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 Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)

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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Ven 19 Sep - 2:29

bla
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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Dim 6 Juil - 16:28


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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Dim 6 Juil - 16:25


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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Dim 6 Juil - 16:17


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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Dim 6 Juil - 16:02


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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Ven 4 Juil - 14:22

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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Ven 4 Juil - 14:20

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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Ven 4 Juil - 14:18

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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Ven 4 Juil - 14:15

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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Ven 4 Juil - 14:13

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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Ven 4 Juil - 14:09

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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Ven 4 Juil - 14:07

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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Ven 4 Juil - 14:04


AZRAËL

Il neige. Phénoménal, inhabituel, vraiment, c'est pas comme si on commençait a avoir l'habitude des petits morceaux de tout-et-n'importe quoi blancs qui volètent un peu partout pour aller s'entasser au sol. Compulsive, cette manie que j'ai de réduire tout ce qui me passe entre les doigts en confettis. Dommage que Porter ai repris Maupassant. Ou alors, peut-être qu'il a senti le danger avant même que j'y pense. Mais j'oublie, déjà, le verre n'existe plus, alors je m'en prend a mes mains, dans lesquels mais ongles se plantent sans que j'y prenne garde, parce qu'il parle, parce que je me projette dans son histoire, je m'y jette même à cœur perdu, pour ne pas penser, mais son histoire à lui n'a rien d'un échappatoire, c'est une prison pour une autre, juste la couleur des barreaux qui change, une autre sorte de torture, c'est ça, simplement ça. Il neige. C'est comme un grand froid qui tombe, qui volète, comme un grand froid par touches, tapotements, ça se glisse, comme ça, ça traverse, ça traverse tout, les vêtements comme la peau, tu nous refais l'hiver en notes gelées, au fur et à mesure que tu parles. Tu parles pour te taire, en effort, tu parles pour ne plus parler, tu parles en dents serrés. Mais je veux savoir, je veux savoir, autant que je voudrais que tu la fermes, que tu t'arrêtes, que ça s'arrête, je ne veux pas me sentir comme ça, je ne veux pas éprouver ce besoin quasi instinctif de te réconforter, ce désir quasi brutal que je ne maîtrise qu'à grand peine et qui ne vient pas de moi, qui ne peux pas venir de moi. Parce que tu m'as déjà frappé, insulté, parce que tu m'as fait mal, parce que tu m'as voué à une putain de punition qui va faire de ma vie étudiante un enfer. On ne peut pas avoir envie de réconforter le grand méchant loup. Le grand méchant loup, on veut juste lui tirer dessus avec un bon gros fusil, on veut juste l'allumer, puis le traîner dans un coin pour l'enterrer, ni vu ni connu. Mais je ne suis pas "on", c'est bien ca le problème. "On" me fait peur, avec son fusil et ses envies de meurtre, "on" ne sait pas que des morts, il y en a déjà bien assez comme ca. Je voudrais, tu sais, être "on", se serait vraiment vraiment plus simple. En fait je voudrais simplement ne pas être tombé aussi connement et donc n'avoir jamais eu a mettre les pieds ici. J'aurais pu me soigner tout seul, c'est vrai, puisque je ne m'étais rien cassé. Pour me faire un pansement, je m'en serais sorti plus facilement, je t'assure. Ça aurait été moins douloureux, physiquement et moralement. Parce que t'es un putain de connard. UN PUTAIN DE CONNARD. Ta gueule. Porter. Ta gueule.

Mes ongles s'enfoncent. C'était pas comme ça, au début. Au début, j'avais la gorge un peu sèche, les yeux morts, parce que ça ne me tire pas de larmes, non, pas vraiment. On m'a asséché quand on a balancé ces avions sur ma mère. Parce qu'il est inutile de se mentir : ce ne sont pas les tours qui sont tombés ce jour-là. Ce sont des gens qui sont morts, des mamans, tout un tas de maman, de papa aussi. Les avions ont fait des petits, ca oui, à foison. Des orphelins, ca s'appelle. Et toi au début tu parles, et dans ma tête je pense juste "gros con" quand tu dis que t'es monté, comme ca, dans la voiture, parce que c'était normal, pour sur. Mes ongles ont commencé à se planter quand tu parles de chloroforme. Je baisse les yeux. Pour échapper a ton regard hanté. Ta main tremble. J'ai envie, c'est inexplicable, envie, juste, de lui donner un coup de marteau. T'es mort, tu te souviens ? T'ES MORT. T'as pas le droit de vibrer comme ca, sur la corde raide, pour un passé ou tu n'es plus, ou tu n'étais même pas, tu t'empêche de vivre pour des instants que tu as gommé, tu tronques ta vie contre une poignée d'heures auxquelles tu as voulu échapper. T'es lâche, Porter. Je te juge avec la dureté de la jeunesse, et dans ma tête, tu es lâche, c'est tout, lâche et terrorisé. Et je ne comprends pas comment tu peux m'inspirer a la fois cette envie de te frapper pour te forcer à te réveiller et ce désir quasi douloureux que j'ai soudain de t'étreindre, comme si ca pouvait chasser la colère et la peur.
Il fait froid. Arrête. Il fait froid soudain, soudain, il neige, arrête, tais-toi, c'est bon, je vois ce qui sort de toi et ca me glace l'âme. Tais-toi. Mais non. Tu te forces, et moi je voudrais te dire de te taire mais les paroles ne viennent pas au-delà, ne sortent pas d'entre mes lèvres, et je veux que tu continues, je ne sais plus ce que je veux, il semble que le temps se soit arrêté, simplement. Sur une histoire ou j'observe, t'es une sorte de rescapé toi aussi.

J'essaie, bien malgré moi de visualiser la cave, puis je veux effacer ces images-là. Mais voilà, impossible, parce que j'y ai pensé. Peur et colère, qui passent sur ton corps a l'oraison de ce qui sort, en flot, d'entre tes lèvres. Ce ne sont pas vraiment des mots, ces mots-là font trop de bruit, ils tranchent, ce sont plutôt des couteaux. Tu te lèves et je sursaute, légèrement. Les poings serrés. A s'en faire blanchir les phalanges. Mais voilà. Je baisse les yeux sur mes mains, qui sont crispées aussi, et les déplie. J'ai planté les ongles jusqu'au sang. Il n'y a pas d'avion, ici, pas de cave. C'est juste une bête infirmerie, non ? Et je suis un bête étudiant, et toi un bête infirmier. Alors je m'en fiche de ce qui t'arrive, d'accord ? Je suis un stupide adolescent, avec mes problèmes d'adolescent stupide, et toi un connard d'infirmier avec tes problèmes de connard d'infirmier. On ne devrait pas se télescoper, tu vois ? Mais c'est vrai. J'ai toujours été très fort pour faire ce qu'il ne faut pas. Et j'ai une conscience aigue de l'interdit que je transgresse, quand je me laisse glisser jusqu'au sol, que mes pieds nus se posent sur le sol dallé et froid de ton domaine. Toi, tu es de dos, et moi, j'avance, silencieusement, vite, parce que c'est un geste fou, irréfléchi, un geste stupide, oui, stupide, mais je suis un adolescent stupide. Alors... Alors mes pas se referment autour de ta poitrine, fermement, et ma tête repose contre ton dos, je t'étreins comme je n'ai pas souvenir d'avoir jamais étreint personne. Ca ressemble un peu à une étreinte d'un père à son fils. Sauf que tu n'es pas mon père. Sauf que je ne suis pas ton fils. Je n'ai jamais étreint mon père de cette façon. Et je n'ai jamais désiré l'étreindre aussi fort, pas au point de m'en faire trembler, pas au point ou le simple fait de l'avoir fait, de sentir la chaleur qui émane de ton corps contre le mien me rende malade. De peur, parce que tu m'as déjà frappé, oui, de peur et d'envie, mal contrôlée, un geste gratuit.
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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Ven 4 Juil - 13:59


