère, tu peux être sûr que ton secret sera bien gardé. Personne ne saura, ne t’en fais pas. »


Je tire sur ma clope. Ne te mêle pas de mes affaires, Siegfried. En fouillant trop profondément, tu risquerais de déterrer des choses véritablement effrayantes. Contre toutes mœurs. Des choses que beaucoup jugeraient ignobles, mais que je vois comme légitimes. Parce que me passer de certaines choses, c’est absolument impossible.

« Pour Ollie, je te contacterai directement . Je pense commencer dans trois jours. J’ai besoin d’un peu d’air, mais il faut absolument que je parle à mon fils de certaines choses. Qui sait, peut-être que ça le fera changer d’avis te concernant. J’espère que tu as les nerfs solides, tu vas en baver. »
dis-je enfin, avec un petit sourire amusé.
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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Lun 15 Sep - 20:14


   
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(verlaine) ▽  Ce moment d'accalmie va t-il durer ?

La distraction… enlevez le pain, enlevez le jeu, supprimez le vin, ôtez leurs plaisirs, et les hommes dépériront, condamnés à affronter leurs misères. Se distraire n’est qu’une pâle tentative de se détourner de sa condition humaine. Et la condition de Siegfried, déposée au détour d’un chemin comme un fardeau, l’avait rattrapé. Il n’a suffi que la présence d’un homme doté d’une profonde clairvoyance pour le forcer à voir la vérité en face. Mais cette vérité, il n’en voulait pas. Il s’en détournait, la boudait. Regarder les choses en face le faisait hurler. C’était comme poser sa main sur une plaque de cuisson. Vous pourrez dire tout ce que vous voudrez mais jamais vous ne tiendrez plus de deux secondes. La brulure rejette vos efforts. Et vous détournez la tête. D’ailleurs, une gifle a également le pouvoir de faire détourner la tête. Et justement, les mots de Porter lui assènent des coups terribles au visage. Il est trop fort…
Je suis allé trop loin, pensait Siegfried. Il va me tuer.
Il avait peur. Porter lui faisait peur. Comment le vieux, taillé comme un cure-dent, l’avait-il saisit par le col ? Stupéfaction. Etait-il vraiment contre un mur, maitrisé par une crevette maigrichonne à la limite de l’anorexie ? Etonnement. Lui, une tête de plus, qui courbe l’échine ? Oui. Parce que le regard de Porter le terrifie. Il y a dans ses yeux, une lueur terrible qui dansait. Le message était clair : ne me touche plus. Sa poigne s’affermissait sur son col.
Retente encre une seule fois de faire ce que tu viens de faire, et parole, je t’arrache la main.
Dès la première menace, l’orgueil de Siegfried avait commencé à vaciller. Il est sérieux. Il sait qu’il était on ne peux plus sérieux. Cet homme ne le montre pas, mais sa volonté est de fer. Comment fait-il ? Siegfried se sent trembler lorsque ses yeux noirs l’épinglent. Il va me frapper. Me… me gifler. Comme mon père ? Oui, sans doute. Ces trois gifles, les seules qu’il n’a jamais infligées à son « fils ». Une à gauche et deux à droites. Au moment où Ted avait levé la main sur lui, jamais Siegfried ne s’était fait ainsi corrigé. Zach non plus ne s’y attendait pas. Trois gifles… une pour l’enculé qui a sauté ta mère, une pour cette salope et une pour toi ! Oui ! Une dernière pour toi qui n’a jamais été qu’un perdant, une sale ordure ! Un mauvais exemple pour Zach !
La dernière gifle fut un coup de poing dans la figure, ce qui l’avait fait chuter à terre. Toute cette violence l’avait détruit en l’espace d’un instant. Il n’était pas un enfant battu, jamais il n’aurait pensé qu’un membre de sa famille ne réagisse ainsi. Les coups ne lui faisaient pas peur, c’était l’adversaire qui  le terrifiait.
Et celui qui se tenait devant lui le terrifiait. Pour quelle raison ? Ils ne se connaissaient même pas. Il venait juste ici pour postuler en tant que gardien d’enfant ! Merde, avait-il si peu de retenue ? Serait-il capable de garder un job assez longtemps dans cette ville étrange ? Son caractère s’est donc si exacerbé ? Sa timidité avait-elle décider de disparaitre, épuisé de cet acharnement à l’évincé ? Que lui arrivait-il ? Et pourquoi Porter le fixait donc ainsi ? Siegfried tourna la tête pour le regarder, cessant de se débattre, n’osant le toucher, de peur de se prendre une volée de baffe. Sa voix sifflante le fait frissonner. Il ne rigole pas. Il se sent redevenir comme un enfant qui aurait fait une bêtise. L’adulte est là, le toisant de toute sa hauteur écrasante. Il a rapetissé devant le médecin scolaire. Il n’est plus qu’un loup orgueilleux qui a perdu une bataille. Il doit se coucher. Siegfried baissa rapidement les yeux, accordant le droit à Porter de décider son droit de séjour dans son intimité.

Il s’assied sur le canapé. Porter l’à laché et s’est reinstallé, le jaugeant d’un regard impérial. Il a gagné et le fait savoir. D’ailleurs, le perdant doit faire un sacrifice. Siegfried avoue donc, la tête basse, que c’est un accident qui a emporté son frère. Le mot le fait tremblé mais il garde la tête froide. L’Alpha a gagné, il a droit à sa récompense mais cette défaite cuisante a de quoi réduire sa fierté et son orgueil en miettes. Les yeux  fuyant, Siegfried avoue, la tête basse. Il regarde autre part d’ailleurs. Parler lui. Affronter l’œil sévère du médecin, c’en était trop pour lui. Bigre, lui qui désirait plus que tout rester droit, écraser quiconque ose le secouer, c’était réussi. Pourvu que personne ne le sache. Pourvu que rien ni personne d’autre ne puisse mettre la main sur son secret honteux.
Il continuait à parler sans le regarder. Ne me regardez pas. Pitié. J’ai tellement honte. Siegfried sentait les larmes monter, monter, monter. C’était si étrange comme journée. Elle avait plus ou moins bien commencé. Mais à y regarder de plus près, il ne voyait que du négatif. Les bons côtés s’entachaient d’une encre noire et ne laissaient paraitre que ses échecs : Son travail parti en fumée à cause d’une insulte bien sentie, les remontrances de sa supérieure, le regard victorieux de la cliente lorsqu’il est parti,… une gagnante.
Il continue à parler d’une voix tremblante qu’il efforçait de maitriser mais les liens fragiles de ses nerfs cédèrent, massacrés par un coup de ciseaux bien net. Comment un type aussi coincés et raide que Porter avait réussis à le perturber. C’est intolérable. Lui, qui s’était promis de ne plus chialer comme une sombre merde devant un adulte, le voilà qu’il laissait  les larmes couler.
Ollie… il ne voulait pas déjà le perdre. C’était con à dire, mais il voulait… il voulait travailler ici. C’était purement et simplement masochiste de sa part. L’enfant s’en fichait totalement de sa présence. Il revoyait ce gamin le regarder avec un air de colère supprême. Je te déteste. Cet enfant, malgré son jeune âge, disait encore tout haut ce qu’on pouvait penser tout bas. Pourtant, cette manie cessait bien avant n’est ce pas ? A peine avait-il claqué la porte de sa chambre, que Siegfried se promettait de faire sourire ce gamin. Mieux de le faire rire. Il donnera toute son énergie pour ça. Toute sa volonté. Et sa volonté était là, bien intacte. Il voulait travailler pour Porter… mais c’était fichu. Totalement.
Cette pensée étrangla sa gorge et provoqua une nouvelle montée de larmes. Si seulement, il avait été seul dans cette pièce ! Mais non. Porter restait là et le toisait de toute sa hauteur le pauvre petit être qui avait échoué ici, dans son appartement à trois  millions de dollars. Sa voix devenait de plus en plus vacillante. Puis l’explication, courte certes, mais qui lui paraissait longue comme un discours pompeux, prit fin.

« Je… » commença Porter.

Mais il le coupa net. Non, ça suffit. Ne m’humiliez pas plus. Cela suffit. Par pitié ! Ses mots le supplièrent avec douleur de le laisser en paix. Pour ce soir. Il souffrait atrocement de ses blessures rouvertes. Rouvertes ? Elles ne se sont jamais refermées. Il se lève et rapidement, se dirige vers les toilettes, la tête basse, les lèvres tremblantes. Ses pleurs l’étranglent mais il ne leur laisse pas le choix : restez où vous êtes. Pas devant Porter. Il ne voulait pas se mettre à nu devant lui. Surtout pas… autant se déshabiller devant lui. Ce qui aurait été une très mauvaise idée. Surtout lorsque l’on partageait la même chambre que l’amant de Porter sans le savoir.

Il s’enfuit dans la salle de bain, courant presque. La porte ne se referme pas. A mesure, qu’il s’éloigne de Porter et de ce salon trop propre, une main étreignait déjà son estomac. O souffrance, que tu es perverse à L’éventrer de tes ongles crochus. Que tu peux être cruelle à vouloir suivre ce pauvre animal blessé dans son orgueil. Tu peux le voir se trainer jusqu’à la porte du fond du couloir, passer devant la porte de la chambre du gamin à pas de loup et se cacher dans la seule pièce intime de l’appartement. Une fois la porte fermée, il se laisse tomber à terre, comme effondré par cette confrontation innattendue. Comment aurait-il pu savoir que tout allait se terminer ainsi ? Comment Kyle Porter ast-il pu deviner d’un seul coup d’œil qu’un événement entachait son existence ? La photo… le visage décomposé du futur gardien de son fils, ses doigts crispés autour de la canette, son regard le défiant de prononcer un seul mot.… il avait compris d’un regard que tous deux partageait une souffrance commune.
Zach… en avait-tu marre que je te dissimule autant ? Ne m’en veux pas mais ton souvenir m’étreint, m’étouffe, me fait suffoquer. Je me souviens de toi, de tes mots réconfortants après que tu ais su que nous n’étions que demi-frère. Malgré mes origines douteuses, tu es resté mon frère, même si nous ne parlions que par de longues lettres. Aujourd’hui, tu reviens. Sous quelle forme, je n’en sais rien, mais tu es là et tu t’affirmes, comme un enfant boudeur qu’on ignore. Que souhaites-tu ? Me faire réagir ? Arrête… ne remue pas le passé, j’ai si mal en pensant à toi que j’aurais voulu être enfant unique pour ne jamais subir ta perte. Oui, c’est cruel, mais à cet instant précis de ma vie, je ressens une immense douleur qui me fait penser d’horribles choses. Regarde ! Tu as vu ce qu’il vient de se passer ? J’ai utilisé une faiblesse contre un être humain juste pour le plaisir de le faire taire. Je savais que Porter détestais le contact physique mais j’ai tenté de me défendre. Mais je ne suis pas comme ça… je ne voulais pas lui montrer que je pouvais faire preuve de bassesse. Porter….
Que devez vous penser de moi à présent ? Que penser d’un type comme moi qui fuit la queue entre les jambes pour aller pleurer dans les toilettes ? Lamentable… surtout devant un type qui, malgré une colère noire et sous-jacente, a su rester droit. Et moi ? Je pleure. Comme une fillette. Quelle honte… j’ose espérer qu’Ollie n’entendra rien. Je ne veux pas m’effondrer devant lui. Devant Porter. Devant… eux. Je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas envie qu’ils me voient comme un pauvre hystérique qui pleure encore un an après un drame qui a fait son temps. Je sais que j’ai fais mon deuil. Je le sais ! Croyez moi… ! Ce ne sont… ce ne sont pas… pas des paroles creuses. N-non…
Je ne me crois pas moi-même.


Siegfried s’était effondré devant la cuvette. Caché du regard colérique d’un père protecteur qu’il aurait voulu avoir, il laissait libre cours à ses pleurs, à ses larmes. Silencieuses, elles couraient le long de son visage, bientôt remplacées par d’autre. Cela lui fit un bien fou. Il se souvenait de ses pleurs peu après la mort de Zach. Un mois que des crises de larme le prenaient jour et nuit, en plein sommeil ou même en plein labeur. La souffrance lui accordait un mince répit dérisoire et balayait son calme, fâchée d’être ignorée ainsi. Il prêtait attention aux endroits où ses pleurs coulaient, de peur d’être montré du doigt. Les hommes ne pleurent pas. C’est interdit, non par la loi, mais par un code moral et viril.
Il aurait cent fois préférer paraitre comme un type costaud et fort face à Porter. Pour quelle raison ? Il le voulait, c’est tout. Devait-il y avoir une raison à chaque décision ?!
Quelle chance tu as Ollie… merde, qu’est ce que j’aurais voulu que  mon père entre dans ma chambre et m’ordonne d’éteindre la télé et venir manger, dire bonjour, préparer la table. Ton père, il parait dur et froid comme ça mais il t’aime, sinon il ne t’emmerderait pas autant. Il a ses raisons, faut les comprendre, c’est tout. Il ne t’ignore pas, il te parle et te regarde. Il est ton géniteur lui au moins. Moi je n’ai pas eu ça. De père, j’en ai deux. Un qui est je ne sais trop où et un autre qui continue sa petite vie de banlieusard à Los Angeles. Aucun des deux ne prête attention à mon existence. J’ai du apprendre à me raser tout seul et faire mon éducation sexuelle par moi-même. Je n’ai rien eu. Toi, un jour, tu iras voir ton père et tu lui demanderas comment on charme une fille et il te répondra volontiers. Enfin… vu la bête, c’est mal partit pour qu’il t’explique les trente-six techniques d’approches sans emettre une brève rougeur de honte. Mais tant pis, il y aura d’autre chose. Il te guidera dans ton existence, de tes premières années d’école à ta vie d’adulte : comment on remplit un chèque, comment on remplit sa déclaration d’impôt, quelle banque choisir, tes petits problèmes de tuyauterie… mais aussi tes succès, tes diplômes, tes joies,… il a beau être maladroit, il t’aime. C’est tout ce qui compte.

Le jeune homme sentait monter la nausée. Le liquide acide remontait déjà avant qu’il ne rentre dans la salle de bain. D’ailleurs, Porter a sans doute aperçut un premier et bref spasme qui annonçait déjà la couleur – et l’odeur-. A présent, il se tenait le ventre, redoutant la brève douleur lorsque le repas cuisiné avec amour ressortira par ses lèvres. Il s’en voulait déjà de rejeter ce qu’il avait pourtant si bien apprécié. Il pria inutilement que les notes des One Direction couvraient aisément ses gémissements. Bordel… cette nausée était montée si vite. Comment a-t-elle fait ? Elle est là… c’est désagréable mais il finira bien par la rejeter. Il se pencha au-dessus de la cuvette, malade de son mal-être et ouvrit la bouche. Ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Go.
Les pleurs se mêlaient à son dégueulis de nourriture et de rage. Cela finit par l’épuisé. Fort heureusement, ce ne fut pas assez bruyant pour qu’Ollie vienne toquer à la porte et lui demanda d’une voix moqueuse et désagréable ce qu’il foutait dans les chiottes. Non, rien de tout ça. Et son estomac qui se vidait… et son corps qui tremblait, apeuré de ce désordre si soudain et violent. Son esprit protestait avec violence ce qu’on lui infligeait. Et le reste suivait… Le voilà qui se met à genoux, les mains crispés sur la cuvette, les larmes coulent et pour différentes raisons. A présent, il est aux prises d’un corps qui le prévient : Nous étions tranquilles et toi tu viens remuer le couteau dans la plaie. Voilà ce qu’il se passe. Ne recommence plus : est-ce clair ?
C’est fini. Mais il ne se redresse pas. Il s’en veut d’en faire tout un fromage pour si peu mais au fond, ces pleurs attendaient depuis un moment d’être expulsé. Il faut bien craquer de temps à autres. Et mieux vaut ici, avec un homme qui semble te comprendre, qu’au milieu d’une soirée festive parmi les Rho Kappa. Tu n’as pas le droit à l’erreur avec eux. Tu as une chance de t’élever parmi les plus grands, alors fais attention. C’est ta chance et elle ne reviendra pas. Il faut bien tomber. Par chance, Porter ne te laissera peut-être pas toucher le sol.

Les larmes et les sanglots continuent, mais avec moins d’intensité. Toujours à terre, comme désarçonné par un ennemi trop grand, Siegfried se tenait encore au-dessus des toilettes, au cas où un sursaut le prendrait en traitre. Les yeux fermés, il recherchait son calme qu’il avait mis si longtemps à construire. Ce calme qui le caractérisait dans sa vie de tous les jours. Tous les jours, il souriait et cherchait le contact des autres. Intègre, il le trouvait facilement, et surtout parmi les membres de sa confrérie. Personne parmi eux ne savait ce qu’il  avait traversé. Aucun ne devinerait le lendemain matin qu’il avait passé une des  pires soirées de toute sa vie. Terrible moment… mais Ô combien nécessaire.
Son visage doit être affreux. Ses yeux doivent avoir une horrible couleur noisette mêlé à du rouge sale et fatigué. Sa peau hâlée devenait d’un blanc laiteux. Quelle tête ! Il faudrait le dissimuler demain au réveil. Ses cernes vont sans doute se prononcer. Mais il trouvera une mauvaise excuse. Il avait mal dormi car les voisins étaient incapables d’éduquer leur chien, un accident de la circulation bruyant, une fête deux maisons plus loin. Bref. Il était passé maitre dans l’art du mensonge. Il n’en usait que pour certaines occasions. Sinon, il restait sincère et  vrai.
Il entend la porte s’ouvrir… ho non, pas Ollie ! Il ferme les yeux, se disant que cela ne peut être pire mais se rassure bien vite lorsqu’une main d’homme qui se veut réconfortante se pose sur son épaule. Ce n’est pas l’enfant. Mais il n’ose tourner la tête et regarder le médecin. Il n’aime pas faire étalage de son triste état. Quelques larmes continuent de couler. Pourvu que cela se calme.

« Je suis…
- Je suis…
- Désolé.
- Moi aussi.
»

Quelques paroles hésitantes échangées en même temps. C’était une dure bataille mais chacun des adversaires reconnait ses torts devant l’autre. Porter attrape une serviette et l’à lui tend. Siegfried se nettoie le visage sans le regarder. Plus de cris, juste des gestes simples et apaisants. Le contact physique sur son épaule avait duré un bref moment. Mais au moins, il ressentit une brève chaleur lui rappelant que c’était de bonne guerre et que les hommes se déchirent parfois pour mieux s’étreindre par la suite. Il ne le regarde toujours pas, gardant la tête baissée. Pourtant, la voix calme de Porter poursuit ses paroles :

« Je… Ecoute, je ne peux pas te donner de conseils, je ne suis pas ton père. » Haussement d’épaules las de Siegfried. Il ne croit plus en cette chance d’avoir un père. « Mais tu dois savoir qu’on n’oublie jamais. On finit seulement par l’accepter, au bout d’un moment.
- C’est trop long. Je n’y arriverais pas… »

La fatigue lui faisait dire des choses qu’il ne croyait pas. Ce soir-là, il est à genoux, et attend une dose d’énergie suffisante pour se remettre sur pied. Comment avez-vous fait vous Porter pour supporter l’absence de votre sœur ? Elle devait être belle et exceptionnelle pour la regretter autant aujourd’hui. Que faisiez-vous lorsque vous étiez jeune ? Y’avait-il de légères batailles pour savoir qui de vous deux auraient la télécommande ? D’ailleurs, y’avait-il déjà la télé à cette époque ? Non, c’est méchant. Pardonnez la petite blague.  Yavait-il de longs silences entre vous pendant lesquels vous vous compreniez ? Aviez-vous des petits secrets que personne ne sauraient jamais ? Vous sentiez vous offensé lorsqu’un connard mettait la main aux fesses de votre sœur ? Sans doute… car dans certaines fraternité, le lien était si fort et indestructible que même la mort ne pouvait  le trancher.

« Tes secrets resteront tes secrets, les miens resteront avec moi. Je te confie la garde de mon fils, parce que.. »
Siegfried se tourne vers lui, le regard stupéfait d’un tel présent. Quoi ? Laisser votre fils ? A moi ? Pourquoi ? Par quel miracle et par quelle inconscience me confiez-vous votre bien le plus précieux ?
« … Je sais que tu sauras prendre soin de lui.
- … mais je…
- J’en doute pas une seconde, malgré ce qu’il vient de se passer. »

Il ne parvient pas à exprimer son étonnement, ni son attitude. C’était… étrange. Il acquiesce, baisse les yeux à nouveau, n’osant montrer un visage effondré. Cela ira mieux demain. Il le faut…vous avez raison.
Porter sourit. Cela le rajeunit et le rend irrémédiablement moins renfermé et plus accueillant. C’est étrange de voir quelqu’un sourire après lui avoir fait un tel affront. Siegfried ne parvient pas à le faire. D’ailleurs, il s’écarte légèrement de la cuvette. Son corps est au repos.

« Je crois que tu es vraiment fait pour ça. Et je te demande de ne pas trop nous juger. On a jamais vraiment su comment s’y prendre, tous les deux Ollie et moi. »

Siegfried acquiesçe. Puis une  question menace de traverser les lèvres. Il se tourne vers lui, ouvre la bouche pour dire quelque chose mais se tait. Il n’ose pas. Pourtant, il en a envie. Il fait signe que « non, rien, c’était stupide de toute façon. » puis se relève, en même temps que Porter qui était resté à ses côtés depuis avant.

« Je te laisse. Tu n’auras qu’à revenir quand tu te sentiras mieux.
- Bien sur... bien sur. »

Il avait répondu d’une petite voix basse et enrouée. Il échange un dernier regard avec Porter et se dirige vers l’évier, non sans mettre la serviette dans la corbeille à linge. Une fois seul, il ouvrit les vannes du robinet et se passa de l’eau dans la figure. A défaut de se brosser les dents pour écarter l’horrible odeur du vomi, il se lava le visage. Il fallait bien, car il voulait faire bonne figure devant Porter malgré tout. Etrange ce désir de « plaire » alors qu’au fond, l’opinion des autres lui passaient au-dessus du scalpe. Cela devait sans doute dépendre des personnes qu’il côtoyait.
L’eau fraiche lui fit du bien. Elle lavait les traces naissances de larmes et rafraichissait légèrement sa mine. Il en passa dans ses cheveux qu’il remit en arrière, histoire de faire bonne figure. Il affronta brièvement son regard mais le fuya bien vite.
Un accident… oui, il s’agissait de la vérité, mais une vérité tronquée. Il se demanda si dans ses explications, il avait paru assez convaincant. Ce n’était pas un gros menteur, il détestait cela. Mais pour Zach, il était prêt à tout. Non, Kyle  a dû le sentir. Mais la violence de leurs rapports les avait tous les deux épuisés. Aucun des deux ne souhaitait avancer davantage en terrain miné, aussi était-il plus prudent de ranger les armes pour ce soir.

Il finit par sortir de la pièce un bon quart d’heure plus tard. Son teint, encore pâlot, ne comportait plus aucun stigmate de sa colère ni de sa tristesse. Il valait mieux… reprendre contenance n’avait rien d’agréable ni de facile mais il le devait. Il fit un effort pour ne pas s’asseoir le plus loin possible de Porter et posa ses fesses à l’autre bout du canapé. C’était déjà pas mal.
Silence. Il soupire, cela l’angoisse déjà. Le silence lui faisait peur. Il proposa bien un nouveau café à Porter qui lui répondit un simple « Pas de problèmes. » mais cela ne l’aida pas à crever l’abcès. Qu’il pouvait détester ces phases où chacun cherchait le meilleur moyen de relancer la conversation. Surtout qu’à présent, il ne pouvait même pas sortir le sujet bâteau du temps et de la météo. « Mon petit frère est mort mais sinon, vous ne trouvez pas qu’il fait chaud en moment ? C’est un sale temps pour les cadavres, ils se décomposent plus vite et surtout ça pue. ».
Fort heureusement, il garda ces mots dans sa tête. Suffit les conneries. Il garda le silence cinq longues minutes très gênantes où la vision de son comportement lui revint en pleine tête. Quelle honte. S’emporter ainsi pour une simple question. Mais où avais-tu la tête enfin ? Pourquoi t’emporter pour… pour si peu ? Silence. Silence. Silence… Il revint avec les deux cafés brulants. Mais cette fois-ci, il les mit sur des petites soucoupes, histoire de ne pas bruler comme Jeanne-d’Arc, la pucelle d’Orléans. Encore une qui n’a pas passé le cap du baptême chez les Rho Karpette. Il posa le café de Porter devant lui et s’assied à la même place. Bien que plus prêt de Porter. De trois centimètres et demi. Il est temps de dire quelque chose Siegfried. Bien… tu as une idée ? Oui ? Non… non tait toi !

« … vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis désolé. Vous n’auriez jamais dû assister à… ça. »


Les mêmes mots pour une situation légèrement différente. Il risqua un œil vers cet homme qu’il respectait plus qu’il ne saurait l’avouer. Deux enfants qui piquent une crise à une heure d’intervalle. Quelle désolation. Mal à l’aise, il passa sa main dans ses cheveux châtains et finit par sourire légèrement, mais sans réelle conviction.

« Je n’aurais… je n’aurais pas du vous toucher. C’était stupide de ma part. Cela ne se reproduira plus, c’est une promesse. » C’était des excuses sincères. Il en rougit légèrement. Il n’aimait pas s’excuser. Mais parfois, il le fallait. « Vous… enfin… » De nombreuses questions lui traversaient l’esprit mais trop de choses s’étaient dévoilée ce soir là. Il valait mieux s’abstenir. Pourtant… « N’avez-vous pas peur que… la voix de Wynwood ne découvre vos… » Blessures ? Plaies ? Cicatrices ? « … votre secret ? ».

Cette voix qui  ne représentait aucune menace l’année d’avant, lui paraissait à présent comme une ennemie tapis dans l’ombre qui le guettait à chaque détour de couloir. Il comprenait davantage le climat de peur qui pouvait régner à l’intérieur de l’école. Qui voudrait entendre cette démone à la grande bouche déballer au grand jour ses secrets les plus inavouables ? Personne. Il en avait entendu des choses horribles… notamment sur Soraya, une autre pucelle, qui tardait à remplir les travaux d’Arès et d’Artémis. Sur ce coup là, Siegfried avait redouté d’entendre  son nom. Entendre le nom de quelqu’un qui partageait son quotidien de Rho Kappa avait eu le don d’allumer la sonnette d’alarme. Mais fort heureusement… non. Même Jennifer Wilson en avait eu pour son grade. D’ailleurs, ces nouvelles là l’avait rassuré légèrement : heureusement qu’il s’en est éloigné très vite. Il ne l’appréciait plus autant qu’avant. Tsssk… c’est de bonne guerre. Mais un jour, il le sentait, cela arrivera. La voix de  Wynwood prononcera son nom. Aujourd’hui, cette menace se concrétisait.
Siegfried continua :

« Enfin… je pensais venir ici pour oublier. Mais maintenant que quelqu’un… » Son regard se releva vers le médecin. « … a si bien deviné, je redoute que quelqu’un d’autre le découvre et le fasse profiter à toute l’école. Je suppose ne pas être le seul. N’est-ce pas ? »

Il réussit à le regarder en face, bien que méfiant. Il continua de parler, avec plus de réserve qu’en début de soirée.

« J’espère également qu’Ollie n’a rien vu ni rien entendu de tout ça. Je ne veux pas qu’il me voit comme un dégénéré. Enfin… Bref. Quand est-ce que vous voulez me confier votre enfant ? Je suis libre toute la semaine mais pensez juste à me prévenir la veille. Et puis… heum… j’ai hâte. »

Ces derniers mots furent dits avec une sincère motivation, bien qu’il fuyait le regard de Porter, mal à l’aise et renfermé.
► BAUDELAIRE
   
(c) AMIANTE

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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Ven 12 Sep - 18:58

« Tu te prends pour qui, pauvre crev… »

Tais-toi.
Oui, tais-toi. Ma main referme un peu plus sa prise sur le col du gamin capricieux. Ses yeux lancent des éclairs, il est furieux. C’est une lutte, pour lui, une lutte pour montrer qu’il a le contrôle de lui-même, qu’il me domine. Mais ce n’est pas le cas. Ne crois-tu pas que je suis l’un des mieux placés pour le savoir ? Alors je te regarde te débattre, en silence, comme un animal pris au piège. Un peu comme un poisson hors de l’eau qui tente par tous les moyens de respirer. Mais tu es trop loin de ta rivière, et tu ne pourras pas y retourner. On t’en a sorti, tu comprends ? Il reste une solution pour toi, une seule. L’évolution. L’évolution, elle fait des merveilles. Elle a permis aux poissons de respirer, aux singes de marcher sur deux pattes. Aux fourmis d’avoir une communauté soudée et dont chaque membre a une tâche propre à respecter. Et toi, comment peux-tu évoluer ? La nature ne peut pas laisser les faibles survivre, le sais-tu ? Tu n’as pas le choix. Sur Terre, c’est marche ou crève. Alors ferme-la. Et laisse-moi te faire comprendre exactement ce que j’attends de toi. Je te regarde, je te regarde fuir, regarder un peu partout autour de toi pour ne pas fixer mes yeux, à moi. Tu sais, j’ai vu des chiens faire ça. En cas de bagarre, le perdant s’allonge sur le dos et fuit le regard du vainqueur. C’est un peu à ça que tu me fais penser. A un putain de chien qui tente de se redonner une contenance. Mais tu as essayé de poser la main sur moi, et ça, non. Tu n’as pas le droit. Personne n’a le droit, ni mon fils, ni ma famille, et surtout pas un étranger comme toi. Alors du calme. On va respirer doucement et se laisser faire, si tu ne veux pas une bonne calotte derrière la tête, pigé ? Je te sens faiblir. La minute semble durer une heure. Puis tu te décides à me regarder. Ton orgueil est blessé, je le sens, et curieusement j’en suis content. Voilà, à présent je ne cours plus aucun risque. J’ai assis mon autorité, et il sait parfaitement qu’en cas de récidive il risque de lui arriver bien plus qu’un simple petit plaquage. Il s’en prendra une. Et je l’aurais prévenu. Un avertissement sifflé entre mes dents, d’une voix grave et autoritaire, qui ne supportera aucune contestation. Dernière étape : tu baisses les yeux, hoche la tête en signe de soumission. Parfait, je te lâche. C’est comme ça que ça fonctionne. Toi aussi, il va donc falloir te dompter ? Je ne sais pas si j’en serais un jour capable. C’est un exercice qui m’épuise. Parce que j’ai l’impression de passer ma vie entière à me battre.

Le monologue se poursuit. Tu tentes de démentir, mais un simple regard de ma part te fait comprendre que je ne suis pas dupe. Il y a de la douleur au fond de tes yeux, et ce n’est pas celle d’une simple séparation, c’est celle de la souffrance véritable, de la perte, de la honte, de la peine. Comment en es-tu arrivé là ? Je ne sais rien de toi, rien. Seulement que tu viens de France, que tu as un petit frère. Que tu étais heureux, là bas mais que quelque chose t’a fait basculer ici. Et que tu aimerais avoir un cheval, bon. On ne va pas aller loin avec ça. Mais je suis atteint d’une curiosité presque douloureuse, parce que tu me ressembles. Tu me ressembles tellement, quand j’avais ton âge. Je vois ton regard se promener sur la photographie présente dans ma bibliothèque. Ah, cette photo. Un cliché de Peter. J’avais seize ans. A cette époque, je faisais parti d’un petit comité étudiant qui organisait des soirées. Enfin, soirées. Des beuveries. Mon rôle consistait seulement à faire de petits discours d’entrée pour les jeunes élèves, et de tenir la tête de la bande, parce que j’étais celui qui présentait le mieux. Nous étions au beau milieu d’une fête, en plein air à Londres. Le micro, c’était parce qu’on m’avait demandé de faire un petit speech d’accueil pour les étudiants qui choisiraient de passer un moment avec nous. Nous avions prévu beaucoup d’activités pour les satisfaire, beaucoup d’alcool aussi. Arrivé à l’université j’avais laissé tomber tout ça, en pensant que ce n’était plus fait pour moi qui étais devenu si solitaire, si austère. Lena Clarke avait été la première fille à me faire sortir de cette spirale de démence. Mais je ne la connaissais pas encore à l’époque de cette photo. Je n’avais ni brûlures, ni marques de coups lorsqu’elle fut prise. Je regardais seulement un peu plus loin pour compter le nombre de participants, le sourire aux lèvres parce que je savais que j’allais passer une bonne journée. J’avais tout organisé, tout préparé. Ma sœur n’était pas venue, prétextant un rendez-vous avec « un garçon adorable ». Carter. Cet enfoiré de Carter, celui qui la tua onze ans plus tard. Je me dis que si j’avais réussi à la convaincre de venir à notre fête, elle ne serait pas allée avec ce monstre. Et elle serait sans doute encore en vie aujourd’hui. Ma vie aurait peut-être été radicalement différente.

Ma démonstration de force a fait son effet. Je me suis senti incroyablement sali en montrant mes cicatrices. Mais cela parut le calmé. Oui, c’était l’effet escompté. Il resta un court instant à halluciner devant le nombre de marques avant de tourner les yeux, écoeuré. Oui, je sais, c’est l’effet que ça fait, petit. On est toujours écoeuré devant une démonstration de démence ou de folie. En ce qui me concerne je préfère ne pas trop y penser. Ne pas les voir, aussi. Je ne veux pas les voir parce qu’elles me rappellent cruellement comme on a brisé ma jeunesse, ma vie, pour un plaisir égoïste, quelque chose qui aurait pu provoquer ma mort si June n’était pas venue me sauver. Je plante mon regard dans celui du môme. Tu comprends, maintenant ? Tu comprends pourquoi on ne doit pas me toucher. Tu comprends pourquoi je ne peux même pas serrer une main, pourquoi un simple contact fait ma faiblesse. Parce que ça a pour effet de me faire perdre tout sens commun. Je pourrais même frapper un enfant ou une personne âgée. Parce qu’au travers de ces mains, de ces corps qui me frôlent je me souviens. Et vivre ses souvenirs, c’est parfois bien pire que vivre la douleur dans l’instant présent. Parce qu’elle s’infiltre dans ma tête, un peu comme un poison. Le souvenir distribue sa dose d’angoisse petit à petit, un peu plus à chaque fois qu’on y repense. Pour oublier, certains ont des méthodes radicales. Drogue, alcool, surdose de médicament. Moi, je n’ai pas utilisé tout ça. Mon remède fut June. Et toi, petit, c’est quoi ton remède ? Je t’observe et plus je te regarde, et plus la réponse me vient un peu comme un coup de poing. Mon fils. Les enfants. Ton remède, c’est tous les gamins que tu pourras garder. Parce qu’ils feront office. Même si ça ne remplacera jamais un frère. Tu sais que j’ai raison. C’est pour ça que tu refuses de parler. Pour ça que tu as éclaté de colère. Parce que tu sais que j’ai raison.

« … accident. »


J’ai le souffle coupé par la réponse. Le silence était pesant, et voilà qu’il décide de se livrer. Je croise les bras, alors qu’il s’assoit à bonne distance de moi. Une larme solitaire, ses yeux sont rouges. Je sais que j’ai remué le couteau dans la plaie, mais c’était une étape nécessaire. Nécessaire pour que ce gosse accepte enfin de s’ouvrir, pour que je comprenne. Cette volonté de faire ce boulot. Et l’affection qu’il éprouvait déjà pour mon fils, qui avait pourtant été si désagréable avec lui.

« Je n’en sais pas plus. J’ai dû partir de chez mon père, parce qu’il m’a avoué que… je n’étais pas son fils. Alors je suis parti. Depuis… deux ans que je suis aux Etats-Unis et que je n’ai plus vu mon pays. »

Le regard du jeune homme se promène sur la photographie, intacte, encore posée sur la table. Oui, c’est une photo magnifique. Parce qu’elle est sincère, spontanée. Parce que ce gamin, là, sur le cheval pourrait être le bonheur personnifié, avec sa touffe de cheveux noirs. Parce qu’il rit, d’un rire qui me semble pur et innocent. Je me demande ce qui a pu briser ta vie comme ça, petit, parce que ce que je vois, là, n’est que la représentation d’un bonheur manifeste. Et puis je pense à ce que tu me dis. Un enfant caché, donc. Issu sans doute d’un adultère. Je me surprends à te regarder comme si je t’étudiais, un peu comme on étudierait un fauve en cage. Ton père t’a rejeté. Je trouve cette idée cruelle. Et moi, comment aurais-je réagi si j’avais appris qu’Ollie n’était pas vraiment mon fils ? Sans doute en sens inverse. Je l’aurais protégé plus encore, pour que le père biologique ne réclame aucun droits sur cet enfant que j’ai elevé. Mais toi, tu as été chassé. Comme un clochard, à devoir vivre autrement. La question me brûle les lèvres. Pourquoi n’as-tu pas tout simplement été chez ta mère ? Un manque d’argent ? La honte ? Peut-être n’avais-tu pas envie de la regarder en face après avoir appris la nouvelle. Ce que je pourrais presque comprendre. A ta place, peut-être aurais-je ressenti de la haine. De la colère ou du chagrin. Mais en aucun cas de l’empathie, parce que l’abandon, c’est sans doute la pire des punitions. J’aurais presque pitié, mais je me souviens alors que tu as manqué de me toucher. Alors mon regard se durcit légèrement. Non, tu n’as besoin de la pitié de personne. Tu es juste un gosse perdu. Un Tom Sawyer des temps modernes. Et tu as besoin d’aide. C’est ce que tes yeux réclament, c’est ce que ton regard implore. Un appel au secours, tout simplement.

« Je n’ai pas eu le droit de le voir parce que je ne suis pas le gamin qu’il aurait souhaité, tiré à quatre épingles et gagnant sur toute la ligne, bien au contraire. Ironie de l’histoire, c’est lui qui a choisi mon prénom, qui signifie victoire. »

Non, c’est pas pour ça. C’est parce que sans doute tu ne lui ressemblais ça. Ce père, il a regardé dans les yeux pendant des années un enfant qui ne lui ressemblait absolument pas. Ou bien pas suffisamment pour que le doute subsiste. Jusqu’à la révélation finale. Qui le lui a dit ? Ta mère ? Et pourquoi l’a-t-elle fait ? Il aurait sans doute été mieux pour toi qu’elle garde le secret. Le mensonge est parfois meilleur que la vérité. Si elle avait continué à garder ce secret pour elle, ton père t’aurait peut-être gardé auprès de lui. Avec ton frère. Ce frère que tu sembles aimer plus que de raison. Je peux en donner la confirmation, à présent. Ton deuil n’est pas fait. Tu as voulu endormir ta souffrance sous une chappe de velours, au milieu des animaux, d’une vie presque sauvage aux Etats Unis. Tu as cherché à montrer que tu pouvais t’en sortir tout seul, que ces nouvelles ne t’atteignaient pas. Que tu pouvais t’en sortir. Mais ton adolescence n’est pas terminée. Tu n’as pas pris le temps de pardonner, et d’oublier. J’ignore même si tu y parviendras un jour, c’est sans nul doute un grand mystère qui subsiste. Cette hargne, je la connais. Cette volonté d’éclater la gueule au monde entier. Tu me fuis toujours du regard. L’ironie de la chose te fait sourire. Non, tu n’as pas besoin de faire d’humour.

