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 Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu. {Shin}

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MessageSujet: Re: Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu. {Shin}   Dim 27 Juil - 15:20



Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu - Jun

Jun et moi avions quitté la terrasse du bar où il m’avait invitée pour nous promener un peu. Il ne m’avait fallu que quelques minutes avant de lui proposer de manger quelque chose. J’étais une gourmande née, surtout quand il s’agissait de choses sucrées, avec du chocolat en bonus. C’était encore pire maintenant que j’étais enceinte. J’avais encore plus de ces envies de grignoter un petit quelque chose, et j’y cédais. C’était pour ça que j’avais pris autant de poids depuis le début de ma grossesse. Avant d’arriver à Miami, d’ailleurs, j’étais une fausse maigre. Il m’arrivait de m’emporter dans ma gourmandise et de me retrouver avec un petit ventre peu flatteur, parce que je ne faisais pas de sport à côté. Mais les évènements qui étaient survenus les uns après les autres m’avaient fait perdre tout ce poids superflus, et plus encore. Avant de tomber enceinte, j’étais donc mince, voire maigre, trop maigre à mon goût. Avec le bébé, c’était donc révolu. Des fois, ça ne me plaisais pas trop, je me sentais grosse, pas seulement à cause de mon ventre, je me sentais moche et repoussante. Mais je me résignais quand je me disais que j’avais pris tout ce poids parce que j’allais donner la vie au fils de Ki.
Jun marchait à côté de moi, dégustant ses beignets, regardant autour de lui. Les regards glissaient sur nous, particulièrement sur mon ventre. Je commençais à avoir l’habitude, et même si ça me rendait triste, je n’y faisais pas toujours attention. A mon grand étonnement, mon compère me défendit, s’adressant directement à un couple en leur affirmant que j’étais belle. Le compliment me fit énormément plaisir, et sa démarche me toucha. Après quoi nous continuâmes à discuter, particulièrement de la différence entre notre pays natal et le pays dans lequel nous étions. Jun m’annonça qu’il n’aimait pas les Etats-Unis, et moi je lui avouai ne pas aimer Miami, plus particulièrement. Sinon, j’aimais beaucoup mon Tennessee, c’était calme, reposant et magnifique. Auparavant, j’y étais seule, et ça m’allait très bien. Les paysages étaient juste sublimes, j’avais pu faire plein de dessins. Je m’y étais senti bien. A Miami, ce n’était pas la même chose … Ce n’était pas l’endroit qui me retenait mais les gens. Ceux que je connaissais et avec qui j’avais tissé des liens forts. Si ça avait été pour la ville, je ne serais pas revenue. En l’occurrence, j’étais revenue pour Ki, même si pour le moment nous n’avions pas repris contact, et que j’avais plus que peur qu’il me rejette après ce que je lui avais fait. Jun me demanda pourquoi c’était particulièrement cette ville qui ne me plaisait pas, et je lui expliquai. C’était une bien trop grande ville qui me mettait mal à l’aise.

- Ça c'est pas spécifique à Miami mais à la race humaine.

Je lui souris timidement.

- Les gens sont moins pires dans les petites villes.

Convaincue que je pouvais lui montrer que cette ville n’était pas non plus la plus nulle, je lui proposai une activité sans lui préciser laquelle. Il semblait déçu que je ne puisse pas le faire avec lui, puisque j’avais seulement indiqué que c’était quelque chose à sensations. Dans mon état, c’était complètement interdit, ça mettait la vie de mon bébé et même la mienne en danger. Et puis j’étais un peu peureuse de ce genre de choses. Je l’aurais peut-être fait en sa compagnie, celle de Ki et Aya, par exemple. Mais pas seule. Il se pencha vers moi pour me le signifier, me mettant rapidement mal à l’aise avant de se reculer. Pour cacher cette gêne, j’enchaînai, lui avouant que j’espérais que ça allait lui plaire. Rien que pour ça, il allait adorer Miami. Il suffisait de tomber sur les bonnes personnes et de ne se concentrer que sur elles. C’était ce que je tentais de faire depuis le début, même si c’était bien difficile, encore plus depuis les derniers mois, passés loin d’eux. Je pris alors chemin vers le lieu que j’avais en tête. Miami était une ville côtière et possédait de nombreuses plages, plus ou moins réputées. Moi, je visais une petite plage très peu fréquentées pour la baignade, mais plutôt pour les activités qu’elle proposait. Je ne me pressais pas pour y mener Jun, je fatiguais plutôt rapidement et je ne voulais pas m’épuiser dans mon état. Nous finîmes par y arriver et je me mis à sourire, lui présentant l’endroit silencieusement. Je m’assurai que Jun n’avait pas peur de faire ce que je lui proposais et il était toujours déçu que je ne puisse pas l’accompagner. Il me confia son t-shirt avant de se lancer dans l’aventure, en profitant. Je le regardai voler rêveusement. Quelles sensations avait-il ? Se sentait-il libre, dans les airs ? Ou avait-il quand même peur, contrairement à ce qu’il m’avait assuré ? Après un moment, Jun finit par redescendre et récupérer son t-shirt. Il s’extasia sur ce qu’il avait ressenti là-haut, et m’assura que je devrais vraiment le faire. Pour ma part, j’hésitais un peu. Dans quelques mois, j’allais être en capacité physique de le faire, mais oserais-je ? Je lui confiai mes pensées, lui demandant timidement s’il viendrait avec moi. Il me répondit que c’était avec plaisir qu’il le referait avec moi. Je lui souris avant de répondre.

- Quand Bébé sera né alors, on reviendra et tu me feras essayer.

Jun me proposa d’aller marcher le long de la plage et j’acceptai avec joie. Je commençais à fatiguer légèrement, mais me promener me faisait du bien, et puis il suivait mon rythme. J’avais déjà retiré mes chaussures, les gardant dans une main, les tenant d’un doigt. L’eau était plutôt bonne, à mi-chemin entre fraîcheur et tiédeur. Je posai un pas devant l’autre, prenant tout mon temps, profitant du sable mouillé sous mes pieds. Je posai une main sur mon ventre, protectrice. C’est à ce moment que ma nouvelle connaissance en profita pour m’arroser et s’éloigner le plus vite possible en riant. Il s’excusa et je lui répondis que c’était injuste que je ne puisse pas me défendre. En temps normal, il y avait de grandes chances pour que je lui renvoie l’ascenseur timidement, l’aspergeant tout juste pour lui montrer que je me défendais. Mais à cause de mon ventre, je ne pouvais pas faire grand-chose, à moins qu’il ne se rapproche et attende sagement d’être mouillé. Rieur, il s’exclama que c’était ça qui était drôle. Tu ne perds rien pour attendre, Jun. Je me sens plutôt à l’aise avec toi, viendra un jour où je me vengerai … Amicalement, bien sûr.
Après ce petit moment de détente, Jun posa son regard vers l’infini bleu qui nous tendait les bras. Il commença à entonner une chanson que je ne connaissais pas, mais qui à première vue était pas mal. Il avait une très jolie voix, bien que je ne l’entendais pas énormément. Il s’entendrait bien avec Ki, Ki aussi aimait chanter, et il chantait très bien. Le jour de notre rencontre, il m’avait chantonné quelque chose lui aussi, ayant grillé que je parlais la même langue que lui. Tout compte fait, ils avaient quelques points communs, c’était si étrange. S’ils venaient à se rencontrer, comment s’entendraient-ils ? Je soupirai lentement, m’imaginant leur rencontre. Jusqu’à ce que Jun brise le silence, m’avouant que je lui rappelais quelqu’un. Il évoqua un meeting et je commençai à fouiller dans ma mémoire. Je m’étais débarrassée de nombre de mes souvenirs de Corée. Je m’étais battue pendant des années pour enfermer ce passé le mieux possible. Bien sûr, je n’avais pu tout enlever de ma tête, c’était impossible. Mais j’avais réussi à mettre sous clef une bonne partie de mon enfance, puisque je n’en voulais plus. Ce passé appartenait à quelqu’un d’autre que moi, dans un autre pays. Avis très bloqué sur mon passé, n’est-ce pas ? Et encore, c’était beaucoup moins pire depuis que j’avais passé une semaine avec Ki. Mais mon pays m’avait déçue, j’y avais perdu tout ce que j’avais. Après un moment à chercher, je parvins enfin à faire un lien entre le Jun que j’avais sous les yeux et un Jun que j’avais rencontré lorsque j’étais gamine. Je m’exclamai que je me souvenais de quelque chose, m’excusant au passage du mal que j’avais eu. J’avais fait sa connaissance lorsque j’avais une petite dizaine d’année, lors d’un meeting de charité organisé par mon père. J’étais souvent tirée de force à ces soirées où je ne connaissais personne, et dans lesquelles je m’ennuyais du début à la fin. Jun, lui, était de l’autre côté de la barrière, socialement. Il faisait partie des pauvres conviés, pour je ne savais quelle raison. Une bête de foire, un animal très peu connu par les riches que nous étions, un animal qui faisait peur, même. Ce soir-là, il m’avait dérobé un objet, mais je ne parvenais pas à savoir quoi.

- Piqué ? Oui j'avais volé quelque chose à cette petite fille mais je sais plus du tout ce que c'était.
- Moi non plus. Lui dis-je en souriant. Je crois que … je n’avais pas dix ans.
- Moi j'avais bien 11 ou 12 ans. Tu es bien plus jeune que moi alors ? J'ai 21 ans.

Je le fixai, perdue, et hochai la tête pour confirmer. Puis je lui avouai mon âge.

- Oui, j’ai dix-huit ans.

Je laissais le silence s’installer de nouveau, toute à ma réflexion. Il semblait réfléchir aussi. C’était vraiment étrange, à croire qu’il y avait réellement un destin pour nous lier. Nous étions dans la même ville pendant notre enfance. Nous nous étions croisés, pour nous séparer par la suite. Puis nous nous recroisions maintenant. Et il ressemblait à Ki tout en étant différent de lui. Ki me manquait. J’aurais voulu pouvoir rentrer ce soir en lui racontant que j’avais fait une rencontre plus que surprenante, et lui présenter Jun demain. Mais ce n’était pas possible, n’est-ce pas ? Ki ne voudra plus jamais de moi. Il ne m’a pas repoussée lorsque je l’ai revu, il m’a enlacée mais ça ne veut rien dire, il jouait la comédie, il était simplement fatigué et sous le choc. Mais il a eu le temps de réfléchir, et il ne veut plus de toi. Comment le voudrait-il ? Tu es tombée enceinte, tu ne lui as pas dit, tu as rompu sans raison puis tu t’es enfuie, le forçant à garder une partie de ton secret, le faisant souffrir. Tu ne mérites même pas qu’il te tende une main, tu mérites d’être seule. Alors c’est ça, il ne reviendra pas et je mettrai au monde notre fils, seule. Je l’élèverai sans lui, ne sachant pas quoi lui répondre quand il me demandera où est son père.

- Oui je pense que c'est bien toi. Tu m'avais rattrapé et au lieu d'appeler les flics comme la plupart des gens tu étais restée et on avait discuté jusqu'à ce que le soleil se couche.

Je sursautai, surprise par sa voix chaude. Puis je réfléchis à ce qu’il venait de me dire. Moi-même, je ne savais pas pourquoi j’avais réagi comme je l’avais fait ce jour-là. A l’époque, j’étais plutôt une peste, et forcée de venir, j’aurais pu me venger en me plaignant à mon père. Mais au contraire, je savais qu’il allait m’envoyer bouler, et que ça ne servait à rien. Alors je l’avais rattrapé, et j’avais passé du temps avec lui. Ça, ça allait faire chier mon père. Sa fille, son Héritière, passant la soirée avec un pouilleux qu’il avait invité pour la forme. De toute façon, je m’ennuyais tellement quand c’était comme ça. Je n’avais pas toujours Jeff ou Jared pour passer le temps, puisque c’était en Corée, ce meeting.

- Je trouvais toujours ces soirées longues à mourir, mais j’étais obligée d’y aller, lui avouai-je. J’étais contente de discuter avec quelqu’un, je crois. J’ai un bon souvenir de cette soirée, même si ça reste vague.

Je le tus, laissant le silence planer un moment. Je me perdis dans mes réflexions et finis par rire, un peu déboussolée.

- Tu ne trouves pas ça étrange ? Nos chemins se croisent à Daegu il y a dix ans puis ici, maintenant. A croire qu’on suit une même ligne.
- Oui, c'est vraiment étrange. Le destin ? Peut-être.
- J’ai parfois l’impression que quelque chose m’échappe, comme si ce n’était pas moi qui décidais de mon sort. Enfin voilà, je trouve ça étonnant de te rencontrer à nouveau. Tu sembles … être mieux.

En effet, Jun avait l’air bien différent. Gamins, nous nous étions rencontrés lors d’une soirée de charité. Si j’étais du côté des riches, il était du côté des pauvres. Vraiment pauvre. On m’aurait dit qu’il vivait dans la rue que ça ne m’aurait pas étonné. Et aujourd’hui … Il était habillé normalement, voire même bien. Il n’était pas chétif comme il l’était jadis. Et il n’avait pas hésité à m’offrir les verres et la nourriture. Je ne savais pas ce qui lui était arrivé tout au long de sa vie, mais c’était le seul commentaire que je pouvais faire. Oui, il avait l’air de se porter mieux, de vivre mieux. Il souriait, il n’avait pas l’air malade, il était gentil et généreux avec moi. Quant à moi … Mon évolution étai assez spéciale. J’avais perdu mon statut, j’avais perdu mon argent, j’avais tout perdu, mais dans le fond, tout ce que j’avais perdu m’enchaînais. J’étais mieux ainsi, non ? Ma famille me manquait, et si je retournais vers eux ça se passerait très mal, alors était-ce mieux qu’ils me croient disparue ? Etait-ce mieux que je sois enceinte à dix-huit ans, même pas certaine que le père de cet enfant me pardonne un jour tout ce que je lui avais infligé ? J’étais mieux et je ne l’étais pas en même temps, sûrement. Mais dans ma tête, je me sentais quand même plus libre. J’avais eu le choix de continuer cette grossesse, et j’étais prête à l’assumer. J’avais eu le choix de sortir avec Ki et de l’aimer un temps, sans lien. J’avais encore le choix aujourd’hui, celui de rester au risque qu’il ne veuille plus jamais de moi, et celui de repartir, le faisant encore souffrir dans le cas où il me pardonnerait. J’avais choisi de revenir et de rester, peu importait ce qu’il se passait. Le reste du choix, c’était à lui de le faire. Jun rit avant de me répondre.