KYLE

J’avais toujours espéré connaitre un monde meilleur, au fond de moi. Quelque chose qui me concernerait directement, qui serait fait pour moi, seulement pour moi et rien que pour moi. Assis confortablement sur mon fauteuil, je me plaisais parfois à me voir ailleurs, dans le monde des écrivains que je lisais avec une avidité presque dangereuse. Depuis l’épisode de mes dix-sept ans, j’avais décidé de me déconnecter de la réalité et de ne vivre que pour ma sœur. A sa mort, tous mes repères avaient disparu. Je n’avais pas su comment remonter la pente. Je n’avais pas su quel repère trouver pour sentir à nouveau que je vivais, que j’étais bel et bien là. Alors, j’avais enterré dans le fond de mon âme tous ces secrets, que j’avais choisi, méthodiquement, d’oublier. J’y étais presque arrivé avant que ce merdeux décide de venir foutre le bordel. Pourquoi avait-il décidé de jouer aux acrobates ce soir-là ? Pour expier une faute quelconque ? Sur le coup, j’avais pensé qu’il n’était ni plus ni moins qu’un sale gosse mal élevé comme on en voit beaucoup à Wynwood. Mais je m’étais trompé sur toute la ligne. Ce môme cachait lui aussi ses secrets, mais cherchait également à évacuer sa souffrance. De la mauvaise manière, certes, mais il voulait se prouver qu’il pourrait y échapper. Et il n’y est pas parvenu. La preuve en était cette œuvre d’art peinte à la va-vite sur le mur de mon infirmerie.

Et moi ? Avais-je réussi mon pari ?

Il m’expliqua ce qu’il s’était passé durant l’attentat. Je compris rapidement que je m’étais trompé dans mes déductions. Il n’était pas là au moment exact de l’arrivée des avions. Ce sui me rendait d’autant plus malheureux demeurait le fait que cet enfant n’avait rien à voir dans cette histoire, dès le départ. Cette attaque ne le concernait pas. Et je ne pus que louer un certain courage de la part de ce petit garçon, qui a couru au travers des décombres pour trouver une mère sans doute déjà morte. Un poing sembla enserrer ma poitrine tandis que, d’une voix presque désintéressée, il racontait comment il avait cherché, retourné des cadavres en morceaux pour trouver celle qui l’avait mis au monde. Qui pouvait se vanter d’avoir un enfant aussi brave que lui ? Mais cela avait mal tourné. Raconte-moi encore. Dis-moi ce qu’il s’est passé, encore. Je souffre de te voir comme ça, même si je ne le dirai jamais. Il y a quelque chose dans cette histoire qui me donne envie de frapper le monde à coup de marteau. Je voudrais me venger pour toi, je te l’assure. Te retrouver coincé sous les décombres, par la faute de gens qui ne te connaissent pas présente une anormalité affligeante. J’aimerais te sortir de la souffrance. Te serrer à t’en étouffer pour que tu oublies la douleur, comme un gamin qui tombe et s’écorche le genou. Mais ma main se contente de se serrer contre mon genou, atterré que je suis par la violence d’une telle situation. Ce qui m’est arrivé n’est rien, tellement rien en comparaison. A moins que je ne cherche qu’à abandonner la lutte en me disant qu’ « il y aura toujours pire que ma situation ». Oui, sans nul doute.

Mais déjà au bout de quelques phrases, il m’impose son silence en grattant frénétiquement son gobelet vide. Ses yeux se posent sur moi, et je sais que c’est mon tour. C’est drôle, je me croirais presque au milieu des alcooliques anonymes. Je sens que mon tour arrive, et cela me crispe. Je n’ai pas envie d’en parler. Je ne veux pas lui dire ce qu’il s’est passé. Je ne peux pas, de toute façon. Comment réussir à parler de cela, quand on sait que la douleur est toujours omniprésente ?

Me toucher relève du suicide, pour quelqu’un comme moi. Chaque contact physique non désiré est pour moi une souffrance. Lorsque je vais faire un achat important, une voiture ou de l’immobilier, les vendeurs ont cette sale manie de le faire. J’ai compris plus tard qu’à l’école de commerce, ils ont appris certaines méthodes pour rassurer le client. Lui toucher le haut du bras par exemple. On considère cette partie du corps comme « neutre » et par conséquent il est simple de le toucher pour le rassurer. Moi, cela me faisait l’effet inverse. Lorsqu’un homme se permettait de poser sa main sur mon épaule, je quittais la pièce, sans expliquer pourquoi. Je m’en allais, tout simplement. Et je frissonnais de ce contact une demi-heure après, sans véritablement en comprendre la raison.

June sut rapidement ce qu’il s’était passé, lorsqu’elle se rendit compte qu’elle n’avait eu aucune nouvelle de moi pendant près de trois jours. Elle m’appela au quatrième, et ne voyant aucune réponse, elle fonça dans mon appartement. Ce qu’elle y trouva n’était pas joyeux, non. C’était tout sauf glorieux. Elle trouva son jumeau prostré dans un coin de la pièce, torse nu, le corps couvert de marques dont elle ignorait la provenance. Elle se jeta sur moi et, comme mue par un réflexe protecteur, toucha mon épaule pour me demander ce qu’il m’était arrivé. Sans doute ne s’attendait-elle pas à recevoir un coup de poing en plein ventre en guise de réponse. Elle tomba sur le sol en pleurant, en me suppliant de lui dire ce qu’il m’était arrivé. Mais j’avais refusé. Pendant plusieurs jours j’avais refusé, alors qu’elle me nourrissait, qu’elle me parlait et m’aidait à dormir, sans que je ne dise le moindre mot, en prenant un grand soin de ne pas me toucher. Je savais qu’elle faisait tout cela parce qu’elle m’aimait. Mais j’étais incapable de le lui rendre à cet instant ; jusqu’à ce qu’elle m’annonce son départ. Il fallait qu’elle rejoigne son petit ami, m’avait-elle dit. Alors j’avais parlé, j’avais tout dit. Je lui avais fait promettre de garder un silence absolu sur tout cela, pour ne pas déchirer la famille. Je savais que notre mère ne me croirait jamais, même si j’exhibais sous son nez les marques indélébiles de cigarette sur mon corps. Elle promit. Elle pleura longtemps, mais la promesse finit par s’échapper de sa bouche alors qu’elle repartait en fermant la porte avec douceur. Me laissant dans le noir pendant des jours et des jours.

Je ne sais pas comment je me suis relevé. Mais je l’ai fait. Le déni me fit oublier cet accident longtemps. Très longtemps.

Sans m’en rendre compte, j’avais baissé la tête vers Azraël, presque honteux de continuer mon histoire après ce qu’il venait de raconter. La fascination que j’éprouvais à son encontre dépassait jusqu’à ma conscience. Je voulais tout savoir de lui et rien à la fois. Je voulais qu’il me délivre chaque minuscule secret de ses rêves, ses craintes, ses espoirs, ses déceptions. Et je voulais également qu’il s’en aille vite, très vite. La salle semblait chargée d’une tension presque palpable à mesure que nous parlions tous les deux. Une tension dont j’ignorais la provenance, mais qui ne m’annonçait rien de bon.
Finalement, je pris la parole.