« Il m’a appelé un jour pour me dire que mon frère est mort. C’est tout. Il est parti et ne reviendra jamais. C’est… c’est tout. »


Non, ce n’est pas tout ! J’ai envie de te hurler cette vérité à la figure. J’ai envie de te dire tellement de choses. Que ton père t’a peut-être menti, pour t’inciter à ne pas revenir. As-tu pu te recueillir sur une tombe ? As-tu connu les conséquences exactes de ce qu’il s’est passé ? Non ? Alors c’est pas la vérité. Tu dois avoir une preuve. Avoir de l’espoir. J’ai vu ma sœur mourir. J’ai entendu le son de l’électro-encéphalogramme. Plat. Un long « bîîîîp » continu, marquant la fin d’une vie, maintenue artificiellement dans ses derniers instants. Je suis en colère, en colère parce que j’ignore si tu as fait suffisamment de démarches pour savoir la vérité. La mort, en face, c’est atroce. Mais je sais que je ne la reverrais jamais. Tu as donc accepté de vivre dans le doute ? Ou me caches-tu encore quelque chose ? J’ouvre la bouche pour poser une question. Mais je suis coupé, parce que tu ne veux pas. C’est sans doute une épreuve de trop. Quelque chose de trop difficile à vivre et à comprendre pour un gosse de ton âge. Tu n’aurais jamais dû connaitre ça. L’insouciance, il n’y a rien de plus beau dans une vie. J’ai perdu la mienne à dix-sept ans, et je ne souhaite cela à personne, le sais-tu ? Une larme brille sur le coin de son œil. Ses mains sont agitées de tremblements, et il me regarde. Parce qu’il le faut. Parce que c’est trop compliqué.

« Je…

- Ne recommencez pas… je vous l’interdit. Ne me posez plus de question. Je ne répondrais plus, même sous la torture. Je ne veux rien savoir de vous. Je suis là pour autre chose, pas pour m’étaler devant vous. Je suis venu ici pour me reconstruire. Le passé est mort. »


Comment te reconstruire si tu es incapable d’oublier ton passé ? Tu dois savoir, comprendre, et si tu le sais déjà, te faire aider. On arrive à rien, tout seul. Sans June, je serais mort. Sans elle, je n’aurais jamais pu faire face. Je te regarde te déchirer à l’intérieur, sans pouvoir rien faire. Impuissant. Parce que tu me l’as interdit. Et parce que je comprends. Je comprends que tu es en train de casser les dernières résistances qu’il te restait. Parce que la larme, ça y est, elle coule. Et ça te fait soupirer. Me regarder, me réclamer d’un ton rapide où sont mes toilettes. D’une voix impérieuse. Je t’indique la porte au fond du couloir et tu t’y précipites. En laissant la porte à demi ouverte. Je reste assis, silencieux. Parce que je ne sais pas comment réagir. Je ne sais pas parce que je n’ai jamais eu à faire à ce genre de cas de figure. Ou si. Une fois. Je me souviens de mots secs et aiguisés. De mots de colère. D’un visage de jeune homme qui se fige, et qui éclate en larmes, effondré par terre, étouffé par le poids de son passé, à cause de moi. Je me souviens avoir été idiot, là, le regard fixé par ce gosse en larmes, incapable de faire le moindre geste. Par ma faute. « Votre sœur est morte, j’en ai rien à foutre. Elle est morte. » J’ai compris ça grâce à toi. Que j’ai vécu dans le passé, mais que maintenant c’est le présent qui me sert d’oxygène. J’ai compris ça en te voyant fondre en larmes il y a six mois. Parce que tes fantômes, à toi, ils se cachent sous les décombres d’un attentat monstrueux. Ils se dissimulent sous les pierres froides et les débris de deux avions écrasés contre des tours. Une mère absente. Un père parti trop loin, tu n’as pas pu le suivre. Et maintenant, c’est moi qui prend soin de toi. A ma manière. En te faisant des crasses. Oui, mais dans la haine je te donne de l’attention. Je ferme les yeux, un instant. J’ai besoin de toi. A un point que cela en devient maladif. Besoin de toi pour survivre, dans la haine. Et tu es si loin à présent, que j’ai peur de ne plus pouvoir t’avoir à nouveau. Alors je me lève. Je me lève parce qu’il faut faire quelque chose.

J’entrebâille la porte. Ais-je seulement le droit ? De toute façon, tu ne me regardes pas. La tête dans la cuvette, tu sanglotes silencieusement. Je suis de nouveau en train de m’immiscer dans une intimité qui ne me regarde pas. Mais j’ai un instinct. Quelque chose qui me dit que je devrais le faire. Qu’il faut que je le fasse, que c’est la meilleure chose à faire. Parce que tu es un gosse qui pleure, toi aussi. En partie à cause de moi, en partie à cause de tes souvenirs qui remontent et qui s’échappent sous forme de vomi dans la cuvette. C’est lourd à porter, pas vrai ? Très lourd à porter. Je pose doucement une main sur l’épaule, tu redresses la tête. Je m’accroupis pour me mettre à ta hauteur. Et te tend une serviette, en silence. Sans te quitter des yeux. Je comprends. Tu ne veux peut-être pas de mon aide, mais tu l’auras. Parce que je comprends. Je comprends tellement que j’en partagerais presque ta douleur. Parce que tu souffres, c’est indéniable, pas vrai ? Je finis par ouvrir la bouche.

« Je suis désolé. »


La colère, ma vieille ennemie. Elle me fait dire des choses que je regrette. C’était un peu trop en une seule soirée. Je reste là, immobile, dans l’attente d’une réaction. Tu sais, j’aurais adoré avoir deux enfants. Deux enfants à aimer, deux enfants à choyer. Mais c’aurait été une terrible erreur. Je ne suis déjà pas capable de m’occuper de mon propre fils… Alors de deux ? Je serais mort d’épuisement avant la fin, sans doute. Cassandre me l’avait souvent réclamé. Et j’avais dit non à maintes et maintes reprises.

« Je… Ecoute, je ne peux pas te donner de conseils, je ne suis pas ton père. Mais tu dois savoir qu’on n’oublie jamais. On finit seulement par l’accepter, au bout d’un moment. »


J’en ai versé, des larmes de douleur. Si tu savais comme je l’ai aimée, ma jumelle. Et comme elle me manque, encore. June. Ma belle et rebelle June.

« Tes secrets resteront tes secrets, les miens resteront avec moi. Je te confie la garde de mon fils, parce que je sais que tu sauras prendre soin de lui. J’en doute pas une seconde, malgré ce qu’il vient de se passer. »

J’ai un léger sourire. Un jour, tu parviendras à te façonner une armure. Et tu sauras que tu peux vivre avec la douleur. Même si parfois elle te réveille au milieu de la nuit. Je garderai mes secrets, et surtout un. La raison pour laquelle tu devras garder mon fils. Je frémirais presque à l’idée que tu viennes à le découvrir. Me prendrais-tu toujours pour un homme normal ? Sans travers horribles ? Non. Tu me haïrais, comme les autres. Sans comprendre.

« Je crois que tu es vraiment fait pour ça. Et je te demande de ne pas trop nous juger. On a jamais vraiment su comment s’y prendre, tous les deux Ollie et moi. »

Je m’approche de la porte, tranquillement, debout à présent près de lui.

« Je te laisse. Tu n’auras qu’à revenir quand tu te sentiras mieux. »

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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Jeu 11 Sep - 23:33

L’Alpha et l’oméga. Ces deux termes savants se retrouvaient dans plusieurs domaines, dont le système social des loups. Tout le monde a une place bien définie, qu’elle soit enviable ou non. Je n’avais pas compris cela avant d’avoir vu ces deux bêtes féroces se battre.
Je suis arrivé au ranch deux mois après être parti de chez mon père et passer tout ce  temps dans la rue. Je ne me suis pas rasé depuis des jours, des semaines et mon corps me suppliait de le laisser se reposer. S’il te plait, arrête de marcher. Je n’y arrive plus. Toi-même tu titubes. Il fait si chaud en ce mois de début de septembre. Tu devrais être en France et reprendre le chemin de l’école. Quelle direction ? Une seconde générale : une poubelle sociale où personne ne sait quoi faire. Mais il faut y aller n’est ce pas ? Il faut faire comme les autres, entrer dans ces rangs de jeunes gens marchant au même rythme lent et monotone. Je me suis toujours arrangé pour me dissimuler dans une foule où personne ne pourrait me voir. Le CDI. Un couloir isolé. Une fenêtre. Le seul moment où je pointais le bout de mon nez, c’était en classe. Je me mettais tout devant pour mieux écouter et apprendre. Les professeurs disaient que j’avais beaucoup de facilité mais peu d’intérêt pour les matières. Mes notes étaient assez bonnes pourtant. Mais ils voyaient bien que parfois, mon esprit s’évadait  ailleurs que dans cet endroit. Je ne travaillais que pour obtenir au moins leur faveur. La poubelle sociale restait derrière mois, dans les rangs du fond et du milieu. Il y a deux ou trois alphas ici, beaucoup de bêtas et un oméga.  Je ne l’envie pas car l’agressivité sociale se jette sur elle comme un animal pervers. Moi je suis un solitaire. Parfois, un alpha s’attaque à moi pour quelconque raison et bien vite, je lui cède. Deviendrais-je un oméga ? Peut-être. Je me sauve bien vite de cette foule qui me fait peur et je reste tout seul. Je ne sais pas où est ma place. Je sais juste qu’elle n’est pas là. Peu importe, après l’école je me rend chez moi, je fais un crochet par l’école publique et je récupère les gosses que je dois garder. Chaque jour se ressemble, inlassablement. Seul Zach réussit à éclairer cette banalité affligeante. Ma mère aussi d’ailleurs. Elle reste charmante malgré l’absence d’un homme à la maison. Non, en fait, l’homme c’est moi. Je suis le plus vieux, alors je dois bien remplir un rôle.
Parfois, elle me regarde avec un sourire fier. Elle me trouve beau mais je ne comprends pas pourquoi. Je suis juste un garçon au teint hâlé qui ne ressemble pas à son père. Mes cheveux sont en bataille et je ne ressemble pas aux Alpha de l’école, ces grands types bodybuildé à souhaits qui me traitent de petite tête et de face de « stixi ». Je suis encore  maigre et sans réelle forme mais ma mère me dit que plus tard, je serais grand et fort. Grand, je le suis déjà, mais seulement de taille. 1m82. Une bonne tête de plus que ma mère  qui en fait 20 de moins. Elle adore passer ses doigts dans mes cheveux pour les remettre en place. Cela me gêne car je les trouve sec mes cheveux. Et trop châtains. J’aimerais avoir les même que Zach. Les siens sont d’un noir aussi profond qu’un ciel sans étoiles. Il les lisse souvent en arrière et glisse un peu de gel dedans pour les tenir en place. Son petit air sérieux s’oppose avec le mien, rêveur. D’ailleurs, le matin, il est le premier à se lever. J’ai l’impression que parfois, c’est lui qui me donne l’exemple. Nous avons l’air différent et beaucoup de gens le sentent cela. Des rumeurs vont bon train mais peu importe. Mon frère et moi sommes complémentaires. Je ne sais quelle sera sa place mais je lui espère une grande et longue vie. Moi je peux vivre d’amour et d’eau fraiche, c’est bien suffisant.
Je m’égare. Alpha et Oméga.
Je suis partit de chez mon père en fuyant comme un voleur. La colère avait envahit mon être, mais elle n’est pas aussi destructrice que celle d’aujourd’hui mais déjà brulante. La révélation faite ce soir a brisé l’échauffaud de mon être : « Qui est tu ? » demande t-on au fils, il vous répondra « Le fils de mon père. » Il sait d’où il vient, il connait l’homme qui a contribué à sa création. Moi, je peux tout aussi bien me nommer « Ibn-la had ». Comme Altair, le grand maitre assassin. Fils de personne. Je ne connais pas mon origine et cela me perturbe. L’Alpha a profité de cette faiblesse pour couper l’herbe sous le pied de l’Oméga qui fuit, la queue entre les jambes. Zach n’a pas compris car Ted Wade lui a demandé avec une patience exaspérante s’il pouvait aller dans sa chambre. Le garçon me regarde avant d’obéir. C’est moi l’homme de la maison, alors je prend certaines décisions. Quand j’acquiesce, il obéit. Mon père le remarque et cela allume la mèche. Il me regarde et me jette à la figure cette terrible vérité. Nous n’avons rien en commun. J’ai envie de pleurer, de me jeter dans ses bras, le supplier de m’accepter quand même parce que nous avons vécut ensemble malgré tout. Mais je ne le fais pas car ces dernières années, j’ai sentit qu’il ne voulait pas de moi dans sa vie. Il veut son fils à lui tout seul et laisser le bas de gamme de côté. Les Alpha vivent dans cette grande maison et les Omega dans cette vieille ville pourrie qui ne vaut pas la grande banlieue de Paris. Je me lève, pris de nausée. Je ne veux plus rester ici. Il me dit que je peux toujours rester pour la nuit, comme un voyageur perdu mais il me préfère loin d’ici. Il sait que si je reste, Zach ne lui appartiendra jamais. De toute manière, il ne lui a jamais appartenu. Jamais… Zach est resté  mon frère jusqu’au bout ! Il est resté un carcassonnais ! Un languedocien ! Un français ! Et non pas un de ces idiots de fils pourris gâtés.
Je suis partit sans lui dire au revoir car je ne savais pas comment lui dire l’inacceptable. Aurait-il fait comme mon père ? Rejeter ? J’avais peur, aussi, je suis parti. Ces deux mois dans la rue m’a épuisé. J’étais mort à l’intérieur. J’aurais du passer deux petits mois tranquille dans une maison de bourge mais non. La rue, les hôtels miteux, les rues plongées dans la pénombre. Les bus vides seulement occupés de gens louches. Toutes ces choses là me faisait peur. J’avais l’impression de visiter une immense allée des embrumes. Ma capuche restait sur ma tête et je m’efforçais de ne pas marcher les épaules voutés mais droits  et fiers. J’étais devenu un homme ce soir là sans le savoir. Je n’avais que seize ans mais déjà émancipé. Retrouver la poubelle sociale et suivre des cours de  A + B, sans moi. La vie à Carcassonne me semble vide sans Zach.
Ma route m’a conduit au ranch de Clint. Cet homme possède un immense élevage de chevaux. Comment ais-je fais pour  croiser sa route ? Je ne m’attendais pas à ce qu’il m’accueille dans le bureau de sa grande affaire. Je baisse les yeux devant son imposante carrure, prend un air humble et j’attends qu’il me dise ce qu’il attend de moi. Il me remercie alors d’avoir eu la gentillesse de me rapporter Miracle, le cheval de sa fille. C’est un farceur, il aime se sauver  mais cette fois-ci, sa fille a bien cru ne jamais revoir son ami un peu volage. Je réponds que ce n’est rien. Il me demande ce qu’il peut faire pour me remercier. Je ne sais pas ce que je veux alors je reste silencieux. Il voit que ça ne va pas. Il me propose donc de rester dans une chambre d’hôtel payée aux frais du patron. J’accepte et sitôt que mon corps épouse le matelas confortable, je m’endors comme un enfant. Les couvertures me cachent alors que je m’évanouis de fatigue. Ce réconfort m’a fait pleurer des nuits entières sans que personne ne le sache.
Les jours passent et je reste au ranch. Je tiens à remercier cette nuit de confort par un peu d’aide et Clint accepte. Je suis nourri et logé en échange d’un travail dans les écuries. J’adore ça. Je n’étais pas dans une écurie depuis longtemps ! Je me suis contenté de brosser un cheval de temps à autre durant les deux dernières années mais retrouver ces sons, ces odeurs et  cet effort me rend tellement heureux ! Je sens que ma place est ici, parmi les chevaux. Ils m’aident à supporter l’absence de Zach même s’ils ne la remplaceront jamais. Les animaux ont un don pour apaiser les gens. Clint me propose alors de travailler pour lui. J’ai un vrai salaire mais je dois entamer une procédure d’émancipation. Cela déchire le cœur de ma mère qui a perdu ses deux fils en l’espace d’un été. Mais elle le doit car je ne veux pas retourner en France pour le moment. La simple idée de retrouver la cité aux allures médiévales sans mon frère me lacère mon âme. Elle accepte sans se battre et je suis majeure. Je peux vivre par moi-même. Je suis responsable et j’aime rester ici.
 
Vient alors cette histoire d’Alpha et d’Omega.
Je suis ici depuis un mois mais il fait encore assez chaud pour faire de jolies promenades dans les bois. Magdalène, la cousine de Connie travaille également ici mais en tant que dresseuse et professeure. Elle fait de la compétition et vit parmi les chevaux depuis toujours. C’est une affaire familiale. Je me sens bander sous la douche quand je repense à son corps luisant de  sueur, sur son cheval, en train de s’entrainer pour les concours de Gymkhana. Elle sait conduire son cheval et le commander d’une poigne forte. Bordel, est-il possible de se masturber sur une fille trois fois de suite ? J’en suis la preuve vivante. Bon, j’avoue. Deux et demi car on m’a appelé pour manger.
Grande aux cheveux blonds, elle jette un regard franc sur tout ce qui l’intéresse et dit son avis sans crier gare. Elle assume tout, et en premier lieu, son corps de femme. Elle porte des mini-short, des mini tee-shirt, des mini-ci, des mini-ça, bref des trucs assez mini pour dévoiler la plus grande partie de son corps. Elle fait craquer les hommes, dont moi. Sse poignets et son coups  sont décorés de bijoux modernes et amérindiens. J’aime regarder ce qu’elle porte car elle en change tous les jours. Bordel, ce qu’elle est belle.
Un jour, elle entre dans ma chambre, il est tôt et je me redresse. Je ne lui ai jamais vraiment parler mais elle a bien remarqué que je reste seul dans mon petit coin. Aussi, elle prend les devants.
« Allez debout Siegfried. Aujourd’hui, mon oncle te laisse ta journée et tu m’appartiens. Je t’emmène ! »
Je la regarde, je ne comprends pas. Je pensais passer ma journée à nettoyer les boxes et faire un peu d’exercice avec Miracle, mais Magdalène me sourit gentiment. Elle a d’autres plans ; me connaitre et me dérider un peu.
« Tu passes tes moments libres dans ta chambre. Ce n’est pas bon pour toi. Haaa les gens de la ville ! Sans vos télés et vos ordinateurs, votre existence n’a plus de sens. Je vais te montrer que la nature est encore mieux qu’une série télé. »
Ce jour-là, j’ai observé les loups. Elle avait raison.
 
Siegfried observe Porter avec le même regard féroce qu’un loup. Il n’attend qu’une chose, le moment propice pour l’attaquer. Ses mots sont semblables à des coups de crocs qu’il lance à tout hasard dans la figure. Il aurait du sentir dès le matin que les mots ne sortaient pas d’eux même sans raison. Encore une fois, le jeune homme pense se murmurer à lui-même les paroles qu’il jette à la figure de Porter. Lorsqu’il réalise à quel point sa carapace s’est fendillé d’un coup d’ouvre-boite – made in China -, il comprend alors que ses blessures ne s’étaient jamais fermées. Il pensait s’en être remis avec cette année scolaire mai non. Poubelle sociale, encore une fois. Il se voilait la face, emmaillotant son esprit fatigué de cette douleur qui n’en finissait pas. Les mots continuent à se déverser, telle une cascade. Ses yeux fous ne lâchent pas Porter d’une semelle.
Sa voix reste basse car, encore une fois, ses pensées se dirigent inconsciemment vers le gamin qui boude dans sa chambre. Sans se l’avouer à lui-même, il espère qu’Ollie ne le verra pas dans un tel état. La souffrance, petit ! La souffrance altère ton jugement et te rend aussi mauvais qu’une hyène. Siegfried espère tout au fond de lui que l’enfant ne sortira pas de sa chambre. Autant plier bagage et sortir d’ici.
Porter croise les bras. Il reste calme et ne se défend pas. Siegfried se méfia de cette attitude mais se rassure tout de même.
Je suis chez toi, et je t’insulte pauvre connard, et toi tu ne fais rien ? Je pourrais tout aussi bien marcher sur ta tête, te croquer les doigts et balancer tes livres par la fenêtre, tu feras rien. T’es juste un type qui parle sans agir.
Le Rho Kappa émit un rictus lorsque Porter ouvre des yeux ronds face à l’insulte. Il meure d’envie d’en cracher d’autre. Il ne réagira pas. Il n’a pas assez de couille dans son pantalon pour se lever et lui prier de la fermer ! Le mot « enfoiré » ne te plait pas ? Il en connait d’autre, et de biens moins jolis tels qu’enculé, mal baisé et sac à foutre dégénéré. Mais il n’approuve pas cette manière de rabrouer les autres par la parole. Mieux valait une remarque juste et sournoise pour imposer son joug. Les insultes, c’est pour les faibles.
 
Mais  Siegfried oublie qu’en face de lui se tient un homme qui en a vu long. Porter porte en lui de nombreuses blessures dont il se sert pour mieux se défendre. Il oublie que derrière un calme apparent peut se cacher une rage foudroyante. Mais il continue à l’abhorrer d’insultes et de calomnies. C’était bête et méchant.
D’ailleurs,… il se mentait à lui-même car… non, Porter n’était en aucun cas comme son « père ». Jamais. Mais pour le moment, son jugement altéré ne voyait pas qu’il était un père frustré de ne savoir comment se comporter avec son fils. Il mourrait d’envie de serrer ce petit bout d’homme qu’il avait créé mais ses peurs et ses secrets l’en empêchaient. Et pas par simple plaisir, loin de là. Il aimait son fils mais Siegfried ne le voyait pas. Il se contentait de se comporter comme un parfait petit imbécile. Sa rage avait balayé sa politesse ainsi que sa gentillesse. Il le regrettera pendant très longtemps, n’osant regarder Porter en face les premiers temps.
Siegfried ne le lâche pas d’un regard. Il pense avoir perturber cette proie facile qu’est Porter. Il n’à qu’à le toucher pour gagner le combat. Il pense être l’Alpha et Porter l’Oméga.
Si seulement il aurait pu voir son erreur !
 
Nous sommes dans une cabane dans un immense arbre dont les branches touchaient aisément la stratosphère. J’adore déjà cet endroit. Magdalène me raconte qu’elle a été construite par ami proche, autiste mais passionné par les loups. D’ailleurs, ce parc est un lieu de protection pour ces animaux. L’ami en question, Billy, l’avait construite en l’espace de deux saisons pour observer les animaux. Magdalène venait ici une fois par semaine environ car les observations de Billy sur les loups étaient un festival d’informations sur ces animaux fascinants. Elle m’avait entrainé ici bien que je n’avais aucune envie d’être là. Je ne suis pas un gamin et je n’en ai rien à foutre des loups… j’en ai vu en photos et tout ce que je désire c’est de rester chez moi, dans mon lit. Je veux dormir et penser à Zach, même si cela me fait du mal.
Mais voilà, elle m’entraine sur un balcon et pointe le doigt vers un groupe. C’est proche… C’est en dessous… des loups. Des vrais. Je ne le montre pas mais je suis fasciné. Elle me tend des jumelles que je prend pour mieux voir ce spectacle. Les présentations se font. Quatorze individus mais bientôt, la famille s’agrandit : une portée de louveteaux prévu. Il y a deux Alpha : une femelle prénommée Trisha et le mâle, Drogo. Je me tourne vers elle. Elle sourit.
« J’avoue que… hum… Khal Drogo est une bête de sexe. C’est une série géniale n’est ce pas ? Bon, peu importe. J’ai pu choisir le nom. Et Drogo n’a jamais perdu une bataille. Il est un Alpha parfait. »
Il y a aussi les Bêtas ou encore Subalterne. Ce sont des loups assez forts pour remplacer les deux Alpha en cas de morts. Il y a aussi des anciens alpha. Magdalène m’explique ce système qui me fascine déjà. Elle me fait penser à notre société humaine mais en moins vicieuse. C’est une société plus juste. Les loups sont des animaux paisibles au fond. Ils attaquent seulement s’ils se sentent agressés. L’humain attaque pour le plaisir de faire du mal. Le loup en est incapable. Les alpha commandent le groupe et régit les règles pour ne laisser aucun conflit entacher la vie de la meute. Ils dominent les autres mais pour garder un semblant d’ordre au sein de ce microcosme.
Puis…
Il y a l’oméga. Mieux vaut être un loup solitaire que d’être un oméga. Le bouc-émissaire. Le sac à foutre en d’autres termes.
Je regarde les loups. C’est tellement fascinant. Elle réalise que cela me plait mais… que je masque mon enthousiasme.
« Je sais que ça te plait. Tu sais, tu devrais rester ici plus longtemps. Tu as l’air d’être perdu, loup solitaire. Tu as perdu ta meute ?
- Non, j’étais un oméga. »
Elle souhaite me corriger mais nous entendons des grognements terrifiants. Elle tourne la tête et son visage change du tout au tout. Je regarde dans la même direction qu’elle et je remercie tous les Daedra de la terre qu’elle ne m’ait pas proposé une partie de pêche.
« Akelo s’est à nouveau dressé contre l’Alpha. Bon dieu regarde moi ça. Je ne pensais pas qu’il retenterait l’attaque aussi vite !
- Qui est Akelo ?
- Un Subalterne. Il est bien plus jeune que Drogo mais aussi moins d’expérience. C’est un tenace et il ne supporte pas d’être soumis. Tu vois sa queue ? Elle est haute, au dessus de l’arrière train. C’est un signe corporel de dominance. Un loup bêta ou subalterne doit la garder davantage vers le bas. »
Je vois ce loup qui se dresse contre son chef dont il refuse l’autorité. Magdalène m’explique que c’est la troisième fois. Mais les deux premières n’ont pas été aussi violente. Cette fois-ci, Akelo tente le tout pour le tout. C’est… fascinant.
Akelo fixe l’Alpha avec une colère grandissante et ne cesse de le mordre à plusieurs endroits tels que les pattes, la queue et les oreilles. Il pince mais Drogo ne réagit pas. Il se contente de trottiner autour d’Akelo. C’est étrange, selon Magdalène, l’Alpha devrait réagir dans l’immédiat. Mais il se contente d’observer le subalterne et d’éviter les coups de morsure. Il pense sans doute que c’est un jeu… mais non. Soudainement, sa gueule s’ouvre  sur une rangée de dents longues et acérées qui se ferment d’un coup sur la gorge d’Akelo qui laisse échapper un jappement de douleur. Il tente de se défiler mais Drogo lacère la peau du dos avec un acharnement démoniaque. Je me sens soudainement mal pour lui mais c’était de sa faute. Ne titillez pas le dragon qui dort.
L’animal se défend tout de même mais Drogo ne lui laisse pas le temps de riposter que ses dents attrapent à nouveau un lambeau de chair pour l’a lui arracher. L’Alpha n’en avait pas l’air. Mais ses attaques sont puissantes et justes. Les deux loups continuent de se battre jusqu’à l’issue définitive du combat.
Akelo cède. Mais il lève la tête vers son chef qui est resté debout. L’animal doit se soumettre en rasant le sol tel un serpent poilu en signe de sa soumission. Mais pourtant, ses dents restent bien en évidence. Il grogne, l’insulte ! Lui balance sans doute d’horribles insulte mais Drogo le menace à nouveau de sa machoire mortelle. Ce moment dure très longtemps. Il met longtemps à accepter mais… il finit par grogner et baisser les yeux.
« Quelle chance tu as Siegfried ! On attend depuis des mois qu’il retente une attaque ! Petit veinard. »
 
J’appris quelques temps plus tard qu’Akelo devint Omega. Mais ce statut ne lui plaisait pas. Aussi, l’Omega s’en fut dans la forêt. Et créa sa propre meute. J’étais persuadé que certains individus étaient nés pour être des Alpha et non des Omega. Si ce statut n’est pas accepté dans un groupe, autant le tenter autre part jusqu’à trouver chaussure à son pied.
Je ne deviendrais peut-être pas un Alpha… mais je refuserais d’être un Omega.
 
Porter réagit. Tandis que la main de Siegfried s’approche dangereusement du poignet de l’homme en face de lui, ce dernier se lève, l’attrape sèchement par la peau du cou pour le coller contre le mur.
Alpha.
Siegfried veut tenter de se débarrasser de lui. Il est maigrichon après tout. Il n’a sans doute jamais approché une salle d’abdos. Pourtant, ses silences avaient couvé une rage de se défendre. Il savait défendre son territoire malgré son aspect chétif et facile à briser. En apparence. Le jugement trop hâtif avait trompé Siegfried qui se retrouva contre un mur. Pour toute défense, il lui cracha presque au visage :
 
« Tu te prends pour qui, pauvre crev… »
 
Ses mots se coupent car le souffle ne suit pas. Le bras de Porter est appuyé contre sa cage Thoracique, de quoi couper son élan un court moment. Il tenta de se défendre mais la poigne du médecin s’affermit. Mais ce n’est pas tant ce contact costaud qui l’épingle. C’est plus ce regard noir qui l’épingle du regard. Cette réaction… cette colère dans son regard… ! Siegfried ne veux l’avouer, mais il se sentit comme un Oméga, la queue entre les jambes, soudainement, prêt à accepter l’autorité. Mais sans réelle envie. Son visage se colle presque au sien qui tente de s’évader en jetant des coups d’oeil intempestifs partout. Lâchez moi… La poigne dura une minute aussi lentes qu’une horloge en panne. Il finit par cesser de fuir son regard. Ses yeux bruns se fichèrent dans ceux de Porter. Cet homme bâti comme une crevette s’était déchainé contre lui. N’importe qui l’aurait fait… il sent d’ailleurs qu’il retient de lui en mettre une dans la figure.
 
« Retentes encre une seule fois de faire ce que tu viens de faire, et parole, je t’arrache la main. Tu as compris ?! »
 
L’Alpha a montré les dents et l’Omega doit suivre le mouvement. Il le doit… mais son orgueil de futur Rho Kappa s’en prend une. On lui a dit qu’un Rho Kappa doit plier orgueil et fierté. Mais dans certaines épreuves, il le fallait. Car il fallait bien avouer une chose : Siegfried regrettait ce geste. Du moins, il le regrettera plus tard. Obéit, insiste une voix dans sa tête. Ne tente plus. Il a l’air mignon tout plein dans ses petits muscles en boite, mais il est sérieux.
Le jeune homme finit par baisser les yeux. Et acquiescer silencieusement. Il valait mieux garder bouche close et ne pas tenter le diable. Il le fera… quand un homme est sérieux dans sa menace, cela se sent. Siegfried avait du sang vif dans les veines mais tout de même une cervelle qui savait réguler son impulsivité. Tandis que Porter le lâche, Siegfried relève les yeux vers lui. Sa rage s’est calmée. Elle n’a pas disparu évidemment. Mais elle s’est calmée.
Le médecin s’est rassied dans son fauteuil, mais  c’est tout comme s’il aurait été debout à ce moment-là. Il le domine. Le malaise le brule. Il lève les yeux, puis tourne son regard autre part et fixe quelque chose, n’importe quoi. Puis il baisse les yeux. Dans ce mouvement oculaire, une photo attire son attention. Porter. Plus jeune. Moins noir et surtout, surtout moins austère et plus joyeux. Le contraire d’aujourd’hui. Il est bras nu sur ce cliché. C’est autre chose que ce pull noir.
L’homme lui parle mais il ne veut pas entendre la vérité. Il l’a refuse encore et lutte contre une immense vague qui finira par le noyer s’il continue à l’affronter. Avoue le Siegfried. Tu es un parfait Omega. Ta queue entre les jambes symbolise parfaitement ta lâcheté et ta faiblesse. Est-tu sur de vouloir rester dans cette école dans laquelle toutes les confréries se déchirent à coup de rumeurs made in Wynwood’s voice ? Le jeune homme releva les yeux vers lui… il vient de faire une immense erreur. L’armure de Porter, forgée par les armées, ne s’était pas vraiment fendue comme il l’espérait. Mais la sienne, aussi fragile qu’une fine particule de glace avait fondu comme neige au soleil. Ce n’est pas la peine d’essayer gamin. Il a plus d’expérience que toi. C’est un alpha.
 
« Et arrête de mentir, gamin. Ce job tu ne le veux pas que pour l’argent.
- Si, répondit-il inutilement.
- Tu le veux pour autre chose. Quelque chose que j’ignore et que j’aimerais bien savoir.
- …
- Pourquoi ? »
 
Il ne savait quoi répondre. Il revint s’asseoir mais le plus loin possible de Porter comme si s’approcher de lui allait le bruler aussi sec que les ailes d’Icare. Au passage, il attrape sa tasse de café qu’il boit d’une gorgée bouillante. Sa hargne doit cesser. Il l’a dépensera plus tard. Courir : c’était son régulateur.  Porter continua à parler. Siegfried se sentit agressé par cet homme si terrible. Cet adulte était fort. Plus que lui. Il ne ressemblait en rien aux adultes qu’il avait cotoyé. D’autres l’auraient pris et foutu dehors dès la première seconde. Malgré une insolence et une bêtise à toute épreuve, Porter ne l’avait pas jeté à la rue. Loin de là.
 
« Parce que je veux savoir à qui je confie mon fils. Si c’est un névrosé de bas étae ou simplement à un gamin qui a besoin de faire un deuil quelconque. 
- J’ai fait mon deuil, je vais très bien. Vous vous tromper. »
 
Le vouvoiement lui revint tandis que l’Alpha le condamne au tutoiement. C’est un pas de plus vers le rang ultime de la honte. Siegfried garde les yeux baissés. Non, c’est trop simple, relève les. Cela ne te ressemble pas. Le mot deuil provoque à nouveau une montée de larmes mais il les retient à temps. L’une d’elles reste bloquée dans ses yeux. Elle ne coulera pas mais ne disparaitra pas non plus. Il ment. Il se sent mentir et en veux à Porter d’employer des mots qui sont si justes.
 
«  Tu diras peut-être qu’en matière de névrose, je ne suis pas le dernier. Oui. Et oui mon fils en fait les frais. Mais… »
 
Le voilà qu’il se relève. Par pur instinct de survie, Siegfried fait un geste de recul. Il le voit lever le bras et immédiatement le jeune homme se braque. Que vas-tu faire ? Le frapper ?
Non. Lorsqu’il relève les yeux, il sent un frisson terrible le parcourir. Ses mains ne bougent pas d’un poil, mais son regard exprime clairement de la surprise en voyant les blessures sur son bras. Les trois tâches qu’il avait aperçut avant. Puis une fine ligne rappelant un coup de ciseau. Et plus long encore : un coup de… de quoi ? Siegfried regarde autre part. Le calme est revenu. Du moins pour le moment. Il savait que le lendemain, il se réveillerait très tôt. La nuit ne le laissera pas dormir. Comment trouver le sommeil alors que les images lui arrivent en tête comme des tentacules faites de cauchemards. Il lui faudrait courir, courir !  Courir jusqu’à ce que sa tête lui hurle stop. C’est un exutoire. Une fois épuisé, les pensées se calment et se rendort. Il se voit la face. Il endort une douleur qui devient à chaque fois plus forte. Celle de Porter se mêle à la sienne. Il refuse de regarder les plaies plus longtemps. Ces plaies qu’il imagine ouvertes, sanglantes et suintant la moisissure.
Le regard de Porter le brule. Il y a comme un ordre dans sa voix. Il est bloqué. Totalement.
 
« … ne juge jamais quelqu’un sans savoir ce qu’il a pu vivre. Jamais. Il y a des secrets dans ma famille, de gros secrets. Si tu veux rester, je te garde. Mais tu devras apprendre à vivre avec ce genre de secrets. »
 
Oui, il faut rester. Autant aller jusqu’au bout… il déteste se faire passer pour une girouette. Le menton posé dans la paume de sa main, Siegfried fixait une des cinq bibliothèques. Son air d’enfant malicieux disparu, il laissait voir ce qu’il était réellement lorsqu’il fermait les rideaux de sa chambre : un adolescent tourmenté et enfermé dans sa propre tête. Ses yeux sont fermés. Il est loin d’être calme en fait. Mais il est épuisé. Il s’est soumis totalement à l’Alpha. Putain d’Omega.
 
« … accident. »
Clair net et précis.
« Je n’en sais pas plus. J’ai dû partir de chez mon père, parce qu’il m’a avoué que… je n’étais pas son fils. Alors je suis parti. Depuis… deux ans que je suis aux Etats-Unis et que je n’ai plus vu mon pays. » Il rouvre les yeux et regarde cette photo d’un jeune homme insouciant et plein de vie. « Je n’ai pas eu le droit de le voir parce que je ne suis pas le gamin qu’il aurait souhaité, tiré à quatre épingles et gagnant sur toute la ligne, bien au contraire. Ironie de l’histoire, c’est lui qui a choisi mon prénom, qui signifie victoire. » Un sourire en coin apparait. Il y a de la rancœur dans son regard. Mais il ne regarde toujours pas Porter. « Il m’a appelé un jour pour me dire que mon frère est mort. C’est tout. Il est partit et ne reviendra jamais. C’est… c’est tout. »
 
 
Histoire bien creuse par rapport à la vérité. Etrange. Vraiment. Ses mains tremblent. Putain, quelle tête horrible il doit avoir.  
La larme a finit par glisser sur son visage. Ce souvenir lui faisait si mal qu’il mourrait d’envie de hurler sa douleur mais cela, non, il ne le fera pas. Il avait encore assez d’amour propre. Merci, c’est gentil.
Il se tourna légèrement vers Porter. Porter… Tu comptes vraiment m’offrir ton môme pour que je puisse le chérir à son tour ?
 
« Ne recommencez pas… je vous l’interdit. Ne me posez plus de question. Je ne répondrais plus, même sous la torture. Je ne veux rien savoir de vous. Je suis là pour autre chose, pas pour m’étaler devant vous. Je suis venu ici pour me reconstruire. Le passé est mort. » Il soupira. « Merde, je… ». Non, pas les larmes ! Garde les… « Toilettes. Urgent. »
 
Monosyllabes et termes simples soufflés dans une voix tremblantes. Je ne pleurerais pas devant vous. Cela vous plairait hein.
Siegfried se leva, attendant qu’il lui montre la direction des toilettes.
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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Jeu 11 Sep - 13:13

Que feras-tu ?

Quand dans tes yeux se dessinent les traits furtifs de la haine. Que vas-tu faire, Siegfried, qui justifie ce changement de regard, ce mélange de larmes et de colère que tu ressens lorsque, dans ta main, tu tiens le cadre photo ? Je reste silencieux, pendant que toi tu replonges dans la torpeur terrible de tes souvenirs, ceux qui t’envahissent lentement et se distillent dans tes veines comme un poison. Un poison de rage et de chagrin. Ce cocktail n’a jamais vraiment été un combo gagnant. En fait, c’est même pire. Je me prends à observer chaque trait de ton personnage. Ce gamin à la peau légèrement bronzée, au regard qui luit de colère sans que je sache pourquoi. Je viens tout simplement de mettre un coup de pied dans la fourmilière. Que caches-tu de si grave, jeune homme, qu’est-ce qui, dans tes souvenirs, peut faire remonter autant de fureur pour une simple question ? Ma maladresse. Ma foutue maladresse qui me fait faire des erreurs, poser des questions que je ne devrais pas poser. Pourtant, que crois-tu ? Tu as deviné des choses, toi aussi. Tu as deviné que ma rage passait au-delà de la raison. Deviné que je n’avais pas vraiment d’autre choix. Parce qu’Ollie est allé trop loin. Parce que tout ça, tu ne dois pas le savoir. J’ai regardé cette photographie, et je me suis immédiatement demandé ce qui avait pu être brisé. Je me suis demandé si tu avais eu une enfance heureuse. L’as-tu eue ? Je ne connais pas ce jeune homme. Mais il me fascine. Parce que son comportement avec les enfants a quelque chose de troublant. Il s’y attache plus profondément que n’importe qui. Je sais pourquoi. Tu peux mentir avec ta bouche, mais ton regard ne peut pas me tromper. Quelle enfance as-tu vécu ? Comment as-tu pu devenir un petit bonhomme possédant autant de rancœur ? Je sais que cette soirée n’aura rien d’anodin, ni pour toi ni pour moi. Parce que j’ai brisé quelque chose avec mon fils. Parce qu’Ollie a fait remonter en toi une foule de souvenirs dont je n’ai sans doute même pas idée. Je repense à ma propre enfance. Et moi, ais-je des démons qui m’ont envahi avant même que j’aie dix-sept ans ?

