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 Vodka an'you. [Zacchary]

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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Mar 30 Sep - 12:20

A bien y réfléchir, ma vie est constituée d’un tas de mauvais choix. De mauvaises décisions entreprises par ma faute, des erreurs parfois irréversibles, comme mon accident. Oui, j’aurais pu choisir de ne pas rouler ivre ce soir-là. Tout comme j’aurais pu décider de ne pas devenir un connard prétentieux, le genre bourgeois qui profite des avantages et qui rejette les inconvénients. Mais à un moment ou un autre, j’avais décidé de devenir ce type insupportable que je regarde dans le miroir tous les matins et qui me dégoûte. Toute cette série de décisions m’avaient mené là, devant une fille terrorisée, tremblante. Une fille qui me tenait tête, qui ne me laissait pas prendre la décision que je voulais. Pour une fois que quelqu’un s’oppose à ma connerie, je lui fais du mal. Et la voir se balancer, comme ça, d’avant en arrière… Je me revois enfant, priant pour que mon beau-père lâche ma mère, qu’il arrête de la blesser…

- Espèce de sale putain ! Je t’avais dit de ne pas aller t’exhiber au centre commercial ! (Il la gifle)
- Patrick, je t’en supplie… Aaah !
- Ta gueule, j’ai dit ! Tu crois que je vois pas ton petit manège ? Tu cherches un autre gars, tu veux baiser un autre mec hein ?! (Les coups pleuvent sur ma mère qui se met en boule pour protéger son ventre) Avoue, connasse !!
- Pas… pas devant Zac… S’il te plaît…
- Pas devant le gamin, tu dis ? (Il m’agrippe par les cheveux et me traîne devant ma mère. Je hurle en me débattant, et il me fait fixer ma mère en larmes) Regarde bien Zac. Les femmes sont toutes des salopes. Toutes, je te dis. Elles veulent juste du cul et du pognon. Alors regarde bien, je vais punir ta mère !


Et il la frappait des heures durant, des jours durant, juste pour le plaisir. Longtemps je me tenais comme Héra, me balançant, les bras autour des genoux, pour protéger mon corps de la peur et de la douleur. Ca n’a jamais marché, dans mon cas. Sa mort avait été une bénédiction, bien que je ne me rappelle de rien aujourd’hui... Je l’entends me supplier d’arrêter, et je flanche.

- Me touche pas.


Tu le murmures si bas que je crois rêver. Mais non, tu as bien dit ce que je pensais. J’entends encore la voix tremblante, pleine de larmes de ma mère, supplier l’autre de la lâcher, de la laisser partir. Je suis un monstre. Il n’y a qu’un monstre pour faire du mal à une femme alors qu’elle est à bout de nerfs. Je sens la colère se retourner contre moi, les vagues envahissent mon cerveau, j’ai envie de hurler, de me frapper, de me briser tous les os… J’ai envie de souffrir autant que j’ai fait du mal à cette pauvre Héra, Natasza, et toutes ces femmes qui un jour ont bien voulu passer du temps avec moi… Et Keziah… Putain, mais qu’est-ce que j’ai pu faire au monde pour me sentir tellement mal, seul. Est-ce que j’ai vraiment fait ça tout seul ? Est-ce qu’on peut s’auto-détruire à ce point ? Je comprends pourquoi tu me hais, Héra. Je n’ai rien de beau ni d’admirable. Je suis faible, débile, complètement égocentrique. Et quand je m’en rends compte, il est trop tard, tu pleures sur mon épaule. Et je vois les marques dans ton dos. Deux marques rondes, brunes, qui ressemblent à un espèce de bleu. Merde. Je l’ai blessée. Après ça, je ne pourrai plus jamais me regarder en face. Quel homme, vraiment. Un ramassis de conneries, une tête à claque, un abruti, oui ! J’ai envie de me foutre des baffes.

- Ce... Dans mon dos... C'est pas toi.


Je pourrais pousser un soupir de soulagement, mais je ne ressens que de la colère, cette fois-ci dirigée contre moi. Ces deux marques peuvent signifier tant de choses, mais ton attitude si défensive me fait penser à la mienne dans mon enfance, et mon visage se crispe. Si tu as aussi vécu ça, alors je viens de t’arracher la seule chose que l’on aurait éventuellement pu partager : la confiance. Comment ai-je pu être aussi bête ? Tout ça parce qu’on m’a refusé ce que je voulais. Je ne suis qu’un porc. Mon poing se serre et les jointures craquent. J’ai envie de courir, de partir loin, mais je ne peux pas marcher plus d’un kilomètre sans me mettre à chialer. Alors courir… Ton souffle se calme peu à peu, et je me détends légèrement. Au moins, tu as cessé de pleurer. Ca me rassure, je déteste quand les femmes pleurent. Paradoxalement à ce que nous venons de vivre.

- C'est pas en me faisant ce que tu as voulu me faire que tu te serais senti mieux. C'est plus que ça. Bien plus que ça.
- Je viens de le comprendre. J’en arrive au point où j’ai envie de me faire mal, tu sais. Pas pour attirer l’attention, pas pour qu’on s’apitoie sur mon sort… J’ai envie de me faire mal parce que je mérite d’avoir mal. C’est tellement bizarre et paradoxal comme sensation. Je me sens privé de tout, mais pas « vengé »… Je comprendrais si tu veux me baffer ou même m’accrocher au plafond par les burnes…

Tu t’éloignes, et j’ai envie de me rapprocher de toi. Ne t’écartes pas, pas tout de suite, s’il te plaît… Je freine mon geste et te vois attraper ton bustier. Je détourne le regard, soudain très mal à l’aise. Tu prends une cigarette et commence à tirer dessus. Je ne sais pas quoi faire, et je remets mon t-shirt (HRP : je crois bien que je l’avais enlevé). On ne se regarde pas, mais l’ambiance est tendue. Je t’entends murmurer :

- On est dans une impasse, tu crois pas ?
- Je dirais même dans un gouffre sans fond, sans aucune issue de secours. Je ne sais pas où on sera demain, Héra, mais quoi qu’il arrive… (Je me relève et la regarde) Je suis désolé. Je… Je crois que je vais retourner dans ma chambre. Ce… c’est mieux comme ça. Ne reste pas dehors dans cette tenue, hein…

Je lui souris et finis par marcher lentement vers le bâtiment des SM, en clopinant. J’ai le cœur en miettes, l’esprit embrouillé, je ne sais pas où je vais mais je sais que je vais finir la soirée à me pourrir intérieurement en pensant à la jolie blonde que je viens d’agresser. Quelle chienne de vie.
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Sam 6 Sep - 11:59

Je vais m'en prendre une. Si c'est sûr, je vais m'en prendre une. Parce que je te vois me regarder, un air de surprise nettement affiché sur le visage et c'est la colère qui vient, ensuite, parce que je me suis refusée à toi, parce que je n'ai pas pu satisfaire tous tes désirs, parce que je ne t'ai pas permis d'oublier, je ne te l'ai pas autorisé. Ni à cela, ni à me toucher, et je sens que tu aimerais que ça se passe autrement. Mais ce n'est pas possible, pas vrai ? Tu es allé beaucoup trop loin et j'ai beaucoup trop peur. Mes sanglots enflent dans ma poitrine et jaillissent sans que je le veuille, au milieu des tremblements incessants de mon corps que je berce comme pour m'apaiser moi-même, parce que si je ne m'en occupe pas, qui le fera ? Personne. Personne ne le fera, parce que personne ne l'a jamais fait. On ne m'a jamais aidée, moi. Les bras protecteurs de Nicolas ont fait leur effet durant quelques années, mais maintenant qu'il est sur le continent, je n'ai pas d'autre choix que de me sauver, moi, toute seule. Et j'ai bien failli me faire violer à cause de mon penchant un peu trop poussé vers l'alcool et vers le joint. Mais là c'est fini, ça redescend, ça redescend au diapason de ma peur qui monte, monte et monte encore parce que je voix bien que tu as envie de me cogner, que tes yeux luisent de fureur, parce que tu ne peux plus me toucher. Mais touche moi encore et je te tuerai. D'une façon ou d'une autre je parviendrai à le faire.
Tu te lèves. Tu te lèves et tu me parais grand, si grand et moi petite, si petite et ça me fait me recroqueviller un peu plus sur moi-même, parce que tes cris m'effraient. Salaud. Moi qui avais juré de ne plus jamais me laisser malmener par un homme.

Je l'ai juré sur les deux marques de crampons qui se sont imprimées dans la peau de mon dos.

- Mais putain, mais qu’est-ce que tu veux que je fasse ?! Tu crois que c’est facile ? D'un geste, il désigne les longues cicatrices qui courent sur son corps. Ah, les voilà. Je les observe, les yeux légèrement cachés par mes cheveux maintenant en bataille. Quand je t’écoute j’ai l’impression que si je le décide, je peux changer de vie, comme ça, en claquant des doigts… Mais tu sais quoi ? Il écarte les bras. Un peu trop brusquement. Je me crispe, sursaute. J'ai peur, tellement peur de m'en prendre une. Ca, là ? Tout ça… C’est PAS MOI ! C’est pas ce que je rêvais de faire dans ma vie ! C’est injuste, et ça me bousille ! Et ça m’énerve de voir que toi aussi, tu te fais du mal parce que tu ne peux rien changer ! J’ai les nerfs, contre toi et le monde entier, et putain, je demande pas grand-chose ! Juste…

"Me touche pas."

Je l'ai murmuré, tu n'as pas dû l'entendre. Je tremble, mais moins, parce que je ne veux pas me faire avoir, je ne veux pas que tu me dévores, je ne veux pas que tu me fasses du mal. Dégages, tu comprends ? Putain, t'es sourd ou quoi ? Parce que tu avances. J'aimerais reculer mais mon dos est appuyé contre un arbuste. Je rapproche un peu plus étroitement mes membres autour de mon corps. Parce que j'ai peur, très peur, tu sais. J'ai peur et je suis en colère, j'aimerais disparaitre dans un trou de souris. Parce qu'au fond je suis responsable de ce qui m'arrive, moi aussi, pas vrai ? Je me suis jetée dans tes bras, emportée par l'ivresse de l'alcool, emportée par le besoin d'attention que j'ai toujours eu parce que j'ai vécu seule, tu sais, incroyablement seule. Je devais avoir un karma de merde dans mon ancienne vie, pour être aussi dévastée dans celle-ci. On m'a filé une réincarnation de merde. J'ai été tentée par la richesse de mes parents, sans écouter ce qu'on m'a dit ensuite. Qu'ils me prendraient pour une poupée. Que mon père me battrait à chaque fois que j'oserais ouvrir ma gueule quand il aurait bu trois ou quatre Whiskys. Oui, ça je ne l'ai pas écouté quand j'ai choisi de m'appeler Héra Delacroix. Et toi, tu as fait quoi dans ton ancienne vie pour être un type comme ça ? Qu'est-ce que tu as fait pour être aussi brut, est-ce ta première vie ? Tu t'approches. Non. Non, non, non, non.

- Juste une chance. Un peu d’espoir. Quelque chose. Histoire que je me sente moins mal, que ce que j’ai vécu ait au moins servi à quelque chose, bordel. S'il te plaît, arrête de me faire mal... Aide-moi...


Ce n'est pas à moi de t'aider. C'est toi qui m'a empêchée de me débattre pendant plusieurs minutes. Je secoue la tête, non, je ne t'aiderai pas. Je n'aiderai plus jamais personne, parce que c'est inutile d'aider les gens, ils te crachent à la gueule, après. Tu n'as pas compris ? Tu n'as pas compris parce que tu te rapproches, plus près, toujours plus près, alors que je voudrais que tu me laisses seule. Tu ne m'as pas demandé à un seul instant si moi je ne souffrais pas. Qui est la victime, de nous deux, tu crois que c'est toi ? Si c'est le cas tu n'es rien de plus qu'un homme sans coeur. Egoïste. Dis-moi, dans ton accident ils ne t'auraient pas arraché toutes tes émotions, aussi ? Je te hais, je te hais, ce n'est pas plus compliqué. Je te hais même quand tu entoures tes bras autour de moi et que je me réfugie sur ton épaule, parce que mes sanglots me semblent intarissables et que j'ai eu peur, si peur à cause de toi. Ma nudité laisse les deux ronds marrons dans mon dos bien visibles. Mon père m'a fait un cadeau formidable avant mon départ, tu ne trouves pas ? Il y a des papas qui embrassent leur fille chaque soir, après leur avoir lu une histoire et dit "bonne nuit". Le mien, il m'a jeté un crampon de toutes ses forces dans le dos, alors que je lui demandais de me lire "Le petit chaperon rouge". Je n'avais pas vu le whisky à côté de lui, tu sais. J'avais pas vu ses chaussures de foot, non plus. Deux côtes cassées. Et ces deux traces rondes qui ne disparaîtront jamais.

- Je suis désolé. J’aurais pas du… Je t'ai fait mal ?


Oui, l'Australien. Tu viens de me briser le coeur.
Tu sens bon, tu sais. C'est le premier truc auquel je pense pour me calmer. Je te vois qui observe, qui détaille mon corps à la recherche de traces éventuelles. Quand ton regard tombe sur mon dos, je murmure, tremblante. J'ai du mal à parler, les sanglots sont encore bien trop forts.

"Ce... Dans mon dos... C'est pas toi."


T'en fais pas, tu m'as rien cassé de visible, sur le corps. J'ai le vague à l'âme, mais je suppose que je l'ai mérité. Je reste un moment contre toi, les mains serrées l'une contre l'autre, crispées. Je me concentre sur ma respiration le temps que tout ça se calme. Le temps que je puisse répondre à tes vociférations. Que je me rhabille aussi. Parce qu'il le faut. Il faut que je me reprenne en main, et pour cela la décence est de mise, tu ne crois pas ? Finalement, ça disparait, les pleurs, au bout d'un long moment. Je peux articuler quelque chose correctement, au moins.

"C'est pas en me faisant ce que tu as voulu me faire que tu te serais senti mieux. C'est plus que ça. Bien plus que ça."


Je m'écarte de toi, attrape mon bustier, et le remets tranquillement. Voilà, tant pis pour ma culotte, on verra plus tard pour le pantalon. C'est assez galère à enfiler, le cuir. Je m'assois un peu à l'écart de toi, sur l'herbe, et fouille dans mon sac pour en tirer une cigarette. Silencieuse. Je n'ose même pas te regarder. Je tire sur ma clope un peu comme une perdue. Un peu comme une noyée. J'ai failli me faire violer. Bon, ça c'est fait.

"On est dans une impasse, tu crois pas ?"
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Jeu 4 Sep - 14:15

C’est un jeu. Un putain de jeu de merde. Ca commence quand on ne s’y attend pas, on se sent embarqué dans une aventure qui n’est pas la nôtre, on subit les vagues, les naufrages, la peur et on se retrouve échoué comme des cons. Ce n’est qu’un jeu, merde ! Un jeu pour ceux qui n’en ont rien à foutre, une bagatelle insignifiante mais qui pourtant a tellement de charme quand on daigne s’y intéresser. Zac déteste jouer, il aime les choses simples, définies et gagnées d’avance. Mais la vie n’est pas comme ça. Alors il s’était laissé bringuebaler par les embruns, le cœur exposé au vent, et peu à peu ce dernier s’était effrité, et avait laissé place à un vide impossible à combler. Il se lève tous les jours dans un état proche de l’hystérie, parce qu’il ne comprend pas, qu’il aimerait tellement gagner, rien qu’une fois. Parce qu’après tout, il mérite d’avoir une récompense, pour tout ce qu’il a perdu. Et là, tout ce qu’il voit ce soir, c’est qu’il est un perdant, et que les perdants se retrouvent parfois face à face. En regardant Héra, la seule chose qu’il pense c’est : Mais pourquoi nous ? Qu’a-t-on de si différent pour que nous soyons aussi bas ?

Je sais que c’est mal, d’une certaine façon. Je sais qu’il ne faut pas blesser une femme, qu’il ne faut jamais perdre son sang-froid, que se comporter comme un animal est dégradant. Mais je ne peux pas m’empêcher de te faire du mal, parce que toutes tes paroles sont tellement réalistes, et que j’ai tellement mal… J’ai envie de me faire du mal, et de te faire du mal, toi qui représente cette rage que je n’arrive pas à extérioriser. Et quand bien même j’ai envie d’arrêter de te faire ça, de te mettre tellement mal à l’aise, j’ai tellement mal, peur, que je continue. Et son corps qui se balance, ivre de peur, d’alcool et de sensations diffuses… Il n’y a que tes yeux embrumés qui me crient d’arrêter. Mais si je m’arrête, qu’est-ce qui m’empêchera de me blesser ? Qu’est-ce qui me poussera à aller mieux ? J’ai pas de réponse, Héra, alors je te viole, tout simplement. Je vois bien que tu me repousses, un peu. Mais tu es trop à l’ouest pour m’en foutre une. Et Dieu sait que tu devrais, je n’arrive plus à me contrôler. Mon esprit est tellement… tellement embrouillé. J’aimerais que tu me dises que ça va aller pour nous deux, mais tu n’y crois même pas ! C’est pour ça que je te déteste. Parce que tu ne m’aideras pas. Personne ne le peut. Je suis déjà mort, d’une façon ou d’une autre, je le lis dans tes yeux. Si je dois m’enfoncer plus bas que terre, je refuse d’y aller seul. Alors je t’emmène vivre un cauchemar…

Un petit gémissement me tire de ma lutte effrénée contre ton corps. Tu respires vite, fort, et pas que de plaisir. Tu es morte de peur, un peu comme moi. Mais moi je n’ai pas peur de toi, alors je maintiens mon étreinte. Tu t’agites, et je relâche la pression. Tu recules comme une bête effrayée, tu as l’air paniquée et perdue. Putain, il manquait plus que ça. Tes yeux bougent dans tous les sens et les larmes pointent le bout de leur nez. Oh non, pas ça… Les spasmes qui te secouent sont autant de coups plantés dans mon cœur, et je te regarde comme si je ne t’avais jamais vu. Tu es à moitié nue devant moi, en pleine crise de panique, par ma faute. Parce que je t’ai fait mal. Parce que je t’ai fait peur… Putain, mais qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? Tu es toute petite, d’un coup, recroquevillée sur toi-même, et tu te balances d’avant en arrière comme pour te protéger. Ca me fait mal. Au moment où j’essaie de me rapprocher, j’entends ta voix, tremblante :

- Non. Non, non, non, non, non...