- Oui, j'ai bien changé depuis. Mieux mais de toute façon on peut difficilement faire pire qu'à cette période. Tu as bien changé aussi.

Je baissai la tête, confirmant silencieusement ce qu’il disait. Effectivement, j’avais changé. Je n’étais plus un mais deux, pour commencer. J’avais vieilli et mûri, peut-être même un peu trop, et ma grossesse en rajoutait une couche. Je gardai le silence, ma main à nouveau posée sur mon ventre. Le petit bougeait lentement, comme s’il se réveillait à peine et qu’il prenait le temps. J’étais concentrée dans mes pensées, jusqu’à ce que Jun me propose de rentrer. Je posai mes yeux sur lui en répondant un petit « Oui, rentrons. ». Je pressai un peu le pas pour me retrouver de nouveau à sa hauteur, quittant par la même occasion l’eau qui glissait entre mes doigts de pied.

- En y repensant c'est vrai que c'est surréaliste. On était peut-être destinés en fait. Même si c'était le cas … ça semble bien compromis.

Je ne m’arrêtai pas après ses paroles bien que je faillis, surprise. Pensait-il que nous pouvions être destinés ? C’était possible, nos chemins se croisaient et se décroisaient, après des années. Peut-être même que c’était arrivé d’autres fois sans que nous nous en rendions compte. Peut-être que nous étions plus liés que nous ne le pensions. Mais sa dernière phrase me mit mal à l’aise, il faisait clairement référence à mon bébé, comme s’il gênait en quelque chose. Même si nous étions destinés … c’était Ki que j’aimais. Avoir des points communs ne suffisait pas, si ? Bien que Ki et moi étions très semblables sur certains points, ça ne faisait pas tout, et il y avait vraiment quelque chose entre nous. Du moins, je le croyais, peut-être que lui ne le voyait pas comme ça. Etais-je juste une petite-amie de passage, la colocataire bien gentille avec qui coucher ? Non, il avait l’air de tenir à moi, il me l’avait dit et montré au cours de derniers mois. Mais était-ce de l’amour, était-ce assez fort ? Je baissai la tête en rougissant, réfléchissant à ce que je pouvais bien lui répondre. Je connaissais à peine Jun alors que je vivais avec Ki depuis plus d’un an, et j’avais des sentiments pour Ki. J’appréciais déjà Jun, c’était sûr, je me sentais en confiance avec lui, mais de là à dire que nous pouvions être destinés … Je secouai la tête doucement.

- Si c’est compromis … c’est que nous n’étions pas destinés. Dis-je doucement. Ou alors, pas comme ça.

« Pas comme ça » sous-entendu « Pas amoureusement ». Après tout, peut-être qu’il était là pour me soutenir et se trouver à mes côtés amicalement, tout simplement. Nous passions alors la frontière de la plage, et je me baissai précautionneusement pour remettre mes chaussures. Je me redressai en souriant, prête à lui dire que nous pouvions reprendre chemin quand mon téléphone se mit à sonner. J’avais changé de téléphone en m’enfuyant, et le numéro affiché n’était pas dans mes contacts. Pourtant, je le connaissais et mon cœur fit un bond dans ma poitrine. C’était Ki. Il avait certainement eu mon nouveau numéro grâce aux coordonnées que j’avais laissées à l’établissement lors de ma réinscription. J’attendis deux secondes avant de décrocher, la voix tremblante. Pourquoi m’appelait-il ? Qu’allait-il me dire ? Allait-il me dire qu’il voulait que je parte parce qu’il ne supportait pas de me croiser ? Je le laissai parler, il n’avait pas l’air au meilleur de sa forme. Il voulait que l’on se voit, mais ne me précisa pas pourquoi. Je déglutis, étonnée. Bien sûr qu’il n’allait pas me jeter au téléphone, Ki avait plus de respect que ça, même s’il me détestait pour ce que je lui avais fait. Nous discutâmes d’un lieu de rendez-vous, puisque nous étions tous les deux libres à l’instant. J’étais anxieuse, je ne savais pas du tout de quoi il voulait me parler, et j’avais peur qu’il ne m’annonce qu’il ne voulait pas assumer notre bébé. Même si je m’y attendais, même si je savais qu’il ne voulait pas de moi, ça me faisait peur de l’entendre de sa bouche. Il me fallut quelques secondes après la fin de la conversation pour ranger mon portable, puisqu’il avait raccroché de lui-même. Jun me ramena au monde en me demandant si c’était mon copain qui s’inquiétait. Je relevai le visage vers lui, un léger sourire triste au coin des lèvres.

- Euh … non. Pas vraiment.

En fait, pas du tout. Ce n’était pas mon copain, et il ne s’inquiétait pas. Pourtant, dans une situation normale, ç’aurait dû être le cas. Ki était le père de mon enfant, nous aurions dû être ensemble. Et vu mon état et l’heure qu’il était, il aurait dû s’inquiéter de ne pas me voir rentrer. Mais la vie n’était pas faite que de logique, et la situation était bien différente de ce modèle. Je déglutis encore, puis posai mes mains de nouveau libres sur mon ventre.

- Je vais devoir te laisser alors, on m’attend. Heureuse de t’avoir rencontré. Je te laisse mon numéro de téléphone ?

Je cherchai un papier dans mon sac ainsi qu’un stylo, et lui inscris mon numéro en chiffres noirs. Jun me dit au revoir, ravi d’avoir fait ma rencontre. Il m’informa aussi qu’il prendrait peut-être bien quelques cours d’anglais avec moi, ce qui me fit plaisir. Je savais que ce n’était pas la meilleure idée que je puisse avoir pour mon cas, mais j’aimais aider les autres, surtout quand le courant passait bien. Et là, il passait très bien. Jun, lui, ne me jugeait pas seulement pour mon ventre, mais pour tout ce que j’étais. Ma grossesse ne semblait pas le déranger outre mesure, ou du moins il n’en avait rien dit. Après, si ça le gênait, il ne me recontacterait pas. J’avais passé un bon moment avec lui, et je me sentais plutôt à l’aise, ce qui n’arrivait pas souvent lors d’une première rencontre. Il me donna son numéro lui aussi, et je commençai à m’éloigner de lui. Puis je lui fis un signe de la main en m’arrêtant quelques secondes.

- A très bientôt ! N’hésites pas à venir me voir quand tu veux, je suis chez les Lambda pour le moment. Passe une bonne soirée.

Je finis par reprendre mon chemin pour me rendre au lieu de rendez-vous convenu avec Ki. Mes mains commençaient à se faire moites et mon cœur battait la chamade. J’avais tellement peur qu’il m’annonce que je revenais trop tard et que je ne pouvais plus rien attendre de lui, même si j’étais enceinte de lui. Mais cette peur était infondée, je connaissais bien Ki et je savais qu’il n’était pas comme ça. J’aurais dû savoir qu’il ne me laisserait pas, qu’il tenait assez à moi pour faire face à sa peur de ce bébé. Mais non, j’étais incapable de me raisonner. Pour moi, il allait me dire que c’était bel et bien fini quand je l’avais quitté, et que je pouvais repartie de Wynwood.
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MessageSujet: Re: Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu. {Shin}   Mer 21 Mai - 2:25



Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu.



Shin & Jun


.



HRP: J'te laisse clôturer ou classer le rp au choix.
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MessageSujet: Re: Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu. {Shin}   Mer 7 Mai - 12:27



Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu - Jun

Je me sentais étrangement bien avec Jun, alors que je ne le connaissais même pas. Je savais quoi ? Son prénom, sa classe, sa ville d’origine. Donc, quasiment rien. Mais à croire qu’à lui, ça suffisait pour qu’il se sente assez proche de moi. Il s’était levé pour se mettre au niveau de mon ventre et pour sentir mon bébé bouger. C’était une sensation très étrange, autant pour l’un que pour l’autre. Je commençais à avoir l’habitude de le sentir, moi, à l’intérieur. J’aimais les mouvements qu’il faisait, j’aimais la vie que j’y sentais. Mais depuis le début, j’étais seule dans cette histoire. J’étais la seule à m’émerveiller de la moindre sensation. C’était si étrange de voir un sourire sur le visage de quelqu’un d’autre. Il s’intéressait à mon bébé non pas parce que j’étais jeune et qu’il pensait que nous allions avoir une vie malheureuse. Je n’avais pas cette impression du moins. Je sentais qu’il s’intéressait à cette vie qui grandissait, prête à éclore d’ici quelques semaines.
Jun en vint à me parler de cet enfant et de son père. Il remarqua que je semblais l’aimer. Oui, je l’aimais. Bien plus que je ne le pensais au début. Après tout, ça ne faisait pas si longtemps que ça que nous étions ensemble. Et encore, à l’heure actuelle, nous ne l’étions plus. Mais Ki et moi nous connaissions depuis un an. Et en un an, mes sentiments avaient eu le temps de devenir très très forts sans que je ne m’en rende compte. Sans même que je ne m’en aperçoive, c’était déjà trop tard. Ses attentions continuelles, sa tendresse, sa présence, sa patience, tout ça mis bout à bout avait fait grandir cet amour en moi. Quand je m’en étais rendu compte, c’était bien trop tard, je ne pouvais pas revenir en arrière et faire comme si de rien n’était. Mais je ne le regrettais pas, j’en étais heureuse. Je finis par répondre à mon interlocuteur, affirmant que oui j’aimais Ki, qu’on ne faisait pas un enfant avec quelqu’un que l’on n’aimait pas. Du moins, moi. Si je n’avais pas aimé Ki assez fort, c’était sûr et certain que je ne serais pas enceinte de lui en ce moment. Je lui répétai aussi que j’espérais qu’il ressemblerait à son père, et que notre fils allait passer du temps avec son père et pas uniquement avec sa mère. Ma vision était peut-être trop … optimiste. Pour l’instant, Ki ne savait ni ne voulait rien de ce bébé. Il savait qu’il existait, il m’avait vue et il avait compris qu’il était le père. Mais ça s’arrêtait là. Lui et moi, nous n’avions pas vécu ce que la plupart des couples vivent. Nous n’avions pas discuté de notre envie de fonder une famille, nous n’avions pas attendu avec impatience le résultat de mon test de grossesse, nous n’avions pas été main dans la main à ma première échographie, émerveillés de voir notre bébé pour la première fois. Alors peut-être que j’en attendais trop de lui, et que tout ce que j’imaginais n’allait jamais arriver.

- Moi je crois Shin que si on peut très bien faire un enfant avec quelqu'un qu'on n'aime pas. Oui bien sûr qu'il passera du temps avec son père mais je t'affirme que la chose la plus précieuse pour un petit garçon c'est sa mère.

Sa remarque me fit baisser légèrement les yeux. Si certaines en étaient capables, moi je ne l’étais pas. Sa voix n’était pas dure, il me donnait simplement son point de vue. Mais au risque de paraître coincée, je ne pensais pas comme lui. Dans mon cas, non, ce n’était pas possible. Si je l’avais pas aimé au moins un peu, j’avais je ne lui aurais offert ma virginité, je n’aurais jamais partagé tous ces moments de plaisir avec lui. Jamais je n’aurais accepté de coucher avec lui sans préservatif. J’aurais réfléchi beaucoup plus froidement, prendre la pilule du lendemain me serait venu en tête. Et pour finir, malgré toutes les précautions que j’aurais prises, si j’étais tombée enceinte, alors je ne lui aurais même pas donné une chance, à cet enfant. Mais sinon, oui, il avait raison. Certaines personnes étaient capables de ça, de faire des enfants sans amour. Mais moi pas. Je lui souris, mais mon sourire n’en était pas vraiment un. Je n’avais rien à lui répondre, il n’avait pas tort, mais si dans mon cas il n’avait pas raison.
Nous finîmes par terminer nos verres et je lui proposai d’aller marcher un peu puisque j’avais les jambes engourdies. Jun accepta. Il paya nos verres et nous nous engageâmes dans la rue que je visais. Je ne connaissais pas toutes les rues, à vrai dire je n’avais jamais traîné en centre-ville de Miami. J’y faisais le minimum. Mais il y avait quand même quelques rares lieux que je connaissais, dont un petit marchand de choses grasses et sucrées. Particulièrement des beignets. Je lui proposai d’en prendre un. J’avais toujours été gourmande, et lorsque nous avions peu d’argent, j’avais dû me priver. Et dernièrement, je n’avais pas eu l’occasion de me faire énormément plaisir sur ce côté-là. Je ne mourais pas de faim, je mangeais correctement pour mon bébé. Mais je ne me faisais pas de petits superflus. Nous continuâmes de discuter, évoquant entre autres notre pays natal et celui dans lequel nous étions. Jusqu’à ce que Jun se rende compte de la difficulté de se promener dans la rue quand on est enceinte à dix-huit ans. Il accosta même un couple qui nous regardait de façon inappropriée, profitant pour les provoquer et me complimenter. Je le remerciai pour ce qu’il venait de faire et répondis à ses paroles. Non, ce n’était pas facile. Je trouvais injuste que les gens puissent me juger pour ma grossesse. Oui, c’était un accident, mais ça ils ne le savaient pas. Et puis … Un accident, certes, mais pas une erreur. J’avais choisi la situation dans laquelle j’étais à présent. De mon plein gré, j’avais décidé de porter cet enfant de Ki et de lui donner la vie. Non, ils n’avaient tout simplement pas le droit de me regarder comme ils me regardaient avec tout ce que je vivais et tout ce qui m’attendait encore. Je défendis mon ressentiment auprès de Jun, qui me répondit.

- De rien. Avec une maman aussi déterminée, le bébé en a de la chance, il risque rien.