La réponse est non. Parce que mes parents m’aimaient. Nous aimaient, plus que de raison, ma sœur, mon grand frère et moi. Et même si, enfant, j’ai subi les sévices de Peter je ne lui en ai jamais voulu. Mon grand frère était un petit homme plein de ressentiment, plein de jalousie. Il n’a jamais supporté de voir l’attention que nous portait ma mère, à June et moi. Il n’a jamais supporté devenir l’ainé, celui qui avait toutes les responsabilités, celui qui devait faire l’adulte et être responsable de nous. Il n’a jamais supporté de voir ma mère nous couvrir d’attentions, en le laissant légèrement à l’écart. Ma mère pensait qu’il comprendrait. Qu’il était plus âgé, et que par conséquent il saurait qu’elle l’aimait quand même malgré la distance légère qu’elle avait décidé de mettre avec lui. Les efforts de mon père furent vains, pour apaiser la jalousie maladive de Pete. Je le compris lorsque je passais ma première semaine à l’hôpital. Du venin de vipère, voilà ce à quoi j’ai eu droit. Dans mon jus d’orange, le matin. J’avais conscience que mon verre avait un goût étrange, mais je ne m’en souciais pas. Je voulais aller au parc d’attraction, mon père nous l’avait promis. Ma sœur, alitée à cause d’une grippe, n’avait pas pu faire le déplacement. Et moi ? Moi je me suis retrouvé à vomir mes tripes, le corps agité de tremblements. Et j’ai fini aux urgences. Les médecins ont mis du temps avant de faire le rapprochement, et mon frère fut sévèrement puni. Peter jura qu’il ne voulait pas me tuer, seulement me rendre suffisamment malade pour que je n’aille pas profiter de cette journée avec eux. Il réclamait l’exclusivité. Je lui en voulus longtemps. Et les petits luttes verbales qui se jouèrent entre mon frère et moi se transformèrent rapidement en bagarres. Lorsqu’il venait me chercher à l’école, on se battait. Lorsque nous étions dans la même pièce, à la maison, on se battait. Mon frère me dégoûtait tellement que je ne voulus plus le toucher. A l’adolescence, les choses s’améliorèrent petit à petit. Mais il ne fallut que la décadence de June pour que mon frère et moi décidions de tisser des liens incassables. La première fois qu’elle revint avec un œil au beurre noir, ce fut Pete et moi, ensemble, qui la poussâmes à avouer la vérité. Carter, son petit ami. La drogue. Les coups. Nous avons tenté de la raisonner, mais elle nous a repoussés. En nous disant qu’il l’aimait, mais que c’était une bête mauvaise passe. Un peu de patience, les garçons, il se rendra compte que ce qu’il fait est mal. Mais non, il ne s’en rendit jamais compte. Et ma sœur décida d’arrêter de manger pour le lui faire comprendre. Tant et si bien que sa maigreur devint laide à faire peur. Le manque de nourriture affaiblissait son corps, marqué par un nombre de plus en plus impressionnant de bleus qu’elle semblait collectionner. J’ai tout fait pour la sauver. Je lui ai dit qu’elle avait besoin d’aide. Elle ne voulut rien savoir.

Et puis un soir j’ai reçu un appel de l’hôpital. J’avais vingt sept ans. Votre sœur est à l’hôpital, elle est tombée dans le coma. Je savais que cela arriverait. Je l’ai tant priée de faire quelque chose. Elle était restée sourde à mes appels, et l’anorexie avait eu peu à peu raison d’elle. Peter a accouru aussi vite que moi lorsqu’il apprit la nouvelle. Et nous sommes restés trois jours, impuissants, au chevet de ma sœur. Nous dormions à peine, ne mangions presque rien. Mais nous avons beaucoup parlé. Mon frère me pria de le pardonner toutes les saloperies dont j’avais été victime. Il parla à ma sœur, en lui assurant qu’il l’aimerait. Qu’il nous aimait, qu’il nous avait toujours aimé. Mais qu’un enfant est cruel. Qu’un adulte l’est aussi, mais pas de la même manière. Pour la première fois ce jour là j’étreignais mon frère, des larmes de douleur plein les yeux. Peter ne savait rien de ce qui m’était arrivé dix ans plus tôt. Et il ne le sait toujours pas maintenant. Mais il sut que ma relation avec June était presque indispensable à ma survie. Et que je m’apprêtais à la perdre. Le respirateur. Le bruit atroce, le ronronnement des machines dans le silence de la chambre d’hôpital. Et June qui n’ouvre pas les yeux. Mes parents, muets de chagrin face à ce corps qui n’est à présent plus qu’un cadavre tenu en vie par une machine. Où était cette jeune femme qui avait éclaté de rire lorsque j’avais mimé un animal quelconque derrière l’objectif de l’appareil photo ? Elle avait vingt cinq ans. Elle était déjà maigre. Mais son sourire occultait tout le reste. Pete et moi l’avions amenée à Brighton, au bord de la mer. Pour la faire respirer. Pour lui faire oublier qu’elle était prisonnière d’un tyran. Je t’aimais tellement, ma sœur, et je t’aime toujours autant, malgré le manque et l’angoisse. J’ai longtemps eu le sentiment que je ne pourrais pas vivre sans toi. Je comprends à présent que si, je le peux mais autrement. Tant que je te fais vivre, je peux. Mes parents ont programmé la mort de ma sœur. La laisser à l’état de légume ne nous ferait pas de bien. Il fallait la laisser partir. Ollie je connut jamais sa tante. Elle mourut quelques années seulement avant sa naissance. Et lorsqu’il me posa des questions à son sujet, je lui répétais simplement « elle me manque. » sans entrer dans les détails. C’était bien trop douloureux pour que je dise quoi que ce soit de plus.

« Vous êtes tous hypocrites. Tous. Tous autant que vous êtes. »


C’est une voix légèrement tremblante de colère qui s’échappe de la bouche de Siegfried. La voix grondante d’un jeune homme plein de haine, plein de rancœur et de colère. Je reporte mon regard sur lui, curieux. Non, presque apeuré. Un animal blessé est dangereux. Et c’est ce que je viens de créer.

« Pourquoi devrais-je répondre à une question aussi stupide ? Cela ne vous regarde pas… je suis là pour autre chose. Pour Ollie. »


Sa voix est basse, elle manifeste toute la rage qu’il contient depuis des années. Je me contente de croiser les bras. Calmement. Je me contente de le regarder, le laisser cracher son venin. Je sais qu’à la base je ne devrais pas être la personne visée. Je ne devrais pas être la victime de ce genre de paroles. Et pourtant c’est le cas, parce que tu gardes cela pour toi depuis trop longtemps. Il aura suffi d’une toute petite étincelle pour faire flamber l’essence. Mais si tu es là pour Ollie, pourquoi avoir ressorti cette photo, pourquoi m’avoir montré cette relation que tu as entretenu avec ton frère ? Pourquoi m’avoir fait partager un morceau de ton passé ? Si tu n’es là que pour lui, tu n’aurais pas eu besoin de me faire voir cela. Et je n’aurais pas répliqué. Mais je l’ai fait, parce que je te comprends. Je te comprends tellement. Je comprends parce que j’ai vécu quelque chose de similaire. Pas exactement pareil, mais il y a des ressemblances, non ? Cette de me mentir. Dis-moi la vérité, ou sors en claquant la porte. Mais rester si évasif, c’est absolument impossible, Siegfried. Impossible parce que j’ai envie de savoir, maintenant. Parce que tu me ressembles tellement. Si tu savais comment j’étais, à ton âge. Et si je te le disais, me croirais-tu seulement ?

« Vous savez à qui vous me faites penser ? A mon crétin de père, sale enfoiré. Vous me regardez avec cet air si condescendant comme si je n’étais qu’un sale demeuré. J’en suis peut-être un mais je sais me défendre. »


J’ouvre des yeux ronds face à l’insulte. Non, ce n’est pas du tout le cas. Soudainement, je comprends que je risque assez gros. Que sa réaction sera imprévisible. Son poing est serré, ses traits déformés par la colère. Et soudain mon instinct de conservation prend le dessus. Ne dis rien, Porter, ne dis rien parce que tu pourrais le regretter. Il y a un félin en liberté et il a sorti les griffes. Moi, je suis la proie facile. Parce que je suis calme. Parce que je ne te dis rien. Parce que mon visage exprime la surprise, mais mon corps se prépare au pire. Comme il s’est toujours préparé au pire. Je ne te prends pas pour un faible. Je ne te prends pas pour un idiot. Je te prends pour un jeune homme qui saura prendre soin de mon fils. Un jeune homme qui a mal, aussi. Très mal. Ma colère monte. Je ne suis pas responsable de ta déchéance. Va régler tes comptes avec ton père. Je n’en suis pas, moi. Je ne fais pas partie de tes problèmes, ou du moins pas pour le moment.

« Vous vous trompez sur toute la ligne. Je ne prendrais jamais ce rôle de grand frère. Je refuse totalement. Je peux escalader un mur, mais ne me demandez pas de gravir une montagne. »

Menteur. Foutu menteur. Tu le veux, ce rôle, je sais que tu le veux. Je fronce les sourcils. Mes traits se crispent, je serre les poings. La bataille est presque silencieuse. Tu génères un dégueulis de mots auquel je ne réponds que par le silence, un silence crispé, un silence qui ne présage rien de bon. Méfie-toi jeune homme, parce que je ne suis calme qu’en apparence. Tu le devineras bien assez tôt.

« Il ne s’est rien passé du tout. Mon frère est juste chez un enculé de bas de gamme et m’empêche de le rendre visite. Voilà tout. Je ne dirais rien… »


Menteur. Il relève les yeux, et là je sens que la connerie arrive. Je sens que cette fois je risque de ne pas l’emporter au paradis. Tout mon corps se tend lorsqu’il jette la dernière phrase. La musique dans la chambre de mon fils me rassurerait presque. Au moins il n’entendra rien de cet échange. Et rien de ce qui suivra ensuite.

« Arrêtez de me regarder où j’attrape votre bras et j’ouvre cette vieille marque de coup de ciseau avec les dents ! »


Je la voix venir au ralenti. Sa main. Sa main qui s’avance en direction de mon poignet, qui jaillit pour me saisir. Mais je savais qu’il ferait ça. Comme Azraël l’a fait. Comme les gens le font lorsqu’ils me haïssent. Ils violent mon intimité, ils me touchent pour générer en moi des tremblements violents de rejet. Alors d’un geste très vif je repousse son bras et l’attrape par le col avant de le pousser contre un mur. Je ne le frappe pas, j’ai juré de ne pas le faire. Mais ma main le tient fermement, mon bras appuie sur sa cage thoracique. J’ai le visage à quelques centimètres du sien, les yeux brûlants de haine. Tu as essayé de faire quoi ? Tenté de me faire du mal ? Mais j’y suis préparé depuis trop longtemps, tu ne peux plus rien. Personne ne peut plus rien, tu comprends ça ? La simple idée que cette main aurait pu franchir ma défense sans autorisation a pour effet de resserrer ma prise sur son col. Voilà, tu as tout gagné. Maintenant j’ai très envie de te faire du mal. Et je vais encore dire des choses que je vais regretter. Pour le moment, je commence par prononcer ma sentence d’une voix grave et emplie d’une rage froide. Je ne te lâcherai que quand tu auras compris. Parce que c’est une lutte. Une lutte contre un adolescent en crise. Un adolescent que je ne laisserai pas marcher sur mes plates-bandes. Le vouvoiement, pour toi, c’est terminé.

« Retentes encore une seule fois de faire ce que tu viens de faire, et parole, je t’arrache la main. Tu as compris ?! »


Non, ce n’est pas une légende, oui, je suis névrosé. Oui, j’ai envie de tuer toute personne qui pourrait se permettre de me toucher. Et tu ne feras pas exception. J’attends ta réponse, puis je te relâche. Je m’écarte de toi, comme pour montrer que maintenant que l’avertissement est clair, je n’ai plus aucune raison de te retenir sous mon emprise.

« Et arrête de mentir, gamin. Ce job tu ne le veux pas que pour l’argent. Tu le veux pour autre chose. Quelque chose que j’ignore et que j’aimerais bien savoir. Pourquoi ? »


J’ébouriffe un peu mes cheveux, parce que ma peur les a fait se dresser sur ma tête. Et aussi parce que je fais souvent ça, c’est un léger toc. Je récupère la tasse de café sur la table, la clope sur le cendrier, et je m’assois, calmement. Tu ne me fais pas peur. Personne ne peut me fait peur, après ce que j’ai vécu. Plus personne n’est capable de me faire connaître la douleur, parce que mon armure est trop dure, beaucoup trop dure. Et toi, la tienne elle est faite de quoi ? La tienne, elle se fendille trop vite, je le comprends parfaitement.

« Parce que je veux savoir à qui je confie mon fils. Si c’est à un névrosé de bas étage ou simplement à un gamin qui a besoin de faire un deuil quelconque. »


Un sourire légèrement moqueur se dessine sur mon visage. Je me fous de moi-même, en fait. Je bois une gorgée de café, calmement, même si je sais que je suis une cocotte-minute prête à exploser à tout moment.

« Tu diras peut-être qu’en matière de névrose je ne suis pas le dernier. Oui. Et oui mon fils en fait les frais. Mais… »


Je me lève, me rapproche de lui. Ce que je fais est un peu dangereux, qui sait s’il va me toucher ou non ? Mais je compte bien lui avoir fait comprendre que mon avertissement n’était pas à prendre à la légère. Alors, je lui fais face, et relève ma manche droite, jusqu’à mon épaule. Les voilà, les marques. Tu as le choix, il y a un peu de tout. Le fouet, une lame de rasoir. Les marques rondes, c’est les mégots de cigarettes. Je refuse de regarder mon propre bras. A chaque fois, ça me donne la nausée. Je me contente de le laisser regarder, une demi-seconde. Si tu savais, petit. Il y en a autant sur tout le haut de mon corps. Je rabaisse ma manche et reprends ma respiration. Voilà. Tu comprends un peu mieux maintenant ? Mon regard te brûle.

« …ne juge jamais quelqu’un sans savoir ce qu’il a pu vivre, jamais. Il y a des secrets dans ma famille, de gros secrets. Si tu veux rester, je te garde. Mais tu devras apprendre à vivre avec ce genre de secrets. »

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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Jeu 11 Sep - 1:45

Parfois, il suffit de se répéter une phrase pour l’intégrer : on pense l’avoir accepter, mais ce n’est que pâle illusion. La douleur est un bourreau dont personne ne veux être la victime. Elle n’est pas physique mais intérieure et insidieuse telle un serpent vicieux. La sienne s’est dérobée depuis longtemps derrière un arbre fait de regret, de souvenirs et de pleurs. Gare à celui qui l’a dérangerait. Gare à celui qui oserait ne serait-ce que l’effleurer. Gare à celui qui l’a provoquerait… Siegfried a appris depuis très longtemps de ne pas la chercher. Il savait qu’un simple contact embraserait l’arbre et brulerait le misérable humain qui avait osé profaner cet arbre sensible.
Personne à Wynwood ne savait qu’il avait un jeune frère. Il redoutait les questions indiscrètes. Pour tous les autres, il n’était qu’un ancien français venu ici pour changer de décor. Il y a de ça, certes. Mais personne ne savait par quelles étapes il avait rejoint la case « Wynwood. ». Aussi, il restait évasif à ce sujet, préférant laisser de l’intimité à sa souffrance. Ne la dérangez pas… elle a mal et si vous la titiller, elle vous… elle vous… elle me… Non… ne me posez pas de question ! Elle se réveille, vous parlez trop fort ! Laissez là ! Laissez-moi tranquille… ne parlez plus. Ne remuez pas le couteau dans la plaie car il n’en ressortira qu’un sang noir suintant la détresse.

Il s’entendait parler mais se trouvait grandement stupide car en entrebâillant cette porte, il laissait la curiosité y entrer. Au fond de lui, il espérait en vain que Porter garde sa réserve naturelle et ignore cette photographie. Après tout, c’est un homme froid n’est ce pas ? Nulle besoin d’espérer son soutien. Depuis le début que t’as affaire à un putain de bourgeois incapable de voir la souffrance de son fils. Si ça se trouve, il s’est tapé la bonne femme que t’as envoyé  bouler ce matin. Porter, avoue que t’en as rien à branler de ton fils. Avoue que s’il n’était pas le tien, tu le jetterais  à  la rue tel un mal-propre. Avoue qu’il n’y a rien qui compte plus que toi que ton confort matérialiste…
Siegfried boit une gorgée de café, non sans lâcher Porter du regard. Il s’est levé sans répondre aux paroles de Siegfried. La photo du cheval et de l’enfant est posée au centre de la table. Il émane de cet objet simple une odeur de moisissure, une puanteur execrable qu’il voudrait fuir. Où allez vous Kyle ? Pourquoi me laissez vous seul avec cette photo ?
Pendant que Porter est dans la pièce d’à côté, le jeune homme regarde le plafond. Il ne veux pas la toucher. Elle le brulerait si fort que sa main se réduirait en cendres sous ses yeux horrifiés. Revenez Porter… ne me laissez pas seul.
Pendant deux longues minutes qui lui paraissent des heures, Siegfried guette le retour de cet homme dont il savait un peu trop de choses. Le Rho Kappa s’impatienta au bout de trente secondes. Aussi, il se leva, craignant que cette photo n’agrandisse les dégats déjà considérables. Les cinq étagères trônent dans ce salon si confortable. Le regard de Siegfried se promène dans ces rayonnages. On dirait une petite bibliothèque. Ces endroits, que du plaisir. Et ce n’est pas tant le fait qu’il soit un grand lecteur, loin de là. Mais ces espaces lui inspiraient la paix et le calme. Loin des enfants de l’immeuble, il se sentait apaisé et prompte à la rêverie. Bien souvent, il apportait un ou deux romans se déroulant au temps des chevaliers et les lisait, à raison d’un chapitre par soir, lue à voix haute devant son…

Non. Ne pense pas à lui. Tue son souvenir. La souffrance est trop grande pour toi, petit garçon. Ton cœur ne supporte pas cette douleur, il est trop faible. Alors autant abandonner.
Sa main saisit le tome 1 de la série Autre-Monde de Chattam et le tire hors du rayonnage. C’est un beau livre en parfait état. L’a-t-il seulement lu cette œuvre que Zach aime tant ? A en juger  par la propreté du bouquin, sans doute pas. Tu dois sans doute préférer les essais compliqués et truffés de termes inconnus que seul toi et ta pauvre cervelle de bourg’ peut comprendre. Que se passe-t-il si je te demande le sens du terme Smaragdin ? Prendras-tu une voix condescendante pour m’expliquer qu’il ne s’agit rien d’autre qu’un objet de couleur émeraude en me toisant de tes yeux moqueurs et glacials ? Sans doute.
Siegfried tourna le livre et relut le résumé qu’il connait pratiquement par cœur.
Il aimait ce livre. Plus que Zach.

Ne prononce pas son nom. Je te l’interdit. Je te ferais mal si tu continus. Pose ce livre ! A quoi bon dérouler ces pages puisque tu n’as plus personne pour lire ces passages à voix haute.

Un autre livre. Celui du troisième tome d’Harry Potter. C’est dans ce tome-ci que les détraqueurs apparaissent. Le détraqueur… quiconque croise la route d’une de ces immondes créatures se verra obligé de revivre les pires moments de sa vie. Certains craignent de perdre à tout jamais l’envie de rire. D’autres perdaient connaissance, comme anesthésié d’une douleur foudroyante ! Et c’est ce qu’il se passe en ce moment-même. Il ne voulait pas. Il refusait. Arrêtez Porter. Ne vous avancez pas vers moi avec ce cadre photo dans les mains parce que je sais pertinemment ce que c’est.
Siegfried regarde l’homme d’un regard méfiant. Méfiant ? Non. Pire que cela. Craintif. D’ailleurs, il perdait ses couleurs au fil des secondes. Ses mains tremblent lorsqu’elles se saisissent du cadre-photo. Ses yeux trahissaient la terreur qui lui démangeait l’estomac. Est-ce elle que vous entendez lorsque la bouche d’un gardien d’Azkaban se penche sur vous Porter ? Est-ce cette belle femme souriante qui vous ressemble ? C’est votre sœur jumelle. Elle ne vous ressemble pourtant pas car la photo que je vois est celle d’une femme souriante, tandis que moi je me coltine d’un type triste comme la pluie. Pourquoi êtes-vous triste ? Qu’à t-elle fait ?

« Ma sœur jumelle, June. »

June. C’est un très joli prénom. Siegfried observe le sourire insouciant de la femme. Son mouvement est spontané, comme si le photographe avait lancé un « June ! ». Puis elle se retourne et « clic », le moment est figé. Ce sont les plus belles photos car elles sont sincères. Ce sont elles que l’on garde en première car elles sont une histoire. Sur le coup, la photo n’a aucune valeur mais en développant les clichés, elle se démarque des autres. Vous l’avez appelé et elle s’est retourné, en riant. Vous faisiez quoi derrière l’appareil ? Une blague ? Une grimace ? Elle sourit. Non, elle rit. La gorge déployée, elle éclate, amusée des pitreries du photographe. June et Zach rient tous les deux sur leur clichés respectifs. Ils sont heureux mais ignorent que leurs proches qui les regardent sont mornes à l’intérieur. Ils ne rient pas. Ils pleurent. Ils saignent. Ils meurent ! Ils oublient l’envie de rire, parce que ce n’est plus possible…
Il Fait chaud sur cette photo. Le soleil était au rendez-vous et dardait la peau des gens de ses rayons brulants mais si agréable. Il y a de la vie sur cette plage n’est ce pas ? A Carcassonne aussi, il y en avait. Les journées ensoleillées sont parfaites pour les promenades.
Mais aujourd’hui, on en a plus rien à foutre de ce putain de soleil qui continue d’’éclairer cette plage de merde et ces rues totalement inutiles. Il aurait du cesser d’éclairer ces coins de paradis devenus enfers. Par respect. Pour eux.
Une larme s’écrase par terre alors que Porter récupère le cadre, mais Siegfried ne l’a même pas senti. Ma sœur jumelle. June. Ces mots… ils sonnent comme un souvenir. Son ventre commencent à se tordre. Ses yeux piquent. La première larme l’a prise en traitre. Il ne connait pas encore le problème. Ou plutôt si ! Mais cet ange, gardien de son arbre à douleur l’empêche de regarder le problème en face.

Et c’est un spriggan, esprit de la nature qui jaillit des branchages enflammées de son arbre à souvenir. De loin, on dirait une fée gracieuse avec cette taille de guêpe mais de près, on remarque que sa peau n’est qu’écorce et que ses longs doigts sont en fait des branches armées de ronces qui vous grifferont si vous vous approchez d’elle. Une nuée d’insecte bourdonnant autour d’elle menace l’intrus de leurs dards piquants. C’est ainsi lorsque l’on abuse de son calme apparent. Ne touchez pas à cet arbre à souvenirs. Laissez-les où ils sont, sous cette terre, bien enterrés. Quiconque osera tenter de creuser se fera piquer.

Puis les paroles de Porter. Elles se veulent réconfortantes mais elles ont pour effet de rouvrir une blessure encore vive et douloureuse. La pointe se pose délicatement sur la peau blanche et marquée par une cicatrice apparemment refermée. Une cicatrice ? Non, ce n’est qu’un leurre : une plaie suturée par un fil fragile et des coups d’aiguilles hésitants et peu efficaces. La chair est encore rouge et boursoufflée au bord. Le sang noir ne coule plus depuis un court moment.  Malgré les protestations, la lame s’enfonce cruellement. Le sang encore noir coule en un flot désespéré de souffrance et de hurlement. Elle reste encrée et n’en ressort pas. Elle reste si profondément enfoncée que nul ne pourra la retirer ! Les fils ont éclatés ! Ils n’ont pu résister. La blessure s’est rouverte et se vide.
Une main tente d’appuyer fortement pour stopper le saignement mais il y a trop de sang qui coule. La blessure est trop grande.
Les larmes coulent. Les mots qui se veulent rassurant le lacèrent plus qu’ils ne l’aident. Qu’il le veule ou non, Porter se tient devant quelqu’un qui n’a pas encore finit son deuil. Le regard de Siegfried le fixe avec une peine qui s’est muée en une colère sourde et destructrice. Pose un doigt sur l’écorce de son arbre à souvenir était encore pire que d’y manger un fruit jugé défendu. Les larmes coulent sans cesse. Il ouvre la bouche, il veut répondre mais n’y parvient pas. Deux heures, il lui aura fallu deux heures pour oublier qu’aujourd’hui il avait perdu un job, sauter une fille et retrouver un travail lucratif.
Son poing s’était refermé. Ses ongles s’enfonçaient dans sa peau. Ses yeux de loup menacé ne quittaient plus Porter. La photo avait fait son œuvre… elle s’était glissée là comme un rénégat se cache au coin d’une pour éventrer les bourses pleines d’un riche. Il ne lâche pas le regard de Porter. Il s’imagine à présent être un loup, jaillissant de l’autre côté de la table pour arracher sa gorge. Ne parle plus ! Ferme-là ! Tait-toi ! Ne me jette pas cette vérité au visage. Ne me lapide pas ainsi !

« Vous aimez les enfants, vous avez aimé votre. Je sais que vous saurez prendre soin d’Ollie. Parce que cette motivation est suffisante pour jouer un rôle de grand frère. Je ne prétend pas que vous le ferez avec mon fils. Mais je pense que vous en avez envie.  Je pense qu’avec ce que mon fils vous a dit à mon sujet, je peux me permettre de vous demander ce qui est arrivé ? »

Tu m’as jeté dans cette rue. Ou plutôt non. Je suis parti de mon propre chef. Les vérités sont sorties d’elles-mêmes. Je ne suis pas ton fils, mais celui d’un homme qui t’humilia comme un jeune loup battit le vieux mâle expérimenté, le chef de la meute. L’Alpha. Mon visage n’est pas aussi carré que le tien mais d’un ovale mignon. Mon grain de peau hâlée fait penser à une journée ensoleillé tandis que le tien n’est qu’une neige sale d’une fin d’hiver. Nous sommes différents et toi, tu l’as su peu après ma naissance. Mais longtemps, très longtemps, tu as refusé d’accepter l’évidence : ta femme t’a trompé avec cet italien de passage, ce bellatre pour qui Edith Piaf aurait chanter sa fameuse chanson « Mon amant de Saint-Jean. ». Ce genre de type, tu les détestes car l’un d’eux a tiré ta femme du lit conjugal pour l’a remettre aussitôt après. Le mal est fait. Il fait partie de toi à présent. Dans neuf mois, l’enfant qui jettera son premier cri ne sera pas le tien mais le sien.
Ma joue me fait mal. Tu m’as giflé je ne sais combien de fois, mais moi je n’ai pas osé me défendre. Je ne suis qu’une petite souris peureuse qui craint l’inévitable. Depuis des années, tu me regardes avec dégout. Et enfin j’en connais la raison.
Ma rancœur contre mes parents est immense. Voilà pourquoi je cherche ma place. Je ne la trouve nulle part. Je ne suis pas ton fils et toi, tu n’es pas mon père. Nous sommes des étrangers l’un à l’autre et cherchons à présent des solutions pour se débarrasser de l’autre. Mais tu as été plus rapide que moi. Zach ! Tu te sers de lui pour me déstabiliser ! Et toutes les  conséquences de cet acte lui seront fatals ! C’est de ta faute. Mais… paradoxalement, c’est grâce à toi que je me dresse contre quiconque tente d’ouvrir la boite de Pandore. J’ai appris à me défendre parce que j’ai compris que les adultes sur cette terre ne sont que des pauvres imbéciles d’hypocrites qui se prennent pour les rois du monde.


Vous êtes tous hypocrites ! Tous ! Tous autant que vous êtes ! Pourquoi devrais-je répondre à une question aussi stupide ? Cela ne vous regarde pas… je suis là pour autre chose. Pour Ollie ! Vous savez à qui vous me faites penser ? A mon crétin de père, sale enfoiré. Vous me regarder avec cet air si condescendant comme si je n’étais qu’un sale demeuré. J’en suis peut-être un mais je sais me défendre. Vous vous tromper sur toute la ligne. Je ne prendrais jamais ce rôle de grand frère. Je refuse totalement. Je peux escalader un mur, mais ne me demandez pas de gravir une montagne. Il ne s’est rien passé du tout ! Mon frère est juste chez un enculé de bas de gamme et m’empêche de le rendre visite. Voilà tout ! Je ne dirais rien… Arrêtez de me regarder où j’attrape votre bras et j’ouvre cette vieille marque de coup de ciseau avec les dents !

Les pensées avaient traversées ses lèvres sous formes de mots. Pris d’une colère foudroyante et destructrice, sa main avait jaillit pour se saisir du poignet de Porter non sans le fixer d’une haine qu’il ne méritait pourtant pas. Pas de contact. Juste une menace. Je peux le faire… Ce n’était pas à lui qu’il adressait toute cette hargne empoisonnée. Il rêvait de commettre une blessure aussi grande que celle qu’il avait connu, oubliant qu’il n’était pas le seul à souffrir sur cette planète faite de pleurs et de rires. Ses ongles menaçaient de s’enfoncer dans la peau fine et malmenée de Porter. Ses yeux lui ordonnaient de ne plus rien dire. Il avait franchi l’interdit. Il l’avait touché… pourquoi ? Parce qu’une âme blessée trouvera toujours un point faible contre l’adversaire. Ollie avait tendu la perche, il s’en était emparé.
Les mots avaient franchis ses lèvres comme autant de petites aiguilles mortelles. Il n’avait pas hurlé, loin de là. Cela ne servait à rien, car une parole dure et soufflée comme un sifflement de vipère valait mieux que tous les cris du monde. Tu as ouvert une porte que j’ai pensé avoir fermé. Je ne veux pas qu’on l’ouvre ! Les mots sont sortis comme une pluie soudaine. Les larmes coulent parce qu’elles non plus n’acceptent pas cette terrible vérité.
Il sait qu’il est allé trop loin. Mais la douleur est plus grande. Il se rend compte de son erreur.
Il se rendit compte que ses dernières pensées s’étaient muées en mots. Mais il s'en veux. Ho oui, il s'en veux terriblement de s'être adressé ainsi contre un mot qui ne voulait qu'apaiser sa douleur. Il s'en voulait.


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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Mer 10 Sep - 1:13

Je sais que tu es furieux. Que tu as envie de partir. Je vois ton regard aller de moi à la porte. Je vois que tu ne sais pas quoi faire, je vois que tu ignores quelle décision prendre. Ce qui est curieux, tu vois, c’est que ce genre de scène n’arrive jamais d’habitude, jamais. Ollie et moi avons passé un accord. Pas de scène de ce genre devant des inconnus. Mais là, tu n’as pas pu résister. J’ai trop de secrets. Trop de questions que tu te poses, comme ça à chaque fois que tu me vois. A chaque fois que tu vois mon regard glacial parcourir les pages de mes livres pendant que tu t’enfermes dans ta chambre, silencieux et tranquille, mais plein de rancœur, aussi. Une rancœur qui a grandi à mesure que je m’éloignais de toi, à mesure que mon égoïsme prenait le pas sur tout l’amour que je peux éprouver à ton égard. Et la honte me submerge, un peu comme une vague. Elle m’atteint si vite que je n’ai pas le temps de réfléchir, pas le temps d’imaginer que ce qu’il s’est passé ce soir aura des conséquences, en bien ou en mal. Est-il temps de lui parler de tout ça ? Est-il temps de lui montrer ces marques, dois-je lui expliquer en détail pourquoi je me protège, pourquoi ma froideur est le justificatif naturel d’une protection que je me forge, comme la carapace dure d’un insecte contre les prédateurs ? Tu vois, fils, les prédateurs c’est le monde, le monde entier. Je traverse quelque chose d’inconnu, en ce moment. Quelque chose qui me fait revivre, qui me redonne de l’air pour respirer, et j’en ai besoin parce que je n’ai plus vécu ça depuis mes dix-sept ans. J’en ai quarante-trois. Depuis combien de temps penses-tu que je vis dans le mensonge ? Que je croise les gens sans les voir, sans m’imaginer une seule seconde que je pourrais blesser, parce que je suis trop occupé à prendre soin de moi-même ? Je me rends compte d’une chose, au travers du regard de Siegfried. J’ai foutu en l’air la jeunesse de mon fils. Parce que je suis incapable de me conduire en père. Incapable de le serrer dans mes bras. Incapable d’embrasser son front le soir, incapable de lui tenir la main dans la rue lorsqu’il était petit. C’était toujours sa mère qui s’en occupait. Et moi je regardais ces échanges complices, un peu comme un fantôme, un peu comme quelqu’un qui regardait ma vie se dérouler comme on regarde un film au cinéma, sans vraiment la vivre. Sans en profiter au maximum. Comprends-tu que depuis quelques temps je me sens vivant ? Sais-tu que quelqu’un m’a réveillé ? Non, et sans doute ne le sauras-tu jamais. Personne n’aura la figure de remplaçant pour ta mère, personne ne pourra faire la famille de substitution, et surtout pas la personne que j’ai choisi. Surtout pas la raison pour laquelle je vais t’abandonner, certes, aux bras d’un inconnu qui saura prendre soin de toi. Parce que j’ai le sentiment que vous pourriez vous adorer, tous les deux. Et que ça peut marcher. Que tu peux trouver le grand frère qui t’a toujours manqué.

« Je vous rassure monsieur Porter, quelqu’un de sain d’esprit se serait barré avant même d’avoir vu Ollie. »


Le choc de cette réponse me laisse littéralement sans voix. Oui, je sais. Quelques un m’ont fait le coup. Je sais que je ne suis pas le genre de personnes à qui on dirait bonjour comme ça, seulement pour le plaisir. Je sais que je suis austère. Mais tu es resté. C’est étrange. Une forme inhabituelle de masochisme ? Qu’est-ce qui t’a motivé à revenir ? Qu’est-ce qui peut bien pousser un jeune homme comme toi à demeurer ici, dans cette maison de fous ? Je t’observe partir en direction de la cuisine, attraper deux tasses comme si c’était chez toi. Fais, de toute manière je suis bien trop épuisé pour dire quoi que ce soit. Bien trop fatigué pour râler, trop mort à l’intérieur pour rabrouer un jeune homme qui a été témoin d’une scène absolument infernale. Alors je le regarde, sans vraiment le voir. Lorsqu’il dit « salon. » je me lève mécaniquement pour le suivre, docile. Je sais qu’il y a autre chose qui se cache sous ce ton autoritaire. Sous cette pique bien placée à mon égard et à celle de mon fils. Mais tu ne sais pas ce qui nous est arrivé. Tu ne sais pas comment on en est arrivés là. Tu ne sais pas que tout ça, ce n’est ni de la faute à Cassandre ni de celle de mon fils, mais bel et bien la mienne, parce que je n’ai jamais réussi à faire mon deuil. J’avais une vie normale, avant, mais deux évènements majeurs ont fait que j’ai perdu pied. Je porte le souvenir du premier sous forme de trace indélébile sur ma peau. Le deuxième est bien là, lui aussi. Sous la forme d’un cadre photo posé sur ma table de chevet en permanence. De vieux t shirts très colorés de mon adolescence qui ne quitteront jamais mon armoire. Mais que je ne porterai plus jamais. Ils sont là, tous ces souvenirs et ils me hantent, pour m’empêcher de vivre une vie normale. Il y a une sorte de douleur dans le regard de Siegfried. Toi aussi, tu as des choses à cacher. On a tous des secrets. Pourquoi notre vie te concerne autant ? Pourquoi tu n’as pas tout simplement tourné les talons, pourquoi tu n’es pas parti en claquant la porte et en nous disant « ciao les dégénérés ! » ? Je ne sais pas, et j’aimerais le comprendre. Peut-être la réponse viendra-t-elle d’elle-même. Le gamin pose les cafés sur la table basse, et jure en français. Le ton, en tout cas me fait comprendre que c’est un juron. « bite » j’ai un peu de mal à comprendre, en fait toute la phrase. Pour moi ça sonne comme « bordèledekuputindebitesafémale! » j’en comprends seulement le sens au ton que tu prends. Oui, par définition, le café, ça brûle. Mais peu importe. Je le laisse s’installer, le cœur au bord des lèvres. Tout ça, ça va trop loin, beaucoup trop loin. Ma main se pose sur mon front, silencieusement. Je le laisse poursuivre, pour ne pas penser à tout le reste. A toute la foule de souvenirs qui se dessine dans mon esprit, parasitant le reste de mes sens.

« Ollie est un gamin qui me plait. Il est mignon. Caractériel. Et très sensible Un enfant est réceptif. Il devine tout. Vous pensez pouvoir cacher vos secrets mais c’est peine perdu. Il ne sait pas ce qu’il se passe, il sait juste qu’il y a un problème. »


Il ne sait pas, et je ne sais pas si c’est vraiment le moment de le lui dire. Comment le prendrait-il ? Me croirait-il, seulement ? J’ai peur. J’ai peut du regard de dégoût de mon fils si je m’avisais de retirer mon pull pour lui montrer les sévices que j’ai subi. Peur de lui dire, peur de lui raconter la peur et la douleur, peur de lui expliquer en détail pourquoi toucher quelqu’un m’est si désagréable. Il y a toujours des secrets dans une famille, mais je crois que la nôtre fut brisée par les miens. Parce qu’ils sont trop lourd à porter, trop difficiles à avouer. Ça remonte, encore une fois, et je sais qu’il y a quelque chose qui tape à la porte de ma cervelle pour rappeler d’une petite voix aigrelette « hé ! je suis là ! Ne m’oublie pas, parce que je te rappellerai souvent à mon bon souvenir. »

« Je veux divorcer. »
Cette phrase tombe comme un couperet, entre nous deux sous les draps d’un lit conjugal qui n’est plus utilisé depuis longtemps. A gauche, une femme magnifique. Ses longs cheveux noirs tombent en cascade le long de ses épaules. Elle a chaussé ses lunettes pour lire, silencieuse comme à son habitude. Elle ne me parle plus depuis longtemps. Le soir est dominé par le silence, par une tension qui ne devrait pas avoir lieu d’être. Cassandre est belle. Elle a toujours été belle. Son maquillage dissimule, dans la journée, l’âge qui commence à poindre lentement autour de ses yeux. Mais elle est belle. Je l’ai toujours trouvée d’une grâce à ravir, avec ses poignets fins, ses jambes au galbe parfait, son trente-six qu’elle affiche grâce à des jupes crayon et des chemisiers fins. Elle tourne la tête vers moi, surprise. Parce que je ne parle pas, d’habitude. Je ne dis même plus « bonne nuit. » Mais là ce n’est pas pareil. Là, c’est sorti tout seul. Parce que je ne supporte plus cette ambiance. Ni cette maison, ni cette femme qui me paraît être une étrangère. Je prends peu à peu conscience qu’il n’y a jamais eu d’amour dans mon regard mais qu’elle y a cru, désespérément. Elle a cru à mon « oui » tremblant le jour du mariage, en pensant que j’avais le trac. Oui, chérie, j’avais peur, mais pas dans le bon sens. Ce jour-là, j’ai repensé à la vie que je choisissais, une vie rangée dans des cases, comme toute bonne petite famille anglaise dans son lotissement. J’ai repensé au gamin que j’avais été à seize ans, bagarreur, rieur et turbulent, et j’ai croisé brièvement le regard de June qui levait le pouce en l’air, des larmes de joie aux yeux. Elle est morte peu après, tu sais ? Oui, tu le sais parce que tu as partagé ma souffrance, sans véritablement la comprendre. Il n’y avait qu’elle qui pouvait se douter de ce que j’avais traversé. Elle et elle seule. Tu me regardes, donc, Cassandre, et un petit « hein ? » s’échappe de tes lèvres fines. Serrées. Tu crois qu’on peut continuer longtemps comme ça ? Je sais que tu m’aimes mais je ne peux plus rien faire, maintenant. J’abandonne. J’ai conscience de mon échec. Une vie bien rangée est impossible pour moi. J’ai besoin d’autre chose. De tellement plus. Même ta peau fraîche ne parvient plus à éveiller en moi le désir qui aurait dû poindre depuis longtemps. Je ne peux plus faire marche arrière. Tu te redresses, te tournes franchement dans ma direction. Les yeux grands ouverts de surprise. Tu sens le thé vert, à cause de ta lotion pour le visage. Cette odeur me hantera longtemps, comme le poids douloureux de la culpabilité.