« A vrai dire je ne me souviens pas très bien de ce qu’il s’est passé ensuite. Je suis monté dans la voiture. Il m’a déposé chez lui, pour me proposer un café m’a-t-il dit. Et j’ai été endormi par un mouchoir de chloroforme. Quand je me suis réveillé… »


Ma main se mit à trembler aussi violemment que si j’avais Parkinson. Respire Kyle. On se calme. Tout va bien. Je relevais la tête. J’avais honte de sentir que mes yeux se remplissaient de larmes. Il était hors de question que je me mette à chialer devant ce gamin. Non, pas question.

« Je me souviens juste qu’il a fait froid, que je ne savais pas s’il faisait jour ou nuit, ni quel jour nous étions. Je me souviens des brûlures, de ma nudité, de ses abus, heures après heures. Il disait… »

PUTAIN. RESPIRE, MERDE !

« Il disait que ma mère avait engendré un sacré joli petit pédé. Que de toute manière c’était ça que je voulais, que je finirais par aimer au bout d’un certain temps. Parfois il restait longtemps avec moi. Parfois il me laissait seul pendant des heures, sans rien ni pour manger ni pour dormir. Je me disais que cela finirait par inquiéter quelqu’un, ma mère, ma sœur. Même si j’étais coutumier du fait que je pouvais passer une semaine ou deux sans donner la moindre nouvelle à mes parents. »

Je tournais mon visage vers la fenêtre, avant le coup de grâce.

« Le pire… Le pire ce fut quand j’entendis la voix de ma mère, au-dessus de moi. J’étais prisonnier de la cave, bâillonné. Et elle… Elle buvait une tasse de thé avec cet enfoiré. »


Je me levais en serrant le poing, furieux de me souvenir, furieux de le raconter. Furieux de ne pouvoir me contrôler moi-même. Je racontais les instants les plus atroces, les plus humiliants de ma vie avec un chiard qui m’avait réveillé en plein milieu de la nuit. Et qui avait sans nul doute connu souffrance bien pire qu’un mégot écrasé sur le bras.

« Je ne veux plus te poser de questions, gamin. Je t’en prie, ne me demande plus rien. »


Cette phrase, murmurée, se perdit dans un sanglot alors que je lui tournais le dos. Jamais je n’aurais dû parler ainsi de tout ça. Sans doute se disait-il la même chose.

J’étais pris au piège.

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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Mar 31 Déc - 16:42

AZRAËL

Maupassant. La lie de la littérature. Je l'aime pas, c'est dit. Trop de descriptifs, trop peu d'action. Et puis c'est un des livres de chevet de ce tordu. Celui-la même assis pas loin. Alors c'est forcément malsain. Bon OK j'ai jamais lu Maupassant. Je suis pas un grand lecteur. Lire, j'aime bien ça, mais faut trouver le temps, et j'aime mieux lire mes contemporains. En plus Maupassant, c'est un frenchie, et je suis pas trop au fait de leur littérature. Après tout, je suis un sportif, alors il faut bien que j'ai quelques lacunes, histoire de rentrer dans le moule du décérébré analphabète dans lequel on tente de tous nous couler de force. Pas que j'ai quoi que ce soit contre les moules, hein. J'aime beaucoup les moules a gâteau. On se comprend. Et je pense a Maupassant et aux moules a gâteau parce que c'est mon tour de parler. Or, parler, c'est pas forcément mon action favorite. J'adore escalader, et puis manger aussi. J'aime beaucoup dormir. Parler, c'est moins mon truc. j'aime mieux poser des questions et écouter mon prochain. Pas par philanthropie. Juste une curiosité mal placée le plus souvent. Donc parler... Nan, je m'en passe, j'aime pas ça. Parler de moi en tout cas. Parler de ça encore moins. Mais c'est son tour.

Il pousse un soupir, comme certains se secouent avant de sauter du plongeoir. J'écoute. Il me déroule une histoire. Je n'y crois pas d'abord. Ou sont les débordements intempestifs ? La grande colère, la rage soulevée par quelques mots jetés a l'envolée ? Ca me fait presque plus peur que tu me parles. Je baisse les yeux sur mes mains qui tiennent Maupassant. C'est un peu comme une histoire inventée, ce que tu me racontes. J'ai la distance de celui qui n'y était pas. J'imagine en mettant des couleurs un peu pastel, pour voir. A quoi ressemblait cette mère ? J'imagine une grande femme élégante. J'essaie d'imaginer Porter avec des seins. C'est pas concluant, j'abandonne. Une grande dame brune flotte dans mon esprit. J'ai gardé seulement les yeux du médecin. J'imagine les soirées mondaines dans une grande maison. Un petit garçon entouré d'une foule d'adultes. Un grand type un peu louche peut être. Il avance les mains vers moi et je me crispe. Je sais qu'il a bougé sans avoir a lever les yeux vers lui. Sans pouvoir me l'expliquer et peut être bien sans vouloir, je suis sensible a sa présence d'une façon dérangeante. Il se contente de prendre le livre. Je met un instant a comprendre que je suis sensé le lacher pour le lui rendre. Mes jointures ont blanchi sur la couverture glacée. Je relâche l'objet et plante mon regard dans le sien. C'est bon, je t'écoute. Mon regard est défiant. J'ai peur de tes mots qui font mal. Je m'assied, parce que je n'aime pas l'idée d'être étendu comme ça. On dirait une petite chose vulnérable. Mais moi, je ne suis pas vulnérable. Je suis Superman. En plus petit. Et sans collant ni slip kangourou. J'aime mieux balader tout nu.

"C'était un type d'une cinquantaine d'années, un de ses collègues j'crois. Il venait depuis que j'étais petit. Et il me regardait comme... Comme..."

Il me regarde comme un noyé. On dirait qu'il vient de boire la tasse. Je sais très exactement que ca lui pose un problème. Les souvenirs se pressent ils en rang dans son cerveau surchauffé ? Sur sa peau marquée ? En frisson dégoûtants sur sa peau ? Il n'a pas fini sa phrase. J'ai envie de détourner les yeux et d’arrêter la. Ça ne me regarde pas. Vraiment pas. Pourquoi je voudrais savoir ? Ça ne me regarde pas.

"Comme une putain de pâtisserie."

... Non. Non. NON. T'as rien de comestible. Ta gueule.

"A dix-sept ans je suis parti vivre dans une cité universitaire pour faire mes études de médecine. Un soir il est venu me chercher, en disant que ma mère l'avait appelé pour me ramener à mon appart. Parce qu'il était vingt heures, qu'elle avait peur parce qu'il faisait nuit."

Il se lève et je le regarde évoluer dans la pièce sans rien dire. J'essaie de l'imaginer a 17 ans. J'essaie d'imaginer le violeur. Parce que c'est ca qu'il m'a dit en peu de mots. T'es un gros con Porter. On t'a jamais dit de ne jamais monter dans la voiture d'un inconnu ? Ca défilait chez ta mère, mais tu les connaissais pas, ces gens. Tout un tas d'inconnus avides. Et toi, tu grimpes dans la première voiture venue. J'ai pas envie de savoir ce qui t'arrives. Il le faut pourtant. Je ne comprends pas. Je peux pas comprendre. Il m'en faut plus. Je veux tout savoir. Je veux lire l'horreur. Je veux le sale, le pire, je veux ce qu'on ne dit pas avec autant de force que ce que je ne veux pas parler. Je n'ai raconté ca a personne. Personne n'a jamais posé de question. Nous ne parlions jamais de ca avec mon père. Je n'étais pas assez sympathique pour me faire des amis, et je n'avais aucune envie de l'être. J'envisage a peine maintenant de me lier avec quelques rares personnes. Je le regarde revenir vers moi, et poser le café. Je ne sais pas quoi faire de mes mains. Elles enserrent le gobelet comme si la chaleur du breuvage amer pouvait réchauffer les horizons glacés d'un passé pourri. C'est mon tour de me mettre a table. La question prend la forme d'un ordre. Je bois le café à petites gorgées pour le donner du temps.