Si je n’avais pas été déjà rouge, j’aurais certainement rougi. J’étais moins timide que je ne l’avais été, j’avais moins peur avec les gens, je me comportais plus naturellement. Mais recevoir des compliments me mettais toujours un peu mal à l’aise. Je relevai le visage vers ma nouvelle connaissance et lui souris avec tendresse. Je trouvais ça normal, d’agir comme j’agissais. En prenant la décision de mettre au monde mon enfant, j’avais accepté ce qu’il impliquait. Et ça comprenait de l’aimer et de le protéger, ce que je faisais déjà alors qu’il n’était pas encore né. Je le protégeais de tous ces imbéciles qui se croyaient permis de juger les gens qu’ils croisaient dans la rue. Un sans-abri n’était pas forcément un fainéant qui attendait que le peuple dépense son peu d’argent pour lui. Un voleur n’était pas forcément quelqu’un de cupide près à tuer pour une pièce. Et je n’étais pas forcément une petite imbécile qui avait bien cherché ce qui lui arrivait, même si un peu quand même.
Tout en marchant, je continuai de parler et de manger ce que Jun m’avait généreusement payé. Les beignets étaient bons, ça me faisait du bien de les manger là tout de suite maintenant avec lui. Il était gentil, il semblait naturel et il parlait avec Shin et pas une-petite-jeunette-enceinte-que-c’est-malheureux. Il finit par me proposer de me faire goûter ce qu’il avait pris et je le laissai faire après une légère hésitation. Je me sentais étrangement bien, souriant franchement. Ou à demi, au moins. Ce moment ne réglait pas mes problèmes et n’aidait pas Ki à accepter la réalité, mais ça m’aidait moi à tout mettre de côté. Ça faisait du bien. Jun reprit la parole, pour évoquer un sujet dont nous avions déjà parlé. L’Amérique. Et il me dit qu’il n’aimait pas l’Amérique. Il n’aimait rien de ce pays, même s’il avoua qu’il y avait des choses cools à faire ici. Visiblement, il préférait la Corée. Je comprenais son sentiment, même si le mien n’était pas le même. Pendant des années, j’avais détesté la Corée. Elle était celle qui m’avait tout pris. J’avais grandi dans ce pays, j’avais construit mes rêves et mes projets, je m’étais forgée. Puis un jour, on m’avait pris mon innocence et ma confiance en moi. Ce n’était pas la Corée dans laquelle j’avais vu le jour, certes. Il fallait distinguer le Sud et le Nord. Mais Corée quand même. Le Nord avait commencé, le Sud achevé. Et ça me faisait mal d’avouer que malgré ce que j’avais subi et encaissé, je leur devais celle que j’étais aujourd’hui. Au final, j’étais mieux dans ma peau comme Shin souriante et généreuse plutôt qu’en Shin Moon confiante, souriante quand même mais à moitié fausse. Gamine, je n’avais pas toujours été insupportable, mais au sein de ma famille, j’étais plutôt capricieuse. La petite princesse à son papa. J’obéissais aux moindres de ses ordres, bien qu’il n’était pas particulièrement dur avec moi. Il l’était devenu à mesure que nous avions perdu notre fortune. Passer toute sa vie à travailler pour que son empire s’écroule l’avait abattu. Mais ça n’excusait pas la façon dont il m’avait traité cette dernière année, et je ne lui pardonnais pas son comportement. Même, je savais que lui tenir tête était à coup sûr un moyen de le mettre en colère et de le rendre violent, pour la première fois de sa vie. Oui, la Corée m’avait pris mon insouciance, mon avenir, mes biens et jusqu’à mon père. Mais à côté de ça, elle m’avait aussi offert Ki. Ki, mon pilier à ce jour. Sans lui, je ne tiendrais déjà plus debout, je n’aurais pas eu la force de me relever. Alors que je souffrais de l’absence d’Ethan et de son manque de réaction sur les rumeurs à notre sujet, j’avais eu Ki pour me soutenir. Alors que j’étais malheureuse de l’avoir quitté alors que je l’aimais encore, j’avais eu Ki, sans qu’il ne s’en rende compte. Et cette semaine à ses côtés dans notre pays natal m’avait ouvert les yeux. Peut-être même que c’était cette force cachée qui m’avait poussé à quitter Ethan. Je ne savais pas. Toujours est-il que la Corée m’avait pris une vie pour m’en donner une autre beaucoup plus belle. Mais j’étais incapable de lui en être reconnaissante. Je répondis à Jun que personnellement, j’aimais l’Amérique, mais pas la ville dans laquelle nous étions. Et je renchéris en réagissant sur la langue, qui à mes yeux était facile, et les gens.

- Bizarrement je trouve le coréen bien plus facile. Et je pense que je suis relativement chanceux quand il est question de « tomber sur les bonnes personnes ». Même plus que chanceux... une chance de cocu. Puis-je savoir pourquoi tu n'aimes pas Miami ? Qu'est-ce qu'elle a cette ville de différentes des autres ?

Ses paroles sur sa chance m’intriguèrent. Se considérait-il chanceux dans ses rencontres à ce point ? Est-ce que je faisais partie de cette chance ou est-ce qu’il évoquait uniquement d’autres personnes ? Mais j’étais trop réservée et polie pour relever ce détail, je n’osais pas. Je me contentai alors de répondre à sa question concernant Miami. Toujours avec un sourire et une moue déçue à cause de ma constatation.

- Miami est juste … une grande ville avec beaucoup trop de monde. Les gens ici sont individualistes et prétentieux. Je ne me sens pas à l’aise avec eux.

Je ne me rendais pas encore compte que Jun, s’il était différent, était aussi quelqu’un que je n’apprécierais pas en temps normal. Je le voyais gentil, généreux et naturel. Je ne m’attendais pas du tout à la suite, à ce qu’il se passerait quand il découvrirait qui m’avait fait don de cette vie que je préservais sous ma peau. Finalement, je continuai de marcher tranquillement, cogitant sur ses paroles. J’appréciais déjà Jun, je ne savais pas pourquoi. Parce que nous avions pas mal de choses en commun –plus que je ne le pensais, même- ? J’eus soudain l’idée d’une activité que je pouvais lui faire faire. J’avais déjà aperçu ça sur une plage de la ville. Avant de le voir, je ne savais même pas que ça existait et encore moins que c’était accessible au grand public. Mais c’était une bonne idée de lui faire essayer, du moins je le pensais. Ça devait être sensationnel. Je me retournai vers lui en souriant, amusée, puis je lui proposai de lui faire essayer quelque chose en lui demandant s’il était prêt à me suivre. Il se pencha vers moi, rapprochant son visage du mien, souriant autant que moi. Puis il me répondit qu’il me suivrait au bout du monde, charmeur. Il finit par s’éloigner, pile quelques secondes avant que je ne me sente trop gênée par sa présence aussi près de moi. Toujours avec entrain, je lui demandai s’il n’avait pas peur des sensations. A le regarder comme ça, j’aurais dit que non. C’était plus un ressentiment qu’autre chose, je ne le connaissais pas, mais de ce que j’avais pu voir, il n’avait pas l’air d’être peureux. J’ajoutai que malheureusement, je ne pourrais pas l’accompagner, sous-entendant que c’était à cause de ma grossesse. Et encore, si je n’avais pas été enceinte, je ne serais peut-être pas venue quand même.

- Bien vu, j'adore ça même mais dommage que tu ne puisses pas t'amuser avec moi.
- Bon, j’espère que ça va te plaire. Les trucs à faire ici ne sont pas que cools mais carrément géants. Tu verras, tu peux aimer la Corée et avoir le mal du pays, mais tu ne peux pas ne pas aimer Miami pour ça !
- Tu attises ma curiosité là. Je te mets donc au défi de me faire aimer cette ville !

Lui faire aimer cette ville ? C’était peut-être un gros défi, sachant que moi-même je ne l’aimais pas spécialement. J’aimais les amis que j’y avais, mais c’était tout. Le pays, oui, je l’aimais, mais pas la ville. Avec autant d’entrain l’un que l’autre, nous continuâmes notre route jusqu’à la petite plage que je voulais lui montrer. Nous passâmes une fontaine puis enfin le sable se dressa devant nous, ainsi que les activités qui s’y proposaient. A côté de moi, Jun s’exclama, surpris. Un sourire encore plus grand étira mes lèvres, à sa voix, ça avait l’air de lui plaire. Joueuse, je lui demandai s’il n’avait pas peur du vide. Il me répondit que non, il n’avait pas peur de grand-chose. Tant mieux, je ne m’étais donc pas trompée. Il n’avait pas le profil de celui qui avait peur de tout, de toute façon. Enfin au bord du sable, je pris soin d’enlever mes chaussures pour éviter de me retrouver avec plein de sable. Et puis j’aimais bien marcher pieds nus dans les grains de sable chauds. Il en fit autant et de finis par lui demander s’il se défilait.

- Moi ? Je trouve ça juste dommage d'en profiter seul.

Je lui souris.

- Une prochaine fois peut-être alors.

Il se dirigea vers les personnes qui s’occupaient de l’activité et paya. Puis il retira son t-shirt pour me le tendre. Je portai un léger regard sur lui, hésitante. Le dernier que j’avais vu torse nu … c’était Ki. Jun n’était pas du tout fait pareil. Il était musclé, il avait un beau corps. Je baissai la tête pour arrêter de porter ce regard déplacé sur lui. Je ne pensais pas qu’il était dû genre à se sentir mal à l’aise pour ça, mais moi je l’étais. Je le connaissais à peine et la seule chose que je trouvais à faire, c’était de le comparer physiquement au père de mon bébé. Je méritais le bagne pour ça. Il s’éloigna pour s’installer dans la grande machine et je le regardai enfin de nouveau. Tout se mit en route et il décolla. Je reculai d’un pas avec étonnement. Ça avait l’air … fantastique. L’être humain ne possédait pas d’ailes et il n’était pas dans sa nature de voler. Malgré tout, il n’avait eu de cesse de trouver un moyen pour y parvenir quand même. L’être humain était comme ça. Il voulait toujours changer ce qu’on lui avait offert. Jun me fit signe, tentant de nager dans l’air, après avoir fait un cercle avec les autres personnes. Je finis par oublier le corps que j’avais sous le nez pour ne retenir que la personne qui avait l’air de s’amuser. Après quelques minutes, l’attraction pris fin et il redescendit au sol. Je lui rendis son t-shirt quand il fut de nouveau à mon niveau, après quelques premiers pas branlants.

- Tu avais raison c'était des sensations fortes, tout du moins incroyable. J'avais jamais vécu ça avant, c'était très drôle. J'avais l'impression d'être aussi léger qu'une plume. Essayes quand tu pourras.
- Tu crois que je devrais ? Mais peut-être que j’aurais … peur. Ou alors tu pourrais venir avec moi ?

Comme à mon habitude, je lui souris timidement. Je l’appréciais déjà, et vu qu’il était dans la même école que moi, nous allions certainement nous revoir. Ce que ne me dérangeait pas. Rares étaient les personnes qui ne me jugeaient pas et n’étaient pas désagréables avec moi, alors quand j’en trouvais une, j’avais envie de la garder auprès de moi. Et puis Jun venait du même endroit que moi. Nous avions le pays en commun, la langue, et peut-être même un tas d’autres trucs. Jun proposa d’aller nous promener et j’hochai la tête pour accepter. Nous nous dirigeâmes vers le bord de l’eau et je marchai dedans avec satisfaction. J’aimais sentir l’eau fraîche sur mes pieds, ça faisait du bien. Le silence retomba entre nous et j’en profitai pour poser mes mains sur mon ventre. Je poussai un léger cri quand je me pris de l’eau. Me rendant compte que c’était Jun, je ris aux éclats. Il s’était déjà reculé et le temps que je me baisse pour faire comme lui, il avait bien le temps d’être à l’autre bout de la plage.

- Désolé, j'ai pas pu m'en empêcher.
- Y’a pas de mal ! Lui dis-je en riant. Mais c’est injuste parce que je peux pas me défendre.

Etre mouillée n’était pas désagréable, c’était comme pour les pieds, rafraîchissant. Je n’allais pas mettre trop de temps à sécher, de moins je l’espérais. Il aurait plus manqué que j’attrape froid pour ça. Le silence retomba et je me plongeai de nouveau dans mes pensées. J’avais tenu bon jusque-là sans tomber malade et je ne voulais pas mettre la santé de mon enfant en danger. Un coup de froid n’était pas très grave, mais on ne savait jamais. Mon enfant … Dans trois mois, il sera là. Dans trois mois, je pourrai le serrer dans mes bras, je pourrai plonger dans ses yeux, je pourrai passer ma main sur son visage, je pourrai sourire à Ki en lui disant « voilà pourquoi je suis partie mais aussi revenue ». Jun, silencieux pour le moment se mit à fredonner un air que je ne connaissais pas. De ce que je pouvais entendre, il avait une très belle voix. Pourquoi m’en étonner ? Il m’avait dit être en musique, après tout. Puis il s’arrêta aussi soudainement qu’il avait commencé, se stoppant même dans sa marche. Je braquai un regard interrogatif sur lui en m’arrêtant moi aussi, haussant les sourcils.

- C'est pas une vieille technique de drague moisie mais on s'est pas déjà vu ? Avant … enfant je veux dire. C'est juste que tu me fais penser à une gamine que j'ai rencontré une fois à Daegu quand j'avais 11 /12 ans et je viens de le remarquer. C'était lors d'un meeting caritatif enfin bref ma mémoire doit me jouer des tours.
- Un … meeting ?

Je regardai le visage de Jun. Il regardait la mer aller et venir. Un meeting caritatif à Daegu. J’en avais fait quelques-uns, lorsque mon père était encore respecté. C’était tout à fait possible. Mais sur le coup, je ne m’en souvenais pas. Je gardai mes mains sur mon ventre et tentai de me remémorer quelque chose. Jun … Est-ce que j’avais fait connaissance d’un Jun à l’une de ces soirées à laquelle j’étais certainement obligée de participer ? C’est bien possible. Je n’aimais pas tellement ce genre d’événements à l’époque, je m’ennuyais toujours à mourir et j’étais supposée me tenir à carreau, même si je n’étais pas punie si ça n’était pas le cas. Je m’occupais comme je pouvais. Mais est-ce que j’avais passé du temps avec d’autres gamins du meeting en question ? Zut, impossible de remettre le doigt sur un souvenir concluant.

- C’est possible. Lâchai-je doucement en continuant de réfléchir. Petite, je … je devais aller aux soirées caritatives organisées par mon père. Un Jun …

Je tentai de passer en revu chacune des soirées que j’avais pu passer. Je savais que pour certaines d’entre elles, je retrouvais toujours les mêmes personnes. Comme Jared et Jeff. Ils étaient tous les deux des amis d’enfance. Et leur présence à Miami m’avait fait comprendre que mon père n’avait pas choisi cette ville par hasard pour retenter sa chance. Il avait déjà tout prévu à l’avance, il nous avait manipulés. Mais à Daegu, était-ce possible que j’ai fait connaissance avec d’autres ? Je fixais toujours Jun, m’aidant de son visage –même s’il devait avoir changé- pour me souvenir de quelque chose. C’était difficile quand on a passé des années à refouler les souvenirs d’une ancienne vie. J’étais sur le point de lui avouer que je ne m’en souvenais pas quand une image m’apparut enfin. Mon cerveau l’avait-il créée parce que je le cherchais ou était-ce un vrai souvenir ? Je passai nerveusement une main dans mes cheveux, délaissant mon ventre rebondi un instant.

- Mais si, Jun … ! Je ne sais pas si c’était toi mais … il y a eu cette soirée. Hum … Excuse-moi, j’ai du mal avec mes souvenirs de Corée. Tu … tu ne m’avais pas piqué quelque chose ou un truc comme ça ?