« Tu plaisantes, j’espère ?

- Arrête, Cassandre. Tu sais aussi bien que moi que c’est la meilleure chose à faire. »


Elle se renfrogne. Une moue que j’adorais il y a dix ans. Qui m’énerve, maintenant. Cette moue agacée, les sourcils froncés, et les yeux plissés. Elle pose son livre, croise les bras. Je la regarde faire, un peu perdu dans un autre monde.

« Tu dis ça pour m’énerver. Tu attends une réaction.

- Crois-moi, si je voulais t’énerver il m’aurait suffi de dire que j’avais une maîtresse.
- Ah, parce que ce n’est pas le cas ? »


Elle commence à hausser le ton. Je fronce les sourcils, pour la prévenir. Si tu cries, je fais mes valises tout de suite, et j’emporte Ollie avec moi. Le gamin dort tranquillement dans sa chambre. Sept ans. Et tellement de perspicacité. Hier, il m’a demandé, comme ça, quand je suis rentré. « Maman est en colère. Tu ne vas pas partir à cause d’elle pas vrai ? » je me suis contenté de lui ébouriffer les cheveux distraitement. Si, fils, j’y pense sérieusement. Mais je pars à cause d’autre chose. Quelque chose qui me pourrit la vie depuis des années. Je pousse un soupir contrarié. Tu vas devoir comprendre, ce n’est pas de gaieté de cœur.

« Non. Tu le sais très bien. Cassandre, tu sais que ça ne va plus entre nous.

- C’est une mauvaise passe.
- Une mauvaise passe qui dure depuis deux ans. Tu ne crois pas qu’il vaut mieux arrêter les frais ?

- …Je t’ai proposé d’aller voir un conseiller conjugal.

- Et je t’ai répondu que je n’irai jamais donner mon argent à un charlatan. Il n’aurait pas pu résoudre le problème.

- Et c’est quoi, le problème ?
- C’est moi. »

Cassandre pousse un soupir contrarié, en levant les yeux au ciel. Oui, je sais que ça peut te paraître idiot, mais c’est la stricte vérité. Le problème, c’est moi. Et personne d’autre. J’aurais tellement aimé que cela soit plus simple. J’aurais presque préféré avoir une maitresse. J’aurais eu une si bonne excuse pour partir. Que vas-tu penser de moi, maintenant ? Comment croire à ce genre de choses, si bateau, si stupides ? Je sais que tu ne peux pas ignorer ce que j’ai dit, parce que tu es incapable de faire comme moi. Faire la sourde oreille. Ignorer l’évidence. Ignorer que le monde ne peut pas être façonné à ton image. Que tu ne peux pas être heureuse avec un homme comme moi, parce que je ne suis pas du genre à rire. Je ne suis pas du genre à m’extasier, non plus. Je suis un homme de silence. Un homme qui ne t’a jamais révélé ses secrets.

« Tu parles toujours par énigmes. Tu n’as qu’à me dire le vrai problème et ça sera réglé.

- Le vrai problème ? »


Je la fusille du regard. Combien de fois vas-tu encore nier l’évidence ?

« Le vrai problème c’est qu’on ne se parle plus, qu’on vit comme des colocataires. Que la seule fois où tu m’adresses la parole c’est pour hurler quand je travaille un peu tard. Tu en veux encore ? Je ne te touche plus parce que je n’ai plus envie. Je ne te parle plus parce que le son de ta voix m’insupporte. J’ai voulu faire l’effort de rester pour Ollie mais là non. Je craque. Ça suffit. Je sais que je suis responsable, tu pourras me coller les torts que tu voudras. Mais je veux m’en aller. »


Elle reste silencieuse. Sa bouche forme un « a » terrifiant et silencieux, celui qui est synonyme du souffle coupé, comme si je venais de lui coller un coup de poing en plein ventre pour expulser tout l’air de ses poumons. Elle me regarde, le visage plein de larmes naissantes. Et elle se met à pleurer à gros sanglots, les mains sur le visage. Je m’en veux presque de lui faire autant de mal. Mais plus elle me haïra, plus elle partira vite pour refaire sa vie. Et plus je serai satisfait. Je sais que je vais perdre des plumes, dans cette histoire. Mais c’est un mal pour un bien. Il y a une chose à laquelle j’aspire bien plus que l’argent ou la responsabilité. C’est ma liberté. Ma liberté que tu étrangles depuis trop de temps. Je ne veux plus te voir. Mon visage se tourne vers la photographie de June, posée bien en évidence dans notre chambre. Cassandre, de son côté, tente de se reprendre, tente de respirer par à-coups pour retrouver un semblant de crédibilité. Mais je viens de casser quelque chose en elle. Cette chose, c’était l’espoir. L’espoir de me voir à nouveau sourire. Rentrer avec des fleurs, l’emmener au cinéma. Cet espoir de me récupérer, elle vient de le perdre en quelques phrases jetées à la va-vite dans un lit qui devrait être un lieu d’affection et de tendresse. Cette chambre est le bunker de la guerre. Celui où elle a entreposé tous ses livres de psychologie bien en évidence, pour me blesser. Je m’en fous, maintenant. Je sais ce qu’il me reste à faire. Partir. Partir vivre ailleurs, loin d’elle de préférence, et loin de l’Angleterre. Loin de tout ce qui a pu me rattacher, de près ou de loin à mon enfance, à mon adolescence, à toute ma vie que j’ai vécu entre parenthèses après mes dix-sept ans. Finalement tu renifles, au bout de vingt bonnes minutes. Tu me jettes un regard brûlant de haine, avant de te coucher sur le côté, dos à moi. Et de dire une dernière phrase, avant d’éteindre la lumière.

« Tu sais quoi ? Tu as raison, on va divorcer. Je ne veux plus entendre parler de toi. Mais méfie-toi, tu paieras ce que tu viens de me dire. »


Et je l’ai payé. Payé très très cher. J’ai perdu mon fils pendant cinq longues années. Physiquement en tout cas. Et maintenant ? Maintenant il est si proche de moi. Et tellement loin à la fois. Je regarde Siegfried sans le voir. Je ne réponds rien à ses mots, parce qu’il a raison. Il reprend, le regard perçant. Je sais que tu vas me dire quelque chose d’important. Et curieusement, j’ai un besoin presque maladif de savoir. Savoir ce que tu vas bien pouvoir me dire.

« Je suis motivé Monsieur Porter. Plus que vous ne le pensez en fait. Et puisqu’on en est aux vérités désagréables, je vais vous la montrer ma motivation. »


Non, ne fais pas ça. Ne fais pas ça, ça fait trop mal, les vérités, elles ne sont pas bonnes à dire. Il vaut mieux les enterrer. Il vaut mieux les oublier. Mais non. Tu tires la photo de ton sac, la dépose sur la table. Mon attention revient. Oui, je la connais cette photo, je l’ai vue il y a une heure. Et alors ? Que cherches-tu à me montrer au travers de ce cliché ? La complicité ? Quel rapport avec cette dispute ? Une foule de questions se bousculent dans ma tête et je me rends compte que j’en oublierai presque les mots acides mais vrais d’Ollie. Une vérité d’enfant qui a légèrement fêlé ma résistance en titane. Là, c’est un peu pareil. Parce que je commence à comprendre que c’est important.

« Zach. Ou Zachary, comme vous voulez. C’est mon frère et… je ne l’ai pas vu depuis… très longtemps. Je n’ai pas le droit de le voir en fait. »


Je regarde la photo. Oui, j’avais raison. Mais il y a une tâche là dedans. Une tâche qui a marqué ton histoire. Tu sais quoi ? Je le connais, ce regard. Je le connais parfaitement. Parce que j’ai eu le même pendant des années, jusqu’à ce que je parvienne à surmonter l’absence. Je reste muet, pétrifié presque d’horreur, parce que je n’ai qu’à te regarder pour comprendre. Je n’ai qu’à regarder là, dans tes yeux, pour savoir que tu ne me dis pas tout ce que tu devrais me dire au sujet de cette photo. Cet enfant, il rit, il sourit, il est heureux. Il est avec son grand frère. J’ai le sentiment de voir quelque chose d’incomplet. Parce que je connais le problème mais je n’en connais pas l’origine. Je décide de tenter le tout pour le tout. Et je me lève, en silence. Je quitte la pièce à grands pas, pousse la porte de ma chambre, attrape le cadre photo. June sourit, là, sur cette photo, parce que je grimace derrière l’appareil. Vingt-cinq ans. Une figure d’ange. Des cheveux bruns qui dansent au rythme du vent, sur la plage. Un maillot de bain noir, une pièce. Ses dents blanches, sa bouche qui s’étirent, ses yeux étrécis par le rire et ses longues mains fines, son corps longiligne. Ma sœur, ma si jolie sœur. Je n’oublierai jamais comme tu m’as sauvé. Ni comme j’ai échoué, ensuite, à t’aider, toi.

Noir, il fait noir. Parce que je ne veux plus voir la lumière du jour. Je ne veux plus parler à personne. Je n’ai rien mangé depuis deux jours, bu, seulement, un tout petit peu. Je suis allongé sur mon lit, le corps tremblant, en lambeaux. Il y a des plaies qui saignent encore. Parce que je les gratte, comme pour les effacer. Les brûlures sont rouges. Trois jours que je ne montre aucun signe de vie. Mon téléphone est déchargé, il est quelque part au fond de mon bordel. J’ai dix-sept ans, et ce jour signe le début de ma décadence. Je ne veux voir personne, parler à personne, seulement me laisser crever, me laisser crever comme j’aurais dû le faire là bas, auprès de cet homme qui m’a torturé. J’ai mal, si mal partout. Les cordages qu’il a utilisés pour me faire prisonnier sont encore là, marqués sur ma peau en rouge vif, sur mes poignets et mes chevilles. Je me suis enroulé dans la couverture pour ne plus voir tout ça. Je fixe un point sur le mur, silencieux comme la nuit, invisible comme une ombre. Inexistant, presque. Le seul bruit qu’on entend est celui de la télévision, allumée en permanence. Les informations, les talk shows et les séries passent dans mon petit appartement d’étudiant sans que je les entende et sans que je puisse les voir. J’ai mal, j’ai si mal vous savez, j’aimerais ne plus exister. J’aimerais ne plus voir tout ça, ne plus chercher à comprendre le malheur. Je voudrais seulement mourir, histoire de voir s’il y a un ailleurs que je pourrais oublier.

Mais je n’aurai pas cette chance. Parce que j’entends le bruit familier des clés de mon appartement, de la porte qui s’ouvre. Tout mon corps se raidit. Je m’enfouis dans les couvertures. Non, il n’y a personne, allez-vous en. J’ai dit que je garderais le silence, je l’ai promis ! Pitié, laissez moi tranq…

« Kyle ? »


Cette voix, c’est celle de June. Ses pas légers résonnent dans l’entrée, la lumière, aveuglante, s’allume. Elle s’approche de la masse de draps, et je me décide à sortir la tête. Non, va-t-en. Même toi, je ne veux pas te voir. Mais tu t’approches. Comme le petit félin que tu es, et ta voix douce résonne. Ta voix pleine d’inquiétude et d’angoisse. Non, June, arrête, file, ce n’est pas ne bonne idée. Ta main tire sur le drap, doucement. Tu me regardes dans les yeux, et mes yeux ils paniquent.

« Pourquoi tu n’as pas donné de nouvelles ? Deux semaines, pourquoi ? Il t’est arrivé quelque chose ? Je… »


Mais elle pose sa main sur mon épaule, et ça me brûle comme du fer blanc. NON !

« NE ME TOUCHE PAS ! »


Ma main part, mon poing percute son ventre de plein fouet. J’ai à peine le temps de voir son regard surpris avant qu’elle s’effondre par terre, le souffle court. Elle se met à tousser, à pleurer, effondrée sur le sol pour reprendre de l’air, comme un poisson agonisant à la surface. Mais je ne bouge pas. Ou si. Seulement pour me recroqueviller un peu plus sur moi-même, seulement pour griffer une cicatrice rouge sur mon ventre. Il y a un peu de sang qui perle, qui tache mes doigts. J’ai peur. J’ai peur, maintenant, si peur qu’on pose la main sur moi. June ne comprend pas. Il y a un temps infini qui se déroule entre le moment où elle reprend son souffle et celui où elle se redresse. Je n’entends que ses sanglots. J’ai de la peine à respirer. Son toucher me brûle encore, alors je gratte un peu plus frénétiquement. Les images, atroces et terrifiantes, me reviennent en tête, celle d’un visage d’une cinquantaine d’années à la moustache blanche, au regard terrible, des yeux qui me disent qu’ils vont me bouffer. Et j’ai du mal à reprendre de l’air, moi aussi, j’ai du mal parce que j’ai peur, parce que j’ai froid malgré le tas de draps qui est posé sur moi, j’ai froid parce qu’il faisait froid dans la cave, si froid. J’ai peur, si peur de perdre ma dignité, peur de perdre tout ce que j’étais avant, parce que je sais que ça vient de se nécroser dans mon esprit. Toute trace de joie de vivre. Quinze jours à crever à moitié de soif et de faim, à subir les sévices capricieux de mon geôlier qui ouvrait la porte à la volée. J’entends encore le bruit de la ceinture qui se détache, le claquement assourdissant du fouet dans mon dos, le grésillement atroce de la cigarette sur ma peau. Et l’odeur, cette odeur de sang, de sperme et de brûlé. Tu crois que tu peux comprendre ça, June, quand tes yeux se posent enfin sur mon épaule dénudée, quand tu vois ces marques ? Tes yeux s’ouvrent grand, grand d’horreur et de peur. Un murmure angoissé s’échappe de tes lèvres.

« Kyle… Kyle, qu’est-ce que tu as fait… »

Aucune réponse ne s’échappe de mes lèvres. Rien, seulement le silence. Je ne te regarde même pas, j’ai trop honte. Trop honte de ne pas avoir pu me débattre. De ne pas avoir pu m’enfuir ou le tuer. D’être resté impuissant. Il aurait pu me larder de coups de couteaux, je me serais contenté de pleurer avant que la mort me prenne. Mais il ne l’a pas fait. Il s’est lassé de son jeune jouet. Et moi, je dois le prendre comment ? Comment dois-je réagir face à l’adversité ? Je ne suis plus rien. Juste un chiot laissé dans un carton sur le bord d’un chemin. Contraint à survivre. Cette fois-ci, June, tu ne pourras pas m’aider. Tes mains tirent sur le drap en prenant soin de ne pas me toucher. Tu regardes, réprimes un sanglot d’angoisse. On a toujours été si proches, ma sœur. Si proches, mais là tu ne pourras pas me suivre. Personne ne peut rien pour moi. Tu regardes, tout ça pendant longtemps. Comme pour détailler chaque marque, chaque blessure. Et puis tu te redresses.

« Depuis combien de temps tu n’as pas mangé ?

- …Avant-hier. »

Elle est faible, ma voix, un peu comme un cancéreux. Je n’ai pas mangé parce que je ne peux rien avaler. Ta main attrape la télécommande, ma sœur, et tu éteins la télévision. Tu luttes contre la peur et le dégoût, je le vois dans tes yeux. Contre le chagrin aussi, parce que la naissance de pitié qui apparait dans tes yeux, elle disparait lorsque tu décides de prendre les choses en main. Tu t’accroupis vers moi, approches doucement ta main. C’est tout mon corps qui se tend, mais je ne bouge pas. Je ne te repousse pas. Mon corps se débat, mais mon esprit lui fait la guerre. Parce qu’elle est ma sœur. Ma jumelle. Parce qu’elle ne me fera jamais de mal. Ta main se pose sur mes cheveux, glisse légèrement sur mon front, puis se retire. Ta main douce et fraiche. Ta main aux ongles noirs. Tu as peur de moi, parce que tu ne comprends pas. Parce que mon mutisme te fait peur, c’est quelque chose qui n’est jamais arrivé. Alors tu te contentes seulement de me regarder. Seulement de me détailler. Oui, je sais June, je suis laid. Et je sais que ces traces ne partiront jamais. Mais il y a tant de tendresse dans ton regard que des larmes apparaissent lentement sur mes joues. Si tu savais comme je t’aime. Si tu savais comme j’aurais aimé que tu me sortes de cette cave.

« Je vais te faire quelque chose à manger. Et je veillerai au grain, tu as intérêt à tout avaler. »

Tu te relèves, et trottines dans la cuisine. Tu resteras trois jours. Trois jours durant lesquels je me tairais, juste avant que tu dises que tu t’en va. Alors je te rappellerai. Pour tout te raconter. Et tu comprendras. Tu comprendras que je n’ai pas voulu te faire de mal. Mais que c’était l’horreur. Que j’ai eu trop mal. Alors tu m’aideras à m’en sortir. Petit à petit. Mots après mots. Je garderai des traces indélébiles de ces deux semaines, dans mon esprit et sur mon corps. Mais sans toi, ma sœur, je serais peut-être mort.


Je fixe le cadre. Il y a trop de souvenirs qui se bousculent, ce soir. Trop de difficultés à surmonter. Mais il est temps de briser un peu la coquille. Parce que je comprends. Parce que je sais. Alors je franchis la porte et me retrouve à nouveau dans le salon. Siegfried me regarde, silencieux. Je m’assois à nouveau près de lui, lui tends le cadre, je sais qu’il ne comprend pas. Mais la réponse vient.

« Ma sœur jumelle, June. »


Je reste silencieux, le temps de prendre l’air nécessaire pour lâcher la bombe. Et ça vient. Voilà, on y est.

Je ne suis pas psy, je ne suis pas devin. Mais je ne suis pas idiot. Et c’est tout ce qui compte. Je récupère doucement le cadre, tire une cigarette de ma poche. Je soupire presque de soulagement en tirant la première bouffée. La fumée s’échappe, en volutes élégants. L’odeur n’est pas agréable, mais la sensation est nettement meilleure. Celle de détendre légèrement mes muscles, assez pour continuer en tout cas.

« Vous aimez les enfants, vous avez aimé votre frère. Je sais que vous saurez prendre soin d’Ollie. Parce que cette motivation est suffisante pour jouer un rôle de grand frère. Je ne prétends pas que vous le ferez avec mon fils. Mais je pense que vous en avez envie. »


Je me brûle la langue avec mon café. Mais peu importe.

« Je pense qu’avec ce que mon fils vous a dit à mon sujet, je peux me permettre de vous demander ce qui est arrivé ? »

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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Mar 9 Sep - 22:14

Une arène. Ni plus, ni moins.
Assis à côté d’Ollie, Siegfried eut l’impression d’assister à une guerre sans merci menée entre un père maladroit et un fils rancunier. C’était très gênant. D’un côté, nous avions le fils, un petit bout d’homme qui pensait être assez grand pour contester le choix des adultes. Puis de l’autre, Kyle Porter, homme glacial aux allures de père fouettard, qui cherchait vainement une solution pour éteindre cet incendie destructeur. Un bras de fer s’était engagé sous le regard perdu de Siegfried. Vous êtes complètement fous les mecs. Complètement barge !
Cette insolence lorsqu’il regardait son père. Cette brutalité en « posant » des assiettes innocentes. Ce visage renfrogné, trace d’une immense frustration quant à l’élimination de l’allié « télé. ». Toutes ces petites choses qu’il n’avait vu que dans les films mais jamais dans la vie réelle… et encore moins dans la sienne. Le Rho Kappa voulait calmer le jeu. Bon dieu, si c’est un test, c’est sans lui ! Oui, un test. Quoi d’autre ? Il avait l’impression que Kyle allait quitter son masque de glace d’un moment à l’autre et se mettre à applaudir à tout rompre pour ensuite féliciter Siegfried en lui faisant une accolade virile non sans lui déclarer au passage sur, d’un grand éclat de rire joyeux : « Oui, Oui, Oui gamin ! T’es em-bau-ché ! Bravo ! t’es embauché ! Tu as gagné cent dollars ! Félicitation ! Mais AVANT,… libérez le KRAKEN ! ».
Et ce kraken-là valait tous les boss du monde. Passer tous les niveaux des Tortues Ninja sur NES, c’est du petit lait à côté, voyez. Ce n’était rien comparé à rester debout et faire face à Ollie, douze ans, 1m40 et 40 kg de problèmes et de disputes. Siegfried n’a encore jamais vu autant de colère dans les yeux d’un enfant. C’était une boule de nerf, une âme malmenée par la bêtise et l’immaturité de deux parents qui se sont aimés autrefois mais qui s’étaient perdus l’un et l’autre. Ce sont des choses qui arrivent jeune homme. Tu verras qu’avec le temps que les adultes ne sont que de grands enfants et que pour devenir une grande personne, il te faudra traverser bien des obstacles. Ce n’est pas de leur faute si elles sont maladroites. Il y a une raison à tout, même à la bêtise.
Il l’ignore, Siegfried le voyait bien. Coup dur certes, mais il ne se laisse pas démonté. La seule et unique fois où il avait perdu patience était celle où l’enfant de dragon, héros valeureux et estimé par tout Bordeciel, fut mis au tapis par Gaêtan, dix ans et trois mois. Cette ignoble petite chose puante qui passait son temps à courir et crier dans tous les sens. Une statuette limitée à 1000 exemplaires, offerte par sa mère pour son anniversaire. Elle avait fait un immense effort pour lui acheter cette « horrible mocheté sans nom ». Et voilà que ce sale gosse détruisait le mythe en heurtant le meuble sur lequel il trônait. Il avait pris le gamin par le bras et l’avait prié avec toutes les tentatives possibles pour rester calme de « fermer sa putain de gueule, sans quoi il appelerait Tony, une grosse brute étant dans la même classe que lui malgré ses dix sept ans, pour qu’il vienne lui faire avaler les morceaux de la statue UN par UN. ».
Mais c’était bien pâle à côté d’Ollie. Il ne s’agissait pas d’un hyperactif ou d’une petite jumelle jalouse de la poupée de sa sœur non. Il avait en face de lui un gamin triste. Et c’est le genre d’enfant qui pouvait éclater d’une colère terrible.
Les enfants étaient réceptifs mais il y avait une limite. Autant demander à Bob l’éponge d’absorber toute l’eau de Bikini Button.


Une table bien dressée. Une salle à manger éclairée par d’innombrables bougies. Des convives qui discutent joyeusement. L’ambiance est joyeuse car un père retrouve enfin un jeune fils qu’il n’a pas vu depuis les vacances de Noël. Les gestes d’affection et les mots gentils vont bon train. Quelle jolie petite famille que voilà ! Le père avec son costume austère et sa coupe soignée. Sa deuxième épouse, blonde et siliconnée, qu’il a aimé pour des raisons évidentes. Et enfin, cet enfant chéri de beaucoup de gens : Cheveux sombre, teint clair et énergie à toute épreuve. Tout le monde s’affaire autour de lui. Il raconte ses progrès au violon, ce qu’il fait à l’école, les bêtises qu’il a déjà pu faire avec son frère, le festival de Carcassonne, les promenades du dimanche après-midi avec son grand frère.
Puis il se tait et échange un regard complice avec ce dernier, lui-même, seule ombre au tableau de cette famille « parfaite ».


Frissons
Siegfried sentait le regard GGG de Porter sur sa nuque. Il le surveillait, c’était clair. Rien d’étonnant puisqu’il mettait la sécurité de son fils entre des mains étrangères. Le test continuait… le coup du « restez à manger », c’était bien trouvé mon gars. C’était bien trouvé. Fé-li-ci-ta-tion ! Maintenant, tu vas le voir à l’œuvre et juger sur du concret. Sauf que ce n’est pas facile d’être face à un enfant de ce gabarit-là. Il crut un moment, faire machine arrière et se sauver au courant de cet endroit. Il rangerait sa bite dans un placard et appellerait le boulot en s’excusant platement du « Dans ton cul » qu’il avait lancé à cette pétasse. Mais… cela serait lâche n’est ce pas ? Et dans le fond, il n’en avait pas envie.
Lance toi.

« Bah… la fatigue sans doute. N’est ce pas Ollie ? Tu dois être fatigué. L’école sans doute. Ou alors tu regardes trop de séries. Mais bon, quand il s’agit de Game of Thrones… alors, tu es plutôt Sud ou Nord ?
- Aucun des deux.
- Les Targaryens..
- Dothraki pour ma part.

Siegfried jeta un coup d’œil stupéfait vers Kyle. Mec, t’as pas la tronche de quelqu’un qui attend la saison 5 de Games of Thrones. Mais peu importe… l’habit ne fait pas le moine. Ce type lui réservait vraiment quelques surprises, hm. Plus le temps passait, plus Siegfried regrettait son comportement. Certes pas de remarques déplacées, mais son regard, lorsque le médecin avait émis l’envie de garder son nid douillet pour lui tout seul, était suffisamment explicite quant à son opinion sur la question. A présent, il s’en voulut de ce jugement hâtif. Kyle n’était pas un mauvais bougre, bien au contraire. Il aimait son fils et cherchait quelqu’un de suffisamment responsable pour ne pas avoir des sueurs froides lorsqu’il confierait son fils. Mais il restait un être humain avant tout. Garder un enfant : tout un art. Siegfried se rappelait des mercredis après-midi. Tandis que les jeunes de son âge couraient au centre commercial manger une glace entre potes et discuter des dernières nouvelles juteuse de leurs rivaux, lui restait à la maison et surveillait les gosses tout en faisant les devoirs. Ill devait tenir une après-midi entière avec quatre enfants, parfois six et même sept. Le soir, malgré l’envie de regarder la suite des épisodes de série, le garçon qu’il était alors s’endormait au moment le plus intense de l’épisode, sous le regard affectueux de sa mère qui le réveillait à la fin de la soirée pour l’accompagner dans sa chambre et le coucher. Il s’endormait alors très vite, fatigué par ce mercredi après-midi censé être relaxant.
Ce devait être pareil pour Kyle, n’est ce pas ? Il devait en voir des phénomènes, surtout les Rho Kappa, cette confrérie monstrueuses qui devait sans doute défiler dans son bureau. Donc, le soir, pas étonnant qu’il soit épuisé. Un moment à soi de temps à autre, ce n’était refusé chez personne.

Puis le repas commence.
Etrange, tout commence et se termine par un repas. Ce rituel menaçait de disparaitre de nos jours. La cause ? Plusieurs en tête : la télé qui remplaçait le dialogue, les familles qui se déchiraient, les portables qui sonnaient au milieu d’une soupe, la mal-bouffe rapide…
Très vite, la nostalgie fit briller des souvenirs dans la mémoire de Siegfried. Les repas de famille chez lui, c’était fini depuis longtemps. Très longtemps… trop. Longtemps. Il pensait que ces moments invisibles étaient banales, que tout le monde y avait droit. Mais il se trompait. C’est un luxe qui n’est pas donné à tout le monde. Manger avec son père, sa mère ou même les deux restait un moment privilégié dans l’existence d’un enfant car plus tard, il n’y aura plus rien. Silence. Juste le tintement des couverts contre l’assiette. C’était pesant pour quelqu’un de vivant comme Siegfried. Il les observa tour à tour. Ollie qui fixait ses aubergines avec des yeux si colériques que l’on pouvait s’attendre à voir les légumes bruler comme un feu de forêt et son père. Kyle, pas très gourmand avec sa petite assiette. Il voulut lui demander s’il était malade ou quelque chose comme ça. Mais Siegfried se retint. Beaucoup de choses n’allaient visiblement pas chez cet homme. Des indices jetés par ci par là qui laissaient deviner un passé douloureux avec des conséquences sur des choses élémentaires telles que la nourriture ou encore porter un simple tee-shirt à manches courtes. Que cachez-vous Kyle Porter ? Quelle est la raison de cette ombre dans vos yeux lorsque quelqu’un vous tend la main ? Pourquoi une froideur acérée ? Votre cœur est-il si fragile pour le cacher dans une si épaisse couche de glace ?
Siegfried se tourna à nouveau vers Ollie. Il rageait. Pas étonnant pour un enfant puni. Malgré cet air boudeur, Siegfried lui trouvait un charme certain. Quel caractère ce gamin… il se surprend à sourire légèrement d’un air attendri mais il se reprend et se met à manger. Hum. C’est vraiment délicieux. Certes, il avait pris une ou deux épices mais la marinade ne faisait pas le repas. Il se décida alors à lancer une remarque. Ce silence était très pesant. Bien trop pour lui. Et puis, malgré son air un peu bohème, sa mère l’avait bien élevé. Il avala et se tourna vers Porter, un sourire en coin :

« - Vous cuisinez très bien. Je croyais que le végétarien n’avait pas de gout mais je me suis trompé.
- En fait, je ne suis pas végétarien. » répondit Porter. Puis de rajouter d’un regard circonspect. « Vous avez ajouté quelque chose, non ?
- La french’touch. »

Siegfried se contente de lui adresser un sourire empreint de malice, teinté d’une légère fierté. Il cacha son soulagement car c’était quand même un gros risque d’entrer chez quelqu’un, postuler pour un job lucratif et de fouiller un placard la minute d’après au nez et à la barbe du propriétaire. Mais vivre sans prendre de risque, c’était aussi chiant que la mort.
Malheureusement pour lui, le débat tourna au cauchemar. La preuve, écoutez donc. Siegfried regarde Kyle Porter se tourner vers son fils pour lui demander :

« Ca te plait ?
- J’aime pas les aubergines. En plus ce qu’il a mis, c’est pas bon. »

Pas facile. Ollie s’était adressé à son père comme si l’adolescent n’était pas là mais il n’en fit pas toute une montagne. Cela ne servirait à rien. L’enfant attaquait sur tous les fronts au grand désarroi du père qui, malgré un visage froid, laissait transparaitre une horrible colère capable de faire fondre les neiges de la Toundra Sibérienne. Siegfried observa l’enfant un moment. Il ne laissa rien transparaitre, mais cette scène de ménage piqua sa mémoire tel un frelon narquois.
Quand un sujet aussi banal que la nourriture transforme un moment censé être convivial se transforme en règlement de compte, il pouvait être sûr qu’un parasite polluait la famille. Il y avait quelque chose dans cette famille, un lourd secret qui entachait la relation entre un père et son fils. Siegfried ne savait pas s’il allait supporter ce drame familial. Encore ce souvenir.

Zachharias Wade jouait. Pour clore ce repas de moineau censé être délicieux et raffiné, le gamin avait sorti son violon de son étui afin de faire écouter ses progrès. Ted Wade accueillit cela avec un plaisir non dissimulé. Après tout, c’est lui qui envoyait de l’argent à son ex-femme pour qu’elle puisse assurer un enseignement parfait à leur fils commun. Il jette un coup d’œil à la dérobé à cet autre fils qu’il est obligé de se coltiner chaque été. Il devient un homme, ce dont il se réjouit car à dix-huit ans, il ne sera plus obligé de l’accueillir ici, chez LUI. Regardez-moi ça… Ses cheveux châtains légèrement ondulés aux milles nuances brunes et son air de garçon des rues lui donnait envie de lui foutre une claque en pleine tronche. Ce garçon le dégoutait, voilà tout.
Mais bien vite, il s’intéressa à Zach qui se mit à jouer un air de… qu’est-ce que c’était ? Ce n’était ni du Bach ou du Mozart. Ce n’était même pas du classique mais ce genre nouveau que l’on appelait Dubstep. Zach semblait joyeux en jouant ce morceau. Mais il ne sautait pas partout en jouant cet air non. Il se contente de sourire en fermant les yeux, laissant son bras droit s’adapter au rythme de cette musique agréable mais tellement vulgaire…
Les notes sont justes et l’air agréable mais… ce n’était pas du Mozart. Siegfried l’écoute, un air dans le vague, un verre de vin à la main. Tsssk. Pose ce verre et ne prend pas cet air noble que tu veux te donner. Bordel, donner du vin à ce garçon, c’était comme se torcher le cul avec du vison ! Et la moindre des choses, c’est de regarder ton frère quand il joue. Tu dois être jaloux. Je le sais.
Ted fulmine. Ce n’est pas ce qu’il espérait. Et les canon de Pachelbel ? Et les quatre saisons ? Je pensais les entendre ce soir mais non. Le morceau prend fin, il pose son instrument sous les applaudissements exagérés de Samantha qui s’exclame comme une maman fière de son fils : « Bravo ! Bravo ! Bravo ! Bravoooooooo mon chiwiiiiiiii ! ». Siegfried se contente de jeter un regard souriant à son frère. Hé bien. C’est tout ? Non, il murmure quelque chose à l’oreille de Zach qui acquiesce. J’entend quelques de ses paroles :
- C’était très bien. Mais certaines notes sont encore un peu ratées mais ce n’est pas grave. Ce morceau est rapide.
Ecoutez-le. Il pense s’y connaitre en musique ? Saleté. Zach acquiesçe et sourit. Il te critique et toi tu souris ? Ted Wade intervient.
- Qu’est ce que tu racontes Siegfried enfin. Ton frère joue merveilleusement bien.
Regard lourd entre le père et l’adolescent. Ce dernier murmure d’une voix timide, la voix du garçon encore terrorisé devant les adultes.
- Il n’y a que les cons qui se contentent de peu.
Il baisse les yeux car il sait que ça ne passera pas. Il n’ose affronter cet homme qu’il considère encore comme son père malgré les blessures de dernières années.

Dingingling ! La fourchette de Porter tombe par terre. Une tension palpable teinte l’ambiance de cet appartement si ordonné. Siegfried est expédié hors de ce duo qui s’aime tant mais qui ne sait pas comment le dire. Pour lui, ce n’était pas un père qui sermonnait son fils mais un type maladroit avec beaucoup de secrets qui anesthésiait sa capacité à juger la situation avec neutralité. Cette situation si différente de la sienne lui rappelait cruellement de mauvais souvenirs. Malgré ces derniers, la future nounou d’enfer lui adressa un sourire narquois et lui lança.

« Au moins tu manges. C’est pas immangeable. Et si tu me disais ce que tu aimes Ollie ? »

Ne te laisse pas démonter. C’est un bras de fer et il faut que tu le gagnes. La première impression est souvent la bonne. Tu te souviens de ce sympathique professeur de maths ? Dès la première seconde. Oui. Dès la première seconde, Siegfried avait senti sa faiblesse. Tandis que les élèves rentraient dans sa classe, cette frêle petite brebis sentait le danger. La peur lui dévorait les entrailles. Et justement ces sales petites canailles qui prenaient place dans la classe flairaient sa terreur. Mauvais point mec. Tu es devant une trentaine d’élèves qui n’attendent que le mauvais pas pour transformer ce cours en bazar. Tu n’as droit qu’à une seconde et cette seconde, tu l’as complètement loupé. L’année est fichu mon gars. Tu passeras les prochains mois à crier comme un porc sans résultat. Mais ne t’en fais pas ! Tu as encore 21 années à passer. Courage. T’en est à la moitié. N’est-ce pas merveilleux ?
Lui aussi il a peur. Mais il sait bien le cacher. Non, en fait ce n’est pas de la peur, mais une appréhension. Siegfried ne laisse rien transparaitre sur son visage. Il faut réussir. C’est le boss ultime. Prêt ? A vos manettes ? Siegfried fixe Ollie. Allez c’est partit mon grand. Je vais te montrer qu’avec moi, y’aura pas de caprices et rien de tout ça. Tu parles un ton au-dessus de moi, je te calmes tout de suite. Tu remarqueras bien vite que, malgré une gentillesse à toute épreuve, je ne suis pas homme à me laisser faire.
Que le jeu commence. Siegfried se saisit de son verre de vin rouge et but une gorgée en attendant la réponse du gosse.

« J’aime la cuisine de ma mère. »
Ha. Belle pique jeune homme. Siegfried haussa les sourcils sans se départir de son sourire qui se fit bien moins naïf. Une attaque censée balayer les deux adultes en face de lui. Mais cette pique adressée au père ne fait qu’une victime. Siegfried posa son verre, en le fixant. La réponse vint tout naturellement :

« Donc… » murmura-t-il avec une hésitation toute feinte « Elle ne cuisine pas d’aubergine. »

La meilleure réponse au mépris restait l’humour. Déstabilisant n’est-ce pas jeune homme ? C’est tout un art. D’ailleurs, un léger rire franchit les lèvres de Porter. Ce type sait rigoler. Tout n’est pas perdu ! Ton âme est intacte. N’empêche, Siegfried se réjouit de la réaction de Porter. Nul doute qu’il avait fait ses preuves. Il remporta la bataille haut-la-main. Restait plus qu’à remporter la guerre sans provoquer de dégats. Et cela restait le plus difficile car trois semaines plus tard, il sera pris dans un braquage à l’italienne dans une banque de Miami. Un job n’aura jamais été aussi éprouvant que celui-ci.

Epreuve.
Cette légère pique que Siegfried avait lancé rebondit sur une querelle à laquelle il aurait préféré ne pas assister. Il se tourna vers Porter Kyle qui regardait son fils avec une colère sourde.

« Sa mère est incapable de faire cuire un œuf. Elle le gave de cochonneries à longueur de journées.
- Maman prenait des cours de cuisine en Angleterre, tu ne le sais pas parce que tu prenais jamais de nouvelles !

Son cœur fit un bond. S’il avait su, il aurait sans doute fermé sa gueule et laisser le petit gagner sa première bataille, ne serait-ce que pour ne pas avoir à écouter toutes ces inepties. Nom de dieu, gardez vos problèmes pour vous ! Vos histoires ne m’intéressent pas. Elles titillent mes vieux démons qui me rendent visite parfois la nuit aux alentours de novembre. Non, s’il vous plait. Siegfried s’empêche tant bien que mal de ne pas se boucher les oreilles. Il entend bien d’autres choses. Il tente de calmer le jeu en s’immiscant dans leur dispute.