"Raconte moi comment on t'a retrouvé, et comment tu as vécu ce qu'il s'est passé."

Rien que ca. J'étais allé rejoindre ma mère. Ma mère travaillait là bas. Une des innombrables secrétaires qui peuplait l'endroit. Hôtesse d'accueil aussi selon les jours. Ma mère qui préparait notre repas du lendemain midi la veille. Nos âpres discussions pour décider du menu. C'était tout une histoire, de décider ce qu'on allait manger. On ne plaisante pas avec la nourriture. Mon père était chauffeur de taxi. Il était parti au travail avant que le soleil se lève, et avait appris la catastrophe a la radio. Il était arrivé un peu après moi. Il avait cherché maman, comme moi. Sauf que lui n'avait pas fini enseveli. Il était rentré ce soir là bien après que le soleil soit couché. Pour découvrir une maison vide : plus de femme, plus d'enfant. Il était reparti a ma recherche. Moitié fou de chagrin, sans savoir s'il me retrouverait non plus. Finalement, il a fait du 1/2. Pas suffisant, mais on aurait pu faire pire, comme résultat. C'est juste qu'il a pas retrouvé la bonne personne. Il ne se l'ai jamais pardonné. Et je ne lui ai pas pardonné non plus. Quand je suis arrivé, c'était déjà trop tard. C'était déjà la fumée, le feu, les pans de murs qui se cassaient la figure. C'était le noir, le souffre. C'était les cris. Les gens qui se suicidaient pour accélérer le processus engagé de leur mort éminente. C'était une jambe arrachée, une grande femme que je retournais comme je pouvais, les mains poisseuses de sang, et qui n'entendait pas mon cri d'horreur, et les suivantes, encore, qui ne se rendaient pas compte de mon soulagement. J'étais soulagé de ne pas reconnaître ma mère dans le charnier. Puis le cri qui m'avait attiré dans les décombres du bâtiment éventré. Le noir.

"Je cherchais ma mère. Je retournais les cadavres et je cherchais parmi les décombres. Je croisais des gens qui appelaient et je me suis mis a crier. J'étais terrifié. L'atmosphère était saturé et irrespirable. J'étais le seul gosse qui était assez con pour crier "maman". J'ai pas pensé que j'aurais mieux fait de l'appeler par son prénom. J'ai déambulé pendant un moment. Des gens c'étaient mobilisés pour aider les survivants a s'extraire des décombres. J'ai aidé comme je pouvais, je voulais demander a ces personnes s'ils l'avaient vus, mais il y avait beaucoup trop de monde, et c'était improbable, de tomber sur quelqu'un qui la connaîtrait. Je pensais que c'était la meilleure solution pourtant. C'est pas arrivé."

Je termine le café. Je le regarde dans les yeux, ca m'ancre dans la réalité. Je ne suis pas là bas. Là bas n'existe plus, et je suis en sécurité. Ma mère est retournée au ciel. Je suppose. Sauf que dans la Bible, faut être enterré pour pouvoir aller au ciel.

"... Je savais a peu près ou elle travaillait, alors j'ai essayé de repérer ou ca devait se situer. Il faisait comme du brouillard. Je toussais comme un cancéreux. J'ai entendu un cri de femme, alors je me suis glissé sous un mur de débris. Il faisait noir comme dans un four. Ca a craqué loin au dessus de nos têtes, et je me suis retrouvé enfermé. J'ai suffoqué a cause de la fumée quand c'est tombé. Je cherchais dans le noir, mais je n'ai pas trouvé la personne qui a crié. C'est encore tombé, et l'espace autour de moi s'est réduit. Je pouvais toucher les parois de gravats en tendant les bras." C'est une poutre en fer qui m'a protégé. Je me suis mis a appeler. "Je me disais que la femme qui avait crié devait suffoquer quelque part derrière un des murs, alors j'ai essayé d’enlever les cailloux, les débris, comme un forcené. Je me suis bousillé les mains, mais ca n'a pas servit a grand chose. J'ai appelé mais personne ne répondait. J'ai arrêté d'essayer de démonter les parois quand ça a tremblé autour de moi."

Autour de moi, ça criait, j'entendais des hurlements de douleurs, et des cris de gens qui appelaient leur famille. J'entendait les gens qui cherchaient les leurs et les équipes de secours qui s’excitaient en découvrant de nouvelles personnes a extraire. J'ai appelé au secours, mais personne ne m'entendait de là ou j'étais. Personne ne passais assez près. Je ne voyais plus rien. Il faisait totalement noir. J'ai vu les photos ensuite. Les photos des décombres, les témoignages de sauveteurs. Les photos prises en plein vol. J'ai pensé : est-ce que c'était plus réel, derrière l'objectif d'un appareil ? Est-ce que ca avait l'air moins tiré d'un cartoon, moins inventé ? Le photographe qui a fixé ca contre son oeil, est-ce qu'il ne voit pas les types sauter toutes les nuits ? Je vois sauter des gens, j'entends les cris, et je me retrouve dans le noir quand je cauchemarde. Je ne suis pas le seul, c'est sur. Mes mains se sont crispées autour du verre en plastique et celui ci c'est fendu. Il était vide, donc j'entreprends de le découper en petits morceaux. C'est un tic qui me prend souvent. Quand je suis sur les nerfs par exemple.

"Il s'est passé quoi après ? Quand il t'as ramené ?"

Je vois bien ce qui a pu se passer. Je veux que toi tu le racontes. J'ai le besoin morbide de savoir ce que tu as pu endurer. Sortir de mon histoire pour entrer dans la tienne.
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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Mer 18 Déc - 20:50

Kyle

De Maupassant, j'aimais d'avantage les nouvelles fantastiques que le reste de ses livres, comme Bel-Ami ou Mont-Oriol. J'aimais d'avantage le Horla. Oh oui, le Horla. Je voyais au travers de ces lignes cette paranoïa naissante dans l'esprit du conteur, comme un poison qui s'infiltrerait dans les veines et refuserait obstinément d'en sortir. Je ne songeais qu'à cela. J'en rêvais presque la nuit. De cette peur, de cette angoisse, que je lisais dans ces pages rayées de noir et qui m'évoquaient les souvenirs douloureux de mon enfance m'empêchant de dormir la nuit. Un regard dans la direction de mon bourreau suffit à me rendre compte que lui et moi étions dans la même galère, et nous comprenions, même si ces maux étaient de nature complètement différente. Il avait vécu un attentat monstrueux que nous ne pouvions, nous, vivre pleinement uniquement dans nos cauchemars. Lors de cette rixe, il avait perdu sa famille, ses repères, tout. Il avait vécu l'horreur sous beaucoup de ses formes, le sang, la mort, les débris humains jonchant le sol. Le manque d'air, la solitude. Ce qui pouvait rendre n'importe qui fou. Mais lui était un enfant, et malgré le traumatisme, il avait pu se relever tant bien que mal et commencer une vie dans laquelle il devrait tout oublier. Etais-ce seulement possible ? Avais-je oublié moi ? Pour lui, mon bras ne constituait pas une explication suffisante. Dommage jeune homme, mais tu devras t'en contenter du moment qu'à ton tour, tu ne m'en dis pas plus. C'était une sorte de fascination morbide que j'avais conservé des histoires qui font peur. J'avais toujours aimé lire quelque chose ou voir un film qui allait me foutre mal à l'aise pour le restant de la journée/nuit. Voilà pourquoi j'adorais les magasines de faits divers.