Ce môme … Il avait été l’un des seuls à m’avoir approchée au lieu de m’ignorer ou de me regarder avec haine. Enfin, parmi les moins riches. Les autres étaient comme moi, il n’y avait pas de raison pour qu’ils me rejettent. Mais les pauvres … Eux, ils ne m’aimaient pas. Ils ne comprenaient pas que ce n’était pas de ma faute si moi j’étais née dans la bonne famille. A l’époque, je me disais qu’ils étaient simplement jaloux et que je ne devais pas m’en soucier. De toute façon, ces gens-là, si on leur donnait de l’argent, ils ne sauraient pas s’en servir. Aujourd’hui, j’avais une vision des choses bien différente.

- Je crois que … je n’avais pas dix ans.

Jun finit par confirmer que c’était bien lui, cet enfant. Le reste était un peu flou pour moi. Je ne savais pas si j’avais crié ou si j’avais simplement été le voir tranquillement en me rendant compte de ce qu’il avait fait. Je savais juste que je n’avais pas été voir mon père. Pour quoi faire, de toute façon ? Lors de ces soirées, mon frère, ma mère et moi étions obligés de venir pour afficher sa si belle famille en grand public, mais il ne s’occupait pas de nous pour autant. Il était toujours en train de discuter avec l’un ou l’autre et l’on ne pouvait pas le déranger. Lors de ces meetings, je le voyais un quart d’heure. Cinq minutes au début pour saluer tout le monde. Cinq minutes éparpillées tout le long pour prendre des photos. Et cinq minutes en fin pour dire au revoir. Tous les gamins de riches avaient connu la même chose, non ? Nous étions toujours immobiles, l’eau venant chatouiller nos pieds à chaque fois qu’elle remontait. J’allais finir par croire qu’un être invisible s’amusait avec moi et me faisait revenir sans cesse à mon passé. Quelles étaient les chances pour qu’une telle chose se produise ? Qu’un enfant de Daegu comme lui croise deux fois mon chemin dans deux villes très différentes ? Qu’il soit à Miami ne pouvait pas être le fruit du hasard, ou alors le hasard se jouait de moi. Parfois, je me disais que Miami exerçait une espèce de pouvoir mystique auquel je ne comprenais rien mais que je devais analyser. Je souris, légèrement perdue. Puis je ris un peu.

- Tu ne trouves pas ça étrange ? Nos chemins se croisent à Daegu il y a dix ans puis ici, maintenant. A croire qu’on suit une même ligne.

Comme Ki et moi. Nous suivions une même ligne. Daegu puis Miami. Et plus encore maintenant que j’étais enceinte de lui, nous allions certainement continuer à la suivre. Du moins, je l’espérais du plus profond de mon être. Je voulais continuer, être avec lui tout le temps, le suivre, qu’il me suive. Et Jun ? Suivions-nous une même ligne ou est-ce que les nôtres, propres, s’étaient simplement croisées deux fois ? Je repris ma respiration, me tournant moi aussi vers la mer, délaissant le visage de Jun.

- J’ai parfois l’impression que quelque chose m’échappe, comme si ce n’était pas moi qui décidais de mon sort. Enfin voilà, je trouve ça étonnant de te rencontrer à nouveau. Tu sembles … être mieux.

Un détail me dérangeait. A l’époque, il était le pauvre et moi la riche. Mais aujourd’hui, nos rôles semblaient s’être inversés. Il n’avait pas hésité à payer nos boissons, nos beignets et sa petite activité. Il n’était pas comme ce petit garçon de l’époque, même si j’en gardais un souvenir un peu lointain. Qu’était-il arrivé pour qu’il dépense aujourd’hui pour l’étrangère que j’étais, sans vraiment compter ? Comment ces dix dernières années s’étaient-elles écoulées pour lui ? Mieux que pour moi, apparemment. Il avait vraiment l’air d’être bien, il étudiait dans la musique et il était à Wynwood. Se pouvait-il que mon père ait pu faire sortir Jun de sa pauvreté, comme il se plaisait à essayer de le faire au moins pour les journalistes ? Non. Mon père, malgré les apparences, n’avait jamais été quelqu’un de bien. La seule chose pour laquelle je devais encore l’admirer, c’était le travail qu’il avait fourni tout au long de sa vie. Il avait travaillé dur, mais l’argent gagné contre ce labeur lui avait fait perdre ses racines. Peu importe, ce n’était plus le moment de penser à mon père. A ses yeux, j’avais disparu, et nul doute qu’à l’heure qu’il était, il ne dormait pas plus mal que quand j’étais encore là. Et jamais il ne me reverrait, jamais je ne reviendrai vers ma famille. Ma famille, maintenant, c’était Ki et mon enfant.
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MessageSujet: Re: Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu. {Shin}   Dim 27 Avr - 18:05



Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu.



Shin & Jun



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MessageSujet: Re: Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu. {Shin}   Ven 11 Avr - 22:20



Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu - Jun

Jun en vint bien évidemment à me demander depuis combien de temps j’étais enceinte. Ça ne me surprit pas mais je fus déçue. Je pensais pouvoir tenir, rien qu’une fois, une seule fois, plus que quelques minutes avant d’entamer le sujet « bébé ». Surtout que lui, il n’avait pas commencé à en parler dès le début. Souvent, c’était l’un des premières choses que les gens me disaient. A croire qu’ils ne pouvaient pas s’empêcher de me faire remarquer que j’étais enceinte. Comme si je ne m’en étais pas rendu compte. Merci de me l’apprendre ! J’avais osé espérer que lui il n’en viendrait pas à ce sujet récurrent. Il m’avait accostée parce qu’il cherchait son chemin et avait eu de la chance de tomber sur quelqu’un qui partageait sa langue natale. Je lui répondis donc et changeai de sujet de conversation. Je ne le connaissais pas, et le sujet était encore délicat pour moi. S’il me posait des questions, j’allais y répondre, chose que je n’aurais pas faite par le passé. Mais je n’allais pas lui exposer tous les détails de ma grossesse comme ça. C’était déplacé et surtout bien inutile.
Je lui demandai donc d’où il venait en Corée, puisqu’il était Coréen. Et il m’apprit à ma grande surprise qu’il était de Daegu. Daegu … Ki et moi … Nous avions tous les deux grandi dans cette ville. Il y avait vécu plus longtemps que moi, j’étais partie alors que j’avais une douzaine d’années. Et pourtant, nous ne nous étions jamais croisés. Alors que nos pères respectifs avaient chacun leur affaire qui tournait bien. Mais bon, le mien avait connu sa descente aux enfers. Et si nous nous étions connus plus tôt, se passerait-il entre nous la même chose ? Y aurait-il eu cette amitié, ce lien presque fraternel puis cet amour ? Je devais dire que je n’avais rien vu venir avec lui. J’avais toujours cru qu’il était là pour me protéger, pour s’occuper de moi et veiller sur moi comme un ami. A l’époque, j’étais déjà avec quelqu’un d’autre et je découvrais ce qu’était « aimer » avec maladresse. Je n’avais jamais pensé que je pouvais aimer Ki. Pour moi, notre lien avait pris une autre tournure dès le début et parfois il n’y avait pas de passerelle. Mais Ki … Ki était si attentionné, si doux et patient dans tout ce qu’il faisait pour moi. Et malgré son départ pour la Corée et son silence, Ki restait Ki et je tenais à lui. Ce qu’il s’était passé avec sa mère n’avait fait que m’ouvrir les yeux. Si j’avais été en colère quand j’avais découvert son départ, c’était certainement parce que je ressentais déjà quelque chose sans le voir. Et si je lui avais pardonné après quelques jours à peine, c’était pour la même raison. Si j’avais utilisé mes économies durement gagnées durant l’été pour le voir, c’était pour ça. Tout ça devenait logique. L’évènement avec sa mère n’avait été là que pour m’ouvrir les yeux. Je m’étais sentie si mal de le voir comme ça, je souffrais pour lui. D’un naturel si calme et si silencieuse, j’avais osé tenir tête à cette femme qui dégageait quelque chose de presque étouffant pour moi. Et voir Ki comme ça … Le lendemain, je n’avais trouvé qu’un seul et unique moyen de lui montrer qu’au moins une personne sur cette planète tenait à lui et avait besoin de lui. Si je me pensais amoureuse de lui à ce moment ? Oui et non. Entre nous, il y avait plus que de l’amitié déjà, mais je ne pouvais pas dire que je l’aimais comme je l’aimais actuellement. C’était plus … une forme de tendresse. Et aujourd’hui ? Aujourd’hui, je ne me voyais plus vivre sans lui à mes côtés, même si pour le moment nous n’avions aucun vrai contact.
J’expliquai à mon interlocuteur que je venais de la même ville que lui et que je connaissais quelqu’un d’autre qui en venait également. Ironie du sort, coup du destin ? C’était déjà surprenant que je rencontre deux compatriote rien qu’ici, alors s’ils venaient de la même ville que moi … Et oui, le destin. Il avait fait en sorte que Ki et moi soyons liés par quelque chose que nous ne contrôlions pas. Je lui avais dit le lendemain matin de notre rencontre. Nous étions destinés à nous rencontrer. Nous étions dans la même confrérie, pire encore, dans la même chambre, mais aussi dans la même classe. Dans le fond, il y avait toujours eu un lien entre nous deux, un lien qui s’était étiré et qui avait fini par nous réunir pour de bon. Aujourd’hui, le lien était on ne pouvait plus serré. Et il se résumait à un petit être qui grandissait lentement bien à l’abri du monde extérieur. Après ça, je lui demandai en quoi il était et il me révéla qu’il était en première année de musique. Ce qui contrastait avec ce qu’il m’avait dit plus tôt, à savoir qu’il voulait être partout sauf chez les Alpha Psi. Cette réponse m’intrigua mais je gardai le silence dessus, ne faisant aucun commentaire. Puis j’enchaînai une nouvelle fois en lui proposant de lui donner quelques cours d’anglais. En effet, depuis le début, nous parlions coréen, mais tout le monde ne connaissait pas cette langue. Il refusa poliment –du moins je le vis comme ça-.

Enfin, Jun fit quelque chose qui m’étonna, me gêna et me fit plaisir en même temps. Il revint sur le sujet du bébé. Mais il ne me fit toujours pas de reproches. Non, au lieu de ça, il s’intéressa à cet enfant. Il posa ses mains, son oreille sur mon ventre, écoutant religieusement ce qu’il pouvait entendre. Il frotta ma peau, sentant les mouvements de mon enfant et souriant avec émerveillement. Cette vision me chamboula et me fit monter les larmes aux yeux. J’étais touchée qu’on donne enfin une importance à ce bébé comme s’il était une vie, une vie réelle, et non un dommage collatéral vu mon jeune âge. Et j’étais triste que ça soit un inconnu pour moi plutôt que le propre père de cet enfant. Ki un jour ferait-il ça lui aussi ? Est-ce qu’il allait accepter suffisamment vite pour pouvoir toucher, sentir et apprendre à connaître ce bébé avant sa naissance ? J’avais peur que non. J’avais mal de me dire ça. En attendant, je tentai de chasser mes larmes pour profiter de ce moment, mais c’était bien difficile. Allez Shin, pour une fois, quelqu’un s’intéresse à toi et ne te juge pas au premier regard.
Jun parla au bébé, puis finalement se redressa vers moi et partagea son sentiment. Il trouvait étrange de se dire que là, il y avait un bébé et que nous avions tous été dans ce cas. Pour chaque vie humaine, il y avait une maman qui avait porté et donné de sa vie pendant plusieurs mois. J’étais d’accord avec lui. J’ajoutai même que j’espérais qu’il bougeait moins que ça. Je ne savais pas si mon bébé avait une activité normale ou non, mais je le sentais bouger très souvent, il avait l’air déjà en forme. Et moi, j’étais aussi agitée ? Jun me rassura en me disant qu’il valait mieux un enfant actif qu’un pantin. C’était vrai, dans un sens. S’il était actif, c’était que normalement, tout allait bien pour lui. Il bougeait beaucoup, oui, mais il bougeait normalement, tout allait bien. Ce n’était pas une mauvaise activité comme parfois c’était possible. J’avais lu lors d’une de mes recherches qu’il arrivait parfois que certains bébés épileptiques aient des crises avant même la naissance. Et si c’était le cas pour le mien ? Non, ses mouvements étaient tout à fait normaux, et les vérifications n’avaient révélé aucune anomalie. Mon interlocuteur quitta mon ventre en s’émerveillant de l’impact qu’il pouvait avoir sur les réactions du bébé. C’était vrai qu’il bougeait différemment si on le touchait ou si on arrêtait de le toucher. Que ressentait-il de l’extérieur ? Percevait-il les différences de températures, les bruits, les touchers ? Jun pensait qu’il percevait beaucoup de choses, bien plus que ce que nous pensions. Et j’étais encore une fois d’accord avec lui. Bébé prenait déjà conscience du monde extérieur et y réagissait, je pouvais le constater. Enfin, Jun me demanda le sexe du bébé.



Jun changea légèrement de sujet de conversation, me demandant si j’avais déjà fait le choix d’un prénom. Non, je n’y avais même pas réfléchi. C’était l’une des seules choses que j’avais repoussées jusque-là, n’ayant pas le courage de faire un choix toute seule. je venais tout juste d’apprendre le sexe de mon enfant, et même sans ça, je ne savais pas du tout comment je voulais l’appeler. Et Ki, qu’en pensait-il ? Je voulais tellement avoir son avis … Me le donnerait-il un jour ? Ou est-ce qu’il serait déjà né au moment où Ki serait enfin prêt ? J’avais tellement peur de faire quelque chose sans lui maintenant, moi qui avais vécu les quatre derniers mois en solitaire. Alors que pourtant, je ne savais pas ce qu’il voulait. Je ne savais pas s’il s’en foutait, s’il ne voulait pas être à mes côtés ou si, au contraire, il m’aimait assez pour m’épauler. Pour une fois, Jun n’insista pas, me disant simplement qu’il voyait. En même temps, que pouvait-il dire d’autre ? Je n’avais pas de réponse à sa question, point. Je n’allais pas en avoir une comme ça, en quelques secondes. C’était une décision à réfléchir longuement.