« Peut-être que.. »
Mais peine perdue. Car ce n’était plus une dispute mais un véritable duel. Le débat sur la nourriture est lancé. Mieux qu’un débat politique entre républicains et conservateurs.
- Des cours de cuisine en Angleterre ? Et tu n’es pas mort de faim, Tu sais très bien que la cuisine anglaise est immonde.
- Elle faisait des efforts. »

Non, ça suffit. Arrêtez. Ce n’est pas possible. On dirait deux gosses stupides entrain de se disputer. Pire que les petites blondes adorables qui piquaient leurs crises une fois par mois. Siegfried fronça les sourcils. Bordel réagit.
Une petite voix timide le supplie de se lever, de prendre sa veste et de partir en claquant la porte, non sans gueuler un bon « Dans ton cul. ». Mais le respect naissant pour les Porter l’en empêchait. C’était juste sa douleur qui revenait et tentait tant bien que mal de le tirer de là. S’il te plait, cela me fait peur. Tu sais pourquoi hein, tu sais pourquoi. Allez partons, tu vas devenir fou. Elle le tirait par la manche telle une enfant peureuse qui préférait n’importe quoi plutôt que de rester ici. Il choisit de l’ignorer et de rester jusqu’au bout. La curiosité le ronge malgré tout. Que caches-tu Kyle Porter ? Pourquoi j’ai envie de te connaitre ? Nouvelle tentative.

« … Ce serait plus… »
Mais non. Sa voix s’est perdue. Les deux père et fils s’affrontent. Siegfried eut la brève vision du dernier conflit du frère de Daenérys contre le Khal Drogo. Cet extrait qu’il avait vu des dizaines de fois. Une réponse à l’Arrogance du grand blond qui avait perdu tout contrôle sur son projet de monter sur le Trone de fer. Il eut certes une couronne d’or sur la tête, mais c’était un lot de consolation bien fade, suite au sort qui lui était réservé. « Une courronne pour le roi. »
Siegfried baisse les yeux et fait semblant d’avoir la sourde oreille mais le conflit dégénère toujours plus.

« Maman, elle demande toujours de tes nouvelles.
- Et alors ? Que veux-tu que je réponde à ça ?
- Maman, elle ne me laisserait pas avec un inconnu. »

Siegfried ne le prit pas mal. Le gamin avait des choses à dire et rien ne l’arrêterait. Pas avant d’avoir planté ses crochets dans l’orgueil de son père. Siegfried avait bien tenté de glisser une tentative d’apaisement mais son « … Judicieux.. » se perdit dans les méandres de cette dispute. Il finit par baisser les yeux sur son assiette vide. Pense à quelque chose Siegfried… n’y pense pas. Une voix rassurante lui souffla que ce n’étais pas de sa faute si la dispute avait commencé. Rien ici n’est de ta faute. Tu ne pensais pas à mal. Mais cela ne fonctionna pas. Il sentit l’agacement poindre le bout de son nez. Un soupir franchit ses lèvres tandis qu’il se servit une nouvelle dose de légume. L’appétit s’était barré à moitié mais il devait manger. Un deuxième steak végétarien rejoignit les aubergines tandis qu’il ignora le regard de Porter. Non, je ne prendrais pas de partit. Ce sont vos histoires. Pas les miennes. Je veux bien aider. Mais déjà le dernier coup de poignard se joua maintenant.
Silence. Les deux s’observent.
Et là c’est le drame.

« T’attends quoi pour retourner chez ta mère si tu n’es pas content ?
- Quoi ? »

Stupéfaction ? Siegfried interrompit son geste et tourna un visage pâle vers le médecin scolaire. Réaction toute spontanée. Mais il rebaissa les yeux immédiatement. Non, reste neutre. Le jeune français sentit un nœud à l’estomac se serrer au creux de son estomac. La bouche entrouverte d’étonnement, il se demande s’il avait bien entendu. Les mots, quels pouvoirs ils avaient ! Kyle Porter voulait clore la partie mais il abattait une carte perfide sur le dos de son fils.

Un poing s’écrase sur la table. Mon grand frère n’ose pas regarder mon père dans les yeux. Moi non plus d’ailleurs. Les remarques de mon frère ne me font pas peur. J’aime quand mon grand frère me dit ce qu’il pense. Il est comme ça. Je sais que je peux compter sur lui. Je veux devenir un grand violoniste mais c’est difficile. Les morceaux sur lesquels je dois m’entrainer sont ennuyeux, malgré leur beauté. Je m’en fiche du classique ! Je veux jouer sur Lindsey Stirling, les Ost de jeux vidéos et sur des trucs cools comme l’attaque des titans ou la reprise trop géniale de la mort qui tue de Riders on the storm par Nigel Kennedy. C’est mon idole et je rêve de le rencontrer ! Mais mon papa n’aime pas ça.
Papa regarde Siegfried avec colère. Je l’ai jamais vu comme ça. Mais bon, c’est normal. Siegfried l’a traité de con… enfin je crois. Siegfried finit par lever les yeux mais il a peur, je sais qu’il a peur. Parce qu’il est comme ça mon grand frère. Il est gentil mais se cache dans un trou de souris quand il y a une dispute. Il ne veux pas se mettre en colère. Je l’ai vu en colère moi une fois ! Il m’avait pris par le bras et m’a pousser dans le couloir. La haine déformait ses traits tandis qu’il me hurlait quelque chose de très méchant à la figure. Casse toi hurlait-il, va-t’en, je ne veux PLUS te voir ! Jamais !
Je sais qu’il meure d’envie de se lever et de hurler à la figure de papa. Puis le silence prend fin. Mais le seul bruit qu’on entend, c’est une gifle qui s’abat sur le visage d’ange déchu de mon frère. Puis une autre, sur l’autre joue, parce que la première n’est pas assez forte. Je cache mon visage, je veux fuir. Mais ça serait être lâche. Je ne veux pas être lâche. Une autre gifle. Mon père est en colère. Je lui cri d’arrêter. Siegfried tremble et baisse les yeux. Pourquoi tu ne te défends pas Sieg ? Pourquoi ?!
Il lève enfin les yeux vers papa. Et ça y’est, je reconnais ce regard qui m’a toisé l’année dernière, lorsqu’il est tombé malade. Il me fait peur…

ARRETEZ !
Un hurlement mental les supplie de stopper ce petit jeu. Oui, vous avez gagné ! Tous les deux ! Allez, plus de gros mots, fais bisous ! Siegfried se tourna vers l’enfant. Il eut mal pour lui. Il préféra baisser les yeux plutôt que d’affronter ce regard empli de douleur. Il titube. Hésite. Chancelle. Aura-t-il la couronne mortuaire de Khal Drogo ?
« Mais… mais c’est toi qui… qui m’a fait…
- Tu veux faire le matin avec moi ? Regarde, c’est inefficace. Alors maintenant, tu la ferme et tu manges. Et tu présentes tes excuses.
- …s’arrêter là… »

Soupir éprouvé de la part de Siegfried. Un las soupire franchit ses lèvres et mourut dans cet air pollué par la colère et les vieilles amertumes sous-jacentes. Il crut sentir la morsure des trois gifles, tant cette vision l’éprouvait. Il ferma les yeux. Heureusement car il ne supportait pas de voir un gosse pleurer. Chacun ses faiblesses. Ce fut à cet instant qu’Ollie se leva. Ecouter, il n’eut pas le choix. Les paroles étaient dures et fourbes. Il jette une couronne d’or liquide et brulante sur le visage de son père. C’est lui qui a le dernier mot. Ses pleurs et sa colère se font sentir dans ses paroles. Kyle Porter, qu’est ce que tu fous ? Merde alors.
« Tu es injuste ! Pourquoi tu me fais garder, hein ? Pourquoi tu te caches, sans arrêt, pourquoi tu ne manges plus rien depuis une semaine, pourquoi tu as passé plusieurs jours dans le noir sans rien dire ?! Pourquoi tu mets des cadenas sur les placards dans la cuisine, c’est quoi toutes ces marques sur tes bras et tes épaules, et pourquoi tu ne réponds jamais rien quand on te dit ces « pourquoi » ?! On te dégoute tant que ça ?! C’est pour ça que tu sursautes quand on te touche ?! La seule personne qui te touche sans que tu dises quoi que ce soit c’est Toundra et c’est UN CHAT ! Tu me donnes des leçons alors que toi tu es égoïste ! Je m’excuserai quand tu arrêteras d’avoir des secrets, tu comprends ça ?! Et toi, je te DETESTE. »

La fête est terminée. Il part dans sa chambre sans demander son reste. Siegfried n’avait pas rouvert ses yeux. Assis, les coudes sur la table, ses deux mains jointes comme une prière devant son visage, il ne regarda pas la scène. Il y a des choses qui marques et d’autres qui titillent la mémoire avec cruauté. Et là, justement, il y en avait. Beaucoup. Cette famille se disloquait à vue d’œil, c’était terrifiant ! Et ni le fils, ni le père ne voyaient les dégâts de leur comportement. Tous deux étaient en tord. Une ligne dans le sable le séparait à présent. Mais cette ligne tracée dans le sable et qui semblait effaçable avec le temps, ne fera que s’agrandir et se transformer en fossé profond. Aucun pont ne pourra plus jamais rejoindre les deux bouts.
Silence.

Bien. Sans le vouloir, il eut accès à la boite de Pandore de Porter. Compliqué, c’est un homme compliqué avec des secrets. Et les secrets petit, c’est un fardeau très lourd à porter. Ils empoisonnent la vie tel un poison vicieux. Certes, Kyle Porter n’avait pas un comportement juste mais au vue de ce qu’il venait d’entendre, il comprit qu’il était tombé dans un nid de serpent semblable au sien. Deux choix : Partir ou rester.
Il rouvrit les yeux et tourna ses yeux vers Porter qui ne le regarda pas immédiatement. Maintenant qu’un voile s’était levé sur une partie de ses petits secrets, il pouvait mieux comprendre cette réserve qui l’avait tant rebuté une heure et demi auparavant. Ses yeux ne reflètent aucune colère ou dégout. Non, absent. Ainsi donc, c’est pour cela qu’il ne lui avait pas serrer la main. Le contact humain lui inspirait dégout et frisson. Mieux, il y avait une raison à son masque de glace et cette fatigue qui se lisait dans ses yeux sombres et tristes. Il vous est arrivé quelque chose et ce quelque chose, vous le trainez comme un boulet jour après jour. Peut-être est-ce récent ou vieux, peu importe, c’est douloureux. Et tout cela, il s’agit de le cacher au fiston, qui, malgré ses douze ans, est déjà doté d’une clairvoyance mature. Ce gosse était fascinant. Et terriblement malade.

« Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis désolé. Vous n’auriez jamais dû assister à ça. »

Pas de réponse. Siegfried se contente de répondre à son pâle sourire. Son visage avait perdu son sourire amical qu’il avait adopté en début de soirée qu’il abandonna au profit d’un demi-sourire poli et réservé. Vous avez également déterrer des maux. Je tente de les enterrer mais la terre reste désespérément claire. On voit que quelque chose est là, en dessous et que l’herbe ne veut pas pousser pour cacher cette douleur atroce qu’il combattait à chaque heure. Certes, elle s’était calmer cette souffrance mais elle reste encore et toujours dans sa peau, mordante et cruelle comme un moustique voletant, un soir d’été.
Siegfried passe machinalement sa main dans sa chevelure foncée et ne dit rien. Ce n’était pas vraiment facile.

« Je comprendrais tout à fait que vous ne vouliez plus… »
Un rire nerveux, presque moqueur coupa net la phrase de Porter.
« … accepter ce job.
- Je vous rassure monsieur Porter, quelqu’un de sain d’esprit se serait barré avant même d’avoir vu Ollie. »

Une pointe d’agressivité traversa l’air. Merde alors ! Ses mains tremblèrent ou pas ? Il cacha rapidement ses mains sous la table. Son assiette était presque terminée. C’est plus fort que lui. Déjà, il a faim, et s’il mange, cela l’empêchera de foutre son grain de sel. Au moins, il est resté neutre, c’est déjà ça. Il croisa les bras et le fixa de ses yeux noisettes et brillants. Il pinça les lèvres. Bon, allez il lui faut quelque chose de fort. Le jeune homme se leva et se dirigea vers la cafetière sans demander la permission. On est intime maintenant vieil homme. Et ce dont ils avaient besoin à présent était un café. Un café noir. Un café noir et corsé. Très corsé. Un silence persista dans la cuisine. Il ne dit rien, songeant encore à ces mots si durs jetés par cet enfant dans la gueule de son père. L’ambiance est rude. Tout le monde est dans son coin, boudeur, alors qu’on pouvait être ensemble. Siegfried profita de ce silence pour souffler. La première tasse se remplit mais il ne le voit pas. Il garde les yeux dans le vague, pensif. Il réagit tout de même avec un temps de retard et lance un deuxième café dans une autre tasse. Il se saisit des deux cafés mais la céramique brulante lui arrache une horrible grimance. Il se dépêche de les poser sur la table devant Porter mais il déclare simplement :

« Salon. »

Et rebelote. Sa peau brule sous cette céramique brulante. Hummmm… ! Il se dépêche et après un grognement de délivrance, il pose les tasses sur la table du salon sans les renverser.

« Bordel de cul, putain de bite, ça fait mal ! » s’exclame-t-il dans un français raffiné, digne du grand Louis XIV. Il n’en fit pas grand cas. Juste… espérons que Porter ne parle pas français et n’ait jamais entendu de telles injures. Il soupira et se tourna enfin vers Porter. Bien. On s’est remis ? Très bien.
Pendant la préparation du café d’après repas, il avait bien entendu hésité à rester ou partir. Certes, le travail lui plairait, mais il estimait de ne pas avoir à dresser le gosse d’un autre. Il avait l’impression de devoir régler un souci qui n’était pas de son ressort. Pourtant…

« Ollie est un gamin qui me plait. Il est mignon. Caractériel. Et très sensible. » En prononçant ce dernier trait de personnalité qu’il considérait comme une immense qualité, il soutint le regard de Porter. « Un enfant est réceptif. Il devine tout. Vous pensez pouvoir cacher vos secrets mais c’est peine perdu. Il ne sait pas ce qu’il se passe, il sait juste qu’il y a un problème. »

Légère pause. Tu vas le regretter Siegfried. Oui, tu vas le regretter de ne pas être partit. Tu joues à un jeu dangereux.

« Je suis motivé Monsieur Porter. Plus que vous ne le pensez en fait. Et puisqu’on en est aux vérités désagréables, je vais vous la montrer ma motivation. »
La photo sortit de son sac et atterrit devant lui. Cette même photo qui l’avait fait pâlir, celle avec le gamin sur le cheval.
« Zach. Ou Zachary, comme vous voulez. C’est mon frère et… je ne l’ai pas vu depuis… très longtemps. Je n’ai pas le droit de le voir en fait. »
Il le fixe. Je connais un aspect de toi que tu ne voulais pas voir alors je suis fair-play. Je t’avoue ma motivation. Elle est simple et un peu naïve chacun la sienne, n’est ce pas ?
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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Mar 9 Sep - 0:20

Je vais frapper ce gosse.

Non, je plaisante. D’abord, parce que je n’en serais pas capable, ensuite parce qu’Ollie ne le mérite pas. Son comportement est compréhensible, bien qu’inacceptable. J’ai un moment d’appréhension, lorsque Siegfried voit mon fils pour la première fois. J’évalue sa réaction, un peu comme un instructeur du permis de conduire. Sauf que là, il s’agit du permis de garder. Parce qu’il faut bien ça pour s’occuper de ce petit idiot qui jette presque trois assiettes sur la table de la cuisine en maugréant. Mais je m’en fiche. Eh, si tu veux récupérer ta télé mon chaton, il va falloir que tu fasses un truc, tout simple. Tu étires légèrement les lèves, tu vois, comme si tu voulais les faire remonter vers tes yeux. On appelle ça un sourire. Tu sais ce que c’est, un sourire ? J’observe les deux jeunes gens qui font connaissance. Ollie opte pour l’ignorance la plus totale. Siegfried, lui, le salue avec un sourire. Sans tendre la main, sans pencher la tête. Je hoche la mienne, approbateur. Voilà, tu retiens très bien tes leçons, jeune fifrelin. Ici on aime pas trop le contact. Je sais d’ailleurs que cela fait de la peine à Ollie. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas le toucher autant que je le voudrais. Il est arrivé plusieurs fois que mon fils enfreigne la règle ultime, en me touchant. Devant la télévision, il s’est pelotonné contre moi à cinq ans. Il a eu le nez cassé à cause de mon bond en arrière. A huit, il a cherché à me prendre la main dans la rue. Nouvelle réaction démesurée, il a pris une gifle. Cassandre était furieuse, et moi cruellement honteux. Il a pleuré une heure entière, malgré toute ma patience et ma volonté de lui faire comprendre que je ne l’avais pas fait exprès. Mais ce n’est qu’un enfant. Il a besoin qu’on le serre. Besoin qu’on prenne soin de lui. Mais je ne peux juste pas. Ou alors seulement quand je le décide, ce qui est rare. Siegfried me semble plus enclin à cela. Peut-être qu’avec le temps, il saura s’en faire un bon ami. Ou du moins est-ce ce que j’espère. Je laisse les présentations se faire, le regard de Siegfried loucher sur le T shirt de mon fils. Rien d’étonnant. Un gamin qui joue à Skyrim a de fortes chances de regarder cette série. Voilà bien une chose qui soit capable de me coller devant la télévision. Avec X Files et Star Trek. Que voulez-vous, on a tous nos péchés mignons, hein ?

« Bah… la fatigue sans doute. N’est ce pas Ollie ? Tu dois être fatigué. L’école sans doute. Ou alors tu regardes trop de séries. Mais bon, quand il s’agit de Game of Thrones… alors, tu es plutôt Sud ou Nord ?

- Aucun des deux.
- Les Targaryens. »
rectifiais-je à la place de mon fils, tout en lui jetant un regard noir.

Ollie pose les couverts autour des assiettes pendant que je termine de faire cuire les steaks végétariens. On ne verra jamais de viande de bœuf ni de porc ici. A part le poulet, je ne mange pas ce genre de choses. Non pas que j’aie une empathie quelconque envers les animaux, je ne supporte seulement pas la viande. C’est dégueulasse. Ollie a réclamé longtemps de manger de la viande, et un jour j’ai craqué, je lui en ai acheté. Il a tout recraché dans son assiette. C’est parfait ! comme ça je fais des économies. On ne s’imagine pas comme la viande coûte cher. Je dépose sur un dessous de plat la poêle remplie de légumes découpés en longs filins, et la « fausse viande » de l’autre côté. J’invite Ollie à s’asseoir près de Siegfried. Il y a un malaise palpable dans la cuisine, parce que mon fils tire la gueule. Je me renfrogne un peu plus et me contente seulement de servir copieusement les deux jeunes. Presque rien, pour moi. Mon estomac est encore tordu de souvenirs. Tordu de colère, aussi, à cause de ce gamin qui tripote son assiette dans le silence ambiant. C’est pesant, très pesant. Je fixe mon fils. Je le fusille, je l’étripe du regard. Il me regarde à son tour, sans ciller. A côté de lui, un Siegfried tendu. Oui, il y a de l’ambiance chez moi ? Dans ma maison, règne l’amour de son prochain, la complicité, toussa. Et aussi l’envie de mettre une bonne claque. J’attaque ce qu’il y a dans mon assiette, et soudain… Merde. Ça n’a pas le même goût que d’habitude. C’est même franchement meilleur. Je ne peux pas me vanter d’être un bon cuisinier, mais je me débrouille assez bien. Je n’ai jamais rien fait cramer en tout cas. Je sens qu’on a ajouté quelque chose. Subtilement. Et sacrément bien. Je relève la tête, très surpris. Oh, on prend des libertés jeune homme ? Je sais qu’on a farfouillé dans mon placard. Je n’aime pas bien ça, mais qu’importe. C’est sacrément bon. J’attrape la cuillère et rajoute quelques légumes supplémentaires dans mon assiette. Hé, gamin, tu vas presque réussir à me faire bouffer normalement. Bon, on en est encore loin au vu de la portion minuscule qui réside près de moi, mais quand même. Les français tiennent bien leur réputation. Des cuisiniers en or massif.

« Vous cuisinez très bien. Je croyais que le végétarien n 'avait pas de gout, mais je me suis trompé.

- En fait je ne suis pas végétarien. Vous avez ajouté quelque chose, non ? »


Le compliment me fait plaisir. Depuis plusieurs années je me fais à manger seul. Et je suis satisfait de voir que je ne suis pas un de ces cons de célibataires qui bouffent plats tout prêts sur plats tout prêts. Je sais faire des sushis, moi, monsieur. Et ils sont sacrément bons. Je regarde mon fils à la dérobée. Silencieux, il triture son assiette avec un air ennuyé. Il doit ruminer à cause de sa télévision. Allons, tu n’as pas vu que ça te pendait au nez depuis au moins une heure ? Impoli, arrogant, tu es puni comme tu le mérites, et tu le sais très bien. Siegfried me fait un petit sourire en coin, amusé. J’adore déjà ce type. Parce que c’est un enfant. Et ça, c’est le sourire d’un enfant qui fait des farces.

« La French'touch »

Je me tourne vers mon fils. Tu ne veux pas causer un peu, tu es sûr ?

« ça te plait ?
- J’aime pas les aubergines. »


Aimable jusqu’au bout. Merci fiston, tu montres ici la parfaite image de l’enfant poli, aimable et bien élevé. Je reprends une contenance. Très calme. Aucun signe sur mon visage ne trahit ma colère froide, mis à part mes yeux qui brûlent. Je ne dois pas m’énerver. Je ne dois pas m’énerver. Je ne dois pas m’éner…

« En plus ce qu’il a mis, c’est pas bon. »


Dinginling ! Ma main fait tomber la fourchette sur la table. Oh putain. Attends qu’on soit tous les deux, mon grand, on va avoir une discussion. Et ça risque de ne pas te plaire. Je te regarde fixement, un regard qui signifie « ne joue pas avec ça. Ne tire pas sur la corde raide. » je sais que mon fils ne pense pas à mal. Ou bien si, mais malgré lui. Si seulement Siegfried avait pu le voir autrement. Lorsqu’il se sentait épanoui, au milieu de ses deux parents. Mais je ne l’aimais pas, Cassandre. Aurais-je dû me forcer à rester auprès d’elle pour lui faire plaisir ? Aurais-je dû foutre en l’air ma vie de couple un peu plus longtemps pour que mon fils soit heureux ? L’était-il vraiment, à la fin, lorsque sa mère m’attendait à 21h, devant la porte, pour me demander pourquoi je rentrais si tard ? Je rentre du travail, chérie. Ah oui ? Je ne savais pas que les médecins finissaient aussi tard. Ton collègue rentre à dix neuf heures. Mon collègue, c’est mon collègue. J’ai un peu plus de conscience professionnelle, voilà tout. Tu mens, Kyle. Non, je ne mens pas. Maintenant si tu veux bien j’aimerais bien me poser cinq minutes, et si tu pouvais la fermer ça m’arrangerait. Et là les cris. Les pleurs, les vociférations. Et mon fils, alors plus petit, si jeune avec ses grands yeux chocolat, son panda en peluche dans la main. Nous regardant fixement, en haut des escaliers. J’ai détesté Cassandre, pour ça. Elle était incapable de trouver un compromis. Incapable de calmer une dispute, incapable de ne pas faire ça devant le petit, incapable de garder le contrôle de ses nerfs, de ses yeux brûlants qui me plaisaient au tout début. Ses yeux sauvages de femme conquérante. Avec des projets. Une « carrière ». Qu’elle abandonna brusquement au profit de mon fils. Elle qui voulait devenir journaliste, elle opta pour le métier d’écrivain, et ne parvint à vendre que très peu de livres. Des romans à l’eau de rose, pour la plupart. Sur la fin, quelques ouvrages de psycologie. Mais jamais ses livres ne devinrent des bests-sellers. Moi-même je n’en lus aucun. Le premier me fit abandonner la lutte au premier chapitre. La mièvrerie ce n’était pas tout à fait mon truc, à l’époque. Première blessure. Elle ne me le pardonna jamais. Moi, son mari, je me devais de la soutenir, et je ne le fis pas. Parce que je m’en foutais. Parce que je n’avais rien éprouvé d’autre que du désir pour cette femme, jamais d’amour. Je n’en pris conscience qu’au bout de dix ans. Dix ans à me mentir, à penser que ma vie était parfaite, avec ma femme et mon gosse. Etais-je plus heureux maintenant ? La réponse vint d’elle-même : oui, assurément. Parce que c’est atypique. Parce que ça n’a plus rien à voir avec ce que j’ai vécu. Il n’y a pas de question de routine, d’habitude. Non, là c’est piquant. Interdit. Et sauvage. Et horrible aussi, comme me le rappelle ma mésaventure dans le noir. Un frisson d’angoisse me prend. C’est peut-être fini. Et je n’ai pas envie que ça se finisse.

Pour oublier ce genre de pensées, je décide de me tourner vers mon futur baby sitter. Loin de se démonter, il sourit d’un air un peu narquois à Ollie. Il le défie. Voilà, le jeu masculin de celui qui aura la plus grosse bite. Bon, physiologiquement parlant Siegfried gagne haut la main. Mais mentalement ? Qui sera capable de faire craquer l’autre ? Il ouvre la bouche pour répliquer.

« Au moins tu manges, c'est pas immangeable. Et si tu me disais ce que tu aimes Ollie ? »

Mon fils relève la tête. Il regarde Siegfried pour la première fois depuis le début du repas. Il l’affronte. Et ça dure, ce silence, ça dure parce que je n’interviens pas. Je n’interviens pas immédiatement, en tout cas, parce que je veux voir ce que ça donne. Calmement, je croise les bras. J’ai fini mon assiette avant tout le monde. Enfin, mon assiette. Les quatre légumes qui se battaient en duel. Mon fils a le regard de quelqu’un qui a vu un insecte répugnant et qui s’apprête à l’écraser. Il ouvre la bouche, et je sais déjà que ça va pas me plaire.

« J’aime la cuisine de ma mère. »


Arrête. Ta mère est incapable de faire cuire un plat de pâtes. C’était moi, le cuisinier à la maison. Je reste silencieux, parce que c’est puéril, ce jeu. Complètement puéril. Tu dis ça uniquement pour m’emmerder, parce que tu es contrarié. Cassandre ne sait pas te faire à manger, elle te ramène à outrance des hamburgers, des frites, et toutes les saloperies qu’on mange dans les fast foods. Tu ne vas pas me faire croire que c’est meilleur que ça. Tout ce que tu fais, c’est une provocation absolument outrageuse, et ça commence gentiment à me courir sur le système. Ce gamin m’use. Je pousse un soupir de contrariété. Mais déjà elle répond, ma jeune nounou, et sans se démonter, en plus.

« Donc... elle ne cuisine pas d'aubergine.

- Ahaha ! »

J’ai senti que ça montait, mon rire, et il est sorti. Haha. Et là, pas calmé, sale gosse ? Je regarde mon fils en lui faisant un léger clin d’œil. Il me répond par un regard furibond. Finalement, Siegfried a la plus grosse bite. Loupé.

« Sa mère est incapable de faire cuire un œuf. Elle le gave de cochonneries à longueur de journées.

- Maman prenait des cours de cuisine en Angleterre, tu le sais pas parce que tu prenais jamais de nouvelles ! »

Siegfried tente vainement d’intervenir.
« Peut-être que...
- Des cours de cuisine en Angleterre ? Et tu n’es pas mort de faim ? Tu sais très bien que la cuisine anglaise est immonde.

- Elle faisait des efforts.
- Ce serait plus…
- Evidemment. Ta mère fait beaucoup d’efforts à t’entendre, c’est pour ça qu’elle a mis autant de temps avant de t’amener ici. »


Siegfried semble observer notre échange un peu comme un arbitre regarde la balle au tennis. Un coup. Puis un autre. Ollie a toujours su me tenir tête, mais de nous deux je suis l’adulte. Je lui réponds avec légèreté, et je sens que la fureur du petit monte. Tu veux jouer, Ollie ? On va jouer. Je sens que le jeune homme est mal à l’aise. Il tente d’intervenir, mais ça ne fonctionne pas. Le sujet délicat est parti, et il est difficile de calmer Ollie et moi en cas de dispute.

« Maman, elle demande toujours de tes nouvelles.

- Et alors ? Que veux-tu que je réponde à ça ?
- Judicieux de…
- Maman, elle ne me laisserait pas avec un inconnu. »


Mon sang ne fait qu’un tour. Oui, je sais que je ne devrais pas, et alors ? Tu es de la police ? J’observe Siegfried, qui ne bouge pas. Qui tente de parler, mais qui ne remue pas le moindre petit doigt. Je suis en train de manipuler une bombe à retardement. Ces échanges m’épuisent, mais je dois montrer qu’ici c’est moi qui ais le dernier mot. Je pose mes coudes sur la table, observe mon fils sans ciller. Juste en me foutant de lui. Parce que la moquerie est la pire des vacheries. La colère n’a aucun effet sur mon fils. Mais humiliez le et il se montrera beaucoup plus aimable.

« T’attends quoi pour retourner chez ta mère si tu n’es pas content ?

- Quoi ?
- Je n’ai pas l’habitude de me répéter, Ollie.

- Mais… Mais c’est toi qui… Qui m’a fait…
- Tu veux faire le malin avec moi ? Regarde, c’est inefficace. Alors maintenant, tu la fermes et tu manges. Et tu présentes tes excuses.

- …S’arrêter là. »

Ollie se lève, furieux. Il me regarde, malmené par la colère et la rancœur. Une larme, longue, coule sur sa joue. Je sais que j’ai été trop loin. Mais je ne regrette rien. Je n’ai pas de nerfs, alors, fiston ? Tu ne sais pas de qui tu tiens. A seize ans, je faisais des combats de rue pour rigoler. Quartiers contre quartiers, à Londres. J’en ai castagné, des gosses et j’en ai pris, des baffes. June soignait mes plaies en me regardant avec réprobation. Mais j’étais turbulent et insolent. Très insolent. Ça s’est arrêté net quand Lloyd a pointé le bout de son nez. Mon fils me fait face, et se met à crier, la voix tremblante d’une fureur qu’il ne peut plus contenir. De rancœur, aussi. Une rancœur qui le ronge depuis longtemps, trop longtemps.

« Tu es injuste ! Pourquoi tu me fais garder, hein ? Pourquoi tu te caches, sans arrêt, pourquoi tu ne manges plus rien depuis une semaine, pourquoi tu as passé plusieurs jours dans le noir sans rien dire ?! Pourquoi tu mets des cadenas sur les placards dans la cuisine, c’est quoi toutes ces marques sur tes bras et tes épaules, et pourquoi tu ne réponds jamais rien quand on te dit ces « pourquoi » ?! On te dégoute tant que ça ?! C’est pour ça que tu sursautes quand on te touche ?! La seule personne qui te touche sans que tu dises quoi que ce soit c’est Toundra et c’est UN CHAT ! Tu me donnes des leçons alors que toi tu es égoïste ! Je m’excuserai quand tu arrêteras d’avoir des secrets, tu comprends ça ?! »


Il se retourne en direction de Siegfried. Furieux, atrocement furieux.

« Et toi, je te DETESTE !

- Ollie ! »

Mais je le vois partir en courant. Claquer la porte de sa chambre et la verrouiller. Sans faire attention, je me suis levé, à mesure qu’il crachait ses mots de colère. Maintenant, debout près de la table, j’ai l’air d’un con. Et j’ai honte. Honte que le petit ait assisté à ça. J’ai l’impression qu’Ollie a ouvert ma boite à secrets, ma carapace et en a dégagé des indices devant un inconnu. Mes marques. Les cadenas sur les placards. Le toucher. Tout ça, ça a un sens. Je me laisse tomber sur ma chaise. Tremblant, de peur je crois. Blanc comme un linge. Je n’ose même pas regarder l’adolescent, qui doit se croire dans un asile de fou.

« Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis désolé. Vous n’auriez jamais dû assister à ça. »


Je me tourne dans sa direction. Je lui jette un sourire pâle. Un sourire qui n’a rien de joyeux mais tout de résigner. Tu as déterré des choses, Ollie, des choses qu’il aurait mieux valu laisser à leur place. Bien cachées, là, tout au fond de mon cerveau. Nerveusement, je tire un peu sur ma manche, et je regarde. Je regarde le premier responsable de mon autodestruction. Une tache ronde. Une deuxième à côté, et une troisième. Une marque rectiligne, c’était un ciseau, ça. J’ai presque l’impression d’en ressentir encore la brûlure. J’ai honte. Tellement honte.

« Je comprendrais tout à fait que vous ne vouliez plus accepter ce job. »

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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Dim 7 Sep - 0:10

L’ambiance s’est apaisée. A croire que ces deux êtres se sont bien trouvés. Ils partagent tous deux un lourd secret, le savent, mais n’en parlent pas. C’est un secret honteux qu’on garde bien pour soi. La menace est palpable, évidemment mais par respect pour l’autre, aucune question ne sera posée. Siegfried n’est pas un vicieux, bien au contraire. Tandis qu’ils discutèrent à propos d’Ollie, Porter sortit de quoi faire un délicieux repas – végétarien ?- et consentit à donner plus amples informations sur cet enfant qu’il brulait de connaitre. Tandis que Porter mentionnent les gouts et les sujets tabou de son fils, Siegfried regardait avec gourmandise les légumes que Porter sortait du garde-manger. Même s’il avait sorti des choux de bruxelles périmés, Siegfried aurait avaler tout ronde. Son estomac pratiquement vide s’impatientait et menaçait de mettre l’alarme. Vous savez ce petit bruit fort désagréable et très disgracieux qui attire tous les regards sur vous ? En règle général, ce n’était pas ce genre de chose qui perturbait le français. Cependant, dans le cas présent, il préférait garder bonne figure parce que bientôt, il se fera passer pour un clodo. Alors non, il n’était pas rasé et oui ses fringues étaient choisis à la va-vite. Mais non, je n’ai pas manger parce que je n’ai plus d’argent mais juste parce que j’ai dormi toute l’après-midi. La « sieste ». Alors pas le temps de manger.
Hum, ce n’est pas le genre de régime habituel d’un américain. Siegfried réfléchit un petit instant tandis qu’ils discutaient Ollie, divorce et autres. Le cliché voulait véhiculer l’image du gros américain en train de manger un immense hamburger dégoulinant de sauce. Certes, les hamburgers demeuraient une friandise dans l’esprit de Siegfried. Mais étant un sportif, il voulait garder la forme et la santé. Courir et bouger lorsque le cholestérol et la graisse s’accumulait n’était pas ce qu’il y avait de plus agréable, bien au contraire. Pratiquer une activité sportive signifiait aussi un sacrifice : le sucré et la graisse. Siegfried redoutait la maladie, l’obésité la boulimie, bref des trucs extrêmes qui menaceraient sa belle petite gueule. Il avait attendu toute sa vie pour faire tomber quelques filles, alors ce n’était pas le moment de flancher. Alors OUI au repas végétarien. La viande, c’est bien. Mais vu le désastre écologique et l’état des poules, des moutons et des bœufs dans les batteries, bonjour les dégâts ! D’ailleurs, d’où viennent-ils ? Il imaginait bien Porter faire des courses au marché BIO. Les riches aiment le bio non ? Bon, cessons les clichés. D’ailleurs, il ne devait pas beaucoup manger… anorexique ? Peut-être pas mais vu la maigrir de ce type, Siegfried s’étonna de ne pas le voir tomber en morceau.
Malgré son air froid et réservé, il devait en traverser des belles à l’école. Ce n’était pas une école facile… surtout avec les confréries ! Les Rho Kappa qui pourchassent les Khi omicron pour leur casser le nez et les Eta Iota pour les sauter. Les Pi Sigma se regardant dans chaque glace, chaque vitre et chaque cuillère, inquiet de vieillir et de voir leur beauté éphémère s’effilocher avec le temps. Les Alpha psi qui tagguaient les murs comme des artistes. Finissons par les Nu Zêta, poilus comme des animaux et vivant davantage dans des tipis que le dortoir que l’école leur attribuait. Rien que des cinglés ! Surtout les Sigma Mu qui rêvaient de mettre l’école à feu et à sang : FAITES CE QUE VOUS VOULEZ !
Il y avait de quoi perdre l’appétit quand on travaillait dans de telles conditions… à moins qu’il y ait autre chose ? Si seulement il n’y avait que le travail… si seulement ! Que cachez vous donc Kyle ? Pourquoi cacher ces marques étranges sur vos bras par des pulls alors qu’il fait 30 degrés dehors ? Que vous est-il arrivé, hm ? Siegfried ne pouvait se permettre de regarder trop longtemps ces marques. D’ailleurs, il fit celui qui n’avait pas vu. Ils ne se connaissaient pas assez pour parler de ces choses-là. Et puis la photo… « C’est votre frère ? ». Quatre mots qui suffisaient à te braquer et à effacer ton air affable.

« C’est un gamin assez secret. Il adore l’automobile, les One Direction aussi, à mon grand damn. »
Demi-sourire amusé de la part de Siegfried.
« Pas d’allergies à ma connaissance ni de pathologie spécifiques. Il est relativement bon à l’école, s’il ramène une mauvaise note, vous pouvez être sur que c’est uniquement dans le but de me gonfler. »
Soulagement. Au moins, pas besoin de faire ses devoirs. Bon, si jamais il obtenait vraiment un esclave Khi Omicron, il pouvait toujours le décharger de ce poids une ou deux fois. Mais cela l’étonnerait si Porter approuvait cette incitation à l’esclavage. Rappelez-vous que ce fléau est aboli depuis… c’est quoi la date déjà ? Bon, mettons deux cent ans. Vive l’histoire.
« Et si vous ne voulez pas me l’énerver, ne parlez ni du divorce, ni de l’Angleterre, ni de moi et tout ce qui peut concerner sa famille de près ou de loin. »
Outch. La liste est longue. La famille… sujet tristement banal pour banal et tabou pour d’autres. Il nota cela. Cela avait le mérite de lui montrer comment était Ollie. Un gamin sensible qui désirait plus que tout de recoller des morceaux irréparable. Trop de morceaux et pas assez de moyen de ressouder ce qui est perdu à tout jamais. Gamin, j’aimerais que tout soit plus facile pour toi mais les grandes personnes sont très compliquées. Il faudra que tu l’accepte un jour ou l’autre.
« Je vous le confierais quelques week-end, le mieux serait de le sortir, dans la mesure du possible. J’ai conscience qu’à Wynwood, les profs donnent pas mal de boulot… »
Regard interrogatif de Siegfried. Prof ? Wynwood ? Boulot ? Ha oui ! Les devoirs… si peu habitué à travailler des cours, Siegfried eut un regard stupéfait. Mais se rappela qu’à l’école, il fallait travailler. C’était fait pour ça.
« Ha oui, oui en effet. Beaucoup de travail, en effet. »
Il omit de dire que pendant deux années de sa vie, l’école était mise aux oubliettes. Pourquoi ? Parce qu’il ne voulait plus apprendre… à quoi bon chercher un avenir dans un univers hypocrite ? C’était totalement inutile et frustrant. Les chevaux lui avaient donnés d’avantage d’expérience. Alors qu’il était arrivé aux Etats-unis, jeune, perdu et taillé comme un stixi, il apprit à se tailler un corps dans le travail et retrouver une joie de vivre malgré quelques événements aussi brusques que douloureux. L’école ne lui avait que très peu appris en seize ans. Mais le travail, lui, l’avait formé. Alors Wynwood et ses problèmes de maths… heureusement qu’il y avait la confrérie ! Sans les Rho Kappa, Siegfried serait retourné en Arizona.