Mais ici je me rendais compte que c'était totalement différent. Ici je n'étais pas protégé par un écran, je n'étais pas assis dans mon fauteuil pour regarder d'un oeil externe et complètement à coté de mes pompes les horreurs qui se déroulaient. Non, je subissais la douleur de ce jeune homme comme si c'était la mienne que je vivais, comme si c'était moi qui avais pleuré, là, sur ce sol froid, recroquevillé sur moi-même. Comme si c'était moi que la terreur avait pris. D'un seul coup, je me sentis totalement faible et démuni. Presque minable, une loque. Et pire, encore, j'étais épuisé. J'avais peu dormi et je savais qu'une grosse journée m'attendrait le lendemain matin. Il était bien plus sage de demander à Azraël de se calmer et de dormir pour récupérer. Mais je n'en avais ni l'envie ni la force. Le moindre centimètre de chair que composait mon cerveau réclamait des explications, voulait en savoir plus, comme si ma propre vie dépendrait de sa réponse. C'était complètement flippant et absurde. Mais c'était compulsif. Il FALLAIT que je sache.

Ta mère travaillait là-bas, mais ton père ? Il était venu avec toi ? Il t'avait accompagné ? Comment as-tu vécu cela, as-tu vu l'avion s'écraser contre le bâtiment, tuant dans ce simple choc un nombre incalculable de personne, celles qui avaient eu le plus de chance ? Je songeais un instant à une photographie circulant sur internet, un gros plan sur un homme qui s'était jeté du haut des tours pour ne pas mourir sous les décombres ou dans le feu. J'avais regardé cette photo un bon nombre de fois en me disant que l'homme était un vrai monstre. Quel intérêt y avait-il à prendre un photo d'un homme se jetant du haut d'un immeuble détruit par un avion ? C'était à ne rien y comprendre. Mais il s'arrêta là. Il ne parla pas plus. Je sus simplement qu'il était venu ici pour y rejoindre sa mère. Et que ce jour là il ne s'était sans doute pas attendu à l'avalanche de morts qui lui tomberaient sur la tête. Il s'arrêta, prit une pause, me vola mon livre. Et reprit ses question. Il était difficile de répondre à cela. Ce que l'on m'avait fait ? Pour cela il me faudrait tout reprendre depuis le début. Et c'était une longue histoire.

Un petit soupir pour me donner du courage. Il m'en faudrait. Il serait la première personne à qui je raconterai cette histoire, avec June. J'ignorais pourquoi lui. Pourquoi maintenant. Sans doute parce que je n'avais jamais rencontré quelqu'un qui avait remué en moi une foule aussi monstrueuse d'émotions. C'était à la fois incroyable et terrifiant. Quant au tutoiement, je l'avais accepté sans broncher. Comme si tout ce qui venait de se passer était d'un naturel parfait.

"Ma mère était une personne influente à Londres. Elle avait beaucoup d'amis qu'elle invitait chez nous. Il y en avait un que je n'aimais pas. Je ne me souviens même plus de son nom."


Je lui repris le livre des mains avec douceur et le reposais sur la table. Je voulais que toute son attention soit concentrée sur ma personne, et uniquement.

"C'était un type d'une cinquantaine d'années, un de ses collègues j'crois. Il venait depuis que j'étais petit. Et il me regardait comme... Comme..."

Ma voix se bloqua, comme pour m'interdire le moindre mot. J'étais une sorte d'Alex, je sentais la gerbe monter à chaque fois que je songeais à lui. Comme lui en écoutant Ludwig Van, ou en frappant un clochard dans la rue. Un gros rot bien dégueulasse en somme. Mon rot à moi, c'était ma gorge qui s'asséchait de plus en plus alors que je songeais à raconter mon effroyable mésaventure. Je me sentais dans la peau de ce garnement ultra-violent et monstrueux, impuissant face au lavage de cerveau qu'il avait subi, malgré sa volonté de faire du mal, de violer, de tuer. Mes mots étaient mon ultra-violence.

"Comme une putain de patisserie."

Je n'avais presque rien raconté, mais j'estimais que son tour était venu. Pour autant, je lui offris un bonus.

"A dix-sept ans je suis parti vivre dans une cité universitaire pour faire mes études de médecine. Un soir il est venu me chercher, en disant que ma mère l'avait appelé pour me ramener à mon appart. Parce qu'il était vingt heures, qu'elle avait peur parce qu'il faisait nuit."

Je me levais, allait me servir un gobelet de café dans lequel je plongeais allègrement trois sucres. Voilà qui me ferait du bien. Un second gobelet fut déposé sur la table de chevet à l'intention du gamin qui torturait mon esprit en me forçant à me remémorer cette soirée alors que mon esprit avait choisi de l'oublier.

"Raconte moi comment on t'a retrouvé, et comment tu as vécu ce qu'il s'est passé."


Non, je n'avais pas été voir de psy. Je n'étais pas un faible. J'avais dépassé ce stade depuis longtemps.
Du moins, le croyais-je.
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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Lun 16 Déc - 23:40

AZRAËL

Je sens vaguement son regard sur moi alors que je m'endors contre lui. C'est n'importe quoi. Moi m'endormir contre un mec ? Celui-là plus particulièrement ? C'est du délire. Mais j'ai cinq ans, et je sompbre comme une pierre. Il bouge un peu et ma main aggripe par reflexe sa chemise. Je le sens se tendre. Et se détendre. Comme un ressort. J'entends un bruit de tissu, sans savoir ou comprendre ce qu'il fout. J'en suis a cet état ou tout tourne autour de vous et ou vous avez l'impression bienheureuse de vous enfoncer dans votre matelas. Les quelques secondes qui précèdent le sommeil. Si vous ne bougez pas, vous y êtes. Je le vois replier son bras, et je me redresse un peu. En fait, je me suis incrusté contre son torse par reflexe, parce que ce qu'il montre sent la violence. Ca sent la torture. Mentale et physique. Des brulures de cigarettes. Jusqu'ou on est allé avec lui ?

"Voilà pourquoi. Est-ce que cette explication te suffit pour que j'en sache un peu plus ?"

"C'est pas une explication ca..."

Cette explication ? Bordel. C'est pas une explication ca. J'ai envie de poser les doigts sur ses brulures comme un acte de magie, et de les voir s'effacer. mais je sens que ce n'est pa une bonne idée du tout. Je l'aurais surement fait, et tant pis pour les conséquences, mais je suis paralysé par la fatigue tant mentale que physique qui vient de s'abattre sur moi sans prévenir. Pas que ca prévienne d'ailleurs... Morphée me saute à pieds joints dessus, et j'ai bien envie de me laisser fracasser. Mais d'un autre côté, y'a Porter, sa grande carcasse juste derrière moi, sa peau blanche sous mon nez et ca sent le grand déballage. Je peux pas dormir. Surtout pas maintenant. Je me sens un peu coupable. J'arrive pas a me sentir mal de forcer le contact pourtant. Non. Parce que j'en avais foutrement envie, sans pouvoir l'expliquer. ce type agit sur moi comme un aimant.