Une fois que j’eus fini mon vert et parce que je commençai à avoir des fourmis dans les jambes, je proposai à ma nouvelle connaissance d’aller manger quelque chose, maintenant que nous avions bu. Il accepta volontiers et paya nos boissons. J’avais visé un petit stand de nourriture dans la rue, j’y avais déjà acheté quelques petites choses par le passé. J’aimais bien ce qu’ils y faisaient, ça changeait un peu de ce que j’avais connu. Ce que je préférais, c’était les beignets. Pas très original, mais ça ne me dérangeait pas. J’étais plutôt gourmande et je n’en avais pas vraiment honte. D’ailleurs, si l’on regardait des photos de moi datant de plus d’un an, on pouvait remarquer que sans être enrobée, j’avais des formes bien placées. Je n’étais pas maigre et il suffisait d’un peu de relâchement pour avoir un petit ventre. Mais … avec les évènements de l’année, j’avais perdu pas mal de poids. Les rumeurs à mon sujet avaient commencé à me griser le moral, ainsi que ma rupture avec Ethan. Et enfin, le départ de Ki avait achevé la chose. A la fin de l’été, j’avais perdu une bonne poignée de kilos et là, on pouvait dire que j’étais mince voire maigre. Et aujourd’hui ? C’était bien différent, j’avais les formes d’une femme enceinte. Et après l’accouchement, que resterait-il de cette grossesse ? Ne désirant pas me prendre la tête pour le moment, je proposai à Jun de prendre quelque chose ici. Il me répondit que c’était difficile de choisir, et je ris légèrement. Oui, le choix était souvent difficile. Enfin, il se décida.

- Je vais prendre 2 beignets un au chocolat et un à la pomme et toi ? Tu veux que je te le paye ça me dérange pas. La seule condition c'est que c'est toi qui passe commande, ça évitera une démonstration de mon brillant anglais.

Ainsi donc, ça aussi il allait me le payer. Ça me gênait et ça m’arrangeait en même temps. Je n’aimais pas dépendre de quelqu’un, surtout financièrement. J’avais passé le début de ma vie à me reposer sur les autres, à les laisser faire et décider pour moi. Je n’avais jamais rien fait par moi-même. Maintenant que j’étais enfin libre de toute contrainte, j’aimais avoir mon indépendance. J’aimais avoir le plaisir de payer de quoi me faire un repas, le plaisir d’avoir rangé un carton seule. Enceinte ou non d’ailleurs, j’aimais ça. Qu’on paye pour moi me mettait mal à l’aise. Mais je ne dis rien. Ces quelques dollars ne représentaient pas grand-chose, certainement, mais à mes yeux, ils avaient une grande valeur. J’allais les investir pour mon bébé. Je regardai tout ce qu’il y avait comme choix à mon tour et me décidai rapidement. Puis je souris au vendeur et commandai.

- On va prendre trois beignets au chocolat, un à la pomme et un à la fraise.

D’ordinaire, je préférais le chocolat. J’en avais pris un et uniquement un, essayant à côté une autre saveur. Je pouvais constater que je n’étais pas la seule à avoir une préférence pour le chocolat. Jun paya le jeune vendeur et nous nous éloignâmes une fois que nous eûmes notre nourriture dans les mains. J’entamai la fraise pour goûter. Je gardais toujours ce que je préférais en dernier pour ne pas finir sur une déception. Nous marchions tandis que je profitais du goût de ce que je mangeais. C’était franchement pas mauvais.

- C'est fou comme ça ne ressemble en rien à la Corée ici.

Je souris. Il avait totalement raison. Les débuts avaient été difficiles pour moi. J’étais jeune, je venais de vivre plusieurs évènements éprouvants. Je me remettais à peine de tout ça qu’il fallait que je noue contact avec une population complètement différente de moi. A l’époque, je me sentais très mal dans ma peau et j’avais perdu toute confiance en moi. J’avais peur de la moindre personne me frôlant et je faisais très régulièrement des crises de paniques si quelqu’un se montrait un minimum insistant avec moi –simplement pour faire connaissance ou pour obtenir une réponse à une question-. J’avais appris à me maîtriser avec le temps et ça ne faisait qu’une véritable année que j’allais mieux, même si parfois encore, j’avais des craintes face aux gens. Est-ce que j’avais vraiment vu la différence avec la Corée comme lui la voyait ? Moi j’étais occupée à me combattre moi-même à ce moment, je n’avais pas dû regarder autour de moi. Les seules pensées dont je pouvais me servir pour lui répondre, c’était ma semaine de l’été en Corée, avec Ki. Oui, là-bas, j’avais redécouvert un monde perdu.

- Non, c’est vrai, tout est différent ! Mais pour être honnête, je ne me souviens plus trop de la Corée, ça fait déjà quelques années que je suis aux Etats-Unis. Mais … le comportement des gens est très différent ici.

Je fis une pause pour chercher mes mots. Mon regard était rivé au sol, là où mes pieds se posaient. Vieille habitude que j’avais gardée à cause de ma timidité. Toujours en train de réfléchir, je fus interrompue quand Jun aborde un sujet qui me prit totalement au dépourvu.

- Dis donc ça doit pas être facile tous les jours de sortir avec ces connards qui te dévisagent ?

Je relevai la tête vers lui puis suivis son regard. Un couple de personnes d’un certain âge nous dévisageait. Leurs yeux allaient de lui à moi, de mon ventre à lui. Oui, j’avais l’habitude qu’on regarde mon ventre arrondi. Et c’était encore pire depuis que j’étais revenue ici. Peut-être que j’étais parano, je ne savais pas, mais quand je me promenais sur le campus, j’avais l’impression d’attirer les regards comme un aimant. Etait-ce dans ma tête ou est-ce que mes camarades me jugeaient réellement sur ma grossesse ? Je reportai mon regard devant moi pour ne pas y penser quand Jun s’adressa à eux en anglais. Il lui dit que la journée était belle et leur affirma que j’étais magnifique –un coup d’œil vers lui à ce mot m’avait permis de le comprendre-. Je rougis au compliment. C’était de la pure provocation, chose dont je n’étais pas capable. Mais son intervention me fit bien plus que plaisir. Je me sentais soutenue. Les gens n’avaient pas le droit de penser certaines choses à mon sujet sans savoir. D’accord, à mon âge, celles qui étaient enceintes l’étaient par accident. Oui, je faisais partie de ces filles-là. Mais j’avais choisi de le garder, ce bébé. Je voulais aller au bout de ma grossesse, je voulais l’élever, je voulais l’inonder de mon amour jusqu’à la fin de ma vie. C’était mon choix. Et personne n’avait le droit de le juger. Dans le fond, j’étais bien plus forte qu’eux. Ils se contentaient de regarder et de penser sans jamais agir. Moi, j’avais agis, j’avais fait ce que j’avais jugé juste. J’allais affronter mes erreurs et j’allais en triompher. Le fait que ce bébé soit un accident ne faisait pas de moi une mauvaise mère. Je souris, émue par l’action de Jun.

- Merci … Tu as raison, c’est plutôt difficile à vivre. Mais je me dis que ces gens ne savent rien de ma vie et que ce qu’ils pensent n’a aucun intérêt. Au final, ils ne vont pas élever ce bébé à ma place, en quoi ça les regarde ? Ils devraient s’occuper de leurs affaires. Mais merci beaucoup quand même, Jun …

Au fur et à mesure que je parlais, mon ton se faisait plus tranchant. Oui, qu’est-ce que ça pouvait bien leur faire ? Ils n’avaient jamais fait d’erreur dans leur vie ? Ils n’avaient jamais pris le moindre petit risque ? Qui n’a jamais dépassé la vitesse maximale au volant ? Qui n’a jamais mangé quelque chose de périmé en se disant que c’est pas grave, de toute façon, c’est encore bon ? Qui n’est jamais sorti en t-shirt à l’apparition des premiers rayons de soleil en se disant qu’il n’y a aucun risque d’attraper une bronchite –qui peut devenir bien pire- ? Oui, au final, qui n’avait jamais fait quelque chose de stupide ? Personne ne pouvait se vanter d’avoir suivi le bon chemin toute sa vie. Moi, je m’en étais écartée pour prouver mon amour à Ki, quel était le mal à ça ? Qui pouvait me reprocher, dans un monde sans cœur et individualiste, d’avoir été heureuse de retrouver mon petit-ami et d’avoir voulu faire l’amour avec lui ? Mes sentiments étaient condamnables à ce point ? Non. Ces gens ne savaient pas de quoi ils se mêlaient quand ils posaient le regard sur moi et quand ils se permettaient d’émettre un avis intérieur sur moi. C’était pour ça que sans m’en être encore rendu compte, j’appréciais déjà Jun. Dans son regard, je n’avais pas vu toutes ses choses que je voyais dans le leur. Lui, il semblait s’en contre-ficher du pourquoi du comment. Il avait simplement vu la vie en mon ventre rond.

- Bon ton beignet ? Tu veux goûter à la pomme ?

En effet, je venais de finir mon deuxième beignet, c’était-à-dire celui au chocolat. Je l’avais savouré à moitié, l’autre ayant été gâchée par ce petit évènement. Ce n’était pas de sa faute, au contraire, sa réaction m’avait fait chaud au cœur. Je tournai ma tête vers Jun en souriant, sur le point de refuser. Il avait déjà découpé un morceau de son beignet et l’avançait vers ma bouche en ouvrant la sienne pour m’inciter à faire de même. Bien que gênée, j’hésitai simplement une minuscule seconde. Puis me laissant prendre au jeu, j’ouvris ma bouche en grand pour le laisser déposer le morceau de beignet. Je la refermai en le fixant droit dans les yeux, un éclat de rire les faisant briller. Si seulement tout pouvait être aussi facile qu’à cet instant. Je ne le connaissais pas et pourtant, je me sentais plus à l’aise qu’avec la plupart des gens que je connaissais. Il n’y avait qu’avec Ayase que j’étais aussi détendue. Même avec Ki … Avec Ki, c’était carrément le contraire. Dès que je l’apercevais, mon cœur commençait une course folle, une boule se formait dans ma gorge accompagnée d’une seconde dans mon estomac. En quelques jours, je ne l’avais pas croisé beaucoup de fois, mais comme je me baladais pas mal, c’était arrivé. Et puis, le soir où nous nous étions revus … Mon cœur n’avait cessé de battre à vive allure, m’empêchant même de dormir. Je m’étais senti bien dans ses bras, et mal en même temps. Cette soirée, cette nuit et ce début de matinée étaient gravés dans ma tête. J’entendais de nouveau chanter les derniers mots qu’il m’avait dits avant de partir, me laissant de nouveau seule. J’étais encore plus belle qu’avant. Le pensait-il réellement ? Non, je n’étais pas plus belle qu’avant. J’avais ce ventre monstrueux, ce ventre qui le terrorisé et sur lequel il avait à peine posé les yeux. J’étais affreuse. J’étais le monstre fertile qui était tombé enceinte. En me regardant de plus près, j’aurais même pu réussir à me trouver laide. Du moins, dans le regard de Ki, je me sentais comme ça. Parce que quand je me regardais dans le miroir, je voyais surtout la vie et rien d’autre. Je voyais ce cadeau merveilleux, ce don que m’avait fait Ki, rien qu’à moi. Là, sous ma paume, quand je touchais mon ventre, se cachait l’être le plus beau que je connaissais. Un mélange de lui et de moi, comme pour dire au monde entier « regardez-nous, nous nous aimons et nous ne formons qu’un en lui ! ».
Tout était donc plus compliqué quand il s’agissait de Ki. Là, avec un, je me sentais étrangement bien. à cette seconde où j’avalai le beignet, me disant qu’à la pomme, c’était très bon aussi, j’étais calme, sereine et presque heureuse. Je ne pensais à rien d’autre, j’étais bien avec lui. Et lui, était-il bien là ? Ou se forçait-il simplement pour me remercier de ma gentillesse envers lui ? Non, il n’avait pas du tout l’air d’être du genre à se forcer. Sentait-il qu’il me rendait un sourire volé par la vie des derniers mois ? Après un moment comme celui-ci, j’étais prête à affronter une nouvelle semaine à Wynwood. Je fus tirée de ma rêverie par Jun qui me parlait, encore une fois.

- J'aime pas l'Amérique. Les rues, les gens, la langue ... non définitivement j'aime pas ce pays. Pourtant il y a plein de trucs à faire cool mais je suis un homesick.

J’ouvris la bouche, étonnée. Qu’il trouve ce pays différent du nôtre était une chose, mais qu’il ne l’aime pas en était une autre. Je fronçai les sourcils, marchant toujours comme je le faisais depuis le début de notre dégustation. Puis je me tournai vers lui, marchant en arrière quelques pas avant de m’arrêter. Je déposai mes mains sur mon ventre, ne sachant qu’en faire et lui souris.

- Tu n’aimes pas l’Amérique ? Moi j’aime ce pays, mais pas Miami.

En fait, j’aimais Miami sans l’aimer. J’y avais fait des rencontres fabuleuses que je ne regrettais pas, même si elles ne s’étaient pas toutes terminées avec une note de bonheur. Non, en fait, ce que j’aimais dans ce pays, c’était le Tennessee. C’était un endroit de verdure calme, un endroit de campagne où l’on pouvait rêver toute la journée. La seule et unique chose que je détestais là-bas, c’était l’école. J’étais la seule asiatique, nous étions très peu à suivre les cours dans cet établissement. J’attirais les regards, les remarques et certaines moqueries. Et le fait que j’évite tout contact avec les gens n’avaient jamais rien arrangé. J’étais une fille bizarre qui ne parlais pas et qui passait son temps à dessiner. J’étais très maladroite dans mes relations avec les autres, ce qui n’avait pas changé. Et je n’avais jamais vraiment eu d’amis. En fait, j’avais réellement découvert la vie qu’en arrivant à Wynwood. En Corée, j’avais des professeurs particuliers. Aux Etats-Unis, je fuyais les gens. Je remerciais Miami de m’avoir ouvert une autre voie. Je repris très rapidement, regardant Jun dans les yeux, me défiant moi-même à soutenir son regard.

- Et puis l’anglais c’est facile, beaucoup plus facile que le coréen ! Tu vas voir, tu vas faire des progrès très vite, mais seulement si tu fais l’effort de parler en anglais –en même temps, en quoi d’autre pouvait-il bien parler, tout le monde ne connaissait pas le coréen !-. Et puis pour les gens, tu verras, il suffit de tomber sur les bonnes personnes !

Je me retournai encore une fois, m’avançant de quelques pas, le laissant voir mon dos. Puis je lui fis face une énième fois en souriant, le regard pétillant.

- Tu parles de trucs cools à faire ? Il faut que je te fasse essayer un truc, mais peut-être que tu l’as déjà fait … Tu serais prêt à me suivre ?