Puis l’argent. Ha oui l’argent. Question piège. Merde, pourquoi cette question ? Ce n’est franchement pas facile. D’ailleurs, il mit cinq bonnes minutes à chercher une réponse potable. Assez long tout de même. Mais avec le son qui monte, qui monte, qui monte, ce n’est pas facile d’avoir les idées claires. Le bras de fer entre le père et le fils battait son plein. Qui allait user l’autre en premier ? Il allait se péter les tympans ! Déjà depuis la cuisine, ce n’était pas agréable, alors s’il restait dans la pièce où se tenait la télé, là, c’était extrême !
Et là, catastrophe. UN CHEVAL ! ET OU IL ETAIT DONC CE PUTAIN DE CHEVAL ? DANS TON CUL ! Il fallait qu’il arrête de penser à voix haute. D’accord, tu dis ce que tu penses mais tu ne vas quand même pas faire un compte-rendu de tes pensées quotidiennes n’est ce pas ? Porter le regarde, stupéfait d’une réponse aussi débile. D’accord, clodo et original. Il avait bien choisi son jour tiens !

« Je vous demande pardon ?! »

Encore heureux que je ne vous réponde pas un « Dans ton cul ! » comme à la pétasse de cliente de ce matin. Siegfried se gratta la nuque, embêté des conneries qui sortaient de sa bouche. Porter le regarda, craignant d’avoir mal entendu. Siegfried se retourna vers lui et du se retenir de rigoler tellement sa tête de bourgeois choqué le faisait rire. Il se retint juste à temps. Mais il détourna le regard, espérant que son sourire naissant ne fut mal interprété. Certes, il avait l’air honteux… mais c’était drôle quand même. Mais il lâche son couteau et se tourne vers lui. Ha haaaa, la question de l’argent est importante, c’est vrai. Pas de blague. Siegfried soutint son regard, assumant tout de même ses paroles. Ce qui est sorti est sorti. C’est comme le caca. Non n’ouvre pas la BOUCHE ! Ferme là. Ne sors pas cette connerie immonde. Si tu prononces encore une connerie, c’est fini, tu plies bagage et tu te casses. Okay ? Message reçu.

« Cent.
- Je vous demande pardon ? » demande-t-il.

A son tour de l’observer, stupéfait. Attend, le double ? C’est quand même cent dollars. Cent dollars ! C’est juste énorme ! C’est presque plus qu’il ne gagnait au magasin !

« Cent cinquante si je vous le laisse un week-end. Je pense que si vous faites attention ça ira vite le cheval, non ?
- Ha oui bien sur. Avec ce que j’ai déjà de côté, je crois qu’il ne me manque plus que le… »

Jamais deux sans trois, hein ? Jamais deux sans trois. Stop, ça suffit. Le mot cul sera sorti deux fois aujourd’hui. DEUX FOIS ! Il va te prendre et te jeter par la fenêtre. Que tu es maladroit Siegfried ! Réfléchis avant de parler. On sait tous que le naturel et la spontanéité sont des qualités très recherchés dans ce monde où la plupart des gens portent des masques, mais pas quand il s’agit de… de ça !

« … l’arrière train. »

… bon rattrapage. C’est un synonyme de cul mais au moins auras-tu mis les formes. Tu progresses mais bon, un cul reste un cul même en l’appelant « derrière » ou « arrière-train ».

Regard moqueur de Porter. Cette fois, le jeune homme ne le prit pas mal. Du tout même. Il avait appris à assumer cette maladresse qui faisait partie de lui, même si cela avait été source de moquerie dans son enfance. Mais voilà, Siegfried n’aimait pas se cacher. Si cela amusait son entourage, tant mieux. Sinon tant pis. Les pensées se transformaient parfois en mot. Mais peu importe n’est ce pas ? Siegfried se rassura. Au moins, Porter souriait. Pas longtemps certes mais sa présence ne l’agaçait pas. Bon point. La place est à lui et gare à la concurrence. Il se félicita d’avoir remporter la victoire haut-la-main. D’ailleurs, son prénom… c’était bien « victoire ! ».
Cent putains de dollars. Rien que le montant le faisait hurler. Non, pas vocalement. Promis. Cent dollars… si Porter le prenait deux à trois fois toutes les deux semaines, c’était déjà une belle petite somme dans le porte-monnaie. Parfait. Encore deux ou trois mois… et le cheval sera à lui. Il pourra toujours emprunter.
Mais voilà que le visage de Porter se tend. La télé. Le son fort. L’insolence du pré-ado surtout. Tout cela eut l’effet dévastateur de tendre les traits, déjà tendus, de l’homme à ses côtés. Ce n’était pas une colère exacerbée non. Mais un calme apparemment froid qui cachait des flammes dévastatrices. Une immense tension qui devait lutter de l’intérieur pour sortir mais que Porter savait canaliser. Pour le moment. Siegfried le vit jeter les derniers légumes d’un geste brutal dans la poêle. Il craque.

« Vous me surveillez ça deux secondes ? Merci. »

Et il partit. Siegfried sentit un malaise immédiat mais ne fit aucun commentaire. Cette petite scène familiale mignonne toute pleine durera assez longtemps pour que les légumes crame. Aussi, le languedocien prit les devants. Carcassonne est une ville du sud, et qui dit sud, dit générosité et bonne bouffe. Parce que dans le SUD, contrairement au NORD, on est chaleureux et la cuisine suit le mouvement. Lorsque le bruit d’une porte ouverte à la volée retentit, Siegfried ouvrit les placards un par un, à la recherche des herbes ou d’autres trucs. Il ne se considérait pas comme un véritable cuisiner mais il connaissait quelques trucs de base pour rendre un repas appétissant. D’ailleurs, compte tenu du nombre de gosse qu’il a gardé, sa mère s’était hâté de lui donner quelques recettes délicieuses pour garder les enfants calme. Un enfant nourri est un enfant comblé. D’ailleurs, il évinçait la concurrence très facilement avec ces atouts. Les parents voulaient le meilleur pour leurs enfants après tout. Bien entendu, il ouvrait les placards trèèès silencieusement afin de ne pas éveiller les soupçons. Silencieusement ? Hé bien oui… car la télé avait cessé. Le bouton mute… bénit soit tu ! Mais honnêtement, il aurait cent fois préférer écouter la course automobile qu’Ollie semblait apprécier.

Ha gamin… tu devrais savourer ta chance d’avoir un père et une mère qui s’intéressent autant à toi. Si tu savais combien c’est dur de se sentir ignorer par un proche, tu ne te comporterais pas ainsi, gamin.
Je me souviens… de mes six ans. Mon père, cet homme tiré à quatre épingles et au sourire facile, avait claqué la porte après une dispute violente avec ma mère. Je n’ai jamais entendu autant de hurlements et d’insultes en si peu de temps. J’avais cessé de faire mes devoirs. Le stylo était tombé par terre et je savais que ce soir-là, quelque chose avait changé dans cette famille. Mon frère, Zach, qui n’avait qu’un an et demi, s’était mis à pleurer. L’avait-il sentit lui aussi ce démon invisible qui avait jeté sa malédiction sur notre famille ? Peut-être. Moi en tout cas, j’avais écouté toutes les paroles échangées par mes parents sans vraiment comprendre le sens des mots tels que « putain », « salope », « traitre », « mal baisé ». Je ne pouvais pas m’arrêter d’écouter parce que je savais que si je ne suivais pas l’histoire dès le début, je serais largué.
J’aimais mon père. Ted Wade. Il était toujours gentil avec moi mais relativement sévère. Il me reprochait d’être trop rêveur et introverti. C’était ma façon d’être, je n’en pouvais rien. Lui, il était agent publicitaire et dirigeait beaucoup de personnels sous ses ordres. Il savait donc se faire obéir et faire preuve de beaucoup d’assurance. Ses cheveux coupés courts noirs et son teint clair lui donnaient un air de beau garçon. Mais malgré sa bonne humeur et sa joie de vivre, cet homme aimait la tranquillité…. Contrairement à sa femme qui aimait les fêtes et sortir jusqu’à pas d’heure. D’ailleurs, elle étaiit jeune quand je suis né. A peine 18 ans. Elle marchait pied nus dans la rue, ce qui avait le don d’agacer mon père, toujours chaussé de grandes chaussures de villes de marque. Les opposés s’attirent. Et se détruisent.
Passa une semaine et le verdict tomba. Au bout de sept ans de vie commune, ils se séparèrent. Mais l’histoire ne s’arrêta pas là. Mon père partit pour les Etats-Unis deux ans plus tard. Le nouveau continent l’attirait et sa nouvelle femme, Samantha, l’avait entrainé dans son pays d’origine. Bien évidemment, il eut un droit de garde sur nous. Les vacances d’été au grand complet. C’est ainsi que je parti dès mes neufs ans aux Etats-Unis tous les étés. Mon niveau d’anglais s’améliorait et je découvrais des choses tous les jours là-bas. Mais ma vie française me manquait… Néanmoins, j’aimais partir. Mais seulement au début. Les deux premières années, je ne remarquais rien du tout parce que j’étais trop jeune mais à onze ans, je compris que tu ne me voyais plus comme avant papa. Tu ne m’embrassais plus comme avant pour me dire bonjour le matin, tu ne venais plus me voir dans ma chambre avant que je ne m’endorme, tu ne me posais plus de banales questions tels que « qu’as-tu fais aujourd’hui ? », « que feras tu demain ? », « Que racontes ta mère ? », « comment se passe l’école ? ». Non, ces questions tu ne les posais plus qu’à mon frère. Je n’osais pas te le faire remarquer. Je n’étais pas très bavard. Je me suis persuadé qu’au fond, tu pensais que je préférait me taire en mangeant car je ne parlais pas beaucoup. Zach lui, c’était autre chose. Il aimait parler et tout dire ce qu’il avait vu. Moi j’écoutais et j’attendais que tu me poses des questions aussi. Parce que je voulais exister. Malheur à moi lorsque j’appris la vérité.
Je repartais des Etats-Unis une semaine avant le début des cours en France. Tu embrassais Zach mille fois en lui faisant promettre de lui écrire. Et moi ? Tu te contentais de me tapoter la tête brièvement en maugréant un simple « Sois gentil ».
Puis les années passent. Je deviens un homme ! Et quel changement ! Je me souviens de l’année de mes quatorze ans quand tu es venu en France pour voir Zach à Noël. Je venais à ton grand hôtel avec Zach et nous dormions dans la même chambre. Je me souviendrais toujours de ce matin-là quand je suis allé dans la salle de bain me faire ma toilette du matin. C’est là que j’ai senti que nous étions différents. Et pas seulement sur le plan psychologique.
Nous étions côte à côte. Tu avais une chevelure noire, teinté d’un peu de gris. Tu te coiffais de telle sorte à dégager ton visage aux traits durs mais chaleureux. Ha ça, tu détestais être décoiffé. Le peigne glissait sur ta tête, prête à attraper chaque mèche rebelle. Tu mettais du gel et tu observais ton reflet, fier d’être si imposant. Puis tu m’as regardé, moi et mes cheveux châtains légèrement ondulés, voir sauvage. J’avais passé trois coups de brosse dans mes cheveux et passé de l’eau sur mon visage. J’avais le teint frais et vivant. Je ne voyais pas que nos deux visages n’avaient AUCUNE ressemblance.
Lui, avec un air si assuré mais anguleux et carré. Et moi avec mon insouciance, mes yeux noisettes si pétillants. Mon teint légèrement plus hâlé que le tien.
Toi, tu m’as regardé faire ma toilette et s’était contenté de lâcher un dédaigneux « C’est tout ? ». J’étais surpris de t’entendre parler ainsi avec moi. On aurait dit que tu parlais à un étranger qui ne suivait pas tes habitudes. Je t’ai regardé, stupéfait mais tu es sorti avant même que je n’eusse le temps de répondre. Un frisson glacé m’avait traversé. Que t’arrives-t-il… ? Pourquoi me traites tu ainsi ? Pourquoi préfères-tu féliciter Zach lorsqu’il se coiffe de la même manière que toi ? Zach, il avait les mêmes cheveux que toi. Mi-longs certes. Mais brillant. Et d’un noir profond. Comme les tiens quand tu étais plus jeune. Une chance que nous avions hérité tous les deux du regard de maman…
Puis, durant les vacances d’été qui suivirent, une chose effroyable se produit. Je suis arrivé aux Etats-unis dans ta grande maison de banlieue et tu nous accueilles. Enfin… tu accueilles davantage Zach que moi. Je n’ai droit qu’un un semblant de signe de tête et d’un « Bonjour » qui me fait froid dans le dos. Qu’avais-je donc fait ? J’avais de bonnes notes à l’école et je gardais les enfants de l’immeuble. Les parents me trouvaient responsables et m’offrait de l’argent et même un petit cadeau pour mon anniversaire. Mais toi, tu t’en fichais…

Ce que tu m’as fais là est impardonnable ! Je te hairais pour ça toute ma vie ! Je n’ai jamais eu autant honte de toute ma vie… je me suis réveillé dans mon lit. Il était midi quarante. Bizarre… quand on set chez toi, il faut se lever à huit heures pétante. Mais pas aujourd’hui ? Pourquoi ? Je n’en sais rien. Je me lève en pensant que cette fois-ci est une exception. Tu es peut-être malade ou que sais-je… je vais vérifier la chambre de Zach mais il n’est pas là. Je descend les escaliers. Personne. Ha si. Seulement la femme de ménage mexicaine qui me salue en m’embrassant. Elle m’apprécie beaucoup car je lui raconte beaucoup de choses qui se passe en France. Et puis elle est jolie avec ses gros seins. Le soir, je me masturbais en pensant à elle parce que putain… elle a vingt ans et moi, les filles, ça commençait déjà. Je rêvais qu’elle entre dans ma chambre et me susurre à l’oreille qu’elle avait « finit de tout nettoyer ». Le reste ? Imaginez donc.
Elle me regarde, étonnée. « Pourquoi n’êtes vous avec votre père ? » demande –elle d’un anglais hésitant ? « Où est-il ? » demandais-je. « Mais… à San Francisco ! Il a dit vouloir vous emmener là bas pendant trois jours ! ». Je me sens mal. Je sens que ce n’est pas normal mais en même temps, si prévisible. Je vais dans la cuisine et je vois un mot sur la table. Je le lis. La mexicaine n’a pas lu, elle était illétrée. Ce que je lis me met hors de moi. Comment ? Pourquoi ? Comment oses-tu ?! POURQUOI ?
Je me souviens que je me suis réfugié dans ma chambre sans demander mon reste. Jamais je n’aurais cru que tu irais jusqu’à m’abandonner trois jours dans cette maison, me proposant de me servir dans le frigo.
Vous êtes rentré trois jours plus tard et moi j’étais tombé malade. Je ne sortais pas de mon lit. La femme de ménage restait plus longtemps pour s’occuper de moi. Mais cela ne changeait rien. Quand vous êtes rentrés, Zach est monté illico me voir et a sauté sur mon lit en criant : « C’était trop bien !! C’était trop bien ! Dommage que tu ais été malade. Papa me l’a dit. Alors on est parti sans toi, mais j’espère que tu vas mieux ! »
Tu lui avais dit que j’étais malade… je ne l’étais pas non. Pas avant que je sache ce que tu avais fait. Mes yeux ont lancés des éclairs. Je me suis levé et j’ai jeté Zach hors de ma chambre en lui hurlant avec haine « d’aller se faire foutre et de retrouver son PAUVRE CRETIN DE PERE A LUI ! ». Je m’en suis voulu instantanément. Ce n’était pas de sa faute… nous nous sommes plus parlé jusqu’au départ pour la France. Six semaines sans lui parler… ce fut très difficile. Je passais mon temps seul et je devenais toujours plus seul et triste. On m’ignorait. Je n’étais pas la bienvenue. Alors pour m’occuper, j’aidais la femme de ménage Angela.
Dans l’avion, Zach a attendu deux bonnes heures avant de décider à me parler mais je ne l’écoutais pas. Sans le savoir, j’étais jaloux. Il me disait qu’il n’en savait rien, qu’il était désolé s’il avait fait quelque chose de mal, qu’il voulait que je lui parle. Mais je n’ai rien dit. En rentrant, ma mère a sentit que quelque chose n’allait pas. Nous ne parlions pas. Zach se taisait et tentait de cacher ses larmes. En rentrant, je me suis caché dans ma chambre et je n’ai laissé personne entrer. Je me suis contenté de visser mon casque sur la tête pour écouter Linkin Park.
Ma mère est venu me voir et m’a demander pourquoi je ne parlais plus à Zach. Je lui manquais et surtout, je lui faisais peur. Il avait compris qu’un truc s’était passé mais… sans savoir quoi. Alors elle m’a demandé d’aller le voir… je me souviens de ses paroles, aussi étranges fussent-elles :
« Vous êtes frères. Vous avez été élevé ensemble et vous avez toujours été unis. Je vous aime tous les deux, n’oubliez jamais ça. Vous avez de nombreux points communs… »
« lesquels ? »
« Mes yeux. »
C’était étrange. Je l’a regardais et je baissais la tête. Elle baissa la voix et me prit dans ses bras en me caressant les cheveux. Toi, mon père, tu ne m’as plus fais ça depuis que j’avais six ans. Je ne savais même pas pourquoi. Alors… Ollie. Je t’envie. Sincèrement. Ton père m’a l’air d’un type juste génial. Certes, il était froid et sec avec les types étranges comme moi mais c’est pour mieux défendre son territoire. Penses-tu qu’il t’aurait laissé entre les mains d’un cinglé ? Non. Et là, en fait, il te gonfle avec ses menaces à la con. Envolée la console ! Et diable le portable ! Il te menace parce que tu existes. Vous avez du répondant tous les deux.

« Tu peux remettre le son, s’teuplait ? C’est mon passage préféré, l’accident de Nikki Lauda.
- Oliver Porter, ne joue pas avec mes nerfs.
- Parce que tu en as ? »

Siegfried sourit en entendant cette remarque bien sentie. Ces deux êtres, qui se battaient dans cette petite chambre, miroitaient une relation que Siegfried n’a jamais connu. Sa mère le laissait faire ce qu’il voulait. Mais ayant un jeune frère à surveiller, il ne se laissa pas tomber dans le piège des excès.
Le français agitait les légumes de temps en temps avec la cuillère de temps à autres. Mais toute son attention demeurait dans la chambre à côté. Le bras de fer se prolonge et le père exécute sa menace : la télé s’éteint pour de bon, et toi tu lui dis au revoir pour un moment. Si seulement, il avait eu le centième avec son père, Siegfried aurait été heureux.

« EEEEEEEEEEEEEH ! MAIS QU’EST-CE QUE TU FAIS ?!
- Hé bien, je me suis toujours dit qu’une télé dansune chambre de pré-adp ce n’est pas vraiment une bonne idée, tu viens de ‘en donner la preuve.
- Tu n’as pas le droit de faire ça !
- Ho que si, j’ai le droit…. »

Et Ollie capitula. Siegfried lâcha la cuillère et se remit à sa place, comme s’il n’avait rien entendu. Faire la sourde oreille, c’était quelque chose qu’il savait faire. Et enfin, voici Ollie qui vient dans la cuisine. Il le trouve immédiatement craquant avec ses yeux chocolats. Ils sont aussi froids que ceux de son père. Mais Siegfried y lit également beaucoup de douleur. Cette douleur de l’enfant encore sous le choc du divorce et qui peine à trouver ses marques dans ces deux continents si différents. Malgré le regard méprisant qu’il lui jette, Siegfried lui adresse un sourire chaleureux. Il en faudra du temps pour t’apprivoiser, poulain. Mais ne t’en fais pas, j’ai tout ce qu’il faut pour ça. De la patience, de la douceur et surtout de l’originalité. T’en fais pas va… tu finiras par me céder. Je n’abandonne jamais moi ! Nous avons les mêmes gouts après tout : Game of throne hein. Je te donne bien cet air de petit merdeux à la Geoffrey Barathéon. Du moins, c’est ce que tu veux montrer… mais tu dois être tout autre. Comme par exemple… le dernier des Stark. Dégourdi, adorable, un peu secret aussi.

Présentations brèves. Siegfried s’avance vers lui. Mais pas trop prêt. Il faut tâter le terrain avant de se lancer à l’attaque. Tu es comme un jeune cheval qu’il faut apprivoiser jeune homme. Il en avait vu des chevaux qui reculaient devant l’homme, oreilles en arrière. Ils frappent le sol avec leur sabot, menaçant. Mais toi tu n’es qu’un poulain. J’ai tout mon temps Ollie.
« ‘Soir » dit-il en ignorant son père.
« Bonsoir. » Répondit Siegfried en souriant.
Pas de serrement de main. Pas encore de familiarité. Et pas de bise non plus. Il se contente de lui adresser un regard rassurant. En général, les gens deviennent gaga devant les enfants. Ho que tu es mignon tout plein ! Mais pas lui, non. Dans tous les cas, il ne se laisse pas du tout impressionné par cette œillade remplis de mépris. Il ne se laisse plus atteindre. C’est fini…

« Désolé pour cette scène de ménage. En règle générale, il est poli. Je ne sais pas ce qui lui prend. »
- Bah… la fatigue sans doute. N’est ce pas Ollie ? Tu dois être fatigué. L’école sans doute. Ou alors tu regardes trop de séries. Mais bon, quand il s’agit de Game of Thrones… » murmure t-il gentiment en jetant un coup d’œil sur le tee shirt froissé du gamin. « Alors tu es plutôt du sud ou du nord ? »

Il n’était pas sûr de gagner des points sur ce point là. L’enfant le fixait toujours avec autant de colère dans les yeux. Ce n’était pas ce soir qu’il allait décrocher un sourire ou quoique ce soit. Mais il fallait bien commencer par quelque part. Déjà, il n’était pas un enfant pour lui. Mais un égal, un adulte. Pas de comportement condescendant. Oui, Siegfried est plus grand que lui en taille mais ce n’est pas une raison de le prendre de haut.

Le repas est prêt.

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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Ven 5 Sep - 16:50

Je ne veux pas sortir.

Il y a eu le déménagement. Les conseils de Maman. « Ton père t’aime, mais si tu as besoin de moi tu pourras rester à la maison. » typique du genre de guerres auxquelles se livrent les adultes. A vomir. Lequel sera le plus apte à obtenir mes faveurs. A cela je n’ai qu’une seule réponse. Aucun des deux. Je suis en colère, en colère contre lui, en colère contre elle et contre le monde. Je monte un peu plus le son de la télévision. C’est puéril, mais c’est moi. Parce que je réponds à la contrariété par la contrariété. Tu sais, Papa, tu pourras me dire tout ce que tu veux, je n’aimerais pas cette personne qui viendra s’occuper de moi. D’abord parce que ce n’est pas juste. Je n’ai plus trois ans. Ensuite parce qu’il ne faut pas me faire quitter l’Angleterre pour ensuite me coller entre les serres d’une personne qui n’est auprès de moi que pour l’argent. Maman ne le sait pas, ça, mais si je le lui disais comment réagirais-tu ? Et tu es si étrange, depuis plusieurs mois. Quand je venais te voir, tu étais absent, étonnamment absent. Tu regardais souvent par la fenêtre avec ta cigarette. Tu attendais quelqu’un ? Et qui a plus besoin de toi que ton fils, dis-moi ? Parce que je sais qu’il y a quelqu’un. Je le sens. Si nous avons quitté si précipitamment la maison d’Eva ce n’est pas parce que tu ne l’aimais plus. Ou du moins pas uniquement. Sinon elle ne t’aurait pas jeté ce regard de pure haine, avant que nous montions dans la voiture. Tu sais, je commençais à bien l’aimer. Elle m’a fait voir la France, ce pays que tu adores, mais toi tu es resté. Et à notre retour, nous avons dû faire nos bagages. Je ne suis pas un imbécile. Je ne suis plus un bébé. Je sais parfaitement que quelque chose s’est passé. Et je pense que c’est grave, parce qu’autrement tu en parlerais. Là tu le caches, comme un secret honteux. Comme ces choses imprimées sur ta peau que tu dissimules en permanence sous tes cols-roulés noirs.

J’ai entendu la sonnerie de l’interphone, celle de la porte d’entrée, j’ai entendu vos voix qui se sont élevées dans le couloir alors j’ai préféré mettre un film, pour penser à autre chose. Mais même Rush ne parvient pas à me faire oublier qu’il y a un étranger à la maison, un étranger qui va s’occuper de moi. Je vous entends décider de mon avenir comme si j’étais un vulgaire pantin, ou un chien, et je monte un peu plus le son pour ne pas y penser. Le bruit de la formule 1 couvre à présent tout votre débat. Et je ne suis pas un enfant curieux qui collera son oreille à la porte. Je veux seulement qu’on me laisse tranquille. J’ai décidé que je ne sortirai pas, même pour manger. Je n’irai pas me coucher à 21h30 même si demain je dois aller au collège. Je n’irai pas. Je ne le rencontrerai pas, je ne le saluerai pas. On fera un deal, lui et moi. Mon père lui donnera tout le fric qu’il veut. Moi, en retour, je ferai ce que je voudrais. Ça te va ? On gardera ça pour nous. Ce sera notre petit secret. Parce que je ne te connais pas, je ne peux même pas mettre un visage sur cette voix grave de jeune homme, mais je comprends à l’instant même où je t’entends que je te détèste. Parce que tu me voles mon père. A cause de toi je ne le verrai pas aussi souvent que je le voudrais. Et je te déteste aussi, Papa. Parce que pour m’abandonner aux soins d’un inconnu, tu ne dois vraiment pas beaucoup m’aimer. Je mets le son de la télé au maximum. C’est très fort, à m’en péter les tympans. Mais je m’en fous. Parce que je sais que ça l’emmerde, le père qui est dans le salon. Alors je continue.


........................

Je crois que cette photographie mérite une symbolique. Parce que dès lors que je la repose, le petit se met à sourire, gêné. Son « désolé » me stupéfait. Mais je comprends. Il y a eu des jugements, silencieux certes, mais silencieux. Tu comprends mieux maintenant ? Je suis obligé de garder le silence et de conserver ma froideur. Je n’ai pas le choix. C’est ma protection. Contre le monde dans sa généralité. Je ne supporte pas les gens. Ni le monde. Pas depuis l’épisode de la cave, pas depuis mes deux semaines passées dans le noir. Pas depuis la mort de June, ma sœur qui m’a protégée pendant des années. J’ai dû me faire tout seul. Je n’ai pas eu le choix. Aujourd’hui ma vie est rangée, ou presque. Et je dois continuer à faire ça, pour ma propre sécurité. Je me lève pour me diriger vers la cuisine, il me suit, rayonnant. Visiblement la nouvelle de le garder à manger a suffi à le rendre de bien meilleure humeur. Il commente ce que je lui dis à propos d’Ollie, et je vois son regard s’assombrir alors que je lui parle de mon divorce et de ses répercussions.

« Je peux comprendre ça. Mes parents ont également divorcés. C’est toujours pénible de voir ses parents se… se séparer. Cela doit être confus dans sa tête et… il l’exprime à sa manière. »


Si seulement tu savais, jeune homme. Le divorce a eu lieu depuis quelques années, Ollie aurait dû s’en remettre depuis longtemps. Mais il y avait plusieurs facteurs en jeu, tu vois. Tout d’abord, celui de la distance. Un océan nous a séparés quand j’ai décidé de partir aux Etats Unis pour poursuivre une carrière plus tranquille. Mon fils était encore un peu jeune, mais ça lui a déchiré le cœur. Sa mère en a profité pour glisser au juge que je ne portais que peu d’intérêt pour cet enfant et que par conséquent il faudrait peut-être revoir mon temps de garde à la baisse. Dès lors je n’eus le droit de voir mon fils qu’une fois pendant les vacances scolaires. Un déchirement total. Je me souviens encore d’Eva, hurlant à travers le combiné du téléphone, vociférant contre mon ex-femme qu’elle n’était qu’une « garce mal baisée » « égoïste » et qu’elle « se fera une joie de te péter les gencives, salope ». Oui, Eva c’était une nerveuse, elle me faisait tellement penser à June. Alors j’avais décidé de vivre avec cette fille un peu trop jeune. En l’espace de quelques semaines mes cartons étaient empilés dans le séjour de sa villa, avec mon fils sous le bras, en visite. Il a haï Eva immédiatement, en la prenant pour une mère de substitution. La patience de ma petite amie finit par briser la glace. L’affection que lui vouaient Sonata et Mateo, ses deux enfants à elle, aidèrent beaucoup également. Et moi ? Moi je l’aimais cette fille. Malgré son sale tempérament, je l’aimais. J’aurais pu vivre très longtemps avec elle. Mais c’était sans compter un autre évènement qui bouleversa ma vie il y a six mois. Et maintenant ? Maintenant j’ai tout quitté. J’ai abandonné Eva pour un appartement dans le centre ville, seul. J’ai exigé de Cassandre qu’elle vienne vivre à Miami. Puis je me suis organisé pour une garde. Une semaine sur deux. Et bien sûr, pour un baby sitter. Parce que je dois te voir. Une semaine c’est bien trop long, beaucoup trop long.

« Je serais patient. »


J’espère, parce que la mienne a des limites, petit. Le son de cette putain de télé. Il l’a monté à fond maintenant. On peut entendre les moindres détails du dialogue entre les deux coureurs de F1 maintenant. Et j’irais volontiers l’étrangler, mais je fais bonne figure. Finalement, Siegfried se décide à me poser des questions, des étoiles plein les yeux. Comme un gamin. Un vrai gamin. A propos d’Ollie, donc. Je l’écoute, patiemment en tirant de mon frigo suffisamment de légumes pour nourrir une pelletée de lapins. Et trois steaks végétariens. La viande, bouark. Désolé, petit, mais le régime américain, je ne suis pas fan.

« Parlez-moi un peu de lui. Qu’est-ce qu’il aime ? Son niveau scolaire, des trucs du genre, des allergies aussi. Et surtout, ce qu’il faut éviter de dire devant lui. Ou faire. Une sorte de mode d’emploi. Et enfin... ce qu’il déteste. »

Ah, ce rien que ça. Je dépose calmement tous mes légumes sur le plan de travail. Tomates, carottes, courgettes et aubergines. De quoi remplir une poêle. Tu te demandais pourquoi j’étais aussi maigre ? Parce que je ne bouffe que ça. Et encore, ces derniers temps je ne mange strictement rien. Ou si, une pomme quand je tombe dans les vapes. Mais ça s’arrête là. Le traumatisme m’a coupé tout apétit. Tout simplement. Cette pièce noire. Non, je ne dois pas y repenser. Ferme la Kyle. Ta gueule, un peu. Je me mets à peler une carotte, laissant une nouvelle fois apparaître les marques rondes sur mes avant-bras. Et merde.

« C’est un gamin assez secret. Il adore l’automobile, les One Direction aussi, à mon grand dam. Pas d’allergies à ma connaissance ni de pathologies spécifiques. Il est relativement bon à l’école, s’il ramène une mauvaise note vous pouvez être sûr que c’est uniquement dans le but de me gonfler. Et si vous ne voulez pas l’énerver ne parlez ni du divorce, ni de l’Angleterre, ni de moi et tout ce qui peut concerner sa famille de près ou de loin. Je vous le confierai quelques weeks-end, le mieux serait de le sortir, dans la mesure du possible. J’ai conscience qu’à Wynwood les profs donnent pas mal de boulot. »


La question de l’argent mit un peu plus de temps à atteindre l’esprit de Siegfried. Je le vis, concentré, se mettre à réfléchir en flairant le piège. Ce moment de silence dura bien cinq minutes, cinq minutes durant lesquelles je me fis violence pour ne prêter aucune attention à la télévision, en me disant qu’encore un quart d’heure comme ça et je craque. Promesse. Je craque et ça va chier.

« … un cheval. »
« Je vous demande pardon ?! »


Le garçon me jeta un regard presque paniqué. Je compris instantanément que ça lui avait échappé, mais mon regard effaré ne s’effaça pas avant dix bonnes secondes. Ah bon, donc je te paye avec… Un cheval ? Ouh putain. J’étais vraiment tombé sur un petit rigolo, visiblement hein. Je me remis à couper mes légumes alors que le teint du gamin changeait. Il se reprit, visiblement honteux à l’idée d’avoir sorti ça. Un cheval, donc. J’avais déjà senti le fan sur la photo de lui et du petit garçon. Il rit légèrement, histoire de faire genre c’est sorti pour rire, t’as vu. Mais je ne suis pas dupe. Je lâche mon couteau et l’observe, longuement tandis qu’il se rattrape.

« Non je plaisante. Je dirais… heum… »
Il laisse un temps de battement. « Mettons… 50 dollars de la soirée ? Enfin, remarquez, il ne me reste plus "que" 3000 dollars pour un bon cheval. A voir. »

Par-fait. Bon, si tu veux ta bestiole, tu l’auras. Pour ma part, j’ai horreur des cheveux. C’est vicieux. Caractériel. Et ça a des jambes beaucoup trop grandes pour que je me sente en sécurité à côté d’eux ou sur leur dos. Brrr. Personnellement il faudrait me payer MOI pour monter sur un cheval. Mais chacun ses rêves, pas vrai ? Alors je me contente de hocher la tête. Bonne réponse. Cinquante dollars la soirée, c’est pas mal comme somme. Mais pour moi cela ne représente pas grand-chose. J’attrape à nouveau mon couteau et termine la découpe de mes légumes, tranquillement. Oui, tu as réussi le test avec brio. Il me regarde, attendant une réponse.

« Proposez.

- Cent. »

Je laisse le suspens faire son œuvre. Il ouvre des yeux ronds comme des balles de tennis. Hé oui, je suis du genre généreux, moi. Mais avec ce que je vais te filer entre les mains, tu vas rapidement comprendre que je paye pour des efforts carrément mérités.

« Cent cinquante si je vous le laisse un week end. Je pense que si vous faites attention ça ira vite, le cheval, non ? »


C’est dit avec un sourire un peu moqueur. Oui, je me fous de toi mais c’est assez gentil. Parce que tu es un maladroit, petit et j’adore cette insouciance, cette maladresse. Avec ça tu pourrais séduire mon fils, sans problème. Tu pourrais tout à fait l’apprivoiser, c’est certain. Je le regarde se redonner une contenance suite à l’annonce du chiffre. Ahah, les dollars, ça brille dans tes yeux comme dans les cartoons. Mais il te faudra être à la hauteur. Je ne suis pas du genre à balancer le fric par la fenêtre. J’interrogerai Ollie sur ton comportement… Et toi sur le sien. Histoire d’être sûr que tout se passe bien entre vous deux. Je tire une poêle d’un tiroir, près du gaz, et je me fige d’un seul coup. Bon, cette fois j’en ai marre. Je balance les légumes dans le récipient, allume le gaz et prend le jeune homme à témoin.

« Vous me surveillez ça deux secondes ? Merci. »


Et je file à grands pas en direction de la chambre de mon fils. J’ouvre la porte à la volée, les tympans au supplice. Il a mis le son à fond. Sans un mot, j’attrape la télécommande. « Mute. » oh putain, ça fait du bien. Ollie me regarde, assis sur son lit, un air de défi vissé sur le visage. Je ne me laisse pas démonter et m’appuie contre le chambranle de la porte. Je croise les bras. Je suis furieux. Mais je ne laisse paraître qu’une colère froide. Comme d’habitude.

« C’est marrant, je pensais t’avoir appris la politesse. »


Mon fils ne se laisse pas démonter. Il soutient mon regard. Je ne suis pas le genre de père à coller des paires de gifles, mais je sens que ma main me gratouille.

« Tu peux remettre le son, s’teuplait ? C’est mon passage préféré, l’accident de Nikki Lauda.

- Oliver Porter, ne joue pas avec mes nerfs.

- Parce que tu en as ? »

J’attrape mon visage, en mode facepalm. Respire, poulpo, on se calme. Sinon tu vas le balancer par la fenêtre.

« Viens manger.

- Non.
- La personne qui est ici va s’occuper de toi, ça serait pas mal que tu viennes au moins le saluer.

- Non.
- Parfait. »


Je me dirige vers la télévision, sous le regard surpris de mon fils. Oui, il est assez rare que je me mette vraiment en colère. Je suis le genre papa poule. Mais pas maintenant. Déjà parce qu’il y a quelqu’un à la maison… Ensuite parce j’ai les nerfs à fleur de peau à cause d’Azraël. Ce n’est certainement pas le moment de m’emmerder. J’attrape les fils de la télévision, près de la prise. CLAC.

« EEEEEEEEH ! MAIS QU’EST-CE QUE TU FAIS ?!

- Hé bien, je me suis toujours dit qu’une télé dans une chambre de pré-ado ce n’est pas vraiment une bonne idée, tu viens de m’en donner la preuve.

- T’as pas le droit de faire ça ! »

Je me tourne vers mon fils à présent debout, le regard noir luisant d’une colère sourde. Il recule d’un pas. Voilà, très bien.

« Oh que si j’en ai le droit. Alors ça, tu vois, ça va aller dans ma chambre à moi jusqu’à ce que tu te décides à faire preuve de maturité. Et si tu ne bouge pas TOUT DE SUITE pour venir manger, je te jure que ta console va faire un aller simple vers la fenêtre. T’as compris ?

- Papa…
- Et dépèches-toi parce que sinon ta chaîne Hi-Fi rejoindra tout ce beau monde sur le bitume.

- ça va, ça va… »

J’emporte la télévision dans ma chambre puis intime à mon fils de me suivre. Ses yeux couleur chocolat me fusillent. Je m’en fous. Au moins j’aurais mis les pendules à l’heure. Je l’observe à la dérobée. Les mains dans les poches de son jean, son T-shirt Game Of Thrones légèrement froissé. Et cette expression contrariée sur le visage. Il fait la gueule, et il va la faire durant tout le repas. Mais il sait qu’il ne faudra pas la faire trop longtemps. Je peux aussi confisquer son portable, va pas falloir qu’il l’oublie ça non plus. Nous rejoignons la cuisine, en silence. Je remplace Siegfried près de la poêle, en désignant mon fils d’un signe de tête.

« Siegfried, je vous présente Ollie. Ollie, Siegfried va te garder quelques soirs en semaine. Un ou deux, pas plus. »


Mon fils a de jolis yeux. Ils ont la couleur du chocolat au lait. Ses cheveux sont en bataille, comme les miens. Et son regard froid, c’est celui de Cassandre. Ce regard plein de mépris qu’il adresse au jeune homme qui le salue. J’ai envie de lui en coller une, mais je me contente de me tourner vers la nourriture.

« ‘Soir. »


Putain. Je me tourne vers mon fils, agacé. On dit « bonsoir » quand on est poli, merde. Mais c’est pas grave. Je me contente de hocher la tête et de lui faire un signe.

« Va mettre la table. C’est prêt dans cinq minutes. »


Lorsqu’il disparait, je pousse un soupir d’ennui. Je ne pensais pas donner une image aussi pitoyable de ma petite famille. Il y a des moments où tout va bien. En ce moment, tout va mal. Et j’ai un peu de mal à m’y faire. Comment survivre si même mon fils me tourne le dos ? Cassandre doit s’en faire des gorges chaudes.
La salope.