Blessé, je me lève et me met à marcher en rond, complètement énervé. Elle veut que je fasse quoi, cette godiche ? Que je me casse ? Elle peut rêver, je la laisserais pas s’en tirer comme ça. Après tout ce qu’elle m’a dit, j’ai juste trop les nerfs pour partir et oublier. Je passe la main dans mes cheveux d’un air rageur et me tourne vers elle en criant :

- Mais putain, mais qu’est-ce que tu veux que je fasse ?! Tu crois que c’est facile ? (Je désigne les cicatrices sur mon torse et ma jambe) Quand je t’écoute j’ai l’impression que si je le décide, je peux changer de vie, comme ça, en claquant des doigts… Mais tu sais quoi ? (J’écarte les bras et me désigne) Ca, là ? Tout ça… C’est PAS MOI ! C’est pas ce que je rêvais de faire dans ma vie ! C’est injuste, et ça me bousille ! Et ça m’énerve de voir que toi aussi, tu te fais du mal parce que tu ne peux rien changer ! J’ai les nerfs, contre toi et le monde entier, et putain, je demande pas grand-chose ! Juste…


Je m’interromps et baisse la voix en m’approchant d’elle :

- Juste une chance. Un peu d’espoir. Quelque chose. Histoire que je me sente moins mal, que ce que j’ai vécu ait au moins servi à quelque chose, bordel. S'il te plaît, arrête de me faire mal... Aide-moi...


Voilà, c’est dit… La colère est toujours là, brûlante au fond de mon ventre, mais la voir comme ça... Elle me rappelle ma mère quand mon beau-père la frappait, et ça me donne envie de vomir. Je m’assois près d’elle et, doucement, la prend dans mes bras, en tentant de la calmer en la serrant fort contre ma poitrine :

- Je suis désolé. J’aurais pas du… Je t'ai fait mal ?


Rien de plus, rien de moins. Je regarde son corps à la recherche d'une blessure quelconque...
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Jeu 4 Sep - 13:23

Tu me réponds. Provocation. Ultime. Encore. Je n'aime pas la façon dont tu parles. C'est pas respectueux. Mais je n'ai pas le temps de répondre parce que tu me fais basculer sur le dos histoire de me retirer, une nouvelle fois, quelque chose qui pourrait être susceptible de retarder la partie de jambes en l'air que tu as prévu. C'est bien ça ? Connard. Je ne bouge pas, un peu parce que je pense que c'est chacun son tour, un peu parce que je m'imagine que tu me feras subir le même sort que moi si je fais un mouvement. Et un peu parce que j'aime ça aussi. Parce que ta bouche elle se promène sur mes cuisses, elle laisse des sillons légers sur ma peau, un peu comme un animal marquerait son territoire. Et moi je suis immobile. Raide comme une planche, je décide de ne pas bouger. Je n'en ai pas envie, parce que ça te donnerait de l'importance. Je n'aime pas la façon dont tu parles, et je vais te le faire comprendre. Ta bouche, elle remonte lentement jusqu'à mon bassin, et malgré moi ça me fait soupirer, haleter parce que j'en ai besoin. Envie, terriblement envie. Oui, je suis une putain de poufiasse qui va baiser dans l'herbe avec un type que je ne connais que depuis une heure, mais la tension sexuelle, ça vous dit quelque chose ? Moi en tout cas ça me fait bouger, légèrement très légèrement. Pour t'accompagner.

Je te détèste.

Je te détèste parce que je n'aurais jamais fait ça en temps normal, surtout pas avec un type avec qui je m'engueulais une seconde auparavant, je te détèste parce que tu me fais ça sous la contrainte, tu me fais ça en profitant de mon alcoolisme et de la drogue. Je sais que si j'avais été dans mon état normal je ne l'ai pas fait, et j'ai un élan de lucidité, d'un seul coup qui me fait m'arrêter net, les mains à mi-chemin, en direction de ton dos. Je sens tes mains qui me touchent, tes mains sales, tes mains d'homme qui me tripotent alors que je suis sous l'emprise de l'alcool, alors que je n'ai pas toute ma tête et que je suis incapable de dire "non". Non, ne fais pas ça, ne fais pas ça putain. Je t'en supplie ne me touche pas. Je ne suis pas du genre à refuser lorsque quelqu'un veut coucher avec moi. Adepte des plaisirs simples, adepte de tout ce qui pouvait me tomber sous la main. A Paris j'avais cette réputation, de sélectionner des partenaires et de m'envoyer en l'air. Avant de les jeter au lendemain. Croqueuse d'hommes, je ne sais pas si le terme peut être bien approprié. Dans tous les cas, c'était toujours moi qui choisissais. Or là ? Non, là je n'ai rien choisi. Je perds le contrôle. J'étais en colère contre toi, mec, et par définition quand on est en colère, on a pas envie de baiser. Mon corps te réclame, certes, parce qu'il est faible et embrumé par la fumette mais mon esprit se débat, il ne veut pas.

Me touche pas.

D'un seul coup, c'est une vague de dégoût qui m'envahit, tandis que je me retrouve allongée sur l'herbe comme la prostituée de bas étage, tandis que je me retrouve prisonnière sous ton corps, incapable de faire le moindre mouvement. La peur me prend, elle me ronge les côtes. Non, je ne dois pas faire ça. C'est pas moi, ça. C'est pas moi cette fille brûlante, avec plus d'alcool que de sang dans les veines qui se livre à une telle démonstration de perversion avec un parfait inconnu, boiteux, con, macho, vicieux et brute de décoffrage. C'est pas moi. Moi je ne fais pas ces choses là. Je ne suis pas un enfant de choeur, mais je ne suis pas de cette race là non plus. Alors j'essaie de retirer tes mains. Doucement d'abord, mais tu ne veux rien savoir, tu peux pas t'en empêcher toi de me toucher, c'est dégueulasse, tu ne crois pas, t'as pas l'impression d'être en train de me violer ? Non, ça ça ne t'effleure pas une seule seconde parce que tout ce que tu vois c'est que mon corps te répond, mon corps il frissonne, ce traître, mais moi je ne veux pas. Tes mains me paraissent tout à coup si sale, ta bouche si horrible, tout me paraît si immonde que je sens les larmes monter à mes yeux d'un seul coup. Non, fais pas ça. Fais pas ça putain. Je me recule, soudain, vivement, pour que tu ne me touches plus. Je m'écarte de toi avec violence. Je suppose que l'alcool est en train de descendre. Et ça me fait m'écarter. Voilà. Les larmes plein les yeux. Je pleure, tout simplement, je pleure de peur, des sanglots qui montent à m'en secouer la cage thoracique, les épaules, tout mon corps agité de tremblements violents. Je ramène mes jambes vers moi pour cacher ma semi-nudité, prise d'un accès de pudeur. Ne me regarde pas. Mes cheveux cachent mon visage ravagé par les larmes.

"Non. Non, non, non, non, non..."


Non, ne me touche pas. Non, NE TE RAPPROCHE PAS DE MOI. Ecarte-toi. Fous moi la paix. Dégage, dégage si non je te tue, je ne sais pas comment je fais mais je te tue. Je croise les bras, je serre mes épaules tremblantes, pour oublier ce que je viens de faire. Je suis terrorisée. Parce que ce type a de la force, et qu'il est tout à fait capable de me violer.
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Mar 2 Sep - 14:33

C'est juste trop n'excitaaaant:
 
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Mar 2 Sep - 13:27

fufufu:
 
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Jeu 28 Aoû - 12:17

Ouh les cochons !:
 
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Jeu 21 Aoû - 12:38

T'as la haine qui te brûle le fond des paupières, l'Australien. Elle est corrosive. Elle crame tout sur son passage parce que dire un ramassis de vérités, comme ça, sans préambule, ça ne fait jamais plaisir, tu vois ? Mais c'est si terriblement vrai. Parce que je sais qui tu es maintenant, une âme brisée, comme moi, qui cherche à s'enfuir par de mauvais moyens. Mais je t'interdis de me donner des conseils, quand toi tu n'es pas capable de respecter les tiens. Debout, là, campée sur mes deux pattes à talons aiguilles, je te regarde te retourner comme ça, sur le fil de mes mots, je te regarde me fusiller, m'éventrer rien qu'avec tes yeux et tu ne me fais pas peur, tu sais ? Non, tu ne me fais pas peur, parce que tout ça c'est rien, c'est machinal, ça nous embaume tous les deux dans un cercle de douleur et de décadence, mais en aucun cas ça a un impact. Tu es mort, tu comprends ? Tu es déjà mort. C'est comme si plus rien n'avait d'importance. Comme si tu te retrouvais dévoré par l'absence, dévoré par le monde, comme si rien d'autre n'avait d'importance qu'une blessure qui a détruit ta vie. Et alors ? Quelle importance est-ce que ça peut avoir, l'Australien, quand ta richesse t'autorisera mille bonheurs au lieu de courir, comme un idiot sur un terrain de football ? Bras croisés, je te regarde avancer lentement, des flammes plein les yeux, et je commence à ressentir quelque chose. ça peut s'apparenter à de la haine. Ou à de la crainte. De la colère. Sans doute un mélange subtil de tout ça, parce que tu avances et je recule. Je ne supporte pas d'être dominée, tu vois, par toi, une espèce de montagne de muscles qui ne comprend rien, et qui ne voit rien. Arrête ça immédiatement. Je ne joue plus, tu vois ? Je te suis reconnaissante de m'avoir aidée, mais maintenant on arrête le jeu. C'est stupide. C'est puéril. Tu comprends ? Recule. RECULE PUTAIN.

Mais non.

Parce qu'il avance, il avance et je recule, de plus en plus, pour échapper à la punition, parce que je suis une sale gamine, tu vois, je fais des bêtises mais je n'aime pas être punie. J'ai horreur de ça. Pourtant, à force de reculer, je finis par sentir dans mon dos une surface plate et dure. Voilà, je ne peux plus bouger. Mes mains touchent le béton froid du mur qui me prend au piège, et pour pallier à tout ça, pour éviter de montrer que j'ai peur, je me contente de te fixer, le regard furieux, je me contente de te regarder droit dans les yeux pour te montrer qu'il y a une dernière bataille, un dernier bal avant la chute, pour te faire voir qu'il n'y aura jamais que ça, jamais que ma lutte, jamais que la colère parce que même si tu es plus fort que moi, je ne suis pas un petit chat que tu pourras martyriser comme tu le veux. Je ne suis pas cette fille imbibée d'alcool que tu as laissée sur le trottoir parce que tu étais trop bourré. Je ne suis pas ce genre de femmes qui compte tes abdominaux avec un sourire ravi de délice. Je suis quelqu'un de plus sauvage. Je suis celle qui choisit. Je suis celle qui décide, qui décide, tu comprends ? Arrête. Arrête ça, tu me fais peur, connard. Dégage. Juste, dégage.

Ne me fais pas de mal.

Mais déjà tes mains plaquent les miennes contre le mur, comme ça dans un geste brut, un geste de colère, un geste de haine qui envahit tout ton être parce que tu parles, tu parles tu parles en crachant ta haine comme une huitre sur mon visage, et je me contente de me taire, paralysée par une peur que je ne me comprends pas.

"Oui, je déconne complètement. Et toi aussi. Tu n’es qu’une gamine blindée de thunes en colère, en pleine crise d’ado, comme je ne suis qu’un gros con riche et prétentieux qui déteste qu’on le prenne de haut. Et oui, je profite du confort que m’offre ma situation. Pas toi, peut-être ?"


Je ne sais même pas de quoi tu parles. Tes mains, sans me lâcher, rassemblent mes poignets, ça tient dans une seule paume, mes poignets, parce que l'autre elle caresse mon visage, je me sentirais presque violée si je n'avais pas autant envie de te mordre, et de te montrer que moi aussi je suis en colère, si en colère. Lâche moi, PUTAIN LACHE MOI. Je ne suis pas un jouet, je ne suis pas un jouet, je ne suis pas un jouet, je ne suis pas un...

"Dis-moi ce que ça fait, de se retrouver piégée, comme ça, contre moi… ? De ne rien pouvoir faire ?"


Sa main touche mon cou, dans un frôlement que je jugerais presque dégueulasse mais qui provoque chez moi un frisson de la nuque jusqu'au bas de mon dos, comme ça violemment, sans que j'aie la moindre occasion de me débattre parce que tu me fais mal, en bas, tu me fais mal avec tes putains de mains, tu me fais mal avec ta bouche, mal avec ta voix. Mes yeux ne trahissent plus qu'une peur sans nom, mais j'essaie de me redonner nue certaine contenance, pour te montrer que non, non tu ne pourras pas jouer avec moi comme ça.

"Dis-moi que t’es en rogne…"

"Va te faire foutre. Lâche-moi ou je te jure que je vais tellement hurler que tout le lycée saura ce que tu fais."

C'est dit avec froideur, un petit peu de haine aussi, une once de colère qui grandit et enfle dans mes veines, comme ça, un peu trop. J'en ai marre, je ne veux plus, je ne veux plus que tu me touches, je ne te connais pas et tu es près, trop près bien trop près pour que je puisse t'envoyer mon genou dans les parties. J'ai peur. J'AI. PEUR.

"Tu m’agaces profondément. Mais je sais pas pourquoi, j’ai envie de toi. Probablement parce que tu as raison. Et que j’ai envie de t’entendre crier autre chose que des horreurs… Qu’est-ce que tu es compliquée et tellement bandante…"

Je vais me faire violer. C'est le premier truc qui me passe par la tête et sa bouche frôlant mon cou m'arrache un petit cri de bête prise au piège, parce que j'ai envie de pleurer, de pleurer, de crier et de te frapper, te frapper si fort que tu en crèves, parce que je te déteste, je te déteste toi et ton corps un peu trop grand, toi et tes yeux qui brillent d'une lueur farouche, toi et les frissons que tu me provoques, peur ou quelque chose d'autre ? Je n'en ai aucune idée. J'ai trop bu, trop fumé, je suis incapable de me défendre, incapable de faire le moindre geste pour m'enfuir en courant et hurler au viol. Ma menace n'a fait strictement aucun effet. Je voudrais disparaître, claquer des doigts et m'enfuir, juste m'enfuir, mourir, juste mourir, quelque part dans un trou noir mais je ne peux pas, parce que tu ne me laisses pas une seule seconde de répit. Tes lèvres, elles avalent les miennes comme ça, avec une douceur qui me ferait presque crier de surprise. Parce que tes mains ont lâché mes poignets, parce que ton baiser c'est une supplique maquillée, et même si au départ je me débats pour m'enfuir, tu me tiens trop fermement, beaucoup trop fermement, et tes lèvres elles sont douces, trop douces, beaucoup trop douces pour que je puisse m'épargner quelconque fuite, parce que mon cerveau vient de s'éteindre, parce que ma bouche vient de bouger contre la tienne. J'en ai besoin je crois. Parce que l'alcool fait son effet et que mon corps réclame maintenant un dû. Il y a tes mains posées sur mes hanches, il y a ta bouche qui me torture, il y a moi, moi qui ais du mal à respirer sous la pression de ce baiser, moi qui cherche de l'air, les mains agrippées à tes épaules un peu comme une bouée à la mer, parce qu'on va peut-être faire passer la colère autrement, on peut la combattre d'une autre façon, tu en dis quoi ?

Tu sembles avoir très bien compris de quoi je parle parce que tes mains arrêtent de rester fixes sur un point, tes pouces caressent, comme ça lentement en jetant des sorts, ta peau elle s'anime parce que mes mains ont attrapé ta nuque et passent dans tes cheveux, ton corps il bouge parce que je crois qu'on ne sait même pas, toi et moi, ce qu'on est en train de faire. Il y a juste deux personnes, là contre ce mur, qui semblent avoir perdu leur souffle au profit d'une apnée buccale incroyable, la peau contre la peau, ton épiderme bronzé contre le mien, blanc, pâle si pâle et si mon visage pleure, si mes yeux se mouillent parce que j'ai encore peur, mes hanches se plaquent un peu plus fort contre les tiennes comme un appel, un douloureux appel, un appel qui ne souffre d'aucune contradiction, si tu me veux tu m'auras, mais c'est à tes risques et périls parce que je ne suis pas quelqu'un qui se laisse faire, tu le comprendras. Si tu veux faire passer la haine comme ça, allons-y alors, même si entre deux baisers s'échappe quelque chose comme une phrase murmurée, mon souffle contre le tien, légèrement court, ce souffle, cette peur qui s'envole, presque, maintenant.

"Tu me le paieras."
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Mer 20 Aoû - 14:18

- Parce que toi, c'est en buvant et en fumant que tu te bats ?


Je ne sais pas quel est le sentiment qui m’envahit le plus à cet instant précis. La rage ? C’est vrai qu’elle me met sacrément en boule, cette petite chose agaçante et agressive. Je ne me rappelle pas de la dernière fois que j’ai été autant en colère. Peut-être que c’était quand on avait rayé ma nouvelle voiture sur le parking ? Ou quand Keziah avait couché avec Curtis, qui s’était empressé de s’en vanter devant nous au bal de promo ? Quand je m’étais rendu compte qu’une seule soirée avait suffit pour briser ma vie, probablement. Cette sensation de brûlure chaude et glaciale se répand dans mon ventre et gonfle, gonfle… Etait-ce de la tristesse ? Parce qu’au fond, je sais bien que je peux hurler, pleurer, devenir hystérique mais ma vie restera la même, minable et grise… La distance qui me sépare de mes pairs me ronge, mais je ne veux pas leur infliger le spectacle de mon auto-flagellation constante. Les regarder dans les yeux et oser leur dire « Je me déteste. Cette vie, je la déteste. Je veux que tout s’arrête »… S’avouer vaincu, à terre. C’était probablement ça. Ou bien de la honte ? Et dire que j’avais eu la chance de vivre un rêve éveillé et que je l’ai gâché bêtement pour quelques instants de plaisir éphémère… Moi qui ai connu la rue, ses recoins gelés et la faim qui vous tiraille au point que vous délirez… Elle n’a pas tort. Je suis en colère, abîmé, en plein conflit avec moi-même mais en plus je me permets de me plaindre du sort que je me suis infligé. Je suis juste pitoyable. Et boire n’est clairement pas la solution, mais entre la douleur, la peine… je me sens à terre, plus que jamais. Et j’ai envie, inconsciemment, que tout s’arrête pour moi. Le coma, la mort… Quoi que ce soit, je veux qu’on me libère. Mais je n’ose pas formuler ça. Je préfère dire à une bouteille qu’elle est la femme de ma vie, c’est moins difficile.
Je me tourne vers elle, lentement, parce que les flammes qui caressent mon ventre remontent trop vite à mon goût. Elle est debout, face à moi, agressive, les yeux brûlants. Sa posture montre sa force et sa colère. Elle aussi à l’air de sentir la même douleur que moi. Une rage incomparable. Je veux lui hurler dessus, lui dire qu’elle n’est rien qu’une fille stupide, agressive, mal baisée. Mais au fond, je sais que c’est faux. Elle me renvoie un reflet de moi-même : brisée, anéantie, sans espoir. Je fais un pas, presque mécanique. Je la regarde en espérant qu’elle s’arrête de me dire tout ça. Mais je n’ose pas prononcer un mot. Ai-je vraiment envie d’entendre ce qu’elle a à me dire ? Je ferme les yeux et serre les mâchoires. Et ça continue.

- Tu dis que tu pourrais te passer d'argent, mais tu mens, tu mens effrontément, parce que tu pourras jamais. Si tu as connu la pauvreté tu ne voudras jamais y revenir. Bien sûr que tu profites du système, ta blessure n'est qu'un prétexte.


As-tu seulement conscience que ce que tu me dis peut s’appliquer à ta petite personne ? Toi aussi, tu ne pourras pas te passer de la richesse, celle qui te fait croire que tu es capable de tout. Tu veux devenir plus intéressante, plus profonde que tes parents, mais au fond tu te noies dans le même merdier qu’eux. Sauf que tu n’es pas encore lobotomisée comme eux. Toi aussi tu te mens, en te disant que tu ne leur ressembles pas. Toi aussi tu profites des faiblesses de ta vie pour te plaindre d’eux, d’avoir une raison de te battre. Une autre raison que toi-même. Parce que si tu le voulais vraiment, tu existerais non pas pour être « mieux » qu’eux, mais pour devenir « toi ». Libre de toutes ces tragédies, toutes ces colères que tu t’infliges. Oui, si tu le voulais seulement. Mais tu es comme moi : tu ne t’en sens pas capable. Parce que si je le voulais vraiment, j’apprendrais à vivre avec ma blessure. J’apprendrais à devenir quelqu’un de bien. Mais qui peut me juger ? Qui peut nous juger ?

-Moi j'ai aucune passion, rien qui me motive si ce n'est le besoin d'être plus intelligente que mes CONSANGUINS de parents, et toi ?! Tu as quoi toi ? Parce que tu as perdu le foot tu picoles et tu fumes, alors que toi aussi, tu pourrais bouger un peu ton cul et trouver autre chose à faire ? Ne me donne pas de leçons mec, parce que tu n'en as aucune à donner. Je te connais depuis une heure à peine et je sais déjà que tu déconnes complètement... J'assume ma bêtise, complètement. Mais tu vois, ce qui m'énerve avec toi c'est que toi aussi tu déconnes. Et pourtant tu crois être dans le bien.


J’ouvre les yeux et te regarde, petite chose énervée. Tu es complètement bouffée par les flammes, comme moi désormais. Tu es furax, et c’est de ma faute. Pourquoi, pourquoi moi ? Question difficile, réponse facile. Tu me regardes et tu te dis « Il est comme moi, fixé sur des conneries pour pouvoir boire et fumer avec de bonnes excuses bidons ». Toi c’est tes abrutis de parents, moi ma jambe handicapée. Oui, je pourrais bien bouger mon cul, mais là, tout de suite j’ai envie de botter le tien. Heureusement, le tort est partagé puisque je t’énerve autant que tu m’agaces. Je fais un pas de plus, et un autre. Je te fais face. Tu es près du mur qui se trouve contre l’escalier. Tu ne peux pas avancer, ni reculer. Je viens de te mettre au piège, te défiant du haut de mon mètre 90. Tu n’es pas bien grande comparée à moi, ma belle, mais tu as un corps de déesse. Un ventre plat, des bras fins, et une belle poitrine… Je te regarde, sans un mot, et te vois enfin. Derrière l’apparence de marque, des chaussures et du sac qui coûtent bonbon, une belle femme se dessine. Des traits fins, une peau de rêve dans laquelle brillent les deux perles magnifiques que sont tes yeux. Des cheveux sublimes, qui tombent sur ses épaules en cascade. Le rêve de tout homme. Et pourtant, quand je la regarde, je suis dans une colère noire. Aussi belle qu’elle puisse être, elle me rend fou. Fou de colère. Je m’approche encore, la forçant à se rapprocher du mur. Elle m’énerve tellement. La fixant droit dans les yeux, j’agrippe ses poignets et la plaque d’un coup contre le mur. Je bloque son bassin de ma hanche, mon torse contre le sien. Elle ne peut plus bouger, je peux lui faire vraiment mal si je le veux.

- Oui, je déconne complètement. Et toi aussi. Tu n’es qu’une gamine blindée de thunes en colère, en pleine crise d’ado, comme je ne suis qu’un gros con riche et prétentieux qui déteste qu’on le prenne de haut. Et oui, je profite du confort que m’offre ma situation. Pas toi, peut-être ? (Je prends ses deux petites mains dans la mienne et effleure son visage de mon autre main) Dis-moi ce que ça fait, de se retrouver piégée, comme ça, contre moi… ? De ne rien pouvoir faire ? (J’effleure son cou et chuchote à son oreille) Dis-moi que t’es en rogne…


HRP : Je continue en spoiler, ce que je dis après un peu trash, même s'il ne se passe rien de grave lol ! J'espère que ça te plaira malgré tout, j'avais envie de mettre Zac vraiment en colère, et il réagit très violemment quand il se sent mal...

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Jeu 31 Juil - 13:06

Il m'écoute parler, silencieux, et pourtant je sens que son regard s'assombrit, qu'il y a quelque chose, là, qui s'échappe et qui s'en va, l'espoir peut-être ou quelque chose de plus fou, de plus désordonné. Parce visiblement je l'ai énervé, et c'était peu-être un petit peu ce que je voulais, non ? L'énerver. Le foutre tellement en rogne qu'il refuserait de me parler, pour passer le reste de ma soirée seule, oubliant un instant que si je ne suis pas renvoyée c'est grâce à lui. Tu sais comment on appelle ça ? Un tempérament égoïste. Je l'ai toujours été. Je l'assume totalement, tu vois ? Ne me regarde pas comme ça, ça ne sert à rien. Je sais que j'ai raison. Que le fric a eu raison de toi comme une gangrène, parce que peu importe si tu as connu autre chose, le résultat est là. Tu as foutu ta vie en l'air pour une question de plaisir, de quelque plaisir seulement. Jusqu'à une barrière, jusqu'à ce que ça se finisse. Tu peux me jeter le regard courroucé, si tu veux, mais moi je sais que ce que j'ai dit, ça tient la route, je sais pourquoi tu as si mal, pourquoi ta jambe ne te permettra plus jamais de courir, pourquoi tu fumes, tu bois, pourquoi tu essayes d'expier tes fautes par des châtiments qui te détruisent, corps et âme. Et pourtant tu te rebiffes, parce que la vérité n'est jamais bonne à entendre, et je comprends. Mes doigts battent la mesure sur la bouteille de téquila, l'alcool réchauffe mon esprit. Parce que je sais que j'ai dit tout ça parce que j'ai un peu trop bu. Et j'ai trouvé le moyen d'énerver un type qui aurait pu être mon pote, que demander de mieux ?

" Tu sais quoi ? Oui, je pourrais donner tout ce fric inutile pour aller connaître ce que tu appelles la « vraie vie ». Parce que oui, peut-être que toi, tu es née avec du fric à t’en éclater le cerveau, peut-être que tu n’as jamais rêvé parce que tu as toujours tout eu avant même que tu ne le désires. Mais c’est pas le cas de tout le monde."

Menteur. Foutu menteur. Une fois qu'on a goûté à l'argent on ne peut plus revenir en arrière. Je te jette un regard sévère, parce que tu te mens à toi-même, effrontément, et c'est un véritable scandale. Tu vois, c'est surtout parce que tu l'as gagné, tout ça, que tu ne pourra jamais t'en séparer. C'est parce que ton monde a lévité autour d'un besoin, l'argent, que maintenant que tu en as tu ne pourras plus jamais le quitter.

"Tu sais pourquoi j’aime le foot ? Parce que j’étais fort, doué. Parce que je pouvais tout contrôler. Pas comme quand j’étais gosse et que je devais regarder mon enfoiré de beau-père battre comme plâtre ma mère."


Ah, d'accord. Il se lève. Il me surplombe. ça me plait bien, en quelque sorte mais je n'ai pas envie de le lui dire. Parce que. C'est comme ça. Il veut jouer avec ses nerfs pour pouvoir les passer sur moi, déverser sa rage à l'idée qu'il a eu une vie de merde, sauvée par l'argent. Sauf que c'est ta vie de merde qui continue, tu vois ? Elle continue encore. Tu as brisé ton corps à cause des billets de banque. ça aurait dû te servir de leçon mais tu ne fais que te morfondre. Tu culpabilises parce que tu as été un enfant impuissant, sans te rendre compte que c'est ta mère qui aurait dû te protéger de ça. Mais elle n'a rien fait, si ? Est-ce qu'elle t'a protégé ?

"Tu penses savoir ce que c’est, la vraie vie ? Tu crois que tu sais ce que c’est, de passer quelques années à dormir dans un carton avec ton petit frère, de manger dans les poubelles ou de faire la manche ? Ce dont j’étais le plus fier ? Avoir volé des vêtements. Et ma mère a voulu qu’on les rende. Alors oui, par la suite on a eu de la chance. Mais c’est le foot qui m’a permis de devenir la personne que je suis."

Non Zac, je ne sais pas ce que c'est, la vraie vie. Je ne l'ai jamais su. J'ai vécu dans une prison dorée pendant dix-huit ans, avec plus d'argent que le PIB d'un pays du Tiers Monde. Et alors ? Je n'ai jamais eu la prétention de dire que je connaissais toute autre vie que la mienne. A part celle d'Arsène. Mon Arsène, mon rieur qui est parti de rien et qui rit quand même. Il me manque, mon saltimbanque. Et toi tu m'énerves, à te plaindre, geindre, et te plaindre encore, parce que la seule bonne action que je te vois faire c'est boire et fumer, comment peux-tu avoir la prétention de penser que tu m'es supérieur ? Mais ça continue. Allez mon gros bébé. Apparemment tu en as gros sur la patate.

"L’argent a peut-être été la cause de toute cette merde, oui. Mais j’ai perdu ce que j’avais de plus précieux, ce qui m’a sorti de toute cette merde : ma passion. Tu peux en dire autant ? Tu crois sérieusement que je vais me laisser faire par la vie, et empocher ce fric pour être tranquille ? Je suis pas ce genre de gars. Tu crois que j’ai aucune raison de boire ? Allons donc. Je suis malheureux parce que ma mère a perdu toute fierté pour son fils, qui a gâché toutes les chances pour quelques moments de fun !"

Mais SI, tu as perdu toute ta fierté, tu as tout perdu ! Et tu n'as aucune raison de boire, mec aucune, comme moi je n'en ai pas parce que c'est pas la solution, espèce de couillon. Tu vocifères et tu t'énerves, mais ce que tu ignores c'est que j'ai envie de me foutre de ta gueule. Tu l'empoches, ce fric, et tu crois que tu as tout gâché alors que les solutions existent. Mais tu ne les vois pas parce que tu es UN GROS CON. Comme moi.

"Si tu crois que la vie est chiante, alors arrête de te laisser et bats-toi, putain !"

Il tourne les talons mais déjà ma voix a retenti dans le noir. Parce que tu n'as aucune logique, aucune tu comprends, ça ? Je suis en colère et amusée, c'est une drôle de combinaison. Parce que tu te contredis, tellement.

"Parce que toi, c'est en buvant et en fumant que tu te bats ?"


Je me lève, à mon tour, mes talons claquent. Tu t'es tourné à nouveau vers moi, tes yeux lancent des éclairs, les miens aussi. Tu sais, j'ai toujours été du genre directe. Pas trop le type de gonzesse qui s'attendrit au moindre petit bobo. Je suis une brute, sous une enveloppe charnelle à tomber par terre. Tu l'as sans doute compris.

"Tu dis que tu pourrais te passer d'argent, mais tu mens, tu mens effrontément, parce que tu pourra jamais. Si tu as connu la pauvreté tu ne voudra jamais y revenir. Bien sûr que tu profites du système, ta blessure n'est qu'un prétexte."


Oui, parce que tu fous ta vie en l'air, d'accord, mais et alors ? Ne viens pas me donner des conseils quand tu n'es pas capable de les respecter pour toi-même.

"Moi j'ai aucune passion, rien qui me motive si ce n'est le besoin d'être plus intelligente que mes CONSANGUINS de parents, et toi ?! Tu as quoi toi ? Parce que tu as perdu le foot tu picoles et tu fumes, alors que toi aussi, tu pourrais bouger un peu ton cul et trouver autre chose à faire ? Ne me donne pas de leçons mec, parce que tu n'en as aucune à donner. Je te connais depuis une heure à peine et je sais déjà que tu déconnes complètement."


Tu m'énerves. Mais je crois que je t'adore.

"J'assume ma bêtise, complètement. Mais tu vois, ce qui m'énerve avec toi c'est que toi aussi tu déconnes. Et pourtant tu crois être dans le bien."
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Mer 30 Juil - 13:44

Je n’ai jamais été très bavard, comme garçon. Vous pouvez demander à ma mère, elle a longtemps bataillé pour que je parle, que je demande les choses au lieu de me servir constamment moi-même. Mais quel était l’intérêt de parler, de prendre le risque qu’on me dise non, alors que j’étais assez débrouillard pour obtenir ce que je voulais de toute façon ? Non pas que parler me gêne ou quoi que ce soit, mais je n’en vois pas le but. De toute façon, personne n’écoute un enfant qui parle, surtout quand le beau-père est trop occupé à picoler et la maman trop pressée de le satisfaire pour ne pas se prendre une baffe. Le seul qui écoutait vraiment, parce qu’il ne savait pas encore parler, c’était Liam. Mon petit bébé sourire, comme je l’appelais. Mais il n’a plus souri depuis ses deux ans. Et il ne parle pas. Contrairement à moi qui me force, lui ne parle jamais. Certains trouvent ça agaçant, moi je trouve ça gentil, parce qu’il préfère écouter les autres plutôt que de les noyer sous des flots d’informations. Alors je lui racontais des histoires, des chevaliers qui tuent des dragons et sauvent des princesses, des cowboys qui se battaient au Far West… Et il me regardait, plein d’attention, dans un silence impénétrable. Oui, nous n’avons jamais été très bavards. J’avais pu m’intégrer en grandissant parce qu’une fois encore, je m’étais forcé. Mais ce que j’aime chez mon frère, c’est qu’il n’a jamais changé. Il est resté authentique, et toujours aussi mystérieux. Et si vous pensez que c’est une attitude asociale, vous seriez surpris de voir à quel point un homme silencieux, attentif, attire les autres. Parce qu’ils savent qu’ils peuvent parler de tout, de leurs secrets, car ils resteront bien à l’abri. Malgré tout, difficile de trouver quelqu’un qui aime ça au point de tomber amoureux. Parce que les disputes sont stériles, vu qu’il n’a pas de répondant. Et quand j’écoutais Héra déballer ses soucis avec sa famille, je me disais que d’une certaine manière, je comprenais Liam. Parce que se taire, juste écouter et savourer les paroles des autres sans y prendre part, c’est tellement plus facile que de se livrer et de subir leur avis. Mais comme on fait son lit, on se couche, n’est-ce pas ?...

Je commence à tout doucement sentir mes muscles se détendre. Cannabis, mon ami. Je suis tendu comme un string, depuis quelques temps. Je me sens tiraillé par mon passé, mon présent et surtout mon futur incertain. J’avais longuement réfléchi, allongé sur mon lit d’hôpital, en rééducation, ou même en arrivant à Wynwood, mais rien. Pas une seule idée sur mon projet de vie. Mes parents avaient essayé de me secouer, de me hurler dessus, de me forcer à prendre une décision, ils avaient même essayé d’être gentils et compatissants. Et si j’avais choisi des options pour l’université, ce qui m’avait pris du temps, le fait de redoubler m’a fait douter sérieusement de mes capacités. Comment faire ? Je n’avais jamais été doué en rien, je ne suis pas manuel, juste physique, et le physique ne me réussit pas tant que ça ces derniers temps. Je sais qu’une des conditions de mon héritage dépendent de mon futur travail : pas d’héritage tant que je n’ai pas de travail stable et moins de 30 ans. Mais je n’ai même pas envie de ce fric. C’est toute cette merde vendue en boîte, ce rêve de thunes à la con qui m’a envoyé à l’hôpital. Si j’étais resté dans la rue, j’aurais pu trouver un job, ne pas gagner des millions mais juste assez pour vivre, et je n’aurais pas eu de voiture ou d’alcool. Je serais resté moi, le fils débrouillard de ma mère, pas cette déception ambulante sur une patte et demie. J’aurais voulu que ma mère ne rencontre jamais Chris, d’une certaine façon. Même si, au moins, avec lui elle ne souffre pas de violences, d’adultère et autres. Quel égoïste. Je reproche à tout le monde d’avoir gâché ma vie, mais j’en suis le seul responsable. Et les accusations d’Héra, blessantes, me le prouvent. J’ai tellement l’habitude qu’on me donne ce que je veux que j’ai oublié ce que c’est d’avoir besoin de s’accomplir. Je ne suis pas paresseux, bien au contraire, mais j’ai tout simplement perdu le goût des choses simples de mon existence dans la rue. Et ça fout une claque.

- Tu veux savoir pourquoi on va s’en sortir toi et moi, l’Australien ? Parce qu’on a de l’oseille. Ça s’arrête là. Qu’est-ce que tu peux en avoir à faire d’une carrière de footballeur professionnel alors que tu as suffisamment d’argent pour boire, fumer et baiser jusqu’à la fin de tes jours ?


L’Australien. C’est bizarre, depuis que je suis à Miami, personne ne m’a donné de surnom. Si, Kath, quand on a… Bref, le grand méchant loup est mon seul surnom. L’Australien… Ca fait sea, sex and sun, comme surnom. J’adore. Mais je ne vais pas lui dire, sinon elle va me faire une danse de la victoire ou me gueuler dessus. Parce qu’elle le fait sans honte, me gueuler dessus comme un pauvre truc dégueulasse. En soi, je peux le comprendre et l’assumer. Elle n’a pas tort, je suis un pourri. J’ai risqué une vie de rêve juste pour m’éclater un peu. C’est ça, avoir du fric. On devient égoïste, égocentrique au possible. Je ne suis pas différent des autres. Je suis bien pire. Parce qu’après tout ça, tout ce que j’ai causé, je me permets de ruminer chaque jour. Mais il y a une chose pour laquelle elle a tort : le foot. C’était la seule chose honnête et sérieuse que j’ai faite de ma vie. Pendant ma courte carrière, j’ai limité alcool et drogues pour ne pas altérer mes performances. Je me suis entraîné avec sérieux, sans stéroïdes ou autres produits dopants. Je me suis donné à fond parce que je prenais mon pied à le faire. Alors toi, Héra, tu considères qu’on peut vivre sans sa passion ?

- C’est comme moi, mes parents sont loin d’avoir inventés l’eau chaude, et je n’arrive pas à avoir d’aussi bonnes notes que je le voudrais. Ça me demande deux fois plus de boulot que les autres pour arriver au même résultat. Mais j’ai de l’argent. J’aurais jamais besoin de bosser, les autres le font à ma place. Tu comprends ce que je veux dire ? Tout ça pour dire qu’on est là à se plaindre de notre sort… Alors que nous on crève pas de faim. Tu sens la différence ? On a même pas de vœu à faire. Le fric les réalisera pour nous. Et le pire, c’est qu’on a pas le droit d’être malheureux. Avoue-le, tu serais capable de donner tout ton fric et toutes tes richesses comme ça, pour connaitre la vraie vie, celle où tu devras te salir un peu les mains pour gagner ta vie ? Tu en serais capable ?

- Tu sais quoi ? (Je me tournai vers elle, un peu vexé) Oui, je pourrais donner tout ce fric inutile pour aller connaître ce que tu appelles la « vraie vie ». Parce que oui, peut-être que toi, tu es née avec du fric à t’en éclater le cerveau, peut-être que tu n’as jamais rêvé parce que tu as toujours tout eu avant même que tu ne le désires. Mais c’est pas le cas de tout le monde. Tu sais pourquoi j’aime le foot ? Parce que j’étais fort, doué. Parce que je pouvais tout contrôler. Pas comme quand j’étais gosse et que je devais regarder mon enfoiré de beau-père battre comme plâtre ma mère. (Je me levais) Tu penses savoir ce que c’est, la vraie vie ? Tu crois que tu sais ce que c’est, de passer quelques années à dormir dans un carton avec ton petit frère, de manger dans les poubelles ou de faire la manche ? Ce dont j’étais le plus fier ? Avoir volé des vêtements. Et ma mère a voulu qu’on les rende. Alors oui, par la suite on a eu de la chance. Mais c’est le foot qui m’a permis de devenir la personne que je suis. L’argent a peut-être été la cause de toute cette merde, oui. Mais j’ai perdu ce que j’avais de plus précieux, ce qui m’a sorti de toute cette merde : ma passion. Tu peux en dire autant ? Tu crois sérieusement que je vais me laisser faire par la vie, et empocher ce fric pour être tranquille ? Je suis pas ce genre de gars. Tu crois que j’ai aucune raison de boire ? Allons donc. Je suis malheureux parce que ma mère a perdu toute fierté pour son fils, qui a gâché toutes les chances pour quelques moments de fun ! Si tu crois que la vie est chiante, alors arrête de te laisser et bats-toi, putain !


J’avais gueulé, mais j’étais en rage. J’aimais bien son caractère et son franc-parler, mais elle avait touché une corde sensible. J’avais connu le froid, la peur, la violence. Plus jamais, jamais je ne laisserai quelqu’un m’y replonger de force. Je commençai à tourner le dos, mon sac sur l’épaule. Si elle me retenait, tant mieux, sinon elle pouvait toujours passer la soirée seule.
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Dim 27 Juil - 14:34

Tu sais, parfois je ne comprends pas pourquoi les gens sont si étranges.

J’adore Pascal. Blaise Pascal, c’est un homme qui a tout compris, religion mise de côté évidemment. Quand je t’écoute, l’Australien, je m’en rends compte. Tu vois, ce type explique que le commun des mortel a besoin d’une occupation. Qui peut rester allongé sur son lit à ne strictement rien faire par des journées entière ? On a besoin d’action. Certains plus que d’autres. J’adore le frisson. Mais toi sans doute plus que moi, et ton regard rongé par la honte en dit long. Je te détaille un peu plus, parce que ça m’intrigue et ça m’énerve, tout ça, tous ces conseils qu’on se donne alors qu’on ne se connait même pas. Tu trouves ça normal, toi ? Tu trouves ça habituel parce que tu as passé tes journées dans l’insouciance d’une jeunesse qui fuyait la réalité matérielle des choses, celle qui empêche le commun des mortels de se bourrer la gueule avec du champagne à dix mille dollards la bouteille, celle qui évite la folie au profit d’une autre, que nous deux ne connaissons pas. Parce qu’on a vécu plus loin que les autres, on a vécu dans une vie parallèle, tu comprends ? Une vie de rêve, régie par l’argent qu’on jetait par les fenêtres comme les nuages des gouttes de pluie. Sans se rendre compte qu’il y a des gens qui crèvent la gueule ouverte, parce qu’on s’en fout complètement toi et moi, on ne pense qu’à ce qu’on pourra s’offrir si on gagne un peu plus d’argent. C’est un comportement à vomir mais il est bien là, bien réel. On est des salauds, tu le sais ça ? Non tu ne le sais pas, parce que ton seul regret c’est de n’avoir pu tourner le volant à temps, ton seul regret c’est d’avoir foutu toute ta vie en l’air pour quelques secondes d’évasion dans un monde, ailleurs. Ça m’énerve, clairement. Parce que je suis de cette race là. Cette race de gens qui sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche et qui ne se rend pas compte de la chance qu’elle a. Oh bordel il faut que je roule. Ce coup-ci je ne mets même pas de tabac dans le joint, un pur, allez. Parce que là on en a besoin, parce qu’on se la joue Caliméro alors qu’on a aucune raison de le faire, parce qu’on a de l’ARGENT. Et c’est l’argent qui régit le monde, l’argent qui contrôle tout.

L’odeur du cannabis calme peu à peu les noires pensées qui me rongent. Parce qu’il faut que je me calme, il n’y est pour rien lui. Au contraire, il m’a sauvé la mise, alors autant essayer d’être agréable. Il me regard avec un air penaud, comme si c’était moi qu’il avait manqué de tuer dans cette voiture. Il dit qu’il ne sait pas ce qu’il pourra faire de sa vie. Mais tu vois moi je sais ce que tu vas faire. Il n’est pas question de foot US ou de quoi que ce soit d’autre, parce que certes, t’as plus tes jambes, mais il y a plein de trucs que tu as, dont un atout non négligeable, la valeur pécunière de ta famille, tout simplement. Et pour moi c’est pareil. Je comprends la « populace » qui hurle après les footballeurs, après les mannequins parce que ces salopards se font des millions d’euros pour courir comme des abrutis derrière un ballon. Mais à la dernière personne qui m’a dit cela, je lui ai répondu un truc simple. La coupe du monde, tu la regarde, non, connard ? Tu es devant ta télé à participer à ce scandale, parce que tu adores ça, avec ton gros bide plein de bière, regarder des gens courir à ta place. Alors ne t’étonne pas si ces thunes tombent dans leur poche. Eteins ta télé quand le match passe, et là tu auras une bonne raison de râler.

Nous on est un peu pareil que ce genre de personne qui passe son temps à gueuler. Parce qu’on a tout mais qu’on est malheureux, est-ce que c’est normal ? Tu sais que dans les pays d’Afrique la dépression elle n’existe pas ? La dépression c’est une maladie de riches. Parce que là-bas ils se soucient d’avantage du manque d’eau, de bouffe, des guerres et des massacres, et au milieu de toute cette merde ils n’ont pas le temps de faire des dépressions nerveuses. A l’inverse, au japon les gens se suicident pour éviter le déshonneur. Ben allez-y les mecs, je vous y invite. Parce que pour avoir une idée pareille il ne fallait pas avoir de cervelle à la base. Quoi, intolérante, moi ? Non, je suis bourrée, j’ai l’esprit échauffé par la colère, par le dégoût de moi-même. Alors je préfère cracher sur les autres, tout simplement. Je suis en colère contre le monde entier. J’allume un nouveau joint, parce qu’il faut que je me mette mal ce soir, tant pis, je dormirai dehors cela n’a pas d’importance. Je fais un rond avec ma fumée, la tête rejetée en arrière. Il est toujours étendu contre les marches et j’essaie de m’imaginer. Ce qu’il y a sous ce futal, comment elles sont tes cicatrices ? Elles ressemblent à quoi ? Et ça t’a fait mal, dis-moi ? Tu as eu très mal ? Est-ce que ça fait des zigzags, est-ce que ça te donne l’air d’un guerrier ? Ou est-ce que ce ne sont que les marques grandissantes de ta honte et de ta dégénérescence, sale gosse de riche ? Nous partageons ça, toi et moi hein. On est des ordures, des putains d’ordures. Y’a qu’à voir comme on emmerde la loi, comme on emmerde le monde. Je suis quelqu’un qui a toujours cherché un chemin, mais qui ne l’a jamais trouvé. Qui a toujours cherché un moyen d’expier une faute que j’ai commise très tôt ; naître. Et surtout naître riche.

« Tu veux savoir pourquoi on va s’en sortir toi et moi, l’Australien ? Parce qu’on a de l’oseille. Ça s’arrête là. Qu’est-ce que tu peux en avoir à faire d’une carrière de footballeur professionnel alors que tu as suffisamment d’argent pour boire, fumer et baiser jusqu’à la fin de tes jours ? »


Oui, je sais, c’est gratuit, c’est désabusé, c’est un abandon total des charges mais j’en ai marre de nous entendre nous plaindre alors qu’on fait partie des personnes les plus heureuses du monde, je commence à m’en rendre compte. Même si pour l’instant ce n’est qu’à l’état de prise de conscience.

« C’est comme moi, mes parents sont loins d’avoir inventés l’eau chaude, et je n’arrive pas à avoir d’aussi bonnes notes que je le voudrais. Ça me demande deux fois plus de boulot que les autres pour arriver au même résultat. Mais j’ai de l’argent. J’aurais jamais besoin de bosser, les autres le font à ma place. Tu comprends ce que je veux dire ? »

Je tire sur le joint, bois une nouvelle rasade de téquila. Je commence à me sentir franchement mal. Et je parle un peu trop pour être honnête.

« Tout ça pour dire qu’on est là à se plaindre de notre sort… Alors que nous on crève pas de faim. Tu sens la différence ? On a même pas de vœu à faire. Le fric les réalisera pour nous. Et le pire, c’est qu’on a pas le droit d’être malheureux. Avoue-le, tu serais capable de donner tout ton fric et toutes tes richesses comme ça, pour connaitre la vraie vie, celle où tu devras te salir un peu les mains pour gagner ta vie ? Tu en serais capable ? »
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Lun 21 Juil - 13:37

C’est difficile de revivre tout ça. Même des mois après, même si aujourd’hui on peut considérer que j’ai tourné la page d’une façon ou d’une autre, cette soirée me hante. Elle me revient en rêve, elle me revient surtout en cauchemar, creusant des rides sur mon visage, des fissures sur mon cœur déjà abîmé. Elle me laisse hors d’haleine, à bout de souffle, l’estomac au bord des lèvres. Je me repasse sans cesse les évènements de ce soir-là, essayant de me souvenir de toutes les choses qui ont pu se passer. Comment étais-je arrivé jusqu’au bar ? Où avais-je rencontré cette nana ? Comment s’appelait-elle déjà ? Mon cerveau m’envoyait de temps à autre une bribe de souvenir, comme une onde de choc qui me secouait le cerveau, qui me donnait envie de vomir. Mon corps chancelait, je manquais m’évanouir sous la pression. Je ne me rappelais que un demi nom de bar, Jumbo… Jumbo quelque chose, mais impossible de me souvenir. C’était le soir de la saint-Valentin, je me souvenais avoir acheté une rose à ma conquête. Etait-elle brune, blonde, je n’en savais rien. Je sentais encore la chaleur du whisky au fond de ma gorge, mes lèvres sur son cou… Je ne sais pas ce qu’on a fait, ce que je voulais faire, ni pourquoi j’avais pris cette voiture. Je me rappelais vaguement la sensation qui s’était emparée de moi quand mon corps avait volé dans la voiture qui faisait des tonneaux. Le choc. Le blanc. Les murs de l’hôpital. Je frissonnais encore à cette pensée. Tout mon être, depuis ce jour-là, aspirait à une paix que je ne trouverai probablement jamais. Entre la douleur, la colère, toutes ces émotions douloureuses et diffuses qui me poussaient à me détester encore plus chaque jour, à m’éloigner des autres et surtout des gens que j’aime. Je suis détruit, tout simplement. Et pour ceux qui m’ont connu heureux, joyeux, drôle, sympathique… C’était perdre un ami précieux, un amant tendre, un frère adorable. Je le lisais dans leurs yeux. J’avais fui Sydney pour éviter leurs regards, mais le plus dur était de croiser le regard de celui qui croyait le plus en mes capacités… dans le miroir tous les jours. Je pouvais déjà voir l’effet de l’accident sur mon corps, et pas qu’à cause des cicatrices. Des rides se sont creusées entre mes deux yeux et sur mon front, mon teint est devenu gris, cireux et mon corps semble trop grand pour ce qui l’abrite. Et ce n’est que le début d’une longue vie, beaucoup trop longue à mes yeux.

Quand elle écoute mon récit, Héra se crispe. Je connais cette réaction, ce n’est pas la première fois (ni la dernière j’en suis certain) que je la vois. Elle semble presque désespérée, la bouteille à la main et le joint dans l’autre. Oui, tu vois, j’ai foutu ma vie en l’air, et encore aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi. J’essaie de comprendre comment on peut en arriver là, à se foutre en l’air à 17 ans. Ma mère m’a conseillé d’aller voir un psy après l’accident, mais je n’y arrive pas. « Tu verras, mon chéri, tu auras besoin d’en parler, de faire sortir tout ça. Tu n’es encore qu’un enfant et tu devras vivre avec ce handicap pendant de longues années encore ». Oui, maman, tu as raison. Mais pour une fois, bordel, j’aimerais que tu aies tort, que ce soit faux, que demain je puisse remarcher et courir, et vivre. Que quand je me regarde, je me dise « T’es pas mal aujourd’hui » au lieu de « Ce sweat cache bien mes cicatrices, cool ». J’ai tellement de choses à faire, à accomplir avant de devenir un homme. J’ai du grandir si vite pour protéger ma mère et Liam. Les protéger des hommes violents, des massacres et des vols de la rue, du monde entier. Parce qu’ils ne sont pas seulement des membres de ma famille. Ils sont plus précieux que tout l’or du monde, plus brillants que les plus gros diamants de la Terre. Ils sont ma raison de vivre. Et pourtant… Pourtant, vivre avec eux est devenu si dur. De les regarder en souriant, alors que je suis shooté. Dire que ça va, alors que j’ai mal à en hurler. Je suis devenu quelqu’un que je ne connais pas. Qui a peur, qui a mal. Je me sens pathétique, dans ce corps qui n’est plus à moi. Et toi qui me regarde, petite blonde au regard embrumé par une peine que je ne connais pas, ou que je connais trop bien… Toi, j’aimerais te dire à quel point tu en as de la chance, de pouvoir marcher sur tes deux jolies jambes. On ne sait pas la chance qu’on a de marcher jusqu’au moment où on nous enlève ce privilège. Pour moi, même si ce n’est qu’en partie, la douleur reste insupportable. Et je te raconte ma vie, parce que je n’en ai plus rien à foutre, et parce que de toute façon, tellement de personnes sont au courant, ou du moins pensent l’être, que si tu ne l’entendais pas de ma bouche, tu le saurais par quelqu’un d’autre. C’est moche quand même, les rumeurs à la con qui peuvent circuler et vous couper la chique. Et puis de toute façon, qu’est-ce que ça change. Je suis foutu, ma vie est…

- T’es complètement con. Il n’y a pas de prévention aux US ? Si cette fille était montée avec toi, elle serait morte. En France tu aurais pu aller en prison. Si tu n’as pas de bonnes raison pour t’en mettre une derrière le gosier, tu devrais t’abstenir. Parce que tu vas faire quoi, maintenant ?

Elle m’interrompt dans mes pensées, d’un coup, comme une grosse baffe en pleine gueule, que j’accueille avec un regard surpris, un sourcil relevé. Est-ce que les Français sont toujours aussi… offensifs ? Oui, offensifs serait le mot. Mais elle n’a pas tort, je ne peux pas dire le contraire. Je suis extraordinairement con. J’avais joué avec ma vie, avec celle d’autrui, et personne ne pouvait m’ôter cette horrible réalité de la tête. Oui, je ne me souvenais peut-être pas du prénom, du visage de cette nana, mais dans d’autres circonstances, si sa tête avait explosé contre mon tableau de bord, son nom n’aurait plus quitté mon esprit. J’aurais été responsable de la mort de quelqu’un. De la fille d’un homme et d’une femme. Le bébé d’une mère et d’un père. J’aurais pu finir en prison, à me maudir jusqu’à la fin de mes jours. Et je l’aurais mérité. Même si être loin de ma mère et Liam m’aurait déchiré, parce que personne n’aurait été là pour les protéger en cas de problème. C’était pourtant si prévisible. Le petit garçon que j’avais laissé derrière moi, plein de peurs, de colère était devenu presque un homme, détruit par les mêmes frayeurs d’enfant. Ravagé par la tristesse, la douleur au quotidien. J’avais mal, tellement mal, là tout de suite. J’avais envie de m’en prendre à Héra, de lui dire ce que c’est, de sentir le cuir d’une ceinture s’abattre sur ton dos, tes jambes, tes bras… ton corps. Savoir que ça recommencera demain, même si tu es sage. Que de toute façon, tu n’es rien qu’une petite merde de bâtard. Que tu ne mérites pas de vivre. J’avais envie de lui crier combien je me déteste, et que ça justifiait toutes les bouteilles du monde. Mais la baffe que je venais de me prendre en l’entendant prononcer les mots que personne n’avait osé dire… C’était une sorte de délivrance. Je baissai les yeux, honteux, anéanti, et laissai échapper :

- Je sais. Je sais, et ça me bouffe chaque jour un peu plus. J’aurais voulu que quelque chose m’en empêche, mais je ne peux pas, c’est tout. Et de toute façon, qu’est-ce que ça change. C’est trop tard. Pour être honnête, je ne sais pas ce que je vais devenir. J’ai… j’ai pas de plan B. J’avais pas prévu que tout se finirait aussi vite. Mais je l’ai mérité.


Cette soirée s’annonçait riche en révélations…

- Tu sais ce que représente l’intelligence dans une famille riche ? Chez certains, c’est la base. On vient d’une famille brillante, on se doit d’être brillant. On va dans une école privée et on finit chef d’entreprise, ou président. Chez d’autre, on doit être beaux sur un écran de télévision, l’intelligence est superflue. On se contente de prendre des médicaments pour ne pas grossir, on renie ses enfants au profit du culte de la beauté. Je suis issue d’une de ces familles. (Je hochai la tête, compréhensif) On ne va pas se mentir, je suis belle. Et on m’a toujours fait savoir que c’était mon seul atout. Et plus le temps passe plus je crois que mes parents ont raison. Et tu vois, ça, ça m’empêche d’y penser.


Elle me tend sa fin, et je la prends sans grande conviction. Ceci explique cela. C’est vrai qu’elle est belle. Mais était-ce une raison pour ne la considérer que comme un mannequin en vitrine, et non pas comme une personne avec des sentiments, des problèmes et surtout, une âme ? Je la comprenais, en un sens. Depuis que ma mère avait épousé mon beau-père, tout n’était que faux-semblants, au milieu de réceptions à un demi-million de dollars. De belles femmes dans de somptueuses robes haute couture, anorexiques mais bien maquillées pour qu’on ne voit pas les trous dans les joues. Des femmes modèles, mères de famille, riches… Des enveloppes charnelles vides de sentiments. Tout ce que je déteste. Tout ce qui représente la « crème de la crème ». Bien loin de ma rue, de mon carton de réfrigérateur, de la soupe populaire et des poubelles miracles. Bien loin de mon idée de la vie. Mais agréable, parce qu’on n’a pas à se battre pour survivre. Les hommes sont devenus des feignants lunatiques. Je pouvais comprendre parfaitement le côté rassurant de l’alcool, qui nous rend souriant, heureux, mais rien qu’un petit peu. Un trop petit peu.

- Oui, tu es belle. Mais ce qui serait bête, et qui te rapprocherait de tes parents, serait de croire que tu ne mérites pas plus. Si tu as les capacités pour faire de grandes études, de grandes choses, fais-le. Parce que la beauté, ça se fane. Tu vieilliras. Et l’intelligence s’entretient plus sainement qu’un corps de rêve, non ? (Je souris) Si tu as assez de recul pour l’envisager comme ça, c’est que tu n’as rien en commun avec eux. A part ton ADN. Ne leur donne pas raison. Ne leur donne pas ce plaisir. Vis ta vie pour toi, pas pour eux…


J’étais mal placé pour la conseiller, avec ma vie foutue en l’air, mais au fond, ça me semblait si…évident…

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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Mer 16 Juil - 16:17

Peu de choses avaient leur place dans ma vie.

Cela pouvait se résumer à un soupir. Un seul soupir, très court, parce que j’étais née et j’avais vécu durant cette expiration. Ma vie se résumait à un soupir d’ennui, posé autour d’un coin de table mondain, de paroles ennuyeuses et dénuées de sens, comme tous ces gens savaient si bien le faire à Paris. Mon frère et moi avions vécu dans ambiance, dans ce monde qui, semblait-il, ne nous concernait pas. On ne vivait pas, on survivait. Nous étions nés avec une cuiller en argent dans la bouche, notre vie aurait pu avoir l’air d’un paradis. Mais c’était en vérité une véritable dystopie, déguisée, maquillée avec force paquets brillants et robes de soie. Si on creusait un peu plus ce palimpseste, on trouvait de la noirceur, de la douleur, des choses si ignobles qu’elle dépassaient, de loin, l’entendement humain. Comme lorsque je l’entendais vomir, là, dans le noir, lorsqu’elle pensait que personne ne l’entendait. Comme je les avais surpris, eux, dans le couloir, à se murmurer atrocités sur atrocités, des larmes de fureur brillant dans leurs yeux de grands enfants. Des gosses capricieux, voilà ce qu’ils étaient. Voilà ce qu’ils avaient toujours été. Elle m’avait abandonnée à des bras étrangers qui n’avaient été capables que d’intransigeance. Et j’avais refusé ce poids, j’avais cherché à m’échapper. J’avais presque trouvé une fin heureuse à cette fausse bonne histoire, dissimulée sous un matelas de plumes, dans une chambre d’un rose bonbon dégueulasse. Mais tu es une fille, Héra. Une FILLE. Et en noble fille, je devais chier des poneys et vomir des arcs-en-ciel. Mais j’avais choisi quelque chose de beaucoup plus dur, de beaucoup moins tendre, nettement moins féminin. Ma première cuite, je la pris à douze ans. Je devais aller jouer chez une « copine » et elle avait réussi à trouver dans la cave de son père une bouteille de Whisky de vingt ans d’âge. Nous avions bu la moitié de la bouteille à nous deux. Lorsque sa mère nous trouva, étendues dans nos vomissures, nous fîmes chacune deux jours d’hôpital. Est-ce que cela m’arrêta ? Non. Car lorsqu’elle vint me chercher, elle, ce fut seulement pour me déconseiller l’alcool, cela faisait grossir. Je la haïs à cet instant. Et jurai que plus jamais, cette femme étrange au faux sourire serait, un jour encore, ma mère. Ce fut de pire en pire. Je me mis à voler la réserve de bière de mon père. J’achetais de l’alcool sous le manteau. Car cette première fois où je connus l’alcool ne fut pas une expérience désagréable pour moi. Elle m’apprit simplement que la vie ne se résumait pas à des caméras et des photographes, qu’elle pouvait être autre chose, composée d’une vérité tortueuse qui dévorait, sans conteste, mon âme d’enfant innocente. L’alcool avait emprisonné mes sens, dévoré mon envie, il m’avait emmené dans un monde flou où j’avais tout le loisir d’être ce que je voulais, d’oublier ce que j’étais devenue : fausse. Aussi fausse que cette blonde que je croisais, chaque matin dans la salle de bains.

Lorsqu’il se tourna vers moi, je fus d’abord attendrie par un sourire presque gêné. Oui, je bois l’Australien. Je bois parce que ça, tu vois, ça me détruit. Ça détruit l’image que j’ai de moi. Ça brise tous les tabous, ça m’envoie en Enfer. J’aime cet endroit, parce qu’il fait chaud, parce qu’il est cruel, aussi cruelle que la vie à laquelle je me suis habituée, tu comprends ? Il emprisonne ma pensée dans une douce mais terrible cloche de liberté. Là, je peux être une jeune fille comme les autres, riche, certes, mais libre de tout mouvement, libre de manger ce qu’elle veut et de dire ce qu’elle veut sans essuyer de regard désapprobateur, sans souffrir d’un manque d’amour parce qu’il me le donne, cet amour. Il me le donne tellement qu’il me détruit. Sa chaleur enveloppe mon ventre, douce téquila. Elle fait légèrement chauffer mes oreilles et rosir mes joues. Le joint m’envoie dans une chappe de brume, comme à Londres au petit matin. Ces coktails me permettent de me sentir exister, tout simplement. Etre ancrée dans la réalité, pour échapper aux mensonges perpétuels. A la cruauté de ma condition, parce que oui elle est cruelle. Elle est cruelle parce que tout ce qui compte, dans mon monde, c’est une paire de seins et des fesses fermes. Mais tu vois, je te souris, je te souris parce que je vais bien. J’ai tout pour être heureuse, et cela je ne dois jamais l’oublier. Je souris parce que je veux te mentir, parce que je sais le faire. Parce que c’est ce qu’on m’a appris à être une menteuse. Au point que mon esprit a depuis longtemps choisi à se mentir lui-même. Je sais que tu te doutes de certaines choses, je sais que ton regard a déjà vu venir et revenir le goulot de la bouteille jusqu’à ma gorge, mais qui te dit que je te dirai la vérité ? Je suis une enfant fausse. Une enfant en plastique. Je suis quelqu’un qui est un peu en PVC à l’intérieur, même le cœur est en métal. Parce qu’on me l’a trop souvent brisé. Parce qu’aimer, pour moi, est la plus ignoble des trahisons. Et puis tu ouvres la bouche une nouvelle fois. J’aime bien quand tu parles, parce que cela m’évite d’ouvrir la bouche, cela m’évite de faire croire que tout va bien. Et parce que je peux boire encore. J’ai la tête qui tourne un peu. Mais je suis encore très tenace.

Mon foie est déjà mort depuis longtemps.

Un accident, une chute, un peu de brume et la fin d’une carrière, voilà ce roman que tu me racontes, sur le fil décousu de ta voix qui se veut légère, mais qui tremble. Et soudain mon geste s’arrête, ma main repose la bouteille et récupère la cigarette qui fait rire, parce que c’est un peu dur à avaler, tout ça. Parce qu’un rien peut détruire une vie, comme je suis en train de détruire la mienne. Mais à l’inverse de toi, l’Australien, moi je m’en branle, parce que j’estime avoir déjà vécu tout ce que je voulais, c’est plus la peine, tu comprends ? C’est plus la peine. Ça ne rime à rien. Ça ne sert à rien, c’est totalement inutile tout ça, si superflu, si faux, si inaudible. Mais je ressens quelque chose qui peut s’apparenter à de la peine, parce que ce jeune homme est un corps brisé, un esprit aussi. Qui se réfugie dans les mêmes démons que moi pour oublier qu’il ne pourra jamais faire ce qu’il veut. J’ai le sentiment qu’on se ressemble, toi et moi. C’est drôle, pas vrai ? On ne se connait pas et pourtant tu me racontes déjà tes secrets. Je mettrais ça sur le compte de l’alcool. Parce que je ne vois pas d’autre raison. D’un geste, je remets mes cheveux en arrière. Tu dis que tu as mal, que ton corps est brisé. Que tu ne pourras plus jamais réaliser tes rêves. Et moi je crois que je suis en colère. Parce que…

« T’es complètement con. Il n’y a pas de prévention aux US ? Si cette fille était montée avec toi, elle serait morte. En France tu aurais pu aller en prison. Si tu n’as pas de bonnes raison pour t’en mettre une derrière le gosier, tu devrais t’abstenir. Parce que tu vas faire quoi, maintenant ? »

Ça ressemble à un sermon, mais je sais de quoi je parle. Salaud de géniteur qui fit un an de prison pour avoir tué un homme depuis sa Mazerati. Tué sur le coup, le bonhomme. Il marchait tranquillement pour rentrer chez lui mais il l’a croisé, tu comprends ? Et il avait trop bu, l’enfoiré. Et j’ai été privée. Privée de père et de nouveaux repères à cause de ce salopard de whisky qui m’est tellement indispensable. J’en veux à la terre entière, surtout quand tu me demandes pourquoi je fais ça. Pourquoi je veux oublier. Pourquoi ça descend si vite dans ma gorge. Et pourquoi ça me bouffe à la fois la vie et l’honneur. Et d’honneur je n’en ai plus depuis longtemps. Il est mort en même temps que le respect que j’éprouvais, autrefois, pour ma famille. J’ai envie de te le dire, mais ça résonne, ce « non » dans ma tête, ça hurle, tu vois ? Mais pour une fois être honnête, ça me ferait pas de mal.

« Tu sais ce que représente l’intelligence dans une famille riche ? Chez certains, c’est la base. On vient d’une famille brillante, on se doit d’être brillant. On va dans une école privée et on finit chef d’entreprise, ou président. »


J’inspire une nouvelle bouffée. Il est presque fini, dommage.

« Chez d’autre, on doit être beaux sur un écran de télévision, l’intelligence est superflue. On se contente de prendre des médicaments pour ne pas grossir, on renie ses enfants au profit du culte de la beauté. Je suis issue d’une de ces familles. »

J’ai trop bu, là, c’est clair. Sinon je n’aurais jamais dit tout ça.

« On ne va pas se mentir, je suis belle. Et on m’a toujours fait savoir que c’était mon seul atout. Et plus le temps passe plus je crois que mes parents ont raison. Et tu vois, ça – je désigne la bouteille d’alcool – ça m’empêche d’y penser. »

Tête basse, presque honteuse, je donne ma fin à l’Australien. Parce que j’ai plus envie. Parce que je commence à ressentir ce que c’est, d’être conditionnée.
Même si c’est dans une bulle de liberté.
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Mar 15 Juil - 12:31

J’avais rencontré nombre de mannequins dans ma vie de château. Il faut dire que pour séduire le jeune et fougueux Zac Durden, il n’en fallait pas trop. De belles et longues jambes, plantées sur un corps doux et raffiné, un joli visage qui vous dévore des yeux… Mais ce que j’avais surtout retenu de ce métier très prisé, c’est les ravages que cela fait au corps et à l’esprit. Des corps sculptés à l’idéal, des façades brûlées à l’acide de leur propre estomac, des jambes longues et fines mais qui montrent le manque de nourriture et de substance, des visages amincis et creusés par le stress, la fatigue et les doses de coke nécessaires pour que leurs corps décharnés tiennent debout… Ce ne sont plus des humaines, des femmes belles, torrides. Ce sont des squelettes aux jambes interminables, aux yeux bouffis. Des harpies au sens mythologique du terme : de belles femmes transformées en hideuses créatures, tombant le masque de la magnificence pour adopter des traits massacrés par la chirurgie ou l’esclavagisme dont elles sont victimes. J’en avais fréquenté, de jeunes et jolies jeunes femmes dont le destin avait ravagé leur sourire, leur joie de vivre et leur cerveau. La plus intelligente des femmes en perdrait la boule, entre les exigences du métier, la concurrence et le marché de la drogue. La plupart finissent comme de vulgaires prostituées pour « vendre » leur art. Une décrépitude de la société qui tend vers la diabolisation des êtres humains. On nous force à nous battre pour exister. Qui peut parler de liberté dans ce genre de monde où l’on crève pour avoir une place au soleil ? J’avais perdu une amie comme ça, plongée dans les soucis et la drogue jusqu'au cou, qui avait préféré se sacrifier plutôt que de donner satisfaction aux industries du diable. Et Dieu que je la comprenais, aujourd’hui. Moi aussi j’avais du faire bonne figure, dans ce conte de fées à paillettes, noyé au milieu de personnalités qui enviaient le fric familial et notre position au sein d’une multinationale de grande facture. J’avais aussi goûté aux délices de l’enfer, aux rêves de gloire et autres. Et où cela m’avait-il amené ? A ma propre destruction. Pure et simple. Et même si aujourd’hui, j’avais la possibilité de me racheter, de faire face à mes erreurs, je préférais m’enfoncer dans le silence de la nuit avec le seul compagnon capable de réchauffer un cœur vide et froid : l’alcool.

Je n’avais jamais compris comment on pouvait en arriver au point de ruiner sa vie pour quelques gouttes d’un précieux nectar, quelques secondes de liberté ou même une petite montée d’adrénaline. Je n’avais donc jamais vraiment vécu ? Ou en avais-je trop vu pour croire qu’on puisse s’en sortir ? Qu’importe. J’avais fini par entrevoir, au fond de la bouteille, une sorte de résurrection, de pardon divin, qui m’était accordé parce que je sentais la joie revenir en moi. Pourtant, une fois cette sensation d’euphorie passée, je me retrouvais aussi seul que je m’étais senti un peu auparavant. Voir plus. Etais-je devenu si creux ? Pourquoi la simple sensation de ne plus avoir le contrôle de mon corps me rendait si apathique, voir amorphe ? Je n’étais pas mort, je n’avais pas tué quelqu’un, j’étais juste victime de mon propre sort. Je n’avais pas envie de guérir. Ou du moins, je ne tentais pas de le faire. C’est plus facile de se vautrer dans la douleur que de s’accepter diminué. Quelqu’un qui naît avec un handicap apprend à vivre avec. Quand on créé son propre handicap, il est difficile de ne pas se le reprocher tous les jours dans le miroir, de ne pas se faire du mal pour se punir. Mais l’auto-flagellation n’a jamais été une solution, et je mettais du temps à guérir. A ne plus me brûler les ailes, à me donner des objectifs et à les respecter, pour essayer de m’en sortir et de ne plus être une petite chose fragile, blessée. Mais c’était me battre contre mes propres démons, des démons presque invincibles. Est-ce qu’en Héra j’avais trouvé quelqu’un qui me correspondait ? Me ressemblait ? Souffrait autant que moi, et dissimulait sa peine dans l’alcool ? Pas impossible. Mais triste. Infiniment triste.

- Ah c’est comme ça que ça marche, donnant-donnant ? L’ennui tu vois c’est que je ne boite pas moi, je n’ai donc pas de secret inavouables à te donner.
- Tu ne boites pas, mais tu bois. C’est qu’il doit y avoir une bonne raison. D’après ta descente plutôt balèze, j’estime que tu dois être toi aussi résidente au 36ème dessous ?


Elle me tendit le joint, et je la remerciai en souriant. Au moins, elle partage. Je lui donnerai peut-être un peu de coke, si elle est sage. Partager de la drogue de la plus haute qualité, c’est pour les gagnants. Si elle en fait partie, elle et moi nous entendrions bien. Elle reprit, avec ce petit sourire que j’aimais bien.

- En retour tu n’as qu’à me poser toutes les questions que tu veux, je n’ai rien à cacher.
- Rien à cacher. Parfait. Ca veut dire toutes questions confondues ?
- Et tu as du bol, j’ai l’alcool honnête.
- D’accord. Allons-y. Pour faire court, j’ai passé la dernière Saint-Valentin aux urgences. J’avais emmené une nana boire un coup, et j’ai forcé sur la bouteille. J’ai de bonnes raisons de le faire, d’habitude, mais ce soir-là, je n’en avais aucune. Surtout en charmante compagnie. Elle a refusé de venir avec moi en voiture. Avec le recul, elle a bien fait. A peine engagé sur l’autoroute, j’ai fais un malaise. J’ai perdu le contrôle de ma voiture de course dernier cri, et j’ai mangé la barrière de sécurité. La voiture a fait un tonneau par-dessus et j’ai fini dans un arbre. J’ai passé une bonne heure coincé dedans, mais je n’en ai que de vagues souvenirs, en rêve. Et quand on m’a désincarcéré, j’ai fini sur une table d’opération. Bilan plutôt moche : hémorragie interne, la jambe brisé en 4, le genou idem, les côtes n’en parlons pas… Au bout de quatre jours de coma, je me suis réveillé. On m’a appris que je ne pourrai plus jamais jouer au foot US. Ma passion, mon avenir. Je ne peux plus courir, j’ai constamment mal, et j’ai de super cicatrices dégueulasses. Bref, voilà l’histoire. Donc, dis-moi, pourquoi tu as grimacé quand j’ai dis qu’être mannequin c’est difficile ? Et pourquoi tu picoles « joyeusement » avec moi ? J’aime les détails sordides (je souris gentiment).
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Dim 13 Juil - 23:20

Tu dis que le métier de mannequin est un métier exigeant.

Je veux bien te croire, mais il ne demande pas une intelligence exceptionnelle, et voilà ce qui fait la différence. Il demande une exigence physique, ce besoin presque compulsif de devoir bouffer des carottes à longueur de journée, en oubliant de privilégier ce qui est plus important et ce qui fait de nous l’animal dominant en ce monde : l’intelligence. L’évolution a voulu nous doter d’un crâne massif, d’un cerveau intelligent, d’une pensée et d’une réflexion nécessaire à la confection d’outils, d’habitats, jusqu’à faire naitre la science et tout ce qui peut toucher, de près ou de loin à l’art, si abstrait pour les autres. Nous avons fait de nos capacités de belles choses, mais aussi des laides. Le fanatisme, la religion, la guerre, et certains utilisent cette intelligence à des fins purement lucratives, oui, je le comprends. Dans le but d’un profit personnel, d’une richesse excessive. Mais cela n’a jamais été le cas de ma famille. Chez moi, ce mot semble tabou. Ma mère dispose de capacités incroyables pour ce qui est de rentrer son ventre ou tordre les fesses devant les photographes, bien que maintenant sa retraite approche à grand pas. On ne fait pas vieux dans ce monde-là. Mais ce qui lui sembla si nécessaire à sa vie, à savoir la richesse, une grande et belle maison et un corps sculpté comme un rêve éveillé, brisa en elle tout ce qui fit d’elle, un jour, un être humain. Et c’est une chose absolument insupportable pour quelqu’un comme moi, qui n’acceptait jamais rien d’autre de sa part qu’un « bonjour » et surtout un « au revoir ». Parce que j’avais fait mes valeurs fondamentales moi-même, au travers de cette institution fabuleuse que demeurait l’éducation. La nourriture de notre intellect. Les arts, l’histoire, sciences et mathématiques, rien n’avait de secret pour moi. J’avais laissé mon corps au placard, car mon esprit m’avait toujours obnubilé, pour ne pas ressembler à cette femme qui me disait sans cesse que j’avais grossi et que je devrais prendre un peu plus soin de mon corps. J’avais jeté aux orties tout ce qui pouvait me rapprocher d’elle. La mode, la nourriture. Elle grignotait sa feuille de salade du bout des lèvres en regardant d’un air désapprobateur le hamburguer que j’avais commandé chez mac do, mais ne disait rien, parce qu’elle n’avait plus l’autorité pour me dire quoi que ce soit. J’avais l’argent nécessaire pour me nourrir comme je le désirais, pour ne plus voir dans le placard les prémices de ma déchéance ; la nourriture déshydratée, les fruits secs, la verdure. J’avais choisi de nourrir mon esprit. Elle avait choisi de rester stupide. Et si Nicolas partageait mon point de vue, il se contentait de garder un silence gêné face au combat que je menais contre ma propre génitrice. Mon frère avait choisi le terrain neutre. Et si grâce à ma mère, il était mince comme un fil, son esprit était brillant, doué et intelligent. Il avait tout pour plaire, mon frère. Moi, j’étais seulement belle.

Et cette simple pensée m’arrachait l’âme, purement et simplement.

Ainsi, je me contentais de conserver un silence gêné alors que l’Australien évoquait le « dur » métier de ma mère. Si encore elle avait été ingénieur au CNRS, j’aurais compris, mais là quelle intelligence fallait-t-il pour se balader sur une estrade avec des fringues de créateurs ? Aucune. Il suffisait d’être jolie. Et cela m’était insupportable. Il me tendit à nouveau le joint et je pris le temps de prendre une énorme bouffée, rassurante, détendante. Parce que j’étais toute seule, et même si ce mec était sympa, qu’est-ce qui me permettrait de lui faire confiance ? Je n’avais jamais eu de véritables amis à Paris ; issus du même milieu que moi, leur cerveau aurait pu faire concurrence dans la bêtise à celui d’un pigeon citadin. Rien dans le crâne, juste de la flotte.

Et de l’alcool.

Il avait emprisonné mes sens au fil des mois, il avait capturé jusqu’à l’essence même de ma motivation, au profit d’un besoin plus virulent encore ; celui de boire et de reboire, pour oublier d’où je venais. Pour oublier que tout ça n’était qu’une chimère, que mon enfance avait été bercée de doux rêves qui ne nécessitait qu’une démonstration pure et simple de ma beauté. Et je ne voulais pas avoir à faire comme ma mère, demander la signification d’un mot au journaliste qui lui posait une question simple. Ni comme mon père, qui estimait que la seule chose qui comptait sur terre, c’était d’envoyer d’un bon coup de pied une balle en cuir peinte dans un gigantesque filet. Non, c’était au-dessus de mes forces. Pour éviter de parler de tout cela, j’avais choisi de m’intéresser à ce garçon qui se tenait près de moi, et qui m’avait sortie d’une sacrée galère. Pourquoi il boitait, c’était la question d’intérêt. Une nouvelle gorgée me permit d’acquérir quelques points de capacité supplémentaire pour poser des questions cons. Et alors que je m’attendais à le voir s’énerver ou se renfermer sur lui-même en prétextant que cela ne me regardait pas, il rit puis accepta… Avant de se raviser. Un sourire moqueur se dessina sur mon visage. Ce gars avait envie de jouer. Ses yeux me fixent et ça me gêne un peu, parce que je dois avoir le regard typique des jeunes filles alcoolisées, ce regard laid, ce regard dans lequel les mensonges reprenaient vies et dansaient devant mes yeux. Ça faisait un peu mal. Et beaucoup de bien. Parce que je n’étais pas souvent moi-même, et que pour cette fois j’avais choisi de l’être, tout simplement.

Je pris appui contre le mur, joint au bec en quittant ses yeux sombres. Une nouvelle latte pour voir la vie en rose. J’avais le combo gagnant, ce soir. Et quelqu’un avec qui discuter. C’était peut-être une bonne chose finalement, cet accident dans le hall. Une bouteille brisée amenait un corps brisé. Là, décidément, j’avais trop bu ; voilà que je me mettais à la philosophie. Ça ressemblait presque à une citation chinoise, franchement. Au final, je lui répondis dans un petit rire.

« Ah c’est comme ça que ça marche, donnant-donnant ? L’ennui tu vois c’est que je ne boite pas moi, je n’ai donc pas de secret inavouables à te donner. »

Ma tête se posa contre le mur alors que je lui tendais le joint, à nouveau.

« En retour tu n’as qu’à me poser toutes les questions que tu veux, je n’ai rien à cacher. »

Un nouveau sourire, pour une nouvelle vérité.

« Et tu as du bol, j’ai l’alcool honnête. »

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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Jeu 10 Juil - 13:32

Est-ce que je me souvenais seulement de ma première fois ? C’était grisant, ça sûrement. Un peu fou, complètement cinglé. Mais cette soirée avait-elle vraiment compté pour moi ? Elle avait changé ma vie, c’est sûr, mais pourquoi… Je n’arrivais plus trop à me situer le contexte, étrangement. Peut-être un anniversaire, une soirée de plus avec les jeunes futurs millionnaires de Sydney. Une des soirées qu’on organisait pour « copier » celles de nos parents, en carrément moins guindé et vraiment sans limites. J’avais moi-même planifié plusieurs soirées, où l’on avait fini à 200 ou 300 invités de tous lycées confondus, tous types de richesse et de couleurs de peau. C’est pour ça que j’avais la classe, là-bas. Je n’étais pas le mec relou, qui n’accepte que ceux qu’il connaît. Tout le monde venait et fêtait, et Dieu sait combien de nanas m’ont remercié. A 13 ans, j’avais déjà quelques soirées du genre à mon actif, des soirées de folies où tentation, drogues et alcool étaient les guest stars. Des soirées orgiaques, avec des corps en sueur se frottant les uns aux autres, toutes les pièces disponibles étaient utilisées pour des jeux sensuels et érotiques, la coke traînait sur les tables et heureusement, nos parents étaient soit en voyage d’affaires, soit en soirée de bienfaisance, soit n’en savaient rien et tant mieux. Nous avions des réseaux d’informateurs dans toute la ville, au cas où ils rentreraient plus tôt, des systèmes infaillibles. Ou presque. Un jour où l’on était dans ma propre maison, une soirée du tonnerre (en comité réduit, 50 personnes uniquement), ma mère était rentrée en urgence avec Liam, mon frère qui a l’époque avait 13 ans, et nous avait tous surpris. J’étais sur le canapé, un verre de vodka à la main, et deux filles à moitié nues sur moi, en train de lécher mon corps à demi-nu. Les invités étaient tous occupés, bien sûr, et ils ont décampé plus vite que leurs ombres, certains même par les fenêtres, laissant des vêtements par-ci, par-là.

Autant vous dire que la suite n’avait pas été très agréable. Ma mère a appelé son magnat du pétrole de mari, qui a débarqué en une heure seulement (l’avantage du jet privé) et m’a collé une baffe qui m’a dégoûté à jamais de la vodka (allez comprendre). Certains de mes copains ont d’ailleurs subit le même sort (ou pire) quand ma mère, que j’appellerai ici Œil-de-Lynx, a appelé leurs parents leur a raconté nos frasques nocturnes. Heureusement, ils ne savaient pas que ce n’était pas la première fois, sinon on aurait tous pris cher. Par la suite, j’ai été envoyé à l’école militaire, histoire de me faire retourner le cerveau. Ce qui en soi, a plutôt bien marché. J’avais eu du mal à m’intégrer à mon camp, parce que j’étais un peu fragile, même si j’étais costaud pour mon âge. J’avais certes vécu dans la rue, ce qui m’avait endurci, mais la vie de riche héritier m’avait autant ramolli que du chewing-gum. J’avais eu du mal à me faire respecter, je n’étais qu’une jeune recrue aisée, sans gros soucis, au milieu de gars plus forts, plus agiles et dont le casier judiciaire n’était pas des plus vierges, si vous voyez ce que je veux dire. Ils m’ont appris à « vivre », ou plus justement survivre à leurs côtés, en faisant leurs tâches quotidiennes en plus des miennes, en me ridiculisant… J’ai tout pris sur moi et j’ai appris à faire face à leur connerie profonde. C’est un jour par hasard que j’ai joué avec quelques gars au foot US. J’avais trouvé ma vocation comme ça, sur le tas. Et c’était bon. Meilleur que l’alcool, plus excitant que des nanas à poil dans mon pieu, plus hallucinant que la drogue. Quand j’étais rentré, je m’étais mis à faire du sport plusieurs heures par jour, et je suis devenu la coqueluche du lycée. Non pas pour les soirées, mais pour mon physique et mes capacités sportives. J’étais devenu un mec, un vrai.

Regarder cette fille, c’était comme me voir avec quelques années de moins, avec mes soucis existentiels et mes gueules de bois à répétition. C’était à la fois attendrissant et stressant. Elle avait ce regard triste, un peu vide, un peu déprimé, celui qui voulait dire « Je ne sais pas quoi faire de ma vie ». C’était peut-être pour ça, ou parce qu’elle était mignonne, que je m’étais arrêté dans le couloir pour lui donner un coup de main… Elle roulait les joints avec une dextérité qui montrait qu’elle fumait fréquemment. Je fermai les yeux, laissant la chaleur de l’alcool se propager dans mes doigts, mes jambes, quel pied. Quand elle me passe le joint, je lui fais un clin d’œil et tire dessus. Oh joie, comme ça me manquait. Ca faisait au moins deux semaines. Ce qui est hallucinant, c’est que j’ai tenu deux ans sans boire ni fumer (ou du moins, je le faisais à distance des matches) pour rester clean. Et depuis mon accident, c’était une renaissance de mon ancien moi, d’une certaine façon. J’avais tellement changé. Tellement souffert et pris dans la gueule.

-Ma mère habite à Paris, elle est mannequin. Mon père a des lofts un peu partout, mais c’est Paris que je préfère. Ici c’est moche. Paris c’est… C’est inexplicable, surtout en anglais. Je n’arriverais pas à trouver les mots qu’il faut. J’avais besoin d’une école avec un certain prestige pour faire mes études alors je suis venue ici. Mais je ne suis pas partie depuis 15 jours que j’ai envie d’y retourner. Il n’y a rien de plus beau que cette ville.
- Mannequin ? C’est un métier exigeant. Tes parents ne doivent pas être là souvent, si ? J’ai été à Paris quelques fois. Mais la mer me manquait trop. Je dis pas que Miami est mieux, mais c’est différent. De chez toi, de chez moi. C’est une question d’habitude, je suppose. Tu verras, les gens d’ici sont sympathiques. Tu t’y habitueras, à force.
- Merci encore. J’étais dans la merde tout à l’heure.
- T’inquiète. J’ai déjà eu ce genre de soucis, et tu es nouvelle, alors autant te l’épargner.
- Pourquoi tu boites ?


Ca, par contre, si je m’y attendais… Elle avait l’air franche, ce qui ne me déplaisait pas en soi, je déteste les nanas qui tournent autour du pot, qui te regardent avec une tête débile en souriant, ne sachant pas si elles doivent te tailler une pipe ou faire les mijaurées. Non, cette nana-là savait ce qu’elle voulait. En l’occurrence, un truc qui m’aurait presque paru trop personnel, mais que j’étais prêt à concéder. Mais pas sans une négociation acharnée. Je suis un joueur, il ne faut pas l’oublier. Je lui souris et ris un peu :

- Eh ben, c’est du rapide… T’es pas du genre à tergiverser ! Bon, d’accord, je vais t’expliquer pourquoi je boite… (Petit suspens puis, au moment où j’ouvre la bouche, je m’arrête et la regarde dans les yeux) Mais pourquoi te le dire aussi facilement ? Qu’est-ce que j’y gagne ?


Je lui lançai un défi, info contre info, ou info contre autre chose, qu’importe. Elle m’embêtait un peu, je n’aimais pas parler de ma jambe, mais la taquiner un peu m’amusait. Alors autant en profiter un petit peu ! (Ouhhh le vilain garçon pas sage !)
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Mer 9 Juil - 15:16

L’alcool, c’était un poison, un poison totalement divin, délicieux.

Ça me descendait dans la gorge et ça me faisait oublier ma condition, tout simplement. Ça s’insinuait en moi comme un antidote à une déprime que je ne comprenais pas, que je n’assimilais pas. Parce que je n’avais strictement rien qui puisse me donner une raison de m’enfoncer six pieds sous terre, rien du tout. J’étais riche, j’avais un frère qui m’aimait plus que de raison. Pas de petit ami mais je m’en foutais totalement. De toute façon je n’en avais aucune envie. J’enchainais les plans cul comme des perles sur un collier, et même ça ça ne m’intéressait plus. Plus du tout, en fait, parce que l’alcool et la fumette avaient enveloppé mon esprit dans un lit de coton, et tout le reste me semblait superflu, inutile. Encore plus depuis que j’étais arrivé ici. Ces deux coktails là m’apportaient une sorte de réconfort que personne ne m’avait jamais donné dans ma vie. Car si Nicolas, mon grand frère savait faire preuve de gentillesse, il n’avait pas la figure ni d’un père, ni d’une mère ni d’une amie ; c’était quelque chose qui me brisait totalement, et cela je ne le dirai jamais parce que j’en avais moi-même aucune conscience. L’alcool descendait dans ma gorge, c’était tout ce dont je me souvenais. Ça m’emportait ensuite vers l’inconnu, là où plus rien ne pouvait m’atteindre, parce qu’à ce moment-là je me consolais toute seule et tout allait pour le mieux, dans le meilleur des mondes. C’était ça, ma rédemption, c’était ça ma nouvelle vie. Elle coulait avec le liquide ambré à l’intérieur de mon corps, et puis elle s’en allait avant de revenir. Et les journées passaient, uniformément ordinaires sans une seule touche de folie ou de poésie. Seulement mon travail acharné et des journées dans les magasins, c’était donc à ça qu’elle se résumait, ma vie ? Si c’était pas malheureux. J’avais cru pendant des mois vivre une vie de délurée, de folle mais en fait, non. Je vivais une vie fade, et pour ma jeunesse c’était quasiment insupportable. Complètement insupportable.

Il me parle et il boit, ce qui me convient très bien. Il me parle du lycée, de ses contacts, et il me pose des questions, auxquelles je ne réponds pas tout de suite parce que je suis trop occupée à placer ma tête de beuh dans mon grinder. Avec des gestes presque milimétrés, j’avale une nouvelle gorgée d’alcool avant de rouler un joint de mes longs doigts fins. C’est drôle, parce que plus j’y pense et plus je me dis qu’une fille comme moi parait rangée, gentille, qui ne s’intéresse que moyennement aux déboires des jeunes de mon âge, aux fléaux que sont l’alcool et le cannabis. Mais ce n’était que la partie visible de l’iceberg, celle où j’errais comme un fantôme, où je bossais pour me prouver que même née dans une famille de crétins congénitaux, j’étais capable de faire mes preuves et pas uniquement grâce à ma plastique. Ça me bouffait complètement parce que j’avais besoin de ça, j’avais besoin de me le prouver. Que ma beauté n’était pas le seul facteur pour plaire à quelqu’un. Parce que j’étais intelligente, aussi, je voulais l’être du moins. Parce que c’était injuste. Parce que j’étais tombée sur la seule famille d’abrutis qui puisse exister. Des crétins analphabêtes, et bien sûr beaux comme des dieux. Ils me disaient qu’on ne pouvait pas avoir l’un et l’autre. J’avais refusé de les croire alors j’avais travaillé et j’avais récolté de bonnes notes. Point final. Et j’avais prouvé à mes parents qu’ils étaient cons, et moi non. Ma mère avait toujours rêvé de me voir mannequin, et moi j’avais toujours refusé. Parce que non, tout simplement. Je ne voulais pas être réputée pour la taille de mes seins et la finesse de mes hanches. Je voulais autre chose. J’allumais le joint avec un sourire, parce que j’adorais ce goût. Ce goût de liberté. Ce goût qui me rappelait mes sorties à Paris. Il s’allonge sur les escaliers mais moi je reste assise, parce que je fais des ronds avec la fumée, parce que le silence de la nuit à Wynwood a quelque chose d’apaisant, surtout avec un peu d’alcool dans le sang. On ne le sentira plus, le silence, à trois grammes du matin. Moi, tout ce que je veux c’est en profiter. Encore et encore. Montrer aux autres que je suis différente. C’est dans la normalité des choses, et je ne veux plus souffrir.

Et puis tu dis que mon accent est sexy. Oui, j’avais cru comprendre que les américains adoraient l’accent français, sans que j’en comprenne réellement la provenance, en fait. Parce que je ne l’entends pas, mon accent, et ça montre que je ne parle pas encore très bien la langue, mais ça n’a aucune importance. Je t’écoute parler et j’ai envie de m’abandonner, parce que c’est beaucoup plus facile d’écouter que d’ouvrir la bouche. D’un geste, je fais tourner le joint et je te le passe, non sans une dernière bouffée. Je t’échange mon joint contre la teq. Un super cocktail. Je ne sais pas trop ce que je fais, tout ce que je sais c’est que j’en ai besoin, point barre. Je te souris, l’Australien, parce que tu m’as sauvé la mise et aussi parce qu’il y a un truc dont tu ne veux pas parler, j’en suis persuadée. Un truc que tu caches parce que je suis une inconnue et j’ignore s’il faut que j’insiste. J’ai bien vu que tu marchais lentement, que de temps en temps en l’espace d’un petit mouvement tu esquissais une petite grimace de douleur. J’aimerais bien en comprendre la provenance, parce que je suis une fouineuse, parce que je suis une curieuse. Parce que j’ai bien envie de savoir pourquoi tu bois autant, toi aussi. Si tu t’imagines que je n’ai rien vu, tu te mets le doigt dans l’œil. Alors je te réponds, le nez dans les nuages, les yeux dans les étoiles. Parce que ça fait du bien, tout simplement. De contempler autre chose. De connaitre autre chose. D’imaginer un monde meilleur, loin de tous ces connards.

« Ma mère habite à Paris, elle est mannequin. Mon père a des lofts un peu partout, mais c’est Paris que je préfère. Ici c’est moche. Paris c’est… C’est inexplicable, surtout en anglais. Je n’arriverais pas à trouver les mots qu’il faut. »

Paris c’est ma ville, Paris c’est ma vie. C’est comme une gourmandise géante, pleine de surprises, pleine de beauté, au cœur si hétéroclite qu’on aurait pas suffisamment d’une vie pour en découvrir tous les secrets. Les gens qui y vivaient pouvaient parcourir cette ville tous les jours sans vraiment la voir, mais pas moi. Paris, c’était une chanson d’amour à elle toute seule. Et quand je m’y promenais, je pouvais flâner pendant des heures, comme ça, juste comme ça. Parce que c’était ma vie et que je l’avais quittée. Pour ne plus voir cette délurée aux nichons siliconés vivre sous mon propre toit, tout simplement.

« J’avais besoin d’une école avec un certain prestige pour faire mes études alors je suis venue ici. Mais je ne suis pas partie depuis 15 jours que j’ai envie d’y retourner. Il n’y a rien de plus beau que cette ville. »


Je récupère le joint après qu’il ait tiré plusieurs lattes dessus, et c’est à mon tour de voir un monde meilleur. Ça me fait un bien fou, et le pire c’est que je m’en rends à peine compte, parce que l’alcool me monte un petit peu à la tête. Je me tourne vers l’Australien et lui souris. J’ai pas envie de l’appeler par son prénom, il est pas très joli. L’Australien, ça sonne mieux. Plus exotique.

« Merci encore. J’étais dans la merde tout à l’heure. »


Et puis la question fuse un peu trop brusquement, parce que j’ai un chouia trop bu.

« Pourquoi tu boites ? »

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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Mar 8 Juil - 10:52

Un éléphant dans un magasin de porcelaine. C’est ce que disait ma mère à chaque fois que je renversais quelque chose, ou que je me cognais quelque part. J’étais un gentil petit garçon, pas turbulent, mais un peu empoté. Les grands espaces me rassuraient, comme la mer qui était mon refuge depuis que nous avions emménagé avec Chris Logan, mon beau-père. La grande maison sur la plage était bien plus agréable pour moi que le petit deux-pièces miteux que Maman, Liam et moi partagions après avoir erré des mois dans la rue. Notre précédente maison avait pris feu, du moins, c’est ce que j’avais en mémoire. Ce n’était pas plus mal, parce que mon premier beau-père était une véritable pourriture, un déchet que la vie vous laisse alors que vous avez déjà vécu l’enfer. Ce n’était pas le père de Liam, ni le mien, qui avaient déserté la vie de ma mère quelques années auparavant, mais un mec, certainement rencontré dans un bar à putes où Maman travaillait. Il avait sa manière de se faire comprendre, à coups de ceinture ou de mots violents. Je ne me rappelais pas de son visage, comme si ma mémoire estimait que je ne devais plus subir cette douleur. Je ne savais pas ce qu’il était advenu de lui, après l’incendie. Il ne nous avait jamais cherché, ou il avait du partir ailleurs, je m’en foutais, ma mère allait mieux maintenant. Au début, elle faisait des cauchemars, se réveillait en hurlant nos noms, à Liam et moi. Alors on sortait de notre carton de réfrigérateur pour la serrer fort, jusqu’à ce que les larmes s’en aillent. Et puis Chris est arrivé.
Je n’avais que 7 ans, je crois, la première fois que nous nous sommes rencontrés. Il était beau, bien habillé, et moi je portais les vêtements que l’on nous avait donnés, à mon frère et moi, à la Croix-Rouge. On s’était lavés au bain public, un des rares qui subsistait près de chez nous. On était contents de rencontrer le nouveau chéri de Maman, mais d’un autre côté, j’étais sur les gardes. Il pourrait la blesser comme les autres. Mais très vite, je me rendis compte qu’il tenait vraiment à Maman. Il nous proposa de visiter la maison, et je compris ce jour-là, qu’en dépit du passé, Chris Logan nous offrait une nouvelle vie. Une vie pleine de surprises, pleine de richesse et surtout, une maison assez grande pour que je ne me blesse jamais en y courant. Un foyer.

Je repensai à mon enfance, à ma gaucherie, au foot qui m’avait appris à maîtriser l’espace alentours et à évoluer en tant qu’homme. Encore une fois, c’est Chris qui m’avait initié, d’une certaine façon. Sa volonté de discipline m’avait envoyé en camp militaire, où j’avais découvert le sport et ma passion m’enflamma. Aujourd’hui, ce lien est rompu, et avec ma carrure de 1m95 pour une sacrée flopées de kilos, je me sentais à nouveau comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. A force de m’isoler, j’avais pris l’habitude d’être seul et de bien le vivre. Mais un peu de compagnie de temps en temps n’était pas refusée, surtout si elle est féminine. C’est donc en découvrant une éléphante qui venait de casser une bouteille en plein milieu du couloir que je décidai d’intervenir. J’avais aussi fait pas mal de bourdes en arrivant ici, mais rien que le multimillionnaire de beau-père ne puisse résoudre. Par contre, elle, je ne savais pas si elle serait repêchée.
J’eus l’impression de trouver un gros méchant chat coincé sur un mur qui donne sur une piscine. Son seul choix l’énerve déjà. Mais je ne suis qu’un élève, qui plus est qui apparemment ne parle pas correctement le français, puisqu’elle se permet de gentiment de rire à mes dépens. Je m’en fiche, je ne suis pas à ça près. Au moins, je détends l’atmosphère. Elle me suit dans un mot, et je n’insiste pas. Je cours aussi vite que possible, avec ma jambe handicapée. Et elle fait de son mieux, perchée sur des talons aussi hauts que la tour Eiffel. Quelle idée de porter des trucs aussi hauts. C’est un coup à se casser une jambe ! (dixit le mec qui a pété la sienne en quatre morceaux pour quelques verres de whisky et de rhum).
En m’asseyant sur les marches, posant ma jambe devant moi. Je ne veux pas le montrer mais je souffre le martyr. Mais je préfère souffrir en silence plutôt que montrer que j’ai mal. Attitude typiquement dictée par la testostérone, je vous l’accorde. Elle a l’air d’apprécier ce que je dis, du moins les mots concernant l’alcool, vu que ses pupilles s’illuminent comme un sapin de Noël. On va bien s’entendre, je crois. Elle s’adresse à moi en anglais :

- Je suis nouvelle, oui. Je viens de la semaine dernière. Je m’appelle Héra, merci beaucoup de m’avoir aidée.
- Oh mon Dieu, merci, tu parles anglais. Je vais essayer de parler lentement, si tu veux. Enchanté, Héra. C’était un plaisir.
- J’ai de la vodka et du Passoa. Et de la weed, je ne sais pas si tu fumes.
- La vodka, très peu pour moi, par contre Passoa et weed, je me rends.


Je ris un peu, en tendant les mains vers elle, comme un prisonnier qui attend les menottes. Je prends la bouteille de teq et m’enfile une bonne rasade de ce liquide divin. Je ne sais pas qui a inventé cette drogue, mais franchement le gars je lui taillerais presque une pipe. C’est délicieux, chaud, voire même brûlant, sensuel, excitant. La tequila est ma première femme sur la longue liste que j’ai cessé de rédiger depuis longtemps. Et même si elle m’avait arrangé le coup avec pas mal d’entre elles, aujourd’hui je ne voulais plus qu’elle. Parce que qui veut d’un handicapé physique ? Un mec qui galère tous les matins pour mettre une paire de chaussettes, qui se réveille la nuit en hurlant de douleur, qui se shoote aux anti-douleurs ? Non, aucune femme ne veut de ça. Même Keziah a fini par se barrer. Tout le monde se barrait. Avec toutes les cicatrices de ma jambe, celles de mon torse et de mon dos, je ne pouvais pas me doucher dans les vestiaires d’un club de gym sans attirer l’attention. Fini les maillots de bain, à moins que les gens savent ce qui m’est arrivé. Là encore, ça continue de les choquer. Je peux les comprendre, moi aussi je me regarderais de travers.
Elle boit presque autant que moi, et pourtant, on est pas foutus pareil. Je me demandai un instant si je devrai la porter au dortoir plus tard. Oh, et puis je m’en fous. On verra bien.

- Ça fait longtemps que tu es ici ? Je ne connais personne et ça m’emmerde beaucoup.
- Euh… Je suis revenu y’a deux mois d’Australie. J’ai eu un… problème qui m’a empêché d’être là de février à avril. Je connais bien l’équipe de foot US, j’en ai fais partie. Quelques connaissances du club de massage, mon ancienne confrérie des RK et quelques nouveaux… Mais t’inquiète, moi aussi l’intégration c’est pas mon fort. On fait avec ce qu’on a, n’est-ce pas ? En parlant de ça, tu m’avais pas parlé de weed ? (Je lui fis un clin d’œil) Et toi, t’atterris d’où ? La France ? J’adore l’accent français, c’est super sexy.


Je m’allongeai sur les marches, fermant les yeux en imaginant la France. On m’avait dit qu’il y avait plein de jolies filles, du bon vin et des repas gastronomiques à s’en faire exploser le bidon. Le genre de trucs qui m’excitait presque, tellement c’était irréel. La France. Destination de lune de miel, paradisiaque. Pourtant, je n’avais pas à me plaindre. Notre maison sur Bondi Beach était une des plus belles villas d’Australie. Une pure merveille, face à la mer. L’Australie me manquait un peu, soudainement.
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Dim 6 Juil - 17:41

Franchement, ça a vraiment de quoi énerver, non ?

J’arrive à Wynwood, aussi discrète qu’un petit chat parce que je sais comment faire pour ne pas me faire gauler. Au final, une bouteille tombe parce que mon sac a craqué, c’est vraiment de la merde. Et c’est vraiment pas de chance. J’ai l’impression d’être une foutue poissarde, rien de plus, et ça me gonfle, et je jure, je jure et je jure encore histoire de passer mes nerfs sur quelque chose avant que le pion n’arrive et me chope. Parce que c’est ce qu’il va se passer, il va forcément me choper, c’est obligé. Avec le boucan que j’ai fait il va me choper. Mais moi qui pensais qu’il courrait dans ma direction, la silhouette que je distingue au loin, la grande silhouette, elle marche. C’est bizarre, il n’est pas pressé, et si j’avais eu l’envie de me barrer en courant pour échapper à la punition, il aurait fait comment ce con ? Putain, c’est vraiment des clampins ces américains, rien pour plaire. Mais je ne bouge pas parce que la peur a serré mon ventre, et je me contente de ramasser mon sac et les bouteilles restantes, honteuse d’avoir réussi à me faire gauler comme ça, aussi vite alors que j’avais trouvé de l’alcool et de la weed pour passer une bonne soirée, fait chier quoi. Pour une première semaine au bahut, j’étais pas vraiment bien barrée, moi qui cherchais avant tout à me faire passer pour une gentille fille bien rangée auprès de l’administration, la parfaite petite étudiante qui ne demande rien à personne et qui en plus est belle à donner envie à un homo de se masturber sur ma photo. Rien de tout ça, j’allais me faire choper comme une merde et me prendre une retenue, ou pire, un renvoi s’ils trouvent ma came. Là je suis un peu beaucoup dans la merde, quand même. Bref, pour faire bonne figure je repose mon sac sur mon dos et je me tourne pour mieux voir celui qui va me gauler.

Ben merde alors, c’est un élève !

Un jeune homme grand, élancé et au visage sérieux s’avance vers moi assez lentement. Hm, bizarre comme démarche, mais je suis tellement soulagée que je décide de ne pas en tenir compte, je dois d’abord souffler. Je ne le connais pas, je ne connais personne de toute façon mais peu importe, j’ai besoin d’être rassurée parce que c’est pas un surveillant. A la limite je préfèrerais même qu’il soit un pervers narcissique qu’un pion, m’voyez, ça m’arrange beaucoup plus. Bref, je ne prends pas trop le temps de détailler, de toute façon il ne m’en laisse pas l’occasion. Avec un léger sourire il baragouine quelques mots en français, et l’accent est tellement nul, sa façon de parler est tellement grotesque que je pouffe gentiment. Mais je loue son effort, il faut le dire quand même. En plus il a reconnu l’injure. Je suppose que comme beaucoup de jeunes il doit connaitre les injures dans différentes langues, et ça m’amuse beaucoup parce que moi à ce niveau là, je suis internationalement reconnue comme championne. C’est ça de trainer avec des beaufs, à Paris. Il se penche en avant et touche les morceaux de verre, et me fait un signe de tête. Oui, même si je ne saisis pas tout, le ton précipité mais grave me laisse comprendre l’essentiel : il faut qu’on se tire et vite. Je me contente de hocher la tête en le remerciant du regard. Pour le moment ça fera l’affaire. Ça va que je me suis toujours très bien démerdée à l’école pour parler anglais, parce que sinon on est mal, pour se comprendre. Avant même d’avoir eu le temps de dire ouf, sa main attrape délicatement mon poignet et me tire pour que je me relève. Il me fait comprendre qu’on doit s’en aller, parce que déjà d’autres pas résonnent dans les couloirs. On ignore si c’est un pion ou un autre élève intrigué par le bruit, et perso je m’en fous. Il faut juste que je m’arrache de là, et vite. Je me laisse entrainer par ce curieux jeune homme, Zacchary de son prénom, si j’ai bien compris. Je n’ai même pas eu le temps de me présenter. De toute manière, ce n’était ni le lieu ni le moment, si j’ai bien compris. Il marque une halte au milieu du couloir, se penche, ramasse quelque chose que je ne vois pas dans la pénombre, puis repart en direction du bâtiment des confréries. Heu, ouais, tu veux pas qu’on boive un verre avant ? S’il m’amène dans sa piaule sans me demander l’autorisation, il va se prendre une droite et il l’aura bien cherchée. Mais non. C’est un gentleman ce jeune homme, il est assez sympa. D’un geste, il m’invite à m’asseoir sur les marches des escaliers, puis se pose à son tour. On a pas couru bien vite. Ça m’étonne parce que vu la carrure du gus, on aurait pu speeder. Ça m’arrange aussi, parce que mes Louboutin font quinze centimètres de haut et il n’y a pas mieux pour se gaufrer que de courir avec.

Mais bon elles étaient belles dans la vitrine, j’ai pas pu résister.

Il me parle de nouveau, et je comprends un peu mieux parce que je sens qu’il fait exprès de parler lentement. Je lui adresse un sourire, et quand j’entends les mots « rhum », « teq » ça explose dans ma cervelle, oui putain. Merci mec, grâce à toi ma soirée n’est pas complètement foutue. Il tient la bouteille de téquila devant moi et je sors la mienne de mon sac avec un sourire. Moi aussi j’ai fait le plein, même si je n’ai pas vraiment eu le temps de trouver la planque adéquate pour les emmener. Il me demande si je suis nouvelle, et je me décide enfin à prendre la parole. Allez, il est temps de savoir si mon anglais a de la valeur.

« Je suis nouvelle, oui. Je viens de la semaine dernière. Je m’appelle Héra, merci beaucoup de m’avoir aidée. »

Je me tourne vers lui et lui adresse un sourire en coin, heureuse de constater que bordel, au moins dans ce bahut je ne suis pas la seule à être une grosse alcoolique. Je ne sais pas très bien pourquoi je bois autant d’ailleurs, parce que dans ma vie tout est parfait, mis à part mon célibat (mais ne nous attardons pas là-dessus, ça va m’énerver). Pourtant l’alcool m’appelle le week-end, après de longues heures de labeur, il me permet de voir et de penser autre chose, de planer jusqu’à en vomir. Je ne suis pas aussi dépendante de la cigarette ou de la beuh, mais ce qu’on peut dire c’est que je les collectionne. Mais bon, merde quoi, un joint de temps en temps n’a jamais tué personne, et moi j’en fume pas tous les jours. Je bois une gorgée de Tequila dans la bouteille qu’il me tend, en le remerciant. Donc, tout ce que je sais de lui c’est qu’il s’appelle Zacchary, qu’il a de la teq, qu’il est cool et que c’est un Pi Sigma, la confrérie des marginaux si je me souviens bien. En fait, je crois que c’est cette confrérie là que j’aurais dû demander. Mais les marginaux ne travaillent pas à l’école, c’est bien reconnu. En fait, il m’intrigue ce mec. D’abord parce qu’il a une démarche bizarre ; ensuite parce qu’il m’a sauvée la mise alors que je ne lui ai rien demandé et qu’il aurait pu passer son chemin ; et enfin parce qu’il picole. Je ne devrais pas encourager ça mais ça fait du bien de voir que je ne suis pas la seule, et que j’ai eu bon nez de faire dix kilomètres pour trouver des bouteilles. J’ai mal aux jambes maintenant, mais je m’en fous. L’alcool coule dans ma gorge, et sa chaleur me permet d’être plus tranquilisée ; je bois ça comme du petit lait, ça fait un bien fou. Il est intriguant parce qu’il m’aide sans rien me demander en retour, et je ne sens même pas de coup fourré venir. C’est rare, ça, suffisamment rare pour qu’on le dénote. A moins que dans ma vie je ne sois tombée que sur des cons, j’ai jamais été vraiment fan de la bêtise crasse des hommes. Encore moins de la méchanceté des femmes.

« J’ai de la vodka et du Passoa. Et de la weed, je ne sais pas si tu fumes. »

Une nouvelle gorgée d’alcool. J’ai envie de m’en rouler un, mais je ne le ferai pas sans sa permission parce que ça ne plait pas à tout le monde. Par contre s’il en veut, je serai ravie de signer cette nouvelle entente cordiale en faisant tourner, pas de problème. J’espère seulement que je suis encore belle à voir, parce que dans la pénombre on ne voit pas grand-chose. Lui, pourtant, il est plutôt mignon, même dans la nuit alors que je ne vois pas grand-chose. Bon, ceci dit c’est peut-être parce que je suis reconnaissante que je lui donne toutes les qualités du monde. Et cette putain de démarche lente m’intrigue même si je n’oserai pas lui demander tout de suite, alors que je ne le connais pas.

« Ça fait longtemps que tu es ici ? Je ne connais personne et ça m’emmerde beaucoup. »


Quand je disais que j’étais une championne dans les gros mots étrangers.
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MessageSujet: Re: Vodka an'you. [Zacchary]   Dim 6 Juil - 15:19


Biiiiip... Biiiiiip... Clic Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de Keziah Cooper, laissez un message !... Bip, bip, bip. Encore un appel qu'elle ne verra pas. Pour ce que ça change. Depuis presque deux semaines, peut-être plus, je n'en sais rien, Kezy ne répondais pas à mes appels. Elle était rentrée chez elle peu de temps après le bal, laissant des questions sans réponses entre nous. Je ne pouvais pas lui reprocher d'avoir besoin d'air, mais je n'arrivais pas à deviner ce qu'elle voulait. Le côté libre de notre relation actuelle me plaisait, car même si j'avais perdu toute confiance en moi suite à mon accident, je ne voulais pas être bloqué dans une relation, même si la personne était compréhensive, belle et intelligente. Je voulais plus. Je voulais découvrir de nouvelles passions, un nouvel avenir, qui sait ? Etre passé près de la mort m'avait appris une chose : j'ai besoin de changement.
Certes, on ne peut pas dire que rentrer à Miami soit un grand changement, mais les regards fuyants de ma mère et de mon frère, refusant de voir mon nouvel handicap... C'était bien plus que ce que je pouvais supporter. Savoir que chaque fois qu'ils regardaient les cicatrices sur mes jambes, mon torse, ils se disaient : Oh mon Dieu, il doit avoir mal, et il doit se réveiller tous les jours en se disant qu'il a foutu toute sa vie en l'air. Oui, je ne pouvais pas nier ce fait accompli. J'avais bel et bien tout perdu. Ma carrière de joueur de foot US en professionnel, mes conquêtes féminines, ma voiture de course et bien des privilèges que mon beau-père me balançait à tour de bras. Surtout l'argent. Ce qui était passablement regrettable. Passer de 3000 à 1500 dollars d'argent de poche hebdomadaire m'avait particulièrement énervé, mais d'un autre côté, en étant bien sage, j'avais pu me payer une nouvelle voiture. Je savais que conduire m'était interdit, vu mon état et ma consommation d'anti-douleurs journalière... Mais c'est une voiture, un besoin vital, non ?
J'avais aussi perdu ma vie sociale. Plus d'appels de nanas en rut qui voulaient juste jouer sur ma queue, fini les belles soirées dans le jacuzzi, les coéquipiers des Cannonballs... Non. Plus rien n'avait de sens. Je passais finalement plus de temps allongé sur mon lit, à fixer le plafond plutôt que de sortir prendre l'air. Au début, c'était défensif. S'exposer dans le couloir, avec toutes les personnes qui me connaissaient (ou pas) d'après l'article de presse paru après mon superbe tonneau au dessus d'une barrière de sécurité suivie d'un arbre... Je ne le sentais pas trop, étrangement. Non, je préférais me terrer dans un coin du bâtiment des SM, passer une année scolaire tranquille sans me faire remarquer, ce qui, venant de moi était aussi étonnant que de voir un lapin manger du rosbeef. Tout ça pour dire que je me contentais de survivre, pas d'exister.
Je pensais à mon anniversaire aujourd'hui. Je venais d'avoir 18 ans. Je suis majeur (du moins en Australie) et je n'ai rien fait, jusqu'à présent, d'intelligent ou d'intéressant pour ma propre vie. A part des conneries monumentales, du style me planter en bagnole. J'avais besoin de me redéfinir, d'une manière ou d'une autre. Devenir quelqu'un, avec des ambitions, un objectif. Mais comment faire quand on se sent (et qu'on est) plus ou moins handicapé par son propre corps ? Se sentir constamment en souffrance, les nerfs titillés de l'intérieur ? Je n'avais pas encore trouvé la réponse à ma question. Juste une vague solution, l'alcool. Ici, les réserves étaient infinies, surtout chez les SM. Le tout était de les trouver et de bien planquer sa propre marchandise. J'avais un don de ce côté-là. Trouver les petits repères de Wynwood High la nuit, c'était ma seule occupation depuis que j'avais du arrêter le foot US. J'avais déjà découvert un passage secret à la cafétéria, et j'avais pu déguster des glaces en charmante compagnie.
Ce soir là, j'aspirais à un peu de repos, avec ma meilleure amie, tequila. J'avais une planque bien cachée entre deux salles de classe, derrière un tableau d'affichage. Difficile à repérer, en soi. Je sortis de ma chambre, dans la confrérie des SM, et me dirigeai vers le bâtiment principal, qui contenait l'internat et les salles de classe. Je marchais lentement, à cause de mon petit handicap. Mais je n'étais pas pressé, bien au contraire. Alors que je traverse le couloir vers le panneau d'affichage, un bruit assourdissant me détourne de mon objectif. Un bruit de verre cassé, explosé je dirais même. Je m'approchai de la source du bruit. Au coin du couloir, je tombe sur une jeune femme. Elle doit avoir à peu près mon âge, elle a l'air complètement paniquée. J'ai envie de lui dire de se calmer, mais c'est alors qu'elle s'exprime dans une langue étrangère. Du français ?

- Merde, merde, MERDE !


Mes cours de français me semblent loin, soudainement. Qu'est-ce que j'ai appris déjà ? Comment se présenter, deux-trois trucs pas difficiles... Est-ce qu'elle me comprendra ? Je vais déjà voir si mon français vaut le coup :

Bon...Bonne jour ? Yé...Yeu... M'appelle Zacchary. Za... Ca va ?


Laisse tomber, mec ton anglais craint. Je m'accroupis et regarde les débris de verre sur le sol. Vodka. Pas ma drogue mais bon, chacun sa dose. Je la pris par le poignet, gentiment et lui dis en anglais :

- Je sais pas si tu comprends, mais t'es mal barrée. Ils vont débarquer d'un instant à l'autre. Viens avec moi.


Je l'emmenai avec moi dans le couloir, ouvris mon passage secret et récupérai une bouteille avant de filer, direction le bâtiment des SM. Nous serions en sécurité. Arrivés près des marches, je m'y assis avec la jolie jeune femme. Elle avait l'air essoufflée par la course, mais mieux vaut ça que d'être chopé avec de l'alcool à WHS. Je me tournai vers elle avec un sourire :

- Désolé de t'avoir traîné ici, c'était pour qu'on soit tranquille. J'ai pris une bouteille de teq, si ça peut te consoler. Et j'ai du rhum dans ma chambre. T'es nouvelle, hein ?
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MessageSujet: Vodka an'you. [Zacchary]   Ven 4 Juil - 13:46

Comment ça, pas d'alcool au lycée ? Me prenait-on pour une idiote ? Il en était hors de question.

J’avais depuis longtemps connaissance des règles de chaque lycée, et j’étais connue pour être une experte dans l’art de les transgresser. Je savais parfaitement qu’à chaque règle il y avait sa propre manière de les déjouer ; et celle de ne pas consommer d’alcool était un challenge plus qu’amusant à mes yeux. C’est vrai quoi, j’avais à présent dix-huit ans, enfin dans quelques jours et en France, on pouvait se bourrer la gueule et vomir dans les caniveaux à dis-huit ans. Bon, autant dire que je n’avais pas attendu l’âge requis pour me mettre des races à répétition, mais c’était ce qui me permettait de me détendre après une journée de travail scolaire qui me rapportait des 21/20. On ne se refait pas. Il était dix-huit heures lorsque je sortis du lycée en catimini pour aller m’acheter quelques bouteilles à mettre en réserve dans ma chambre. Je n’avais pas encore trouvé la planque idéale, et je savais que je me ferais gauler si jamais je ne cachais pas mes effets correctement, mais cela n’avait pas la moindre once d’importance ; il fallait seulement que j’en profite. La petite nouvelle que j’étais ne s’était pas encore fait d’ami. Or, il était important pour moi de prouver que j’étais une fille cool, malgré ma demande déposée à la confrérie des « bosseurs ». Je voulais me faire bien voir de tout le monde, là résidait peut-être mon erreur. Je ne pouvais pas être amie avec tout le monde. Mais présenter une image, un masque, me permettant de me faire des amis vite et bien était pour moi un bon moyen d’accroitre ma popularité. J’en avais un besoin presque maladif. La solitude ce n’était pas mon fort, loin de là. J’avais besoin de me faire des amis vite et bien, et dans le cas présent l’alcool était un excellent moyen de prouver que j’étais une rigolote malgré ma tenue de riche, mon maquillage précis au millimètre et mon regard sévère.

L’interdiction de picoler avant 21 ans me rendait littéralement verte, et dans la continuité des choses, acheter de l’alcool relevait du défi. Mais j’avais persévéré, et finalement à minuit, après avoir écumé les boites de nuit, mon sac d’alcool gentiment caché dans un recoin, j’avais fait le chemin inverse, direction l’école, munie de deux bouteilles de vodka, une de téquila et mon péché mignon, de Passoa, même si c’était un putain d’alcool de vieille. Mais après tout, j’étais une femme, non ? J’étais d’avantage délicate qu’une petite fleur, et même quand je me raçais littéralement la gueule, je gardais cette classe titubante qui faisait de moi une jeune femme riche de Paris, élégante. Ma mère s’arrachait les cheveux avec moi. Elle se demandait souvent comment c’était possible d’avoir engendré une gamine aussi irresponsable, qui finissait au poste une fois pas semaine en cellule de dégrisement ou munie d’un bédo. D’ailleurs, j’avais trouvé ça aussi. Il m’avait été très compliqué de dénicher de la came avec mon baragouin pitoyable d’anglais, mais j’en avais trouvé. Bon, là c’était uniquement pour dépanner par contre, parce que le type était vraiment bizarre et le quartier vachement mal famé. J’avais besoin d’un petit remontant alors j’avais fait le chemin, mais très franchement je n’étais pas prête d’y retourner. Une fois mes potes trouvés, je leur demanderai des bons plans pour trouver de la vraie et de la bonne weed. On était aux Etats Unis, merde ! ça ne devait pas être très compliqué de trouver des produits de qualités dans une ville aussi grande que Miami, non ?

Bref, alors que je rentrais au lycée tranquille, je me surpris à admirer la laideur de cette ville la nuit. Si Paris était d’une beauté sculpturale, si cette ville semblait avoir été faire pour l’amour de la culture, de la beauté, de l’art et tout le tremblement, Miami était son exacte opposée. La ville semblait faite en carton pâte, sans rire. Je ne voyais rien de beau ici, que du préfabriqué pour donner cette impression de rêve américain débile. Si beaucoup de français étaient revenus d’Amérique enchantés par ce voyage et par ces nouvelles découvertes, moi je me sentais plutôt blasée, en fait. Mais j’avais choisi la destination la plus éloignée pour échapper au joug cruel de parents vraiment, VRAIMENT chiants qui risquaient de m’en faire voir de toutes les couleurs. Car si j’avais d’excellentes notes à l’école, ce n’était pas le cas de mes parents qui étaient de véritables cons notoires (pardonnez-moi du peu mais un footballeur et un manequin on peut pas dire que deux grands esprits se rencontrent… On le savait mieux que les autres en France avec l’abruti de la Routourne. Non, vraiment ça me blasait) et que donc de par leur position de cons notoires, ils ne comprenaient strictement rien à mes études et de ce fait, me prenaient pour une feignasse. Et ils gueulaient d’autant plus que je ne faisais rien pour arranger la situation vu que je me bourrais la gueule tous les samedis soirs sans le moindre regret. Et puis j’aimais bien les faire chier. Franchement, parfois c’est malheureux de penser que ses parents ont un cerveau atrophié, mais bordel c’est vrai quoi. Ils sont super cons. Et m’éloigner d’eux était sans doute la meilleure chose que je puisse faire pour leur échapper. Bref, je m’éloigne du sujet, là. Donc Miami c’est moche, mais je m’en fous. Ma clope au bec, je me prends à admirer ce paysage hideux et si différent de chez moi. Il n’y a rien de semblable. Paris n’a rien qui puisse ressembler à ça. Et Miami ne ressemblera jamais à Paris. C’est pas beau. Mais c’est mon nouveau chez moi, moi les années à venir. J’ai bien fait de débarquer pendant les vacances, ça me permettra de m’intégrer correctement, en bonne et due forme avant d’attaquer les choses sérieuses, à savoir : la rentrée des classes. Et il faudra que d’ici là je sache parfaitement parler anglais, ce qui n’est pas le cas. J’ai toujours été allergique à cette matière, et maintenant je m’en mords les doigts bordel. Mais c’est un peu tard pour regretter, non ?

Mes talons résonnent dans le hall, ça fait « clac clac clac » heureusement qu’au lycée, le samedi soir le couvre-feu est à une heure du matin pour les plus de 16 ans. J’en suis bien contente. J’esquive les pions autant que je le peux pour atteindre ma chambre. Il faut que je range ces jolies bouteilles et que je m’arrache de là pour ne pas me faire gauler. Je sais qu’en temps que nouvelle je risque gros, alors pourquoi faire autant la con pour quelques bouteilles ? J’sais pas, j’ai envie. J’ai vraiment envie de garder cet alcool comme réserve personnelle en vue d’éventuelles soirées pyjamas où je pourrais me bourrer et me défoncer la gueule autant que faire ce peut.
Mais alors que je songe à cela, je sens craquer la bretelle de mon sac à dos, dans les escaliers. Et là c’est le drame total. Je vois la scène au ralenti. Une bouteille de vodka s’échappe et se fracasse contre les marches dans un bruit assourdissant. Pire encore, il y a des bruits de pas dans le couloir. Merde merde merde merde merde. Comment je vais faire ? Comment je vais expliquer ça au pion ? Je sais. Je vais dire que c’est pas vraiment de ma faute, parce qu’on m’a obligé. On m’a bizutée, je suis nouvelle m’voyez ? Mais je ne suis pas consommatrice d’alcool à outrance ça non, je ne voulais pas le faire, en vrai. Voilà, je vais dire ça. De ma bouche s’échappe un grognement contrarié, vraiment contrarié. Fait chier, quoi. Et moi qui pensais être discrète, c’était déjà loupé avec mes talons aiguilles, mais là c’est encore plus râpé. En plus la vodka, je ne vous l’apprends pas, ça pue. L’odeur écœurante de l’alcool se diffuse dans tout le couloir, et je suis persuadée que le bordel que ça a fait va aller réveiller un pion, n’importe qui je sais pas. Mais que je vais y passer. Je vais y passer, mais comme je suis bonne je vais sortir un craque en mouillant mes petits yeux de biche, et ils me laisseront partir sans punition en confisquant ces bouteilles qui m’ont coûté une blinde. Je plaque la main contre la poche intérieure de ma veste, anxieuse.
Bon, qu’ils confisquent l’alcool okay, mais par pitié qu’ils touchent pas à la weed. Je râle. Je vois la silhouette qui arrive et tout ce que je suis foutue de faire c’est râler comme une abrutie. En français.

« Merde, merde, MERDE ! »

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