Je ne suis pas gay, mais là, aux portes du sommeil, je suis bien obligé d'admettre qu'il a un je ne sais quoi qui m'attire comme un putain d'insecte serait attiré par une lampe. Je me débat pas comme un insecte en train de cramer, parce qu'il m'a déjà tué. Sans chercher à le faire non plus. J'ai pas le temps d'analyser ce qu'il vient de me dire. A part "en savoir plus". On est tout les deux dans le même cas. Dis-m'en plus. Dis moi tout. Je ne supporte pas de ne pas te connaitre. Et je veux rien savoir sur toi. J'aurais voulu ne jamais avoir croisé ta route. Tu comprends ca ? J'ai plus assez de force pour m'énerver. Je sent qu'il m'empoigne, et je flotte dans les airs pendant une poignée de secondes avant de me poser sur le matelas de l'infirmerie. Mes sens engourdis, je ne réagis pas, transformé en poupée de chiffon. C'est de nouveau le vide autour de moi. Je panique en dedans, mais je ne bouge pas d'un cil, mon genou replié restant dans l'exact position ou il c'est retrouvé quand Porter m'a posé là. J'ai les paupières lourdes, et je me suis apaisé. Pas loin de dormir. Les secondes semblent s'étirer à l'infini. Je le vois s'installer, on dirait une veille a l'hosto, je trouve ca bizzare. Et rassurant.

"Pourquoi tu étais là-bas ? Et que s'est-il passé pour toi ensuite ?"

Pourquoi t'avais ces putains de marques ? Jusqu'ou on estallé avec toi ? Si on t'avais simplement choppé et brulé a la cigarette, t'aurais pas ses réactions extrèmes. Non, les brulures, je le sens bien, c'est que la partie visible de l'iceberg. Je veux voir tout le reste. J'ai vu en flashs. La conséquence. Je veux comprendre. Comment tu peux vivre en étant aussi morne, comment tu peux t'enfiler les jours sans en jouir une seul seconde, comment tu peux avancer comme un putain de cadavre tout en crevant au dedans. Je suis perturbé, pas besoin qu'on me l'explique, je l'ai compris tout seul comme un grand. Et au cas ou, on me l'a déjà mis dans les dents. Chloé. Mon père. Mais toi aussi. Alors je peux pas accepter de lecons de morale de ta part. Et tu m'insupportes quand même, malgré tout. Malgré tout, même si tu m'attires. Ou peut être parce que tu m'attires et que ca m'horripile.

"Ma mère travaillait la bas. Je devais la rejoindre. On mangeait tout les deux dans son bureau tout les midi. J'étais un peu en retard... Et..."

Ca suffit. Ma mère a un visage qui sourit, qui gronde, elle a son visage qui sent le parfum bon marché que papa lui achète, parce qu'elle l'aime beaucoup, ses mains qui sentent la vaisselle. C'est mon quotidien qui s'est cassé la gueule. Tout s'est effondré. J'ai moins sommeil d'un coup. Et une brique vient de me tomber sur l'estomac. C'est mon tour. J'y vais pas en attaquant, mais j'y vais quand même. Parce que.

"On a pas fait que te bruler sur le bras pas vrai ? Ca a été jusqu'ou ? T'as vu un psy ?"

Oui, ca me regarde pas. Oui, cette question craind par essence. Tant pis. Tant mieux. Je veux savoir. Je.veux.savoir. J'en ai besoin. Tu peux pas m'être indifférent. J'emmerde le peuple, je t'emmerde, j'emmerde ma conscience. Je veux savoir. Je veux tout savoir. Aller aux confins de tes horreurs, pour voir si il a survécu un peu de toi dans tout ce merdier. Non, j'ai pas vu de psy. Toi non plus apparemment. Cependant, si tu espères un tant soit peut que je te répondes, c'est du donnant donnant. J'étend le bras et attrape son bouquin. Maupassant, qu'il lit. Tu veux savoir hein ? Ben moi aussi. Nous sommes de sales fouineurs, avec chacun des cadavres un peu trop grands pour nos placards respectifs. Le mien dégueule de morceaux humains carbonisés. J'veux voir ce qu'il y a dans le tien. Et le mettre à sac. Une pensée totalement stupide me traverse : vas-t-on survivre a cette nuit ? J'emet un doute.
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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Lun 9 Déc - 22:59

KYLE

C'étaient des choses qui me dépassaient complètement. Qui allaient bien à l'encontre de tout ce que j'avais pu ressentir ces dernières heures. J'étais passé par tous les stades. La haine, la rancune, le dégoût, la fascination morbide, le triomphe, et pour finir, le regret. Je songeais que cela avait duré des heures et des heures. A ne pas comprendre ce qu'il m'arrivait. Pourquoi j'avais réagi de cette manière, pourquoi étais-je aussi obsédé par ce gamin ? C'était incompréhensible. J'avais laissé passer de longues minutes, minutes durant lesquelles je sentis malgré moi les tremblements d'Azraël luttant contre son cauchemar d'enfant. J'avais bien sûr entendu parler de la tragédie du 11 Septembre, mais confortablement installé dans mon fauteuil, à Londres, avec une bière et un paquet de chips. C'est assez curieux, la réaction des êtres humains dans ce genre de moments. On se tourne vers sa femme et on prononce les mots suivants "C'est quand même horrible. Tu veux des chips ?" puis on retourne vaquer à nos occupations quotidiennes, égoïstes et sans fondement, parce qu'on se dit que de toute façon ce n'est pas nous qui allons changer le monde. Et voilà. Point final. Lors des "anniversaires" des catastrophes, on poste un petit mot sur Facebook histoire de faire bien et de montrer qu'on se soucie d'autrui. C'était à gerber, et c'était ce que nous étions tous. Des lâches. Si Eva avait été là, elle aurait pris un air complètement blasé et m'aurait répondu, son sourcil droit levé "Et alors ? Tu crois que tu vas y changer quoi que ce soit ? Arrête de faire la victime. On est comme ça. Faut seulement assumer, et ça passe crème." Dans un sens elle avait raison. Beaucoup avaient essayé de changer l'être humain, sans succès. Et je n'avais rien d'un émissaire pour la paix. Mais ce que je venais d'accomplir n'avait strictement rien d'humain.

Il se redressa finalement et attrapa l'attirail en prenant soin de ne pas me toucher. Je n'en tins pas rigueur. Je l'avais mérité. Comme j'aurais mérité une bonne baffe, ou quelque chose dans ce goût là. Ceci dit, mon oeil me faisant encore très mal, j'avais eu une part de ma punition. La seconde serait d'être rongé par les remords pendant des jours, voire des semaines. A "Accident" il murmura "Attentat". Sans répondre à ma question. Ce que je compris. J'avais sans doute essayé de rétablir un semblant de conversation qu'il avait tout simplement ignoré, c'était son droit. Et puis, l'étonnant retournement de situation.

Sans prévenir, sans demander l'autorisation, sans même esquisser le moindre geste prévenant ses intentions, son corps se coula entre mes bras avant même que je puisse réagir. Ma réaction fut la même qu'à l'habituée ; je me figeais, essayant tant bien que mal de garder mon sang froid. Il me punissait, voilà, ça y était. Sa voix se dessina en un murmure, son souffle caressant mon cou dans une torture terrifiante. Pourquoi je ne supportais pas qu'on me touche ? Tu as utilisé le tutoiement, de façon tout à fait naturelle. Ce qui était entièrement concevable. Après tout ce qu'il venait de se passer, le contraire aurait été véritablement étonnant. Et je le méritais amplement. Alors, chose étonnante, je refermais mes bras autour de lui de façon tout à fait naturelle, luttant contre le stress, l'angoisse. Les images revinrent, celles que j'avais oubliées. Elles demeuraient atrocement floues, même si chaque jour mon corps me rappelait ce que j'avais vécu pendant deux semaines. La froideur du mur poussiéreux, l'odeur de renfermé d'une cave dans un quartier pauvre de Londres. Une voix grave murmurant des mots que je n'arrivais pas à entendre. La douleur. C'était tout ce dont je me souvenais. Il m'avait laissé un souvenir, et c'était tout. Il m'avait laissé partir. Sans un mot, sans rien. Il m'avait ramené chez moi. Et je l'avais oublié, pour ne plus chercher à comprendre quoi que ce soit. Ma mère m'avait appelé, au comble de l'inquiétude. J'étais un grand garçon m'avait-elle dit, oui, mais quand même, ne pas donner de nouvelles pendant deux semaines ! A quoi pensais-je ? Je ne sais pas maman, excuse moi. J'avais beaucoup de travail tu comprends ? Je n'ai pas pu te joindre mais tout va bien. Ne t'inquiète pas pour moi.

Voilà ce que j'avais répondu. En ignorant totalement si j'avais dormi pendant quinze jours, vivant un cauchemar que j'avais cru sans fin, ou si cela avait été vrai. Mon cerveau avait décidé de jeter ces souvenirs aux orties, pour ne pas détruire ma vie. Il avait réussi en partie. Si les stigmates gravés sur ma peau n'avaient pas marqué mon corps, et donc mon esprit.

Je le vis sombrer dans le sommeil. Mais je voulais savoir, à mon tour, ce qu'il s'était passé. Alors, me décalant légèrement, j'ôtais le bouton de manchette de ma chemise et retroussais ma manche gauche jusqu'à mon épaule. Il voulait savoir ? Très bien. Ma punition finirait donc ainsi. Je ramenais l'intérieur de mon bras vers son visage, de manière à ce que ses yeux mi-clos puissent voir les cinq brûlures de cigarettes déposées sur ma peau sous forme de taches brunes ineffaçables. Cinq à l'avant-bras, cinq sur le haut. Une vingtaine dans mon dos, trois sur mon torse. Celles de mon avant-bras suffiraient pour le moment. Inutile de me dévêtir, pour tout dévoiler. Voilà pourquoi me toucher était presque impossible. C'était moi qui devait choisir, après cela. Pas les autres. Il avait déjà choisi pour moi.

"Voilà pourquoi. Est-ce que cette explication te suffit pour que j'en sache un peu plus ?"


Sans le prévenir à mon tour, je l'attrapais à bout de bras et le soulevais de toutes mes forces. L'adrénaline fournie par le choc de son contact me permit d'avoir l'énergie nécessaire pour le prendre dans mes bras maladroitement et l'allonger sur le lit de l'infirmerie, avant de m'éloigner rapidement pour attraper une chaise et m'asseoir à son chevêt, mon livre près de moi. S'il s'endormait, je partirai pour une fin de nuit plus calme, auprès de Maupassant. Sinon, nous allions échanger jusqu'à l'aube des secrets que nous avions toujours voulu enfouir dans notre passé. Au choix.

"Pourquoi tu étais là-bas ? Et que s'est-il passé pour toi ensuite ?"

Je ne m'improvisais pas psy, non. C'était de la curiosité mal placée qui m'avait contraint, presque, à poser les questions imposables. Peu importait pour moi. Au moins j'allais être fixé, ou pas. De toute façon, si je ne posais pas la question, je ne saurais jamais, non ? Alors autant tenter. Chose curieuse, cependant.

J'avais le sentiment que son contact était devenu un peu moins pénible.
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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Dim 8 Déc - 23:37

AZRAËL

Je sens a peine sa main qui se desserre. Je suis seul. Le corps qui se retire. Le poids qui s'annule. Mes poumons qui se gonflent. Seul. SEUL. Le poids de ce mot pèse avec force sur mon abdomen. C'est la débandade. Je me déshydrate, mes yeux en vannes ouvertes. J'ai 11 ans, je suis coincé quelque part, la dessous, je me casse la voix a appeler a l'aide, ma gorge se remplit de fumée, je tousse, impossible de respirer, je tousse, je n'ai plus de sens commun, mes ongles ont disparus pour ne laisser que des moignons sanglants qui creusent et s'effritent en saignant contre la pierre-muraille, contre mon tombeau de briques et de ciment. J'écrase les insectes, une autre fois, dans le noir. Aveugle. Je suis aveugle. Je me fie aux petits bruits. Je pleure. Les insectes ne m'avaient rien fait. Je vais mourir ici. J’appelle ma mère. Mais ma mère ne vient pas. Elle ne viendra pas, elle ne viendra plus. Elle ne viendra plus jamais. Je l’appelle en vain. Je me fissure. Je pers espoir. Je me calme. Apaisé. Reculant, loin de tout ça, loin en moi même. Je n’appelle plus. Ma bouche desséchée. Le bruit autour de moi alors que je m'enfonce dans le sommeil lourd qui m'emporte, un sommeil en noir. Puis c'est le jour qui craque contre mes paupières closes. Le gémissement de bonheur a sentir l'air vicié qui s'échappe, a sentir mes poumons se gonfler, le violent plaisir de l'oxygène qui me tourne les sens. Des voix, des mains. Innombrables, impossibles. On me tire. On m'extrait. Le monde ou je renaît est en décombres et en brume opaque, en poussière d'os et en cris, en pleurs et en sanglots de sirènes. Les pompiers sont partout, les lumières me tuent, le bruit, la foule. Je m'enferme dans un monde. Un monde ou il n'y a pas de bruit. Un monde ou le vent souffle en piano. Un monde ou je suis figé dans le noir. Mais pas dehors. Non, pas dehors. Échappé, enfuit, je cours dans le dédale, dans les décombres. Je cherche ma mère. Je l’appelle. Des mères, j'en trouve. Éventrées. Par petits bouts. En morceaux de femmes. La mienne, je ne doit pas la revoir. Je ne la retrouve pas. La pierre tombale couve un cercueil vide. Je pleure un cercueil vide. Je pleure un homme vide. Je pleure parce que je n'ai pas versé une larme, les yeux secs, comme mes lèvres, l'âme emmurée. Je pleure, et on croirait que ca ne va pas s’arrêter. J'ai la détresse enfantine, celle qui se croit plus forte qu'aucune autre, celle qui se croit au culminant de la douleur, celle qui se croit inaccessible, orgueilleuse et brûlante, pathétique.

Seul. Son grand corps assis à côté du mien. Ce rien a coté du vide. Je me resserre sur moi même pour prendre moins de place, pour réchauffer cette carcasse vide. Les contraires s'attirent et se repoussent. Fondamentalement trop plein, qui parait tellement vide. Te faire péter un plomb à juste révélé qui de nous deux joue au trou noir.

"Moi non plus."

Insupportable. Ses mots. Insupportable. Cet homme. Je pleure comme s'il n'y avait pas de fin, mes larmes roulent et mouillent mon col, je pleure et je comprend pourquoi on dit que les hommes sont composés d'eau, je suis une éponge qu'on presse jusqu’à ce qu'elle se ratatine. Moi non plus, qu'il dit. J'ai entendu. J'ai entendu. Il n'arrète pas. TAIS TOI PUTAIN. TAIS TOI !

"Je... Putain, je suis désolé. Je sais que ça vaut rien, que le mal est fait, mais je te demande pardon. C'est allé beaucoup trop loin."

Ta gueule. Il s'excuse. C'est ignoble. Il vient de s'excuser. S'excuser de s'empoigner, s'excuser de frapper, de péter les plombs, s'excuser de m'étouffer. Le mal est fait. Tais toi. Mes larmes sèchent, et je suis toujours secoué, je te déteste, et je te tutoie en grand T. Le t, c'est la forme de la croix, c'est Jesus a qui on a fait sauter la tête. J'ai les yeux fermés. Je prie. Je vous en supplie. Je ne veux pas de l'abandon. Je ne veux pas du silence. Je ne veux pas du froid. Je ne veux pas de la solitude. S'il vous plait. Je vous en prie. Ca se tasse doucement comme le ressac de l'amer, j'échoue sur la rive. Je prie. Pour une bougie dans l'église, parce que quelque part dans la cathédrale poussiéreuse des sentiments, ca clignote. C'est fragile comme une flamme d'allumette. Ca passe. Et je ne suis pas tout seul. J'ai envie de me pendre. Tu es le dernier humain au monde avec lequel je voudrais me retrouver. Parce que je te lis comme un putain de bouquin, parce que tu parles la même langue que moi, parce que tu es allé TROP LOIN, nous sommes allés trop loin, parce que tu t'excuses quand tu devrais m'achever. Je ferme les yeux. Ne pense pas. Essaie de ne pas penser. Ni a toi, ni aux autres. Egocentrisme. Moi. J'ai la furieuse envie de foutre le camps. Là, maintenant, tout de suite. Je me redresse, et je me rend compte que la fatigue a anesthésié la douleur.

"Tu peux t'en occuper tout seul, si tu veux."

Trop aimable. Vraiment. Si tu me touches, je t'arrache les yeux avec les ongles. Parce que je les ai en entier aujourd'hui, et qu'un oeil ca doit être moins dur qu'un mur. Je suis sur que tu veux pas essayer. On aurait pas pu commencer par là non ? Non, il fallait en passer par les horreurs, les injures. J'attrape ce qu'il me tend en prenant garde à ne pas le toucher. Ne pas raviver les blessures. Je n'ai pas peur de lui. Malgré tout, je n'ai pas peur. Ou alors peut être que j'aime avoir peur. Mais je me mettrais sans doute à hurler si la lumière venait à s'éteindre maintenant. Je suis au bord de la folie. Sur le fil de l'épuisement. Funambule moral. Tout se barre.

"Est-ce que tu as été suivi après l'accident ?"

"Attentat."

Ca te regarde pas. Ca te regarde pas. Ta gueule. Je repose les compresses. J'ai fait ca a l'arrache, mais c'est couvert, ca ne saignera plus. J'ai l'habitude de me soigner tout seul. Je m'en fous. Je m'en fous totalement. J'ai besoin. Ce besoin me donne envie d'hurler. Mais je n'ai pas de voix. Elle s'est éteinte quelque part. Ca suffit. Rideau. Il.DOIT.ARRETER.DE.POSER.DES.QUESTIONS. Pas la dessus. Pas maintenant. ARRETE. Je suis assis a coté de lui, et je ne le regarde pas. Parce que son regard me ferait sans doute flancher. Je m'en fiche. Je m'approche et je le sent retenir sa respiration, en apnée. Je me coule entre ses bras. Ma voix claque, peut être un peu trop sèche, peut être un peu trop dure.

"Pourquoi tu supportes pas qu'on te touche ?"

Je pose ma tête sur son épaule, appuyé sur son torse. Son haleine ne sent pas l'alcool. Ce type sent le cuir et la cigarette. Je ferme les yeux, épuisé, cassé. Il ne bouge pas, figé en statue de sel. Et je m'endors en me disant qu'avec un peu de chance, j'érode gentiment la suffisance destructrice de monsieur le médecin scolaire. Je marmonne juste un bout de phrase, a l'envolée. Parce que c'est du donnant donnant ou rien et que t'es abonné au rien. Et que je ne veux rien donner. Refermer la cage au cauchemar, se serait bien. Mais le cauchemar est dedans, le cauchemar est dehors, le cauchemar est autre, le cauchemar est en chemise.

"Pas de questions... Que vous voudriez pas entendre"

Ta gueule en somme. Somme. Sommeil. Je m'endors contre la pierre. Sous les décombres. Dans une étreinte imagine. Désirée comme seul celui qui n'y aspire plus la désire. Ca n'a rien d'innocent, cet abandon. Ca n'a rien d'insouciant. J'espère bien que tu vas en crever, j'espère bien que tu seras mal à l'aise. Ce n'est pas parce que j'ai un besoin viscéral de réconfort. Ce n'est pas parce que tu es le seul qui puisse m'accorder ce dont j'ai besoin. Le seul a qui je doive prendre. Violence. Mais j'ai les bras pleins, parce que je te pille et qu'il y a des choses à voler.
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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Dim 8 Déc - 16:52

KYLE

Kyle, t'es un putain de connard. Voilà la seule chose que j'avais en tête.

C'est vrai quoi, qu'est-ce qu'il m'avait pris ? Après tout j'avais toujours été un homme avec un minimum de respect et de bon sens. Alors pourquoi ? Pourquoi avoir posé cette question ? Pourquoi avoir provoqué ? Pourquoi avoir voulu aller plus loin, toujours plus loin ? Pour montrer que j'avais raison, que j'étais plus malheureux que les autres. Je venais de me rendre compte que c'était une belle erreur. Une erreur monumentale. Bien sûr que June me manquait, bien sûr que sa mort avait laissé en moi un vide incommensurable. Elle était ma jumelle. Une moitié de moi qui était parti en même temps qu'elle. Je lui avais tenu la main jusqu'à son dernier souffle, jusqu'à ce que la dernière miette de sa vie s'échappe en un petit filet d'air rejeté par ses poumons, avant le silence. Et le "bip" continu de la machine. Elle était morte. En un instant, en une petite seconde, ma vie s'était effondrée. Quelques semaines après, j'avais quitté ma petite amie du moment, sans un regret, sans une larme. En l'espace de quelques jours j'étais devenu une sorte de loque, un zombie, qui vaquait à ses occupations sans vraiment les voir, sans comprendre qu'on avait qu'une vie pour se morfondre ainsi, et qu'il était temps que je fasse autre chose. Non, je n'avais pas eu conscience de cela. Jusqu'à ce que Cassandre me tire de ce cauchemar pour me plonger dans un autre. Celui de la rancune. Celui de la souffrance.

En arrivant ici, j'avais cru laisser mes démons à Londres. Mais je m'étais trompé, lourdement. J'avais pris pour compagne une enfant aussi sauvage qu'attirante, au regard indomptable, qui avait tout de ma soeur. Qui avait souffert, elle aussi. J'avais calqué le modèle de June au travers d'elle, et je m'étais alors mis à l'aimer, plus que je l'aurais cru. Etais-ce tout ce qu'il me fallait ? Je l'ignorais. J'étais un homme détestable. Profondément malheureux, parce qu'il le voulait. Et pire encore, qui ne supportait pas de perdre. Alors que le gamin s'étouffait sous mon bras, je me mis à songer à cela. Ma phrase, je la regrettai aussitôt. Quoi qu'ait pu me dire ou me faire Azraël, il ne méritait pas une claque mentale comme celle-ci. Sa réaction confirma ma théorie. Et accentua un peu plus la force de mon regret. Son cri de bête blessée résonna dans toute la salle alors qu'il attrapait de nouveau mes poignets. Malgré le frisson je laissais faire. C'était ma punition. Et voir le regard perdu de ce gamin, c'était mon épée de Damoclès. J'avais brisé ses conviction, foutu par terre toute sa hargne, tout son petit personnage plein de dédain et de connerie, pour déterrer sous les décombres d'une catastrophe un enfant effrayé et choqué par un monceau d'atrocités qu'il avait dû toucher et enjamber. Mon rôle était l'exacte inverse pourtant, non ? Soigner les