« Désolé pour cette scène de ménage. En règle générale, il est poli. Je ne sais pas ce qui lui prend. »

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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Ven 5 Sep - 1:05

Deux types dans une même pièce qui jetaient l’un à l’autre des regards suspicieux. L’observateur externe les jugerait  immédiatement différent. Déjà, l’âge. Un vieux schnock coincé avec ses tableaux à la con et le petit d’jeun effronté qui se sert sans demander la permission. L’aspect aussi. Un type élégant certes mais aussi joyeux qu’un croque-mort. Et nous avons Siegfried. Même un gitan avait plus de gout ! Je continue ou je m’arrête là ? On peut aussi mentionner les gouts de chacun. D’ailleurs le d’jeun jette un petit coup d’œil au livre que lisait le croque-mort : Le meilleur des mondes, grand classique de la littératuuuuuuuuuuuuuure… britannique. Rien que ça. Des grands classiques… le genre de truc qui n’intéressait pas du tout cette petite racaille presque barbue là. Lui, son truc, ce sont les jeux vidéo : Oblivion, Skyrim, The Witcher, Dragon Quest,… que de grandes références culturelles. Ho et sans oublier les fameux Games of thrones et contes de terremer qui évinçaient volontiers l’intégral de Balzac ou Maupassant.
Ces deux univers contrastaient certes. Mais seulement en apparence.

Siegfried sentait le malaise monter. Il sentait le job lui filer entre les doigts comme du sable. Il faudrait trouver quelque chose d’autre… mais pas de caisse hein. Pas question… les clients, ces abrutis, l’épuisaient. Ces gens à qui il fallait tout passer ! Leur caprice, leurs demandes et leurs commentaires désobligeant ! Un sale type lui avait déjà hurlé dessus comme du poisson pourri sous prétexte que le terminal CB ne fonctionnait pas avec sa carte bleue. Le jeune français s’était contenté de le fixer avec un calme dangereux qui cachait un flamboiement de colère destructrice. Vieux débris… retourne dans ta tombe et laisse les vivants faire leurs courses. Connard. Non, c’était hors de question. Un salarié dans une grande surface n’avait aucun droit à la parole, aucun droit à prendre sa défense. Ils étaient soumis aux moindres souhaits de ces caprices. Et un caprice, là, il y en avait un grand. Un énorme ! Pas de gardiennage ici ? Gars, je ne vais pas te salir ton sol bordel. Je ne suis pas cinglé, merci !

Et c’était repartit, que des préjugés à la pelle. Que dis-je, tracto-pelle ! En quoi c’est un problème si je le garde chez toi ? C’est quoi ton problème ? Siegfried savait qu’il avançait sur un terrain miné. L’insolence n’était plus très loin et s’il continuait sur cette voie là, il laisserait son ressentit de la journée prendre le dessus. Oui j’ai envoyé chier cette vieille dinde et je vais faire la même chose avec  TOI si tu continus de te foutre de moi en direct live mon pote. On ne me fait pas ce coup-là, moi. De toute façon, cela m’a permis de rappeler cette nana que j’ai emmenée chez moi. C’était le grand carnaval ! Je n’ai jamais eu autant de plaisir à sauter une fille. Dommage que la vieille mégère ne m’a pas vu à travers la vitre. Et toi ? Tu veux le savoir ? Tu as envie de savoir ce que je ferais sitôt sorti de ton appartement de bourge hein ? HEIN ?
Siegfried ne le savait pas, mais il venait de faire une erreur monumentale. Son jugement n’était-il pas aussi hâtif que celui de cette idiote au supermarché ? N’allait-il pas trop vite en besogne ? Après tout l’habit ne faisait pas le moine. Ni l’appartement d’ailleurs. Mais ça tu le comprendras plus tard, jeune homme. Pour le moment, ton regard reste vissé dans celui du médecin. Tu lui montres bien que plus personne n’a le droit de te marcher dessus. Mais tu oublies que ton jugement actuel est complètement erroné. Ouvre les yeux… au fond t’es vénère, vraiment. Et quand tu es vénère, la moindre remarque, aussi petite soit-elle, te met dans des états affligeants. Regarde toi… franchement tu n’as pas honte ? Réfléchis un peu. Il doit avoir une excellente raison. Tu l’as connaitras plus tard. Laisse-lui le temps. Baisse les yeux. Si. Tu le dois. Cela t’excite et ce n’est pas bon. Laisse couler. Tu ne sais pas comment va se finir cet entretien. Et puis, avoue que ce petit travail tu le veux. Non pas pour l’argent mais pour une raison que tu n’avoueras JAMAIS. Pas même au reflet de ton miroir. Tu sais bien que ce genre de job ne paye qu’un misérable salaire, rien de sérieux. Et pourtant, t’en meurs d’envie ! Quand la fille t’a proposer de prendre le numéro, tu ne l’as pas montré mais tu as secrètement espérer que oui, ce type t’embauche pour garder son marmot. De douze ans. Cela ne te rappelle rien Siegfried ? Un petit brun au regard rieur qui te regardait comme étant le type le plus génial que la terre n’ait jamais porter. Le plus génial de tous les grands frères qu’il disait. Celà t’en rappelle des souvenirs n’est ce pas ? Ceux que tu ne veux pas remuer trop fort.
Un frisson invisible le parcourut. C’est un terrain miné et dangereux. Mais nécessaire. Les photos. Avant de les montrer, il n’aurait pas pensé que l’un de ces fichus clichés qu’il gardait au fond de la boite s’était glissé. Quelqu’un ou quelque chose voulait-il se manifester inconsciemment ? Dans tous les cas, Siegfried présenta son expérience avec les enfants. Sans même se rendre compte, il prit un air modeste tout  de même teinté d’une petite fierté. C’était bien quelque chose dont il était fier. Tout le monde ne savait pas comment prendre un enfant et se faire respecter. Ces petits monstres humaient vos faiblesses et s’en servaient contre vous. Il fallait faire  preuve de fermeté et de douceur à la fois. Les enfants craignent le laxisme plus que tout. Siegfried se rendit bien vite compte que les photos suffisaient à elles-mêmes. Le jeune homme le laissa regarder. Concentré, l’homme devant lui prenait les photos une par une et les glissait derrière le tas. Une vingtaine défila lentement ainsi. Sans le savoir, Siegfried dévoilait une partie de son être qu’il pensait entérrée. Mais finalement, il faut croire que le passé te court  après pour mieux  te plaquer au sol avec brusquerie. Elle passe ses longs  bras sinueux et squelettiques autour de ta taille et de tes bras et te maintient sur le sol boueux et plante ses griffes sur ta peau si tu as le malheur de tenter de le semer. Un rire susurrant te murmure à l’oreille que tu dois rester, te souvenirs et de ne surtout pas oublier. Mais rien à faire, tu te défends comme tu veux. En vain. Tu perdras toujours de toute manière. La voix de Wynwood, cette personne qui empoisonnait la vie des gens était là pour te le rappeler : tout le monde a un secret, son passé. Et le tien sera découvert, comme celui de tous les autres.
Finalement ces photos étaient une bonne idée malgré tout.

Pourtant, la présentation de ces photos a complètement aspirer l’assurance présentée en début d’entretien. Pourquoi ? Reprend toi. C’est un rock qu’il faut pour garder l’enfant. Pas un caillou. D’ailleurs, le jeune garçon qu’il devait surveiller trois fois par semaine commençait déjà à se manifester à sa manière. Il te teste déjà… reste fort. Le coup de la télé tu l’as déjà fait toi-même. Reste fort.
Siegfried resta silencieux. Il continua de boire sa boisson mais la canette était vide. Il l’a posa mais n’enleva pas sa main dans l’immédiat. Il demeura pensif en attendant les impressions de Porter. Mais lorsque ce dernier tomba sur LA photo, ses doigts se crispèrent, ce qui provoqua un crissement désagréable. La colère ? Non, pas du tout. Autre chose.
Le regard qu’ils s’échangèrent lorsque Siegfried posa les yeux sur les brûlures de cigarette fut… spécial. Pourquoi ? Parce qu’il comprit que peut-être, il avait mal jugé cet homme qui paraissait si froid. Ces marques avaient bel et bien une explication logique. Tu aimerais la connaitre bien entendu, qui ne voudrait pas ? Mais toi-même tu connais cette peur des questions indiscrètes. « C’est votre frère ? ». Cette question avait beau être banale. Tout comme ces marques qu’il regardait avec insistance. Mais rien à faire, cela ne regardait personne. Finalement, malgré l’âge, votre apparence et vos gouts, vous avez un immense point commun tous les deux. Il s’est passé quelque chose dans votre vie et vous le gardez pour vous. Non, vous craignez que quelqu’un n’ouvre la boite de pandore, ce qui serait une catastrophe. Le monde entier peut connaitre votre mal intérieur. Terrible n’est ce pas ? Alors, tu le trouves toujours aussi coincé ce type ?

Siegfried sentit une pointe de honte le submerger. Il s’en voulut de l’avoir juger aussi vite. Pourquoi ? Il n’en savait rien. Sans doute cet échange silencieux mais profond qui signifiait tout simplement « C’est douloureux. Ne m’en veux pas de ce comportement. ». D’ailleurs, quand il échangea à nouveau un regard avec Porter, il fut surpris de le voir lui… lui sourire ? Toute la tension retomba comme un soufflée. La bête se calma et rétracta ses griffes avant de rentrer dans sa grotte et de s’endormir à nouveau…. Malgré le bruit retentissant de la télé qui hurlait des tirs de fusillades ou de bruit de voitures. Le jeune homme répondit à son sourire mais avec une timidité devenue rare.
Il s’entendit à nouveau parler.

« Désolé. »Sourire. Haussement d’’épaule.

Mais pas le même « désolé » que la corbeille de fruit, celui qu’il lançait à la va-vite, pour la forme. Non, un vrai « désolé ». Celui que tu espères sortir du fond de tes tripes, sincère, itout, itout. Le « désolé » qui souhaite changer ta vision de mon être. Celui qui doit te montrer que finalement, je me rends compte que mon comportement n’avait rien de fair-play avec toi. Et puis mon geste sur cette canette doit te faire penser que je suis une espèce de grand malade ! Non… juste l’émotion. Cela n’a rien à voir avec toi. Finalement, nous sommes tous les deux des grands illuminés. N’est-ce pas ?
Non, cette photo est décidément mal tombée. Très mal tombée. Mais l’émotion est passée maintenant. Reprend toi et range cette photo. Pouf, plus là ! Disparue ! Le jeune homme se hâte de ranger les clichés. Il parle. Le ton qu’il prend est beaucoup moins revêche. Bien au contraire.

« Je pense que ça suffira, merci. Et inutile de vous demander ce qui vous motive à postuler, vous semblez visiblement très à l’aise avec les enfants.
- Merci beaucoup, monsieur Porter. »

C’était pas plus qu’un murmure. Ce compliment ne le laissa pas indifférent. Un respect dut s’installer entre eux car l’ambiance se détendit d’un seul coup. Plus de tension et plus de sensation d’être pris de haut. Aurais-tu pris réussis à faire tes preuves ? Oui ? Peut-être. Etre à l’aise avec les enfants ne suffisait pas. Sans le savoir, le Dovahkin s’était fait un nouvel adversaire. Maintenant que le père a l’air de te prendre au sérieux, il fallait maintenant affronter le petit prince Ollie, qui lui, ne te fera aucun cadeau. Alors prépare tes armes, affûtes ton épée jeune enfant de dragon parce que ce qui t’attend, ce n’est pas un poney de cirque !
D’ailleurs, la télé devenait de plus en plus forte.

« Cependant » continua le médecin « Je préfère vous le dire tout de suite, Ollie n’est pas un gamin facile. D’abord parce qu’il a douze ans et que par conséquent la pré-adolescence commence à le travailler.
- Ha oui, cet âge où les gamins détestent leur parents et se sentent incompris ? Ce n’est jamais facile cette période.
- Ensuite parce que sa mère et moi sommes divorcés, et qu’ils viennent totu juste de s’installer à Miami. Le changement est un peu trop brusque pour lui. Et il n’aime pas beaucoup les gens qu’il ne connait pas.
- Ho… je... Oui, je comprends. Je veux dire… hum. »

Comment le dire ? Il avait réagit au terme divorcé. Hé bien ! Ce travail était fait pour lui ou quoi ? Quelle journée étrange, quand on y pensait. A croire qu’une force supérieure avait surgit dans sa vie pour foutre le souk ! Une sorte d’esprit frappeur qui choisissait une personne au hasard, comme ça et qui arrangeait les choses comme il le souhaitait. En bien ou en mal ? Il n’en savait rien. Mais à bien y réfléchir, la manière dont il avait trouvé cette combine était en elle-même singulière. En fait, c’était grâce à… Dans ton cul. Cette insulte l’avait fait trébuché sur cette route au bout de laquelle il se trouvait une porte. ET cette porte, c’était justement… cet appartement. Et voilà qu’il avait affaire à un homme aux allures froides mais loin d’être méchante et d’un enfant qui allait lui faire vivre la même misère que le prince Joffrey dans Game of Thrones. Enfant de divorcé. Il connaissait l’effet, il l’avait connu lui-même. Il se lança.

« Je peux comprendre ça. Mes parents ont également divorcés. C’est toujours pénible de voir ses parents se… se séparer. Cela doit être confus dans sa tête et… il l’exprime à sa manière. »


Il avait sous-entendu le son strident de la télé qui commençait à couvrir leur entretien. Non, ce n’était pas évident. Il repensa à sa mère qui avait pris les devants pour les élever tous les deux. Elle avait lutter de toutes ses forces pour leur offrir ce dont ils avaient besoin et méritaient. Mais ce fut difficile car sa propre adolescence surgit et Miranda Wade comprit qu’une famille n’était rien sans les deux piliers indispensables : le père et la mère. Mais son cas n’était pas identique à celui d’Ollie. Lui au moins avait ses deux parents. Séparés. Mais il les avait. Il sourit doucement et rajouta.



« Je serais patient. »

Porter est patient. Siegfried sent bien qu’il meurt d’envie de rentrer dans la chambre de son fils et tout balancer par la fenêtre. Tout pour le silence. Mais il se contente de tapoter sa clope sur le cendrier. Comment faisait-il pour garder son calme ? Ce genre de comportement enfantin devait avoir lieu tous les jours. Il devait sans cesse faire le bras de fer avec son fils mais NON. Patience est une vertu. Il ne sourit plus certes, mais dans son esprit, il a déjà choisit la réponse. Et c’est oui. Cela, Siegfried ne le sait pas. Il le devine certes. Mais n’a pas encore la confirmation. Il attend que Porter confirme ses espoirs.

« J’ai l’intention de vous garder, au vu de ce que vous m’avez montré. »
Soulagement officiel pour une annonce officielle. Siegfried se sent libéré d’un second poids. Au moins, il avait un petit job. Durerait-il toute l’année ? Il l’espérait. Les enfants, au fond, cela lui manquait. Beaucoup même. Il répond juste d’un sourire. Soulagé ? Très ! Plus de clients débiles ! Plus de chef hystérique ! Plus de collègues agaçantes ! Il allait prendre son portable et démissionner avec un gros DANS TON CUL ! Ha mais oui… il s’est fait virer… décidément.
« Ca vous dit de rester ici pour manger ? Comme ça nous pourrons discuter de modalités relatives à votre travail. »
Son sourire devient soudainement plus gourmand. Manger ? Son estomac lui hurla d’accepter. Ce n’était pas que la grenade était mauvaise mais… ce n’était pas assez nourrissant pour lui. Sa petite séance du jour l’avait complètement vidé au fond. Alors un bon repas rien que pour lui, était la bienvenue.
« Ha ouai, carrément… ! » répondit-il enthousiaste. La gêne et la petite douleur du souvenir ressurgit s’était estompé. On repartait sur de bonnes bases et on recommence. Hop. Fais-moi à manger, je meurs de faim, je pourrais manger toute la corbeille de  fruit, alors ne  traine pas. Okay ? Ha oui, c’est vrai. Pour le travail. Bon. Tout est bon pour le travail. Tant que mon estomac avait sa dose, tout allait bien.
« … et vous ferez la connaissance d’Ollie. Je pourrais voir si le courant passe bien.

- C’est une excellente idée. D’ailleurs… »
Il s’était levé en même temps que Porter, prêt à se diriger vers la cuisine. Mais avant de prendre le chemin du frigo, il se tourna vers Porter et demanda du tac au tac.
« Parlez-moi un peu de lui. Qu’est-ce qu’il aime ? Son niveau scolaire, des trucs du genre, des allergies aussi. Et surtout, ce qu’il faut éviter de dire devant lui. Ou faire. Une sorte de mode d’emploi. Et enfin... ce qu’il déteste. »
C’était une des modalités qu’il tenait à connaitre. Il le demandait à la plupart des parents afin d’avoir une poigne sur l’enfant. Non pour l’utiliser à  tout bout de champ mais en cas d’urgence. C’était toujours bon. Jamais il n’userait de ce genre de procédé mais cela lui avait déjà servi une ou deux fois. Les enfants pouvaient se servir de points faibles des adultes. Mais le contraire était également possible. Il avait pris soin de baisser la voix, histoire de ne pas se faire entendre de l'enfant. 

Et voilà le clou du spectacle. La cerise sur le gâteau. Le salaire. Porter s’était tourné vers lui et lui avait demandé d’un ton normal. Le salaire.
« A propos, vous avez une idée du salaire que vous avez l’intention de me réclamer ? »
Hé bien. S’il s’y attendait… le jeune homme prit un air pensif. Ha ça sent la question piège. Quel salaire ? Le jeune homme ne sut pas immédiatement quel genre de salaire réclamer. Bon, au vu de ce qu’il voyait dans cet appartement très élégant, il y avait l’argent et les moyens. Donc il pouvait toujours… en profiter. Certes. Mais ne pas abuser. Il n’était pas du genre à s’intéresser de trop prêt à l’argent. Ce dont il avait besoin était d’une somme juste suffisante pour ses besoins. Il ne voulait pas entrer dans une spirale où il aurait besoin de plus, toujours plus. C’était dangereux pour le mental. Mais d’un autre côté, que fera tu avec un salaire ? Hé bien c’est simple ! Je m’achéterais…

« … un cheval. » dit-il sans réfléchir.

HA NAN ! Ca suffit les conneries ! D’abord le Dans ton cul et ensuite, « un cheval ! ». Et pourquoi pas l’appartement lui-même tant qu’on y est ! Cela serait juste bon à t’entérrer !
Le jeune homme s’en rendit bien compte, mais trop tard, qu’il avait balancer la sauce sans réfléchir. Ho merde. Il devrait arrêter de penser parce qu’un de ces jours, d’autres mots vont sortir de sa bouche et là, ça sera grave. Très grave.
Il ne perdit pourtant pas la face. Cependant, il ne fallait pas perdre son sérieux ! Il émit un rire amusé et rajouta immédiatement.

« Non je plaisante. Je dirais… heum… » Reflexion. « Mettons… 50 dollars de la soirée ? Enfin, remarquez, il ne me reste plus "que" 3000 dollars pour un bon cheval. A voir. »

Bon, bah le cheval.. autant assumer sa connerie jusqu'au bout. Il n'était pas un violet pour rien. Mais bon, il ne savait pas trop quoi en dire. C’était en général le salaire qu’il réclamait à certains parents. Les plus riches quoi. Il finit par hausser les épaules.

« Proposez. »
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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Mer 3 Sep - 16:01

Ce jeune homme portait l’étrangeté dans le regard.

En soi, ce n’était pas dérangeant. J’avais déjà eu droit à ce genre de cas de figures. Mais il m’observait avec une méfiance qui ne me laissa pas indifférent. Quoi, encore ? Pour qui me prenait-on, pour un snob ? Oui, c’était souvent le cas. Les personnes à qui je refusais une poignée de main s’offusquaient, généralement. Les convenances. Toutes ces foutues convenances qui faisaient qu’on devait absolument serrer la main aux gens pour les saluer et pas seulement dire « bonjour », faire la bise quand on connait bien les gens et donc avoir un contact de joue à joue… Rien que cette pensée était susceptible de me coller d’atroces frissons. Personne ne me demanda jamais pourquoi je ne serrais pas la main. J’aurais répondu avec franchise, pourtant. Cela m’aurait évité bien des tracas. Parce que je n’ai pas envie de toucher quelqu’un. Je ne supporte pas le contact physique. Nul doute que je serais passé pour l’illuminé de service. Mais quelle importance ? Au moins on respecterait mon choix. Ou bien, on s’en servirait contre moi, comme Azraël l’avait fait tant de fois. Je savais que je devrais m’attendre à ce cas de figure. D’abord, il m’avait touché, un nombre incalculable de fois, dès le départ. Puis enfermé. Voilà. Je haïssais ce gosse, c’était officiel. Et ma haine m’empêchait de vivre une vie sereine. La preuve en était avec mon amaigrissement soudain et l’apparition de nouvelles cernes sur mon front. D’ailleurs ce gamin a l’air fatigué, lui aussi. Siegfried. C’est allemand, ça. Je crois que c’était un prince, dans un conte pour enfant. Lui, il n’a rien d’un prince. Il ferait plus va-nu-pieds que prince. Mais je m’en fous totalement. Je ne suis pas ici pour juger à la gueule des gens. Après tout, tout le monde a le droit de vivre, et surtout de bosser. Et avec le salaire que je propose, ce gamin ne restera pas dans le besoin très longtemps, s’il en est. Je râle à propos de la corbeille de fruits mais c’est pour la forme. Seulement parce que je suis de mauvaise humeur. Il murmure un « désolé » à l’emporte-pièce et je m’en veux immédiatement de faire preuve d’aussi peu de civisme avec lui. Après tout il ne me connait pas. Il ne sait pas ni ce que j’ai vécu ni pourquoi je suis d’humeur aussi exécrable. Il pourrait tout aussi bien prendre mon regard et mes remarques comme des attaques personnelles. Respire Kyle. Il faut que tu te calmes.

Même si la télé dans la chambre de mon fils commence sérieusement à me pomper l’air.

Le jeune homme soutint mon regard tout au long de mon questionnement. Cependant, lorsque je lui informais qu'il devrait avoir un logement pour garder mon fils, ses yeux manifestèrent un mélange non feint de surprise et... De colère ? Oui, ça ressemblait à cela. Son regard me lançait des éclairs. Je fronçais les sourcils, perturbé par un tel revirement de situation. Qu'avais-je bien pu dire à ce môme pour qu'il change ainsi d'expression ? Je me mis à réfléchir un court instant. Oui, j'avais bien spécifié que je ne pourrais pas confier mon appartement à quelqu'un. D'abord parce que je n'avais que moyennement confiance envers les gens que je ne connaissais pas, et il ne faisait pas exception ; ensuite, parce que si justement je faisais garder mon fils c'était pour avoir l'appartement. A moi. A moi seul. C'est d'un tel égoïsme que je m'étonne moi même de ne pas me haïr. Ollie a raison de se sentir frustré, je le sais. Après tout, je fais des pieds et des mains pour le faire revenir d’Angleterre de manière permanente, pour mieux ensuite le laisser entre des mains étrangères. Et pourquoi ? Pour un prétexte stupide. Médecin de garde. Si seulement c'était vrai. La vérité est toute autre. Elle se cache au fond de la haine, là où je n'ai pas de point d'ancrage. Peut-être que je n'aurais pas besoin de Siegfried finalement. Parce qu'à ce stade, je n'ai plus la moindre envie de revoir cet enfant de putain qu'est Azraël. Enfin. Un gardien d'enfants a toujours une utilité quelconque. Mettons que je rencontre quelqu'un...

Non. Tu n'as même pas le droit de penser ça, Porter. T'es à moi, t'entends ? T'es à moi, gros con.

Ferme-la.
Après une brève phrase m'informant qu'il avait un appartement, je hochais la tête, attendant de nouvelles preuves de son expérience et de sa motivation. D'un geste, il tira de son sac une liasse de photographies. De quoi satisfaire ma curiosité, c'est cela ? Il avait amené toute sa famille avec lui ou quoi ? Putain. Si c'était des photos de petits frères ou de petites soeurs qu'il avait dû garder, il allait bouffer la grenade, mais par l'autre côté. Je n'avais pas que ça à foutre que de m'extasier devant des photos de famille. Pourtant, lorsqu'il me tendit la première je compris que j'avais tort. Le premier cliché représentait un jardin sous le soleil, une montagne de cadeaux. Une dizaine de gosses rieurs se courant après sur la pelouse, dans une insouciance toute enfantine. Et lui, caché un peu à l'ombre d'un arbre. Maussade. Ben quoi, ça te faisait chier de garder ces mômes ? Pourquoi me montrer une photo où tu tires la gueule parce que tu gardes des enfants ? Paye ta logique. Décidément gamin, t'es vraiment un illuminé en puissance. Mais lorsqu'il parla je compris. Non, je me trompais sur toute la ligne. Les jumelles, gentilles mais qu'il fallait calmer de temps à autre par une balade près de Carcassone. En France. Petit, tu me plais de plus en plus. Le petiot, là, sa figure barbouillée de chocolat. Des souvenirs, qui remontent à la surface à mesure que tu parles, tes souvenirs que je vois au travers de ces photos. C'est fascinant et gênant à la fois. J'ai l'impression de m'imiscer dans ton intimité.

En silence, j'observe. Des parcs ensoleillés. Des soirées devant la télé, un gamin sur un bas, un autre sur l'autre, entouré de mômes, tantôt souriant tantôt sévère, Siegfried possédait là une panoplie étonnante d'expressions dont il usait sur ces photographies avec un certain zèle, et surtout avec un naturel improbable, puisque toutes avaient été prises à son insu. C'était presque attendrissant. Il continue de parler mais je n'écoute plus. Je regarde. J'observe. Un peu comme un détective. Au vu de ces photos ce gamin représente une véritable chance pour moi. Mais visiblement cela pourrait aussi être une feinte. Un moyen de me faire lourder. Je suis devenu méfiant avec le temps. Mais ce ton qu'il prend, ce jeune homme, ce ton si badin et si léger, il me fait penser à un enfant, lui aussi. Cette manière qu'il a eue de se servir sans demander la permission. Cette façon de parler, si naturelle, des séries qu'il regarde quand les petites dorment, de l'argent qu'il a gagné, de la figurine qu'il a pu s'offrir. Tout ça, ça respire une insouciance folle, une insouciance qui me plait. Je ne sais pas si ta vie a été dure, en tout cas elle est remplie de beaux souvenirs. Et je ne suis pas au bout de mes surprises.

Ma main tombe sur une dernière photographie. Un cheval, un enfant dessus. Rieur et souriant. Et lui, à côté, le regard bienveillant, rien à voir avec ce que j'ai vu précédemment. Déjà parce qu'il y a un petit air de famille. Ensuite parce que j'ai rarement vu autant d'affection dans le regard de quelqu'un excepté dans des moments de grande complicité. C'était le cas entre Sonata et Mateo, les enfants d'Eva. Cette petite protégeait son demi-frère avec le même amour dans le regard. Le même amour que je pouvais voir ici. Et alors que je levais la tête pour demander "c'est votre frère ?" j'aperçus que le regard du jeune homme s'était porté sur mon poignet. Et sur les marques de cigarettes. Avant de se reporter sur moi. Message reçu. Je ne pose pas de questions, tu n'en poses pas non plus. Nous dirons que cette photo est arrivée là par accident. Mais au moins me permettrait-elle de constater à quel point Siegfried aimait les enfants. Un sourire, franc, le premier de la journée, se dessina sur mon visage. Oui, tu as gagné ton laisser-passer petit. Tu as obtenu le droit de continuer un peu sur cette lancée. Prochaine étape, Ollie. Et là tu rigolera nettement moins. Parce que la télé hurle, et que j'ai envie d'aller lui faire comprendre qu'il vaudrait mieux ne pas me prendre pour un con plus longtemps. Mais je me fais violence. Mon fils n'y est pour rien. Pour rien du tout. Il n'y est pour rien si j'ai choisi de troquer une vie bien rangée pour quelque chose de plus dangereux. De plus interdit aussi. Alors je pose la photo sur la table près de lui, en prenant un soin tout entier à ne pas ne serais-ce que frôler la main du jeune homme. Je rabats ma manche pour cacher les marques. Ces putains de marques. Même un pull ne peut pas toutes les cacher. Et je lui réponds, un peu plus affable que précédemment.

"Je pense que ça suffira, merci. Et inutile de vous demander ce qui vous motive à postuler, vous semblez visiblement très à l'aise avec les enfants."

Je tire sur ma cigarette, le regard un peu dans le vague. Oui, mais est-ce que ça suffira ?

"Cependant je préfère vous le dire tout de suite, Ollie n'est pas un gamin facile. D'abord parce qu'il a douze ans et que par conséquent la pré-adolescence commence à le travailler. Ensuite, parce que sa mère et moi sommes divorcés, et qu'ils viennent tout juste de s'installer à Miami. Le changement est un peu trop brusque pour lui. Et il n'aime pas beaucoup les gens qu'il ne connait pas."


Putain de télé. Si je n'étais pas poli, je foncerais dans la chambre pour la lui faire bouffer. Au lieu de cela, je me contente de tapoter sur ma clope pour faire tomber la centre sur mon cendrier en verre. Calmement. Tu comprendras vite que c'est ce genre de calme froid qui me caractérise. En apprenant à me connaître un peu mieux, tu verras que cela n'a rien de méchant. C'est seulement une protection. Une protection face à ceux qui songeraient, un seul instant à profiter de ma faiblesse. Mais toi je t'aime bien. Tu as même réussi à me faire sourire, avec tes photos. Et crois-moi c'est un bel exploit. Je tire une autre bouffée. C'est décidé. Je le prends. Je sais que c'est un peu précipité, mais cela s'y prête ; de toute manière j'avais besoin d'un baby sitter, et vite. Parce que ça commençait à devenir un cas d'urgence, et même si mes plans ont légèrement changé, la situation actuelle me pousse à réclamer de la solitude. Ne serais-ce que pour récupérer.

"J'ai l'intention de vous garder, au vu de ce que vous m'avez montré. ça vous dit de rester ici pour manger ? Comme ça nous pourrons discuter des modalités relatives à votre travail, et vous ferez la connaissance d'Ollie. Je pourrais voir si le courant passe bien." Je marque une pause, le temps d'écraser mon mégot dans le cendrier. "A propos, vous avez une idée du salaire que vous avez l'intention de me réclamer ?"

Je reporte mon attention sur lui. Je suis content. Sa présence et mon occupation me permet d'oublier un instant mes sévices. Ma honte, et ma colère. Le petit test du salaire, c'est un bonus ; histoire de voir si ce gamin a l'intention de m'arnaquer, ou pas. Médecin à Wynwood, ça gagne bien, et c'est suffisamment visible dans mon appartement pour que cela ne lui ait pas échappé. A voir s'il a l'intention d'en profiter ou non.
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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Mar 2 Sep - 15:57


   
Ollie OU comment faire un saut en arrière

   
(verlaine) ▽ Accueil du médecin en chef. Siegfried le sent hostile aux gens des classes inférieures. Et les photos souvenirs ne vont pas arranger la chose
« Bonsoir jeune homme. Entrez je vous en prie. »


Il ne se fit pas prier. Siegfried entra, bien que ce premier « contact » si j’ose dire, fut plus froid que chaleureux. Rien. Pas de serrement de main. Ne mentons pas, au fond, le jeune homme le prie comme une marque d’hostilité. La vie à Miami ne lui réservais pas que de bonnes surprises. De par son apparence habituelle et ses origines, il soupçonnait la classe « dorée » de cette fille de l’observer d’un regard hautain et sans pitié. Tu es pauvre ? Alors retourne dans ton HLM, bolosse ! Un sentiment de malaise se forma et avec lui, une boule dans le ventre. Non ! Reprend toi. Ce type ne te connait pas. N’en fais pas toute une montagne… Il y a peut-être une raison précise à ce comportement, tu n’en sais rien. Garde ton calme.
Il sourit tout de même mais dût se contrôler pour ne pas paraitre insolent. Ces temps-ci, la frontière entre la politesse et l’impudence devenait floue. Il suffisait de voir le fiasco de ce matin. Dans ton cul… non mais je te jure. N’en ressort pas une comme ça. Pas ici. Après tout, il y a un enfant ici. Et prononcer des gros mots tels que « cul » devant un gentil papa bobo et coincé de cette charmante partie de l’anatomie mentionnée plus haut, cela faisait mauvais genre. Très mauvais genre.
Alors… pas de dégueulis de mot.
Une fois à l’intérieur, il jeta un œil intéressé à la décoration. Au moins, s’il est embauché, il pourra profiter de ce luxe éphémère. Le canapé attirait déjà son regard. Ses fesses reçurent l’information de plein fouet. « Chouette, nous pourrons nous reposer ! » déclara la gauche. « Je paris que c’est aussi moelleux qu’un doux muffin au chocolat blanc » répondit la droite. Il glissa ainsi le genre de petit compliment censé réchauffer l’atmosphère. Avait-il réussi ? En apparence… non. Pas de sourire, juste un hochement de tête. Ce n’est pas grand-chose mais il faudra s’en contenter. L’homme l’entraina dans le salon et lui indiqua une chose. « Ce n’est pas un moelleux au chocolat… » dit la fesse droite. « Non. C’est la réalité. » dit la gauche.


« Asseyez-vous. Vous voulez boire quelque chose ? » Demanda-t-il de son air précieux qui commençait déjà à l’exaspérer.
« Un canada Dry si possible, merci. » répondit poliment le jeune homme en s’asseyant sur la chaise désignée. Non, ce n’était pas un moelleux au chocolat. Moelleux au chocolat. Canada Dry. Ces aliments mentionnés provoquèrent un grognement sourd alors qu’il ouvrit la canette que lui tendit le médecin scolaire. Son estomac manifesta sa présence. Après tout, depuis les onze heures, Siegfried n’avait rien avalé. Cette après-midi, il avait sollicité son corps d’une manière très physique. Aussi, il fallait bien avaler quelque chose. D’ailleurs, il posa ses yeux sur cette rafraichissante corbeille de fruits. Certes, ce n’était pas les délicieux muffins au chocolat blanc qu’il rêvait de dévorer mais un fruit, c’était bien aussi. « Je ne dirais pas non à une grenade non plus » continua-t-il en tendant la main pour en saisir une. Ce geste eut pour effet de déclencher une remarque bien sentie. Tinter ? Non, c’est plus une impression qu’une grosse voix entre par son oreille droite, traverser le couloir comme un ouragan – en balayant tout sur son passage – et ressortir par l’autre porte, en la claquant bien fort si possible. Ho. « La moindre des politesses est de demander la permission. ». Politesse. Permission. Deux mots que l’on prononçait devant un enfant de cinq ans d’un ton autoritaire. Nom de dieu…
Il se contenta de lui jeter un regard du type « C’toi le patron mon gars. » mais préféra tout de même rajouté un « Désolé » qui signifiait sans doute « Je m’excuse mais c’est pour la forme. Mon gars. ».
Cet air de suffisance totale… Il détesta cela ! Il n’en montra rien car il avait assez de force pour dissimuler certains ressentis négatifs. Il y a des moments où il faut garder son calme et sa maitrise de soi. Mais la seule chose dont il pensait à présent, c’était de remplir son estomac. Point Barre. Et puis, cela lui évitera de répondre quelque chose d’insolent puisqu’on ne parle pas la bouche pleine. Cela serait juste TROP impoli n’est ce pas ? Hein ? Hein ? HEIN !?
Non, garde le contrôle. Cela commence de la même manière que ce matin. Reste raisonnable et ne parle pas trop. Attend la suite. Une réaction trop hâtive te sera fatale. Tu as toujours été patient après tout. Prouve que tu es mature sans quoi cette étiquette de « pov’ bolosse sans le sous » te collera à la peau. Mord dans cette grenade. Allez. Mord dedans et ferme ta gueule dans les cinq prochaines minutes je te prie ! Cela vaudra mieux sauf si tu préfères sortir par la fenêtre !

Le jeune homme croqua dans le fruit. Bordel, ce que c’est rafraichissant. Elles sont délicieuses en plus. Et comme on ne parle pas la bouche pleine, il n’eut pas le temps de répondre une réplique cinglante qui aurait signé son arrêt de mort. Un « Dans ton cul » supplémentaire aurait été de trop, il en avait conscience. Bref silence entre les deux hommes. L’un grignotait son fruit et l’autre avait sorti une cigarette. Le jeune homme attendit la première phrase de son futur ex-patron. Il devait se calmer… absolument. Son visage commençait à trop en dire sur son humeur véritable, à savoir l’exaspération.
Deux minutes puis Porter se posta devant lui, s’assied puis ficha ses yeux sombres dans ceux du jeune homme qui releva la tête et ne cilla pas. Avec le temps, il avait appris à ne plus baisser les yeux devant l’adulte. Il fut un temps où le regard de l’adulte avait le don de l’effrayer. Il se souvenait de ce prof de Techno qui méprisait du regard tous les élèves qui défilaient dans sa classe. Oui, celui-là même qui l’avait déjà épinglé du regard et l’avait traité de « Sale bon à rien » sous prétexte qu’il ne savait pas précisément expliquer ce qu’était une adresse e-mail. Il avait baissé le regard comme une tafiole et s’en était voulu le reste de l’année. Ciel ! Aujourd’hui, cela lui paraissait si ridicule ! Il avait complètement changé sa vision de l’adulte : il se considérait comme leur égal, rien de plus. Rien de moins.
Porter commença à parler.

« Bon, n’y allons pas par quatre chemin. Vous postulez pour être gardien d’enfants mais auparavant j’ai quelques petite questions. »
« Faites. » répondit-il sans le quitter des yeux.
« La première c’est : est-ce que vous avez un logement ? Parce que vous ne pourrez pas garder Ollie ici. »
« … »

Son regard, auparavant franc, se fit stupéfait. Ses sourcils se froncèrent par pur réflexe. Une lueur interrogative s’éclaira dans ses pupilles brunes tandis que l’homme déclarait ne pas pouvoir le laisser garder son fils dans l’appartement. Attendez, pourquoi au juste ? Nom de di…
Une main invisible du bâillonner férocement sa bouche. Etait-ce une impression où ce type surlignait en rouge, gras et italique ses origines de « roturier » ? C’est quoi ce foutoir ? Ha oui je vois, tu ne veux pas que je pose mes fesses de pauvre sur ton canapé de riche c’est ça ? Tu as peur que je te chipe des tableaux pour les revendre au marché noir, c’est ça hein ? Tu crains que je ne rapplique avec une fille pour la prendre sur ton divan en cuir de chèvre aux poils d’or c’est ça HEIN ?
Il se rendit compte qu’à la suite de cette requête, Siegfried lui avait jeté un regard mêlé d’incompréhension et… putain, quoi de l’agressivité ? Non, change tes yeux ! Ne le regarde pas comme ça. Il y a peut-être une autre raison. Ne le prend pas personnellement... tu deviens trop fier, tu le sais ça ? Calme toi merde. Souris. Voilà comme ça. Et maintenant répond un truc intelligent. Et réfléchis avant de parler. Sinon…

« J’ai ça. Pas de problème, je vous donnerais l’adresse. »

Il dit cela avant même de demander à Connie. Si elle ne voulait pas tant pis, il l’a convaincrait sans aide. Pour le moment, il préférait répondre positivement aux requêtes du médecin en chef, même si elles avaient tendance à l’étonner. Etait-ce une impression ou son statut de « pauvre » commençait à le suivre tel un lourd boulet attaché à sa cheville ? Signe de tête de la part du croque-mort.