Nous étions en « centre-ville » mais à quelques pâtés de maison, il y avait une petite plage isolée. La place n’était pas très belle, l’eau n’était pas magnifique, mais pour tremper ses pieds, c’était l’idéal. Mais ce n’était pas pour ça que je voulais l’emmener. Sur cette petite plage, il y avait une chose qui aurait pu lui plaire. Je lui souris et Jun finit par me suivre. Nous marchâmes quelques minutes, moi souriant toujours à l’idée que j’avais eue. Est-ce que ça allait lui plaire ? Pour ma part, je n’allais pas faire ce que j’avais en tête pour lui. Ma grossesse me l’interdisait formellement. Et si je n’avais pas été enceinte, est-ce que je l’aurais fait ? Ma foi peut-être. J’étais moins peureuse qu’avant. Sur le chemin, je le questionnai.

- Tu n’as pas peur des sensations ? Enfin, je sais pas ce que ça vaut, je ne sais pas si c’est fort ou pas, mais normalement, c’est un truc à sensations. Par contre, je ne pourrai pas en faire, j’ai pas le droit.

Je grimaçai à moitié en baissant mon regard sur mon ventre. Et oui, pour le moment, bébé m’empêchait de faire pas mal de choses. Et plus le temps passait, moins je pouvais en faire. J’avais plus de mal à me baisser, plus de mal à porter des trucs même s’ils étaient léger, plus de mal à monter des marches, plus de mal à tout. Il m’empêchait même de dormir parfois, mon ventre pouvait être gênant voire parfois douloureux. Mais tout ça n’était pas très grave.
J’espérais que ce dont je me rappelais était toujours là. J’avais vu une pub quelque part et si j’avais bien compris, ils étaient toujours là. Ils fermaient seulement en cas de mauvais temps. Quand nous eûmes fini de faire le détour des rues, nous débouchâmes sur une petite place avec une fontaine. Derrière, la petite plage. Et sur la plage, ce que j’avais effectivement visé. Et ils étaient ouverts. Je souris à nouveau à cette vision me tournant vers Jun.

- Bon, j’espère que ça va te plaire. Les trucs à faire ici ne sont pas que cools mais carrément géants. Tu verras, tu peux aimer la Corée et avoir le mal du pays, mais tu ne peux pas ne pas aimer Miami pour ça !

Plus nous avancions, plus les choses se dessinaient. Quand nous eûmes contourné la fontaine, Jun put enfin admirer ce que je comptais lui faire faire. Sur la plage était installée une petite soufflerie. Oui oui, ces gros ventilateurs géants qui nous donnaient la sensation de voler pendant quelques minutes. J’avais entendu beaucoup de bien de cette activité. En plus, ils n’étaient vraiment pas chers et on ne pouvait pas dire qu’on pouvait faire ça tous les coins de rues. Bien évidemment, ça n’était pas de la même envergure qu’une vraie soufflerie, c’était impossible. Mais ça donnait déjà un bon aperçu de ce qu’était « voler », ou plutôt « planer ».

- Tu as peur du vide ? Si tu ne veux pas y aller, c’est pas grave … Mais ils font un tarif quart de prix pour les étudiants en mal de sensations …

C’était ça, leur gros coup de pub. En effet, pour les étudiants, le prix de l’activité était divisé par quatre. Au début, je ne l’avais pas cru, mais c’était bien le cas. Nous pouvions donc nous offrir un petit plaisir pour presque rien. Et j’avais pu remarquer que sortir un billet de sa poche n’était pas pour le déranger. Je ne l’incitais pas à dépenser, ce n’étais pas pour moi mais pour lui. Arrivés en bordure de plage, je m’arrêtai. Il fallait que je retire mes chaussures si je ne voulais pas finir avec du sable dedans. J’évaluai la situation et me baissai précautionneusement pour défaire mes premiers lacets.

- Alors, on se défile ?
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MessageSujet: Re: Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu. {Shin}   Lun 24 Mar - 10:38



Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu.



Shin & Jun

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MessageSujet: Re: Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu. {Shin}   Ven 21 Mar - 20:43



Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu - Jun


Lorsque je proposai au jeune homme qui venait de m’adresser la parole de lui faire visiter le site, il me remercia chaleureusement. J’avais pu noter qu’il était très content de tomber sur quelqu’un qui parlait la même langue que lui. Et s’il était arrivé l’année dernière à la même époque ? Mon coréen aurait été bien plus hésitant, bien que je ne l’avais pas oublié. Disons que pendant toutes ces années, j’avais enfermé ma langue natale dans une petite boîte et j’avais caché la boîte pour ne plus jamais la voir. Mais c’était comme le vélo. Il suffisait de remonter dessus après un long moment sans pratiquer, d’avancer un peu et tout revenait tout seul. C’était Ki qui avait trouvé la boîte et qui l’avait ouverte. Il en avait fait surgir tant de choses. J’avais peur au début, je ne voulais plus être reliée à cette vie passée. Mais avec le recul des années, j’avais gardé les bons souvenirs et digéré les mauvais. Et grâce à lui … Grâce à lui, j’avais pu construire d’autres souvenirs de Daegu, de magnifiques souvenirs. Cette semaine à ses côtés avait été magique.
Le jeune homme et moi avions donc visité les endroits les plus stratégiques du campus. Je lui expliquai rapidement à quoi servait chaque bâtiment et où étaient les salles dans lesquelles il serait amené à se rendre. Je ne lui montrai pas chaque détail des environs, ça n’était pas la peine. Et puis nous n’avions pas toute la journée. J’avais encore quelques petits trucs avant la fin de la journée. J’hésitais un instant, avais-je encore le temps ? Oui, je l’avais largement. Ce n’était qu’un verre. J’acceptai finalement et me retrouvai à la table d’un bar avec ce charmant coréen. C’était vraiment dingue, à bien y penser. D’abord Ki, puis Amber et enfin ce garçon. A croire que toute la Corée s’était donné rendez-vous à Wynwood. Mais bon, je n’allais pas m’en plaindre, parce que faire la connaissance de Ki était le plus beau cadeau que la vie m’avait fait jusqu’à présent.

A peine installés, mon interlocuteur entama une conversation, me demandant si je vivais ici où s j’étudiais. Je lui répondis donc que j’étudiais à la fac et que je logeais au bâtiment des Lambda. Je venais de revenir et je n’avais pas encore intégré une confrérie. J’avais demandé à retourner chez les Alpha Psi, il n’y avait une place pour moi que là-bas. J’espérais qu’on ne me refuserait pas, même si j’avais une petite crainte. J’étais partie comme une voleuse et je revenais comme une fleur, enceinte de six mois. Je demandai alors au jeune homme s’il venait effectivement d’arriver ici. Il confirma et précisa qu’il était là depuis janvier. Si c’était fin janvier, ça faisait effectivement peu de temps et peut-être qu’il lui avait fallu du temps pour faire quelques papiers. Sans me départir de mon sourire, je l’écoutai enchaîner sur d’autres questions. Il choisit de m’interroger sur mes études, et je lui expliquai que j’étais en première année en art mais que je ne pensais pas passer en deuxième année. J’avais déserté et loupé quatre mois de cours. Et puis avec le bébé, j’avais bien peur de devoir encore louper certains cours. Mon terme approchait à grand pas, même si ça n’y paraissait pas. Il me restait trois petits mois. Et encore, si ça se trouvait, j’allais devoir arrêter les cours avant d’accoucher. Et après ? Il fallait bien que quelqu’un s’en occupe, de ce bébé. Je ne voulais pas le laisser entre les mains de quelqu’un d’autre, c’était hors de question.

- Je vois. Les arts wouha intéressant. J'ai donc une artiste sous mes yeux.

Je ris légèrement. Il me regardait franchement, sans jamais baisser les yeux. Son attitude me mettait mal à l’aise même si en même temps, je me sentais plutôt bien avec lui. Comme depuis le début de la conversation, il continua sur sa lancée de questions. Tout compte fait, je n’avais pas changé tant que ça. chaque rencontre était une succession de questions pour les autres, une succession de réponses pour moi, de retours de questions souvent aussi. A sa demande, je lui expliquai le système d’intégration à une confrérie après lui avoir dit que je ne pensais pas être dans la même que lui. Je n’étais pas vraiment capable de dire pourquoi, c’était plutôt un feeling. Peut-être que je faisais fausse route et qu’il était un artiste, tout comme moi. Mais j’en avais pas l’impression. Il ne dégageait pas ce que dégageaient les Alpha que je connaissais. Adam, Ki, Sienna, Ayase, Vicky. Ils avaient cette aura qui les entourait toujours, comme une protection, une source d’inspiration et une énergie. J’espérais être comme eux, mais je ne pouvais pas en juger. Lui … c’était différent. Le problème n’était pas qu’il ne dégageait rien, au contraire, c’était presque écrasant et ça m’envelopper sans toutefois me faire me sentir mal. Mais je sentais que c’était différent.

- Oui, enfin … Oui. Lui répondis-je sans vraiment le contredire.

J’arrivai enfin à lui poser une question, lui demandant où il préférait être. Si je ne le sentais pas Alpha Psi, à première vue, je ne pouvais pas dire ce qu’il pouvait être d’autre. Changeant encore de position, il me répondit avec un grand sourire. Et sa réponse m’étonna.

- Moi ? Peu m'importe tant que je ne vais pas chez les Alpha Psi.

Etait-ce parce que je lui avais dit que je ne le pensais pas avec moi, soit chez les Alpha Psi ? Ou avais-je vraiment raison et il n’avait pas le « truc » ? Je restai un moment sans lui répondre, ne sachant quoi lui dire. Au fond, j’étais curieuse de connaître sa raison. Mais je n’oserai pas lui demander. Alors je gardai le silence jusqu’à ce qu’il se présente à moi, me comparant à un ange au passage. Moi, un ange ? Regarde-moi, il te suffit d’un simple coup d’œil pour te rendre compte que non. Et si tu savais … Si tu savais ce que j’ai fait à mes amis, à ma famille, tu ne penserais même pas ça. Je me présentai à mon tour, me permettant de le contredire. J’étais très loin d’être un ange.

- Shin donc. Pourtant tu en as l'apparence, mais ... il paraît que c'est les pires. Et dis-moi Shin. Pourquoi tu étais si persuadée que je n'aurais pas ma place chez les Alpha Psi ?

Sa question me coula sur place. Pendant qu’il parlait, il s’était arrêté pour boire une gorgée, se léchant les lèvres au passage, ce qui m’avait fait baisser la tête. Il semblait tellement détendu alors que moi je ne l’étais pas. Enfin … J’étais détendue et je ne l’étais pas en même temps. Je me sentais plutôt bien, en confiance. Il n’était pas méchant et ne m’avait encore rien dit sur ma grossesse, chose que j’appréciais. Nous faisions connaissance normalement. Mais d’un autre côté, il m’intimidait. Il dégageait ce quelque chose qui me gênait à certains moments. Mais dans un ensemble, sa présence était agréable, et ça me faisait du bien de pouvoir discuter comme ça, comme si je ne portais pas le bébé de Ki depuis six mois. Je déglutis, hésitant sur ce que j’allais dire. Je ne pouvais pas lui dire ce que je pensais, ou du moins pas développer.

- En fait … C’était plus un ressentis. J’ai l’impression que … tu serais mieux ailleurs.

Je lui souris timidement, espérant m’en sortir comme ça. J’aimais bien préciser les choses quant à mes pensées, mais pas dans ce cas. Il n’allait pas me demander d’expliquer, si ? Comment expliquait-on un sentiment comme ça, sans vraie raison ? Comme il le faisait depuis le début de la conversation, Jun embraya sur une nouvelle question. Question qui me décevait, il fallait l’avouer. Il me demanda depuis combien de temps j’étais enceinte. Alors finalement, je n’allais jamais y échapper ? Pas moyen de parler avec quelqu’un sans évoquer le sujet, même un instant. Malgré la déception, je tentai de relativiser. Me poser une question ne signifiait pas qu’il me la reprochait. Peut-être qu’il était tout simplement curieux. Je lui répondis donc que ça faisait six mois et je pus lire une légère expression de surprise. Et oui, déjà six mois. Ça avait été court et long à la fois. Je n’avais pas vu le temps passer à travailler comme je l’avais fait, j’avais été prise par cet engrenage et ce besoin de survie par moi-même. Mais le temps avait été long loin de mes amis. Loin de Ki. Ils m’avaient tellement manqué ! Je n’avais pas eu le temps de vraiment m’en rendre compte, j’avais été occupée. Mais ils m’avaient quand même manqué. Maintenant que je les avais à nouveau à mes côté, comment est-ce que ça allait se passer ? Décidant de ne pas m’étendre sur ce bébé sans qu’il ne m’y invite, j’enchaînai de mon propre chef en lui demandant d’où il venait exactement. Il était Coréen, tout comme moi.

- Oui. Daegu.

J’ouvris légèrement la bouche, surprise à mon tour. Daegu. Là, ça commençait à devenir un énorme hasard, voire plus que ça. Il venait de Daegu lui aussi. La ville dans laquelle j’avais grandi jusqu’à douze ans, là où j’avais été une Shin bien différente, là où j’avais tout perdu de mon confort. J’y avais de lointains souvenirs, plutôt mauvais. Et de récents souvenirs, certainement les meilleurs de toute ma vie. Ki venait d’ici aussi. Etait-ce un signe du destin, un coup du sort ? Je lui souris faiblement.

- C’est vrai ? Lui dis-je avec de l’étonnement dans la voix. Quel hasard, moi aussi ! Et je connais quelqu’un d’autre qui vient de là-bas et qui suit des cours ici. A croire qu’on s’est tous donné rendez-vous à Wynwood …

« Je connais quelqu’un qui vient de là-bas. » Accessoirement, c’est le père de ton enfant. C’est aussi celui que tu aimes encore, celui qui s’est toujours occupé de toi avec tendresse, celui à qui tu as offert ta première fois. Et celui qui aujourd’hui te regarde à peine, totalement anéanti par ce ventre que tu arbores fièrement. Et pourtant, il reste la personne la plus importante au monde à tes yeux. Décidemment, dès que j’évoquais de près ou de loin cette grossesse, même sans que Jun ne s’en rende compte, je ne me sentais pas très bien. Peut-être parce que Ki non plus ne se sentait pas très bien. La nouvelle l’avait tellement marqué … Je pris donc de nouveau la parole, lui demandant en quoi il allait étudier. A le regarder, je devinais qu’il devait être à la fac, il avait au moins mon âge. Et je ne me trompais pas.

- Première année en musique. Oui cette école semble être ... intéressante. Je sens que je vais bien m'amuser. J'ai même rencontré une charmante demoiselle je vais pas me plaindre !

En … musique ? Il était en musique, domaine qui était très précis, et il ne voulait absolument pas aller chez les Alpha Psi. Pour le coup, je ne le comprenais pas. C’était là qu’il avait le plus de chances de s’épanouir, pourtant. Peut-être qu’il avait dit ça simplement à cause de ma remarque. Après tout, rien ne me disait que je ne me trompais pas. Il pouvait très bien être un artiste dans l’âme. Je ne pus cacher ma surprise et je rougis légèrement, me rendant compte que j’avais certainement parlé trop vite tout à l’heure. Choisissant de ne pas m’enfoncer plus en lui demandant de m’expliquer, je le questionnai à nouveau. Ça devait bien être la première fois de ma vie que je posais autant de questions en aussi peu de temps à un inconnu.

- Dis-moi, Jun … J’ai pu voir que tu ne parlais pas très bien anglais … hum … tu veux un peu d’aide ?

Qu’est-ce qui m’avait poussé à lui proposer mon aide ? Je ne savais pas vraiment. Il était gentil, agréable et je me sentais plutôt bien en a présence, même si intimidée. Et puis … Je ne voyais pas ce dédain que les gens avaient pour moi en me voyant enceinte si jeune.

- Pourquoi pas. On verra à l’occasion.

Ça, c’était un refus camouflé. Je lui souris par automatisme. Je ne savais pas pourquoi il n’acceptait pas, il avait peut-être une raison tout à fait honorable. Je le regardai poser son verre et se lever, mon cœur accélérant la cadence, anticipant certainement ce qu’il allait faire.

- Je peux ?

Il désignait bien évidemment mon ventre. Il ne me laissa même pas le temps de réfléchir, s’accroupissant et posant son oreille contre mon ventre. Est-ce qu’il pouvait ? Je ne lui aurais pas dit non, mais … Mais j’aurais tellement voulu qu’il ne le fasse pas. J’aurais tellement voulu qu’à sa place, ça soit quelqu’un d’autre. Mon cœur battit encore plus fort à cause de cette proximité avec Jun, que je connaissais si peu. Si seulement tu pouvais être à sa place, Ki … Si seulement ça pouvait être toi qui s’intéresse à ce bébé, qui l’écoute, qui touche mon ventre avec cet air si … particulier. Ça me rendrait tellement heureuse. Mais non. C’était un inconnu. Et pas le père de ce bébé. Ce n’était pas Ki qui semblait être émerveillé, mais bien un autre. Je sentais les larmes me monter aux yeux sans que je ne les contrôle et j’espérai que Jun penserait à l’émotion et non à autre chose.

- Wouah. Il bouge trop. Il donne des coups de pieds, je l'ai senti !

Jun écoutait, touchait et frottait mon ventre. J’étais émue qu’on s’intéresse à ce bébé pour ce qu’il était, une future vie, et pas juste pour la situation. Mais ça me faisait tellement de mal que ça ne soit pas Ki, que lui me rejette comme ça. J’avais l’impression qu’il s’en fichait, qu’il n’en voulait pas. Est-ce que j’avais bien fait de la garder ? Oui, je ne pouvais pas regretter ce choix. J’aimais déjà cet enfant et je savais que j’allais le chérir, avec ou sans Ki. Mais que ça allait être beaucoup plus difficile sans sa présence à mes côtés. Il fit alors quelque chose d’encore plus grand, comme si j’étais une vieille amie et que lui aussi attendait l’arrivée de ce bébé. Il lui parla.

- Coucou petit bouchon ! Tu m'entends ? Il fait beau en ce moment, c'est bientôt l'heure de sortir !

Depuis le début, je me laissais faire sans rien dire et sans bouger. Je me sentais bien, quelqu’un m’accordait de l’attention, à moi et à mon bébé. Jun était tellement gentil avec moi, même si j’avais du mal à comprendre son comportement. Il souriait et il semblait vraiment content de lui adresser la parole. C’était attendrissant. Il s’adressa de nouveau à moi.

- C'est trop … bizarre et dire qu'un jour j'ai été pareil.

Je ris légèrement.

- Oui, ça fait bizarre de se dire ça. J’espère quand même que tu bougeais moins que ça, c’est un petit diable des fois.

Jun se releva, laissant alors mon ventre.

- On dirait qu'il aime bien quand on touche le ventre, ça doit faire plus chaud peut-être, il croit peut-être que je suis le papa.
- C’est vrai qu’il bouge plus quand je le touche. Ou alors il s’arrête. Je me demande comment il perçoit nos gestes. C’est étrange, n’est-ce pas ? Je sais même pas ce qu’il entend et n’entend pas.

Je souriais, ayant encore rebaissé le regard sur ce ventre. Il s’était calmé d’un coup quand Jun avait retiré ses mains. J’avais l’impression qu’il sentait chaque intervention extérieure. C’était l’une des seules fois que quelqu’un d’autre que moi essayait de sentir ses mouvements. J’avais rencontré peu de monde depuis que ma grossesse de voyait et je n’étais pas assez proches de ces personnes pour qu’ils se le permettent. Enfin, sauf lui. Lui, ça ne semblait pas le déranger. Enfin, ça ne me dérangeait pas vraiment, même si ça m’avait un peu gênée. Lui semblait s’intéresser à ce bébé et pas avoir pitié de cette vie non désirée. Il était adorable. La seule chose … c’était que j’aurais voulu que Ki fasse de même. Oui, j’espérais du plus profond de mon âme qu’un jour il serait prêt et qu’il sourirait à cet enfant. Après tout, c’était lui son père. Jun se mit à rire.

- C'est un garçon ou une fille au fait ? J'espère que c'est une fille comme ça, elle sera aussi belle que la maman !

Ce fut à mon tour de rire. Ça faisait du bien d’être complimentée ainsi. Il fallait dire que si je ne me sentais pas laide non plus, depuis le début de ma grossesse, je ne me sentais pas belle. J’avais pris du poids, et pas seulement du ventre. Bon, je n’étais pas devenue obèse pour autant, j’avais juste un peu plus de formes. Mais je me sentais … moins désirable. Cette sensation s’était atténuée le soir où j’avais revu Ki et où il avait dormi tout contre moi. J’avais très bien senti qu’au moins une partie de lui me désirait, même si j’étais enceinte. Mais depuis, je faisais tout pour ne pas y penser. Parce que je ne savais pas si c’était vraiment ça ou autre chose. Est-ce que Ki me trouvait belle lui aussi ? Est-ce qu’il m’aimait comme moi je l’aimais ? Je chassai immédiatement ces pensées pour revenir au présent. Ce n’était pas Ki qui était en face de moi, mais quelqu’un d’autre.



Je souriais, même à l’évocation de Ki. Oui, je l’espérais de tout monde cœur. Je voulais que cet enfant ressemble à Ki. Qu’il ait la même patience que lui, la même tendresse, la même générosité. Qu’il ait ses yeux si brillants avec cette chose qu’on ne parvenait jamais à identifier chez lui, son sourire. Peut-être que comme ça, Ki accepterait mieux son enfant ? Jun me tira de ma rêverie quand il me demanda comment j’allais l’appeler. A vrai dire, je n’y avais pas encore réfléchi.

- Euh … Bredouillai-je.

Comment j’allais l’appeler ? Ça, c’était une bonne question. Ça faisait très peu de temps que je savais si j’attendais une fille ou un garçon. Et puis … J’avais reculé ce moment le plus possible. Je ne savais même pas si je voulais lui donner un prénom Coréen, puisque c’était ses origines, ou si je voulais lui donner un prénom Américain, puisqu’il allait naître et certainement vivre ici. Qu’en dirait Ki ? Que voudrait-il ? J’avais besoin de lui pour faire ce choix, maintenant qu’il était là, juste à côté de moi. Voudrait-il m’aider ?

- En fait … Je viens juste d’apprendre son sexe. Et je dois en discuter avec le papa maintenant.

Je posai mes mains à plat de chaque côté de mon ventre, souriant. Il bougeait toujours un peu, même si moins que tout à l’heure. Alors bébé, tu veux me donner ton avis ? Qu’est-ce que tu veux que je fasse pour ton prénom ? Dis-moi, est-ce que tu veux afficher tes origines fièrement ? Je poussai un léger soupire de faux amusement.

- A vrai dire, je n’ai vraiment pas réfléchi à ça. Je sais même pas … Je sais même pas quel genre de prénom on va lui donner. Mais on a encore un peu de temps pour ça, je vais pas accoucher maintenant !

Du moins je n’espérais pas. Mais il n’y avait pas de raison. Ma grossesse n’était pas compliqué et je ne rencontrais aucun problème jusqu’à maintenant. Je commençais à fatiguer de plus en plus rapidement, mais c’était normal, il prenait de plus en plus de place et pesait de plus en plus lourd. Je venais d’entamer le dernier tiers de mon aventure. J’avais du temps, comme je venais de le dire, mais le temps passait parfois très vite. Il me restait deux bon mois et demi à tenir.
Je récupérai mon verre pour boire une dernière fois dedans, le finissant. Je portai mon attention sur les alentours. Dans les rues, les gens passaient, chargés de sacs divers. Certains étaient habillés très simplement, la plupart étant des jeunes profitant du soleil et d’un petit moment de libre. A côté passa une femme en tailleur, téléphone en main, trois sacs dans l’autre. Sur les sacs, des inscriptions de grandes marques. Si l’entreprise de mon père n’avait pas fait faillite, je pourrais me retrouver dans la même condition qu’elle. Occupée par le travail malgré mon jeune âge, bien présentée et riche à souhait. Mais voilà, l’entreprise de mon père avait fait faillite. Je n’avais que très peu de revenus. Certainement qu’une seules des fringues dans ses sacs valait plus que tout ce que j’avais dans mon armoire.

De nouveau, je fixai Jun. Et lui, quels genres de fringues portait-il ? Etait-il comme cette femme, à acheter des choses de fortune, ou comme moi, obligé de regarder chaque dollar dépensé ? J’avais tellement peu que malgré mon envie de peindre, je n’avais pas acheté le matériel dont j’avais besoin pour ça. Un jour j’allais certainement avoir de quoi, en attendant j’allais devoir me servir de ce que j’avais à disposition. J’avais déjà repoussé le renouvellement de certains crayons alors que je dessinais beaucoup et que je ne voulais pas abandonner ça. J’avais envie de marcher un peu, mes jambes s’engourdissant. Je souris donc à ma nouvelle connaissance et lui fis part de mon envie.

- Tu veux bien qu’on aille se promener ? Je commence à avoir des fourmis dans les jambes à rester assise. Je sais pas si tu as visité un peu la ville, mais comme ça je pourrais te montrer les bons coins.

Il finit par accepter et quand il eut fini son verre, il paya et nous partîmes. Je m’engageai alors dans l’une des rues, celle dans laquelle j’avais trouvé une petite boutique avec des vernis que j’adorais ou encore l’un des cinémas de Miami. Je ne connaissais pas toutes les rues, je ne sortais pas énormément pour y traîné. Mais j’avais pu repérer quelques endroits que je trouvais sympathiques au court des quelques mois passés ici. Dans cette rue, il y avait aussi un petit stand de nourriture qui faisait des beignets à plusieurs parfums différents, des glaces et tout un tas d’autres choses que les touristes appréciaient. Je regardai le vendeur comme une enfant puis me tournai vers Jun.

- Ça te dit de manger un truc maintenant ? Le stand là-bas fait des bons trucs, même si c’est un peu gras des fois.

De toute façon, j’avais pas besoin de me soucier de ce qui était gras ou non en ce moment. Je mangeais ce que j’avais envie de manger, de toute façon, il fallait bien nourrir le bébé aussi. Et si quelque chose me faisait envie, et bien, je ne voyais pas trop l’intérêt de me priver. J’accélérai le pas pour rejoindre ce que j’avais visé, comme si le jeune vendeur allait se volatiliser de temps que je l’atteigne. Si je passais commande, allait-il me laisser payer pour cette fois ou allait-il payer à ma place, comme au bar ? C’était gentil de sa part de m’inviter et même si ça me gênait, j’étais bien contente de pouvoir économiser ne serait-ce que quelques dollars. Mais bon, je n’avais pas pour habitude de tout me faire payer. Pendant mes vacances en Corée, ça avait été difficile de laisser Ki payer la plupart des choses. D’après ce que j’avais compris, il n’aimait pas trop dépenser, et je le comprenais parfaitement. Enfin, je ne l’avais pas ruiné non plus. Mais quand même … Quant à moi, chaque dollar que je pouvais mettre de côté pour mon bébé était utile. Mais ça, Jun ne le savait pas. Il pouvait voir en me regardant que je n’étais pas à la pointe de la mode, mais après tout, j’étais enceinte, je n’allais pas m’habiller comme une starlette. Est-ce que quand on me regardait, ça se voyait que j’étais pauvre ? Arrivé au stand, je m’arrêtai. Je me retournai vers le jeune homme, en attendant que les deux clients devant moi passent commande.

- Tu veux quelque chose ?
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MessageSujet: Re: Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu. {Shin}   Sam 15 Mar - 10:12



Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu.



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MessageSujet: Re: Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu. {Shin}   Mer 12 Mar - 18:54



Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu - Jun


J’avais repris les cours il y a quelques jours, et je venais de terminer ma journée. Je ne pouvais pas dire que pour l’instant c’était vraiment épuisant. Il me fallait juste un peu de temps pour reprendre le train en marche. A l’hôtel, ce que je faisais était assez physique même si je faisais tout pour ne pas me surmener. Là, ce n’était pas exactement pareil. Ma grossesse avançait et j’étais entrée dans le dernier trimestre. Certainement l’un des plus difficiles avec le premier. Mon bébé grandissait, finissait de se former et pesait de plus en plus lourd. Et je commençais à fatiguer pour un rien. J’avais dû mal à rester debout trop longtemps, du mal à atteindre certains endroits particulièrement en hauteur. Du mal à me baisser ou à me concentrer sur certaines choses. Mais à côté de ça, je prenais aussi conscience de la vie qui gagnait ce bébé. Dans moins de trois mois, il serait là. Enfin, réellement là. Je pourrai le voir, le prendre dans mes bras, lui parler. Et Ki pourra faire toutes ces choses-là lui aussi. Enfin, s’il le désirait. Je n’avais toujours pas eu le courage d’avoir une vraie discussion sur ce bébé avec lui. Je faisais tout pour la retarder, mais je savais que ça n’allait pas tarder. J’allais bientôt savoir si je pouvais retourner chez les Alpha Psi, et si j’y retournais, aucun doute que je n’allais pas pouvoir l’éviter.
J’étais sur le point de rentrer tranquillement, étant passée par mon casier avant pour récupérer quelques affaires, quand on m’interpella.

- Excuse-moi ...Tu parles coréens ?

Je fixai le jeune homme qui venait de me poser cette question. Il semblait un tout petit peu plus âgé que moi. Ses cheveux blancs étaient à moitié camouflés par une casquette, il était vêtu assez simplement et une paire de lunettes de soleil mangeait son visage. Mais je compris tout de suite grâce à sa question et à son accent qu’il n’était pas d’ici et qu’il venait très probablement de Corée. Je lui souris, me répétant intérieurement que je pouvais bien l’aider sans craindre de remarque de sa part.

- Euh … Oui. Je parle coréen.

L’inconnu soupira longuement et s’accrocha à moi sans que je n’aie eu le temps de réagir. Sa réaction confirma mes soupçons, il était donc Coréens lui aussi. Avait-il attendu de voir passer quelqu’un comme moi pour demander de l’aide ? Il avait vraiment eu de la chance de me tomber dessus. Depuis un an, j’avais tout récupéré de ma langue natale ou presque. Parler avec Ki m’avait fait le plus grand bien malgré toutes mes craintes. J’avais retrouvé des souvenirs du passé, bons comme mauvais. Ki … J’eus un pincement au cœur en pensant à lui. J’avais quand même envie de le revoir, même si je faisais tout pour éviter de me retrouver seule face à lui. Le savoir si proche de moi sans que je ne puisse profiter de lui était douloureux.

- Ma sauveuse, merci ! Je suis nouveau, je voulais visiter mais je suis complètement perdu.

Aaah, il était plus à l’aise dans cette langue-là, en effet. Comme ça j’étais sa « sauveuse » ? C’était plutôt flatteur. Je ne pensais pourvoir être la « sauveuse » de quelqu’un dans mon état. La seule vie qui dépendant de moi, c’était celle que je portais. Je continuai à lui sourire en me disant que je pouvais bien continuer à l’aider. Après tout, il était perdu et il avait l’air fort sympathique. J’aurais bien été contente d’avoir quelqu’un pour me faire visiter quand j’étais arrivée. Encore heureux que j’avais eu la judicieuse idée de dessiner un rapide schéma du site à mon arrivée. Et puis … Il n’avait pas parlé de ma grossesse. Généralement, c’était la première remarque qu’on me faisait. « Oh mais tu es enceinte ! », « Félicitations à toi et au papa ! », « Tu ne te trouves pas trop jeune pour élever un enfant ? ». Lui, il n’avait rien dit. Peu importait la raison de son silence, je l’appréciais.

- Si tu veux je peux te faire visiter le campus, comme ça tu ne te perdras plus. Lui proposai-je.

Le jeune homme accepta, visiblement heureux qu’on l’aide à s’y retrouver ici. Je l’emmenai donc tranquillement dans les endroits dont il aurait le plus besoin lors de son séjour ici. Je lui montrai les amphithéâtres pour les cours, la cafétéria, les divers bureaux et tout le reste. Au bout d’un moment, le jeune homme me proposa de nous arrêter là et d’aller boire un verre. J’acceptai finalement après quelques secondes d’hésitation. Il était l’un des premiers à ne pas me juger sur ma grossesse, ou du moins à ne pas le montrer. Nous allâmes nous installer sur la terrasse d’un petit bar. Je ne savais pas trop quoi lui dire à part le remercier poliment. Alors je me contentai de sourire, le regardant retirer sa casquette puis ses lunettes de soleil tout en me parlant.

- Commande ce que tu veux, je t'invite, c'est pour te remercier de ton aide. Tu peux pas savoir comme tu m'as sauvé la vie et en plus, tu parles coréen. Tu étudies ou tu vis ici ?
- Oh … euh … Je vais prendre la même chose que toi s’il n’y a pas d’alcool dedans. En fait, les deux. Je suis en première année à la fac et je dors à l’internat des Lambda. Et toi, si je ne me trompe pas tu viens d’arriver ?

Le jeune homme passa commande. Deux cocas. Je le regardai faire en souriant toujours. C’était une vraie coïncidence de tomber sur un Coréen. Déjà, avec Ki, ça m’avait étonnée. C’était peut-être le destin ? Oui, le destin avait mis Ki sur mon chemin pour me montrer à quel point la vie valait que je m’ouvre aux autres et particulièrement à lui. Et si le destin l’avait lui aussi placé sur mon chemin pour une quelconque raison ?

- Alors si j'ai bien compris, tu étudies à la fac ? Tu fais quel genre d'études ?
- J’étudie les Arts, dis-je en hochant la tête. En fait … c’est compliqué. Je suis en première année et je pense la refaire l’an prochain.

Pas besoin de préciser pourquoi, il pouvait deviner très facilement. Même si techniquement, ce n’était pas à cause du bébé que j’allais redoubler mais parce que j’avais disparu de la circulation et loupé quatre bons mois de cours. Mais bon, si j’avais fait tout ça, c’était en grande partie parce que j’étais enceinte. Il enchaîna, me parlant des confréries.

- Concernant les confréries ça marche comment ? On sera peut-être dans la même confrérie.

Je ris légèrement. A le voir, je n’aurais pas parié là-dessus. Enfin, ce n’était qu’un ressenti. Les Alpha Psi, à mes yeux, dégageaient un quelque chose. Peut-être parce que j’étais dans cette confrérie et que j’avais un regard différent de la normale, mais j’avais cette impression. Et lui, il ne dégageait pas ce quelque chose. Ou alors pas assez pour que je le vois. Il dégageait plutôt autre chose, une aura bien particulière. Mais je ne savais dire quoi au juste.

- Je ne pense pas. Lui dis-je honnêtement. En fait, il faut que tu laisses un peu de temps à l’administration pour décider de ta confrérie. Ils vont essayer de te mettre là où tu seras le plus à l’aise. Moi par exemple … Je pense réintégrer les Alpha Psi, les artistes. C’est là que j’étais avant et je crois qu’il n’y a que là que je pourrai me sentir bien.

Même si ça signifiait revoir Ki tous les jours voire même souffrir de ne pas pouvoir l’approcher. Les Alpha Psi étaient un refuge pour moi. Cette confrérie m’avait donné beaucoup de choses, y compris des amis sur qui compter. Des gens qui me comprenaient et que je comprenais. Particulièrement Ki et Ayase.

- Tu préfèrerais être où toi ?

Il me répondit en souriant. Un serveur passa pour déposer la note et ça me fit repenser que c’était lui qui allait payer. C’était le genre de choses que je n’aimais pas trop, ça me mettait mal à l’aise. Je n’avais pas beaucoup d’argent mais je n’aimais pas profiter de celui des autres, qu’ils en aient ou non. Mais soit, je n’allais rien dire. Je n’étais pas en position de négocier. Mon interlocuteur de présenta alors.

- Au faite, moi c'est Jun. Et quel est le nom de mon ange gardien tombé du ciel ?

Je souris une nouvelle fois en baissant légèrement la tête, flattée. Pour la première fois depuis un moment, je ne me sentais pas ce monstre qu’on voyait en me regardant. Il m’appelait son « ange gardien ». Je n’avais rien fait d’autre que l’aider, et je l’avais fait de bon cœur. Mais le fait qu’il soit aussi gentil avec moi me faisait du bien. Je relevai alors le regard pour plonger mes yeux dans les siens. Il était un peu intimidant quand même, mais bon, j’étais assez grande pour ne pas avoir peur de lui, quand même.

- Enchantée Jun. Moi c’est Shin. Et tu es loin du compte, je ne suis pas vraiment un ange.

Je le regardai passer sa langue sur ses lèvres et, gênée, décidai de boire une gorgée. J’avais bu la moitié de mon verre. Je n’étais pas trop friande de ce genre de boissons, je trouvais ça trop sucré. Rien ne valait un simple verre d’eau. Mais pour une fois, j’avais voulu changer. Surtout qu’on m’invitait. Et si je n’aimais pas qu’on paye pour moi, je n’allais pas prendre un simple verre d’eau. Je ne savais pas trop quoi lui dire. J’avais vaincu une bonne partie de ma timidité et parler avec des inconnus ne me faisait plus autant peur. Mais je n’avais juste aucune idée du sujet que l’on pouvait aborder tous les deux. Comment avais-je fait à chaque fois que j’avais fait connaissance avec quelqu’un ? Ma rencontre avec Ethan me revint en mémoire. Il avait fallu qu’il me pose des questions pour que j’y réponde d’une petite voix. Et de temps en temps, je lui avais retourné les questions. Heureusement qu’il dessinait un peu, sinon ç’aurait été encore plus compliqué. Et avec Ki ? Avec Ki, c’était un peu la même chose. Le dessin et notre langue natale avait joué un rôle de fil conducteur lors de notre rencontre. Allez Shin, je suis sûre que tu es capable de ne plus être celle qui répond seulement aux questions. Avec tout mon courage, j’étais sur le point de lui demander quelque chose quand Jun reprit la parole.

- Et dis-moi ... ça fait combien de mois ?

Aaah, nous voilà rendus là. Enfin le sujet qui fâchait. Le sujet que tout le monde finissait par évoquer, tôt ou tard. Ki n’avait pas droit à ce genre de questions. Non, bien sûr. Personne ou presque ne savait qu’il allait avoir un enfant, ça n’était pas écrit sur son front. Ça ne l’était pas sur le mien non plus, mais plutôt sur mon ventre. Enfin, dans mon ventre. Parce que sous le renflement, là, bien à l’abri se cachait un petit être en pleine expansion. Impossible de le cacher à ce stade-là. J’avalai ma salive, presque déçue qu’il aborde ce sujet. Puis je tentai de relativiser en me disant qu’il n’y avait ni reproche ni hostilité dans sa voix et qu’il était peut-être tout simplement curieux. Je baissai les yeux sur mon ventre, le couvant du regard et posant mes deux mains dessus.

- Ca fait un peu plus de six mois.

Six mois que ma vie avait changé du tout au tout. Je ne voyais pas quoi lui dire de plus sur ce bébé. Je n’allais pas entamer un récit de ma vie et de celle à venir. S’il me posait des questions, je voulais bien y répondre. Mais ç’aurait été ridicule que je lui déballe que c’était un accident, que nous étions trop jeune, le père et moi, pour avoir un enfant, que j’avais disparu sans rien dire à personne pendant quelques mois et que je venais de revenir comme ça, comme une fleur en espérant qu’on me pardonnerait tout d’un claquement de doigts. Je m’en voulais déjà assez, en parler comme ça à un inconnu allait encore faire monter ma colère envers moi-même. Légèrement déstabilisée, je décidai de reprendre là où j’en étais.

- Et sinon … Tu viens de Corée, c’est ça ? Hum … Tu habitais où ?

Je retirai l’une de mes mains de sur mon ventre pour apporter mon verre à mes lèvres. Contrairement à Jun, je ne buvais pas à la paille. On dit que toucher le ventre d’une femme enceinte agit sur le bébé. C’est certainement ce qu’il se produisit puisque je le sentis bouger légèrement. J’avais déjà remarqué cet effet. Parfois, quand il bougeait et que je le touchais, ça le faisait bouger ou ça l’arrêtait. Et quand il ne bougeait pas, des fois, il se mettait à remuer. Je voyais là un signe qui montrait qu’il avait quand même conscience de l’extérieur, ne serait-ce qu’une petite notion. En général, j’étais émerveillée jusqu’à ce que la peur me rattrape. Pour le moment, je trouvais toutes ces sensations fabuleuses. Mais dans quelques minutes, peut-être plus, j’aurai pris conscience de tout ce que ça impliquait. Mais pour le moment, je reportai mon regard sur Jun tout en tentant de ne rien laisser paraître.

- Et tu vas étudier en quoi ? Il y a beaucoup de choix ici, et c’est pour ça que je suis venue tenter ma chance à Wynwood. C’est une très bonne école, malgré quelques petits défauts …

Quelques petits défauts … Comme cette Voice qui sévissait tous les mois. Elle, elle ne m’avait pas manqué pendant mon absence. Depuis mon arrivée elle s’acharnait sur moi, à croire que j’étais une proie facile. Et malgré ce qu’Ethan m’avait dit, malgré ce que Ki m’avait dit, je n’avais jamais réussi à surmonter ça. Tout ce qu’elle avait balancé sur moi m’était resté en travers de la gorge. Et maintenant que j’étais revenue ? Qu’allait-elle pouvoir dire ? Le pire, c’était que je lui donnais encore plus de raison de s’attaquer à moi. Elle allait pouvoir s’en prendre à mon bébé, et je savais qu’elle risquait de le faire. Il fallait que j’apprenne à passer outre ses divagations. La Voice n’était pas le seul défaut. D’elle en découlait un goût pour la popularité et la superficialité que je n’aimais pas. Ici, tout n’étais qu’apparence. Les gens ne pensaient qu’à eux ou presque, à leur bien être sans voir qu’ils faisaient du mal autour d’eux. C’était ce qui avait poussé Trent à passer à l’acte. Ils l’avaient poussé à bout et voilà le résultat. Des gens étaient morts, aucun n’avait mérité ça. Je sortis de mes pensées et remontais à la surface. Il fallait que j’arrête de penser à tout ça. C’était fini, du passé, terminé, une époque révolue. Trent était mort. Il ne nous ferait plus de mal maintenant. Je me concentrai de nouveau sur Jun.

- Dis-moi, Jun … J’ai pu voir que tu ne parlais pas très bien anglais … hum … tu veux un peu d’aide ?

Qu’est-ce qui m’avait poussé à cette demande ? Je n’en savais rien. Peut-être que c’était tout simplement inévitable. J’étais Shin. J’avais beau être timide, je m’étais améliorée et mon envie d’aider les autres passait avant ça maintenant. A mon arrivée, je n’avais pas eu de problème avec la langue, j’avais appris l’anglais toute petite. Mais avoir quelqu’un à ses côtés quand on arrivait comme ça, ça faisait beaucoup de bien. Et il n’avait pas l’air hostile, contrairement à certaines personnes que je croisais tous les jours. Malgré mon ventre et le doute qu’il ne permettait pas, il m’avait demandé de l’aide sans me traiter comme une pestiférée. Et pour ça, il méritait amplement ma proposition sous-entendue.


HRP : Je me suis dit que l’aide de Shin pouvait nous permettre de les faire se rapprocher … Oui, cette idiote est encore capable de vouloir aider la veuve et l’orphelin dans sa situation. Désespérant -_-‘ Enfin, libre à toi de voir si Jun accepte ou refuse.
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MessageSujet: Le destin met beaucoup de hasard dans son jeu. {Shin}   Dim 9 Mar - 11:00



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