« Et la seconde, c’est l’expérience que vous avez. Combien d’enfants avez-vous gardé ? Et qu’est ce qui vous motive ? Qu’est ce qi vous donne envie de remplir ce poste ? »

Avant de répondre, le jeune homme but une longue gorgée de Canada Dry. Son estomac affamé n’en fut que davantage reconnaissant. Hum, à quoi s’attendait-il comme réponse ? Sans doute un discours du type « Bah mwa j’ador lé enfant lol. I son trop mimi tout pl1. Sérieu, jve travailler avec eu. J’ai une petite seur trop mimimou ! El jou au barbi et moi ossi parce qu’elle est trop… »
Mignonne, on a compris. Hé bien non, ce n’est pas le genre de discours débiles qu’il avait envie de sortir. Même pas sur qu’on le croit. Aussi, avant même de partir, il avait pris soin d’emmener de quoi persuader ce type de le prendre comme gardien d’enfant. Siegfried glissa sa main dans la pochette rectangulaire qu’il avait sur le côté et en sortit une petite liasse de photo. Comme le disait si bien Napoléon, un schéma clair valait mieux que tous les longs discours. Ou peut-être, une ou deux photo.

« Je sais pas, j’ai pas appris à compter assez loin pour le dire. » Dit-il en rigolant. Mieux valait ne pas jouer les susceptibles. « Cependant, j’ai de quoi satisfaire votre curiosité. »

Il tira ses photos de son sac et en prit quelques-unes pour les montrer à Porter. Bon, étant en retard, il n’avait pas eu le temps de les trier. Il en avait une boite pleine au fond d’un placard réservé pour ses affaires. Mais pour des raisons qui n’appartenaient qu’à lui, jamais il n’avait pris le temps de les ranger correctement. Enfin, il les avait tout de même trouvé du premier coup.



« Bon, j’habitais dans un immeuble aux alentours de Carcassonne. Et les voisins avaient tous des gosses. Enfin pratiquement. Le premier voisin m’a demandé si je pouvais garder son fils, alors j’ai dit oui, pourquoi pas. Et comme il se plaisait avec moi, il a dit aux autres voisins que j’étais fiable. Ca a duré dans les deux ans comme ça. Donc je ne vais pas tous vous les présenter, hein. Mais il y a eu des cas,… notamment celui-là."

Il sortit une photo de groupe de mauvaise qualité sur laquelle on voyait clairement qu’il s’agissait d’un anniversaire dans un jardin abimé par les mauvaises herbes, un bel après-midi d’automne. La pelouse n’avait pas ce beau vert éclatant mais plus cette teinte verdâtre tirant sur le jaune. Une table recouverte de jouets, vestiges des cadeaux offerts par les copains. Gâteau immense mais déjà bien entamé. Puis les dix petites têtes qu’il a du surveiller un après-midi alors qu’en ville, une performance artistique et équestre se tenait.
A gauche, tout à gauche, se tenait cette grande silhouette de 15 ans. Ce jour-là, il n’avait pas fait d’effort vestimentaire et prenait soin de cacher son visage déçu pour ne pas gâcher la photo. Puis les gosses braillards qui faisaient des grands signes de joie, sans savoir que leur grand copain favoris aurait préféré se tenir à la place centrale de Carcassone et de suivre le spectacle qui avait lieu. Pour beaucoup, cette photo montrait de la joie. Mais putain, ce que c’était frustrant. Il mit de côté ses frustrations et montra deux petites jumelles toute mignonnes qui se faisaient des calins.

« Ces deux-là étaient vraiment adorables. Elles restaient les deux ensembles à jouer tranquillement et moi je pouvais faire mes devoirs. Une ou deux fois, elles se sont disputés violemment. Hurlements, tirer les cheveux, bref. Mais j’arrivais à les calmer. Suffit de les écouter et de régler le problème. En général, je les emmenais se promener toutes les deux. Elles couraient partout et à la fin de la journée, c’était bon. Je pouvais regarder mes séries tranquillement. »

Attention : Check. Consolation et compréhension : Check. Tuyau pour se ménager du temps : Check. Déjà avec ça, Siegfried marquait des points. Mais il avait besoin de remettre une couche en plus. Que pouvait-il mentionner d’autre ? Ha tiens, son cas d’école préféré. Il mit le doigt sur un enfant dont la figure était recouverte de boue et de chocolat.

« J’ai du le garder pendant un an une fois par semaine et ça c’était pas de la tarte. Ce gamin était sale et adorait foutre de la boue partout. Il courait partout, cassait des trucs, s’intéressait à tout. Epuisant. Il m’a bousillé une figurine de Skyrim Je ne pouvais plus l’encadrer ce môme. Mais bon, je le supportais sans lui gueuler dessus. Et ce n’était pas l’envie qui me manquait. C’était pas de sa faute s’il était hyperactif. Avec lui, il fallait vraiment user d’imagination pour le garder à l’œil. Mais bon. Heum… sinon lui, lui et lui » Il désigna trois autres enfants. « Ils étaient plutôt sages. Je les gardais tous les jours jusqu’à ce que les parents reviennent du travail. Il y en a eu d’autres mais c’était occasionnel. Avec ce job, je me suis fait un petit millier d’euros en un an. Et une figurine de Skyrim en prime. » Il fixa l’homme un moment sans parler. « Cela suffit… » Haaaaa si j’osais… « Monsieur Porter ? ». Finalement non.

Patience : Check. Imagination ; Check. Il avait toutes les qualités requises finalement. Il le laissa regarder les photos. D’ailleurs pourquoi avoir pris tous ses clichés ? Sa mère adorait le prendre comme ça, avec les enfants. Elle disait que le jour où il rencontrerait une fille elle pourrait lui montrer que son rejeton aimait les enfants et deviendrait un bon père de famille. Cette tendance avait le don de l’exaspéré. D’autant plus que sur certaines photos il n’était pas à son meilleur avantage. M’enfin bon, sur la plupart, il gardait sa capuche sur la tête tel un mystérieux assassin engagé pour tuer un méchant templier. On voyait bien qu’il était patient avec les gosses. Mais ce n’était pas pour rien. Il s’était fait la main et bon, autant enrichir la seule vie sociale qu’on lui avait offert. Mais malheureusement pour lui, il oublia que certains clichés important s’étaient glissés dedans.

Aussi, Porter trouva une très belle photo de Siegfried. En tendant la main, d’ailleurs, le jeune homme aperçut très vite de petites tâches étranges. Des tâches de naissance ? Non, plutôt des… cicatrices ? Il garda cela de côté. Porter examina la photo sur la quelle Siegfried tenait un frison noir, chevauché par un gamin de douze ans. Les deux garçons se regardaient avec la plus belle complicité qui pouvait unir deux frères, ne soupçonnant pas que leur mère avait profité de ce moment d’absence pour prendre ses deux fils en photo.
Siegfried manqua de s’étrangler avec son canada Dry. Putain cette photo… il aurait dû la ranger à quelque part. Mais pas là ! Pas ici… Les souvenirs revinrent. C’était dans une petite ruelle de la cité médiévale de Carcassonne. Malgré l’arrêt complet de son cours d’équitation devenu trop cher, Miranda Wade avait tout de même permis à son fils de faire quelques ballades équestres. Ce n’était pas si cher que ça. Et Siegfried pouvait rester avec les chevaux, sa passion. Et les deux frères tissaient des liens toujours plus forts par ces promenades. L’endroit sur la photo était une de ces rues pietonnes aux allures de décor de cinéma pour un film ayant lieu aux temps des chevaliers. L’ambiance de cette ville était spéciale. Siegfried laissait son frère sur la selle du cheval et tirait l’animal en discutant avec son frère qui lui racontait un peu tout et n’importe quoi. Cette photo, ce n’était rien pour les autres. Mais pour lui, beaucoup, beaucoup de choses. Il était clair que ce garçon n’était pas un de ces gosses qu’il gardait en contrepartie d’un petit salaire. C’était bien mieux que ça.
Voyant que Porter allait poser une question à propos de cette photo spécifique, le regard de Siegfried se posa sur les tâches de son poignet. Cela pouvait être une manière de détourner le sujet. On ne sait jamais. Il regarda autre part, faisant mine de se ficher éperdument de la photo qu’il regardait. Mais ses doigts trahissaient son état d’esprit : crispés. Comme lui dans son esprit. Putain, il aurait du vérifier avant de les donner à Porter merde !
Il omit alors délibérément la question de la motivation. Tout simplement parce qu’il ne savait pas comment l’exprimer. Il attendit la fin de l’examen des photos. Bien entendu, arracher cette photo des mains de Porter aurait été déplacé et fort extrême. Il préféra faire profil bas et faire celui qui n’avait rien à dire.

« Alors ? Verdict ? J’en ai d’autres à raconter. » dit-il en regardant le plafond.  ►  Siegfried Wade
   
(c) AMIANTE

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MessageSujet: Re: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Lun 1 Sep - 18:52

"Mademoiselle Haron, vous vous fichez de moi ?
- Mais, monsieur...
- Ecoutez, je veux bien avoir de la patience, mais il ne faudrait pas voir à me prendre pour un imbécile. Je vous ai prescrit des cachets la semaine dernière. Vous en avez fait quoi ?
- Ben, je les ai pris monsieur...
- Non, vous ne pouvez pas me dire que vous les avez pris avec ce que je suis en train de voir. Ce n'est pas soigné, ça, au contraire ça a empiré."


La tête entre les jambes d'une adolescente. Oui, cela peut prêter à confusion, mais tout ça c'est strictement médical, d'accord ? Héléna Haron, jeune fille de dix huit ans, est venue me voir il y a une semaine, éplorée, incapable de savoir ce qu'il se passait dans sa culotte. "ça me gratte." ah. Sauf que je ne suis pas gynéco. Elle a insisté, elle m'a prié de faire quelque chose pour soigner ça "parce que c'est insupportable et que mon copain aimerait bien qu'on ait de nouveau des relations sexuelles." Et merde. Je commence à en avoir sérieusement marre des déboires adolescentes. Parce que cette nénette elle a un corps de rêve. Tout ce qu'il faut, là où il faut. De grands yeux de biche, d'un bleu étincelant, comme j'en ai jamais vu. Donc oui, forcément, quand le corps s'y prête on aurait tort de ne pas s'amuser, n'est-ce pas ? Je suis très agacé. Parce que ces jeunes filles sont négligentes. Et stupides, oui, stupides. Je suis agacé, également pour une autre raison. Je n'ai rien mangé depuis avant hier. Je suis revenu au travail il y a seulement deux jours. Amaigri, des cernes énormes sous les yeux. Et je suis incapable de mettre un pied dans le placard, au fond de mon bureau. Tout ça à cause d'Azraël. Par sa faute, sa putain de faute à cet ignoble petit con qui me pourrit la vie. Je grimace, alors que j'intime à la jeune fille de remettre ses vêtements. Rien que d'y repenser, ça me rend fou de colère. J'ai envie de l'assassiner. Mais je préfère l'ignorer. Au moins, les crasses sont terminées, maintenant. La dernière, c'était celle de trop. Il le savait et il l'a fait. Et ça c'est tout bonnement et tout simplement intolérable.

La jeune fille se redresse, à présent habillée, et s'assoit sur une chaise en face de mon bureau. Et j'ai qu'une envie, c'est de retourner chez moi. Fermer les volets, attraper le chat et dormir. Dormir pendant des jours et des jours, jusqu'à oublier. Oublier que j'ai été enfermé comme un déchet dans un placard, dans ma propre infirmerie. Une journée entière. Oublier que mes souvenirs sont revenus, lancinants, limpides, à en sentir presque l'odeur alcoolisée de l'haleine de Lloyd, sussurant des atrocités à mon oreille telles que "tu vas finir par aimer ça, Kyle. Tu chiales pour l'instant mais dans quelques jours tu me supplieras de recommencer." J'ai senti de nouveau la morsure de la cigarette sur mon bras, cette morsure qu'il m'infligeait chaque jours en écrasant ses mégots sur mon corps. Je cache ces marques du mieux que je peux, à grands renforts de cols roulés et de foulards, mais il y en a une ou deux sur mes poignets qui demeurent bien visible. Par bonheur, personne ne me demande leur origine. Je fais passer ça pour des taches de naissance. Au moins, je ne suis pas emmerdé par les gens trop curieux. Je reporte mon attention sur la jeune Héléna, qui me regarde avec ses yeux de crevette sèche. J'en ai marre. JE VEUX RENTRER CHEZ MOI.

"Bon. Vous les avez pris ces cachets ? Par quelle voie ?

- Ben, orale monsieur...
-...Ah d'accord."

ABRUTIE DE DEBILE, CONSANGUINE. Je me prends le front, en essayant tant bien que mal de conserver un certain calme. Ne pas s'énerver. On ne peut pas tous naître avec le même nombre de neurones. Ou du moins, on ne se sert pas de ses facultés de la même façon, selon les individus, pas vrai ? Cette nénette a l'air d'exceller dans l'art de se faire les ongles. Par contre, pour prendre un comprimé vaginal, on repassera, pas vrai ? Je me frotte la tête. Je suis quelqu'un de calme, au naturel. Je ne me mets jamais en colère. Seulement voilà, ces derniers temps mes nerfs jouent au yoyo. Je ne suis plus maître de mes émotions, tout ça à cause d'un sale môme. Et ça doit changer. Parce que je suis en train de me laisser aspirer par un vortex de colère, contre tout le monde. J'ai mal. Et la douleur passe par la rage. Sauf que cette fille ne m'a rien fait. De base, elle est juste conne. Et je prends les connes avec patience en règle générale. Donc inutile de se bourrer le mou aujourd'hui.

"Ce sont des comprimés vaginaux, mademoiselle Haron. Il faut vous les insérer, pas les avaler.
- Attendez... Quoi ?

- Vous mettez ces comprimés dans votre vagin, je ne peux pas être plus clair.

- Mais pourquoi vous ne me l'avez pas dit plus tôt ?
- Hm, je ne sais pas... Je pensais que ça serait suffisamment clair sur la boite, quand c'est marqué "comprimé vaginal"..."

Le message passe, dans son petit cerveau. Lentement, très lentement.
Connasse.

Je finis par lui donner une nouvelle boite de comprimés avant de la raccompagner jusqu'à la porte de la salle d'attente. Calmement. Les mains tremblantes, légèrement. Je suis trop sur les nerfs, je dois absolument me calmer. Ne serais-ce que pour préserver un semblant de santé mentale. Histoire de ne pas péter les plombs, hein ? On va éviter. Je l'ai déjà fait pendant une semaine, enfermé dans mon appartement, dans le noir total. Le téléphone décroché. Sans aucun moyen de me contacter. Voilà. En me nourrissant exclusivement de café. Azraël connait les traumatismes, il sait ce que ça engendre. Une réaction excessive. Et pourtant il l'a fait. Il l'a fait, et rien que pour cette raison j'ai envie de lui faire manger ses yeux, ses dents et sa langue. En raviolis, comme ça. Mais je me contente de rentrer chez moi. Il est près de vingt heures. Et je suis fatigué, très fatigué. Alors je m'écroule sur le canapé, et je m'endors. Le téléphone éteint. Plus de batterie depuis trois jours. J'en ai presque oublié ma vie sociale. Et le fait que mon fils arrive le lendemain. Cassandre a enfin accepté de venir s'installer aux Etats Unis. Elle vivra donc à Miami... Et je devrais supporter ses crises d'humeur, à chaque fois que mon fils viendra à la maison. Mais ça n'a pas d'importance. Ollie se rapproche de moi, et c'est tout ce qui compte.

Je me suis réveillé à douze heures. Par chance j'étais de congé. Une brève discussion avec le proviseur de Wynwood m'a permis une légère flexibilité sur mes horaires. Pour cause : problèmes personnels. Je n'ai pas cherché à en expliquer plus et il n'a pas voulu le savoir. C'est ça d'être un vieux de la vieille. A croire que je suis cimenté à ce lycée, depuis plusieurs années. Je commence à en connaitre le fonctionnement. Et même si cet homme est jeune, il sait voir lorsque quelqu'un va mal. Ce qui est entièrement mon cas. J'ai récupéré Ollie à quinze heures, lorsque sa mère me l'a ramené de l'aéroport. Bougonne. Comme à son habitude. Pour Cassandre, je n'éprouve rien de plus que du mépris. Et je sais que je vais devoir me la coltiner un moment. Peu importe. Je me fous de tout pour le moment. Je me décide enfin à allumer mon téléphone. Aucun message important, sauf un. Un jeune homme, Siegfried Wade, qui m'appelle "Monsieur Kyle". Ah. Par mon prénom, rien que ça. Un premier mauvais point. Mais son message vocal me parait sérieux. En entretien, je n'ai pris que des imbécile pour garder mon fils. Il semblerait que celui ci ait quelque chose dans la tronche. Sûr de lui, court, il me laisse ses coordonnées et raccroche. Je le rappelle dans la foulée, en lui posant quelques questions. Bien, parfait. Autant le rencontrer, dans ce cas. Je fixe un rendez-vous à dix-neuf heures et je raccroche.

"Ollie.

- Oui ?"

Mon fils passe la tête par la porte de sa chambre. Je lui fais signe d'éteindre sa console, et il s'exécute, obéissant. Ce gamin est pourri gâté, mais il sait quand le moment est venu de se montrer attentif. Il s'assied sur le canapé, face à moi. Je sais qu'il regarde mes cernes. Je sais qu'il détaille mon corps amaigri. Mais je fais celui qui ne voit rien.

"Il y a un jeune homme qui va venir ce soir. J'aimerais te le présenter.

- Pourquoi ?
- Parce que quand tu seras ici il viendra te garder deux ou trois soirs par semaine. Au lieu de venir ici tu iras chez lui."


Une moue contrariée se dessine sur le visage du gamin. Il croise les bras.

"Papa, j'ai douze ans.

- Ah, j'ignorais que la majorité était à douze ans ici. ça a baissé.

- Mais...
- Tant que tu vivras sous mon toit, tu feras ce que je te dis. Parfois je suis de garde et je refuse que tu restes ici tout seul. Donc il s'occupera de toi. Tu sauras te montrer amical ?
- On verra."

Je n'ai pas le temps d'en dire plus. Parce qu'il s'enferme à nouveau dans sa chambre. Je fronce les sourcils ; mais je n'ai pas envie de m'énerver à nouveau. Après tout, il a raison. Il arrive à peine d'Angleterre, pour se voir confié à un gardien d'enfant. Mais c'est comme ça, et pas autrement. Je n'ai aucun motif valable pour lui dire pourquoi il ne doit pas être à l'appartement certains soirs. Mais je songe que sa présence serait loin d'être la bienvenue dans certains cas. Et je dois savoir concilier ma vie de famille... Et le reste. Lorsque la sonnette retentit, j'ai un sursaut. Plongé dans mon livre, je n'ai pas vu l'heure arriver. 19h15. Il est même en retard. J'ouvre, et c'est un jeune homme aux cheveux mi longs que j'accueille dans le hall de l'appartement. Il regarde un peu partout, comme ça, en se présentant. Il tend la main. Non, c'est au-dessus de mes forces. Je suis incapable de toucher qui que ce soit, surtout depuis les évènements récents. Je préfère garder profil bas. Et ne pas répondre à l'invitation. Il me jette un regard indéchiffrable. Je réponds sans sourire. Je ne souris plus depuis un petit moment, de toute façon.

"Bonsoir jeune homme. Entrez, je vous en prie."


Il est relativement musclé. Un corps qui semble habitué au travail. Légèrement bronzé, les yeux nettement moins sauvages que ceux d'Azraël. Il est beau garçon, un tombeur sans doute. Mais ce n'est pas le propos, ici. Il complimente ma déco, je le remercie d'un léger hochement de tête. Mes tableaux font ma fierté. Mais inutile de le savoir pour le moment, pas vrai ?

"Asseyez-vous." lui dis-je en lui indiquant une chaise, sur la table du salon. "Vous voulez boire quelque chose ?" Parce qu'on en a pour un moment. Je ne prends personne sur un coup de tête. Il me répond, et je lui sers un soda, tout en me faisant un café. Noir. Corsé. Et en tirant une clope de mon paquet, la fenêtre ouverte. Je fume partout dans mon appartement, sauf dans la chambre de mon fils. Et ça aussi, va falloir l'accepter. Je m'assieds en face de lui, allume ma cigarette avant de le fixer. Droit dans les yeux.

"Bon, n'y allons pas par quatre chemins. Vous postulez pour être gardien d'enfants mais auparavant j'ai quelques petites questions. La première c'est : est-ce que vous avez un logement ? Parce que vous ne pourrez pas garder Ollie ici. Et la seconde, c'est l'expérience que vous avez. Combien d'enfants vous avez gardé ? Et qu'est-ce qui vous motive, qu'est-ce qui vous donne envie de remplir ce poste ?"

Pas de charlatans. J'ai eu affaire à des imbéciles. Ici c'est quitte, ou double. Le bruit de la télévision résonne, dans la chambre d'Ollie. Il a mis fort. Uniquement parce qu'il sait que j'ai horreur de ça.
Il me répond
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MessageSujet: ~ Ollie OU comment faire un saut en arrière ~ Pv Doc,    Mer 27 Aoû - 12:28

Bip. Bip. Bip. Un son bien ennuyeux qui a rythmé toutes ses vacances scolaires. Un son monotone et sans surprise. Assis devant un petit écran tactile, ses mains saisissaient les articles un par un dans un rythme soutenu. Il adressait un sourire poli aux clients pour ensuite leur déclarer le prix à trois chiffres. Puis le code des caissiers. Ce SBAM. Non, ce n’est pas une onomatopée semblable à un coup de poing, mais un code de principe tout simple : Sourire, bonjour, merci, au revoir. Puis les phrases sans verbes. « Chèque, espèce ou carte bancaire ? », « Carte du magasin ? », « Voilà votre monnaie et ticket de caisse. ». Rien de tel qu’un bon job pour remplir les caisses. Mais voilà, arrivé au terme du contrat, il n’y avait plus vraiment de raison d’être aussi poli et vivable qu’au début. Et même, dès les premiers jours, c’était épuisant. C’est le seul truc qu’il a trouvé pour passer le temps, loin de l’école. Mille cinq dollars, c’était raisonnable. Pourtant, c’était bien peu pour une tâche aussi ingrate.
Il ne restait qu’une semaine avant la fin du contrat. Du moins en théorie. Siegfried était arrivé au supermarché juste à l’heure. Ou presque. A cinq minutes près, il pouvait se considéré comme retardataire. Sa supérieure lui en fit la remarque d’un ton exaspéré mais il n’en fit pas grand cas. Ennuyé au possible, il récupéra silencieusement la caisse noire sur laquelle était inscrit nom de famille en majuscule et jeta un œil au planning. Il marcha calmement vers le box sans se hâter et salua platement la première cliente. Sans le savoir, il allait entamer la dernière heure de son job d’été. Les clients défilaient et les articles aussi. L’argent également. Il eut quelques rayons de soleil, comme cette jeune fille brune vêtue d’un mini-short. Par chance, la caisse était munie d’une petite caméra qui filmait le sol. Il jouissait d’une belle vue sur ses charmantes petites cuisses. Nul doute qu’elle avait remarqué que le caissier avait un œil sur tout… Par chance, elle achetait beaucoup de choses. Siegfried lui adressa un petit sourire en coin et, ce à quoi elle répondit pareillement. Il lui déclara le prix. Elle sortit ses billets. Puis quelques pièces qu’elle mit dans sa main. Il s’approcha et prit les pièces une par une sans la quitter des yeux. Il en profita pour frôler sa main. Mais la vieille qui attendait derrière la jeune fille s’éclaircit bruyamment la gorge. Siegfried dissimula tant bien que mal un sourire moqueur et adressa un regard complice avec la fille qui lui fit un clin d’œil avant de sortir un style de son sac à main. L’apprenti dragueur lui tendit sa monnaie puis le ticket de caisse qu’elle utilisa pour inscrire son numéro de portable suivit d’un smiley. Avec joie jeune demoiselle. Elle prit le temps pour ranger ses courses et Siegfried passa à la prochaine cliente… qui était bien trop vieille pour bénéficier d’un sourire de la part du jeune homme. Il passa les articles sans lui adresser ni de bonjour, ni rien. Il leva les yeux vers la vieille mais préféra se concentrer sur les pots de yaourt qui défilaient sur le rapis roulant.

« Vous dites bonjour selon la tête ici ? » demanda la vieille d’une voix dédaigneuse.
- Bonjour madame. »

Elle pinça les lèvres, ce qui lui donna un air de petite poule en colère. Le jeune homme risqua un œil vers la jeune fille. Elle avait fini d’emballer ses courses. Elle passa une main dans ses cheveux pour les remettre en arrière d’un geste insouciant sans lâcher le jeune Rho Kappa des yeux. Ce dernier suivit son mouvement mais la dame soupira. Vexée ? Tant mieux pour toi. Il ne fit pas grand cas de sa personne. La dame aux cinquante balais bien marqués pinça les lèvres en regardant ce jeune homme nonchalant. Il imagina ce qu’elle pouvait bien penser de lui : Il aurait pu faire un effort ce blanc-bec ! Tous les mêmes ces sales gosses. Les filles, l’alcool et les fêtes. Il ne s’est pas rasé depuis combien de temps ? Qu’il est hirsute… et ces yeux fatigués ? Hey la nuit est faite pour dormir !
Il voulu rire mais se retint à grand peine. Agacée, elle croisa les bras et lui demanda d’un ton revêche « où était donc passer son sourire charmeur qu’il avait adressé à cette jeune fille ? ». Et là ce fut le drame.

« Dans ton cul. »

Clair. Net. Précis. Cette pensée, qu’il pensait avoir juste formulé dans sa tête, avait finalement passer le pas de la porte. Il ne s’en rendit pas immédiatement compte. Mais l’expression de cette dame lui fit signe qu’il aurait dû réfléchir avant de parler. Il l’a regarda un moment, sans avoir l’air gêné dans son insolence frappante. Allait-il s’excuser ? Il ouvrit la bouche pour le faire mais s’abstint. Qu’y avait-il de pire que d’être grossier ? Ne pas l’assumer, tout simplement. Il opta pour un sourire en coin et haussa les épaules. Bah voilà, tu as eu ce que tu voulais, t’es pas contente ? A Priori, non. La vieille avait la bouche ouverte et tentait, tant bien que mal de formuler quelque chose pour exprimer son hébétement.

« Celà fera 167 dollars et 45 cents, madame. Chèque, espèce ou carte bancaire ? » Demanda t-il en levant les yeux vers elle.

Ce fut les derniers billets qu’il encaissa. La cliente alla se plaindre immédiatement à l’accueil. La patronne saisit son haut-parleur et scanda à travers tout le magasin que « Siegfried Wade était prié de se rendre à l’accueil » et ce « Illico Presto. » Tout se passa très vite. Il rendit son tablier et reprit ses affaires car il n’avait pas sa place dans le cercle très fermé des commerçants. Sa supérieure passa cinq bonnes minutes à lui crier dessus. Mais le seul résultat escompté fut un soupir ennuyé du Rho Kappa et sa complète indifférence. Certes, ce n’était pas la meilleure attitude à adopter mais le mal était fait. Il fut mis à la porte mais malgré cela, la terre continua de tourner et avec elle, les autres planètes. Pourquoi en faire grand cas ? Ce n’est pas un travail pour lui de toute manière. Il aurait bien essayé de travailler au club équestre du centre-ville mais toutes les places étaient déjà prises. Il trouvera autre chose. Pour l’instant, il se réjouissait car il bénéficiait d’une semaine de repos en plus et puis, d’ici la fin de la semaine, son compte en banque serait à niveau. Les jobs d’étudiant, ce n’était ce qui manquait. Il y avait de tout, pourvu qu’on se levait assez tôt pour les meilleures opportunités. Et justement, il n’allait pas tarder à en trouver une.

Sorti du supermarché, il sortit le numéro de la jeune fille et l’appela directement. Un court dialogue plus tard, ils se rejoignirent à un café. Elle était déjà là. En le voyant, elle se leva et se dirigea vers lui.

« Déjà ? Je pensais que tu étais au travail, demanda t-elle, un sourire en coin
Elle avait commandé un cocktail sans alcool au citron et le sirotait sans le lâcher des yeux. Il répondit par un haussement d’épaules et but une gorgée de Long Island Ice Tea. Leur petit jeu de séduction commencé à la supérette se prolongea sur cette terrasse de café. Il lui raconta brièvement la raison de sa présence ici, ce qui l’a fit rire. Siegfried sourit un peu. C’était dommage d’avoir perdu un job. Il haussa les épaules avec nonchalance et proposa un peu de son cocktail à l’inconnue.

« C’est… de l’alcool. Je n’ai que 17 ans » murmura t-elle, l’œil méfiant. Cela ne l’empêcha pas de gouter le breuvage. Sa bouche se crispa, stupéfaite par le gout très fort qu’elle n’avait encore jamais découvert. Le Rho Kappa laissa échapper un rire amusé et reprit son verre.
« Donc, t’as été viré.
- Non, j’ai démissionné. » rectifia t-il en prenant un air faussement hautain. « J’en avais ras la casquette de ce boulot alors, ciao la compagnie. Il me faut un autre job. Je ne sais pas trop… comme dresseur de chevaux ou vétérinaire. Le problème, c’est que je n’ai pas le diplôme qui va avec.
- C’est embêtant. Bah… il y a toujours agent d’entretien. Ou alors marchand de glace. Ou encore… promeneur de chien. Ou gardien d’enfant, si tu supportes les monstres. ».

Elle avait dit cela en retenant une grimace d’horreur. Il haussa les sourcils et devina sans problème :
« T’aimes les gosses ?
- Non. J’aimerais pas garder les monstres des autres. » Elle soupira. « Ma mère tient à ce que je trouve un job. J’ai bien trouvé le numéro de Kyle Porter.
- C’est pas le médecin scolaire de Wynwood ?
- Si. Il a mis ça sur le panneau d’affichage mais je ne l’ai pas encore appelé. Je m’en fiche. Pas envie de travailler. Tu le veux ?
- Pourquoi pas. J’aime bien les gosses. Ca peut-être sympa. »

Elle chercha dans son petit sac et trouva le numéro de téléphone. Il le prit et attrapa son portable pour composer le numéro.
« J’en ai pour trois secondes » dit-il en collant le téléphone contre son oreille. Mais c’était une boite vocale. Bon tant pis. Après que le sempiternel message du « je ne suis pas là, laissez un message après le signal sonore », Siegfried laissa sa petite trace, histoire de tenter le coup. Il parla d’une voix polie, sans hésitation et laissa entendre une bonne humeur à travers une voix qui trahissait des origines françaises bien marquées.
« Bonjour, monsieur Kyle. Siegfried Wade à l’appareil, élève à Wynwood. Je vous appelle au sujet de votre annonce. Je me propose en tant que gardien d’enfant parce que j’ai de l’expérience et que je suis doué. Vous pouvez me joindre au 305 – OO9 – 1067. Je répète plus lentement 305 – 009 – 1067. Je vous souhaite une bonne journée, monsieur Kyle. »
Et il raccrocha. Une chose faite. Il rangea son téléphone et but une dernière gorgée avant de se lever.
« Allez belle inconnue. Je t’emmène chez moi. J’ai envie de faire comme monsieur Porter. Jouer au docteur. »


Les deux corps reposaient dans le lit défait. La température, déjà haute à l’extérieure, avait grimpé dans sa petite chambre. Epuisés après leurs ébats, Siegfried s’était endormit contre elle, les bras étroitement enlacé autour de sa taille. L’une de ses mains s’était glissée sous le tissu de son débardeur et reposait là, en sécurité entre ces deux petits cocons tout chauds.
Il espérait revivre un truc du genre. A peine rentré dans la petite maison de Connie, son amie/Colocataire connue au Ranch en Arizona, la jeune femme, qui s’était présentée sous le nom de Jesse, avait quémandé un verre d’eau. Le jeune homme s’était dépêché de la servir en cherchant un verre dans le placard mais c’était sans compter l’impatience de la jeune femme qui l’avait enlacé par derrière. Oubliant la requête de son invité, il s’est retourné vers elle et l’avait fermement pris la taille pour ensuite la posée sur le buffet de la cuisine avant de l’enlacer, puis l’embrasser avec énergie. Du plus profond de ses rêves, il pouvait encore ressentir le tremblement de ses mains lorsqu’elles avaient exploré cette peau si douce et couverte d’un mince filet de sueur. Connie le tuerait si elle savait qu’ils l’avaient fait dans la cuisine. C’est un lieu où l’on mange ! Mais peu importe. Il ne regrettait pas. Il l’avait ensuite entrainé dans sa chambre où ils avaient passé un moment délicieux ensemble. Délicieux et mouvementé. Ce n’était pas le genre d’exercice physique qu’il pratiquait habituellement mais il ne dirait pas non si cela se présentait de temps à autres.
Ce moment d’accalmit prit fin… maintenant. Il ne sentit pas le bras de sa partenaire éphémère se tendre et attraper le portable qui sonnait, sonnait, sonnait. Mais lorsqu’il l’a senti s’éloigner de lui, il sourit doucement et l’a ramena à lui non sans l’embrasser dans le cou avec une véhémence qui du lui plaire car elle se tortilla en gloussant. Elle murmura quelque chose qu’il ne comprit pas.

« Quelqu’un au bout du fil.. ! Je crois que c’est…
- C’est personne… »

Clac. Elle lâcha le téléphone sans faire exprès mais heureusement, c’est un tapis qui le réceptionna. Elle se redressa pour le reprendre mais Siegfried, en gros gourmand qu’il était, tenta de l’en empêcher mais Jesse murmura très vite :
« C’est le numéro de… Porter.
- Tu dis ça parce que tu veux jouer au docteur ?
- Regarde. »
Elle lui montra le numéro. Sans réfléchir, il prit le numéro et décrocha. Il s’éclaircit la gorge et répondit un « Siegfried Wade » lourd et enroué. Après une petite sieste, dur de faire semblant de paraitre éveillé. L’homme se présenta au bout du fil et déclara être intéressé par la candidature du Rho Kappa. Il lui posa quelques questions du genre « Avez-vous de l’expérience avec les enfants » ou des trucs du genre. Evidemment, on n’allait pas confier un gosse à n’importe qui. Il répondit par l’affirmative. Un petit entretien s’imposa. Il accepta. Ce soir vers 19H ? Bien. L’appel fut laconique de son côté. Il n’avait pas envie de laisser une mauvaise impression de feignant à son potentiel employeur. L’heure fut jugée et Kyle Porter lui dicta l’adresse qu’il répéta au fur et à mesure pour que Jesse puisse noter l’adresse. Il le remercia et raccrocha.
« 19 heures » murmura t-il en se recouchant.
« Tu te recouches ? Il est 18H »
Il soupira et haussa les épaules. La jeune fille quant à elle, remit ses vêtements. Elle devait rentrer. Pas de permission de minuit. Une fois apprêtée et recoiffée, il s’extirpa de ses couvertures, nu, et l’a raccompagna à la porte. Ils se regardèrent une dernière fois et zou. Plus de nouvelle.
C’ était maintenant le moment de se préparer. Le français fit une petite douche rapide. Il se demanda s’il allait avoir le temps de se raser mais en voyant l’heure en sortant de la douche, il mit cette corvée à plus tard. De toute façon, il ne ressemblait pas encore à Choubaka ou encore Daryl dans The Walking Dead. Il attrapa sa serviette de bain et se sécha vite fait bien fait et enfila son jean noir qu’il portait au travail. Dieu merci, il était propre. Généralement, il attrapait un futal au pif et le reniflait pour vérifier s’il ne sentait pas mauvais. Il choisit quelques vêtements dans sa penderie mais se décida en trois secondes chrono. Ce n’était pas bien difficile, il s’habillait toujours de la même manière. La seule chose qui changeaient étaient les couleurs. Il faisait chaud dehors, aussi il choisit un débardeur d’un blanc cassé et enfila une chemise grises à fines rayures rouges, oranges et jaunes qu’il laissa ouverte. Un coup de brosse à cheveux et à dents plus tard, il fut prêt et sorti de la maison qu’il ferma à clé. Il avait encore une bonne demi-heure mais le temps d’arriver dans le quartier désigné par le médecin scolaire, il sera de toute manière en retard.

Il arriva à l’appartement vers les dix neuf heure et quart. Ce n’était pas la porte à côté et puis, il n’avait pas le permis. Avant de partir, il avait imprimé l’itinéraire histoire de ne pas se perdre dans cette foutue ville. L’orientation, c’était son fort. Suffit de savoir lire. Arrivé, Siegfried chercha le nom du médecin parmi les propositions mais un couple sortit de l’immeuble et lui demandèrent s’il cherchait quelqu’un. Il acquiesça et leur demanda à quel appartement logeait monsieur Porter. Ils lui donnèrent quelques indications. Le jeune homme les remercia et monta les deux étages. Avant de toquer, il vérifia dans le reflet de son portable s’il était présentable. Ses cheveux, légérement ondulés, ne s’étaient pas plié au régime de leur maitre supprême, brosse à cheveux. Ils persistaient à tomber sur ses tempes. Il passa sa main dans ses cheveux et les ramena en arrière mais bon. Peine perdue. Son poing toqua trois coups secs contre la porte et il attendit. La porte s’ouvrit peu après sur un type d’une quarantaine d’année. Siegfried se mit sous son meilleur jour dans le but de choper un petit job étudiant. Avoir de l’argent dans ce monde –et surtout dans cette ville – était primordial. Il adressa un sourire poli à son interlocuteur qui le fit entrer.

« Bonjour monsieur, je suis… Siegfried. Potentiel Baby-sitter. » Se présenta-t-il en tendant la main à l’adulte afin de la serrer.

Première fausse note. Sa main tendue vers Kyle Porter ne reçut pas de retour. Le jeune français mit une longue seconde à s’en rendre compte. Un léger froncement marqua ses sourcils, surpris de cette première… hostilité ? Okay, d’accord. N’exagérons rien. Il sourit platement, malgré tout, et laissa tomber sa main sans le quitter des yeux, par pure politesse, et surtout sans commentaire désobligeant. A chacun ses coutumes. Il n’était pas là pour juger. Il se risqua un compliment histoire de dissiper le malaise :

« Chouette déco. » dit-il en faisant un geste du bras droit. « Chouette déco. »
Oui, voilà, chouette déco qui détonnait avec son allure de garçon d’écurie. Ce n’était clairement pas dans ce genre d’endroit qu’il se voyait. Simple, épuré et surtout très élégant. La lumière entrait à flot dans l’appartement et illuminait cette petite intimité. A en juger par les quelques hautes bibliothèques, il avait affaire à un véritable fanatique de littérature. C’était clair et bien rangé. Il pensa un moment à sa chambre dans la confrérie. C’était impossible pour lui de garder un endroit rangé plus de 24 heures. Il se demanda si l’homme en face de lui avait les même préjugés que certaines personnes envers les moins riches. Il avait déjà fait l’expérience avec une Eta Iota, aussi mignonne soit-elle.
Il était clair qu’il faisait tâche avec sa vieille chemise et ses baskets toute usées. Mais les jeux étaient faits. Aléa jacta es, certes. Mais s’il pouvait décrocher un job, cela rattraperait sa belle tuile du jour. Et pour cela, il avait assez d’arguments en poches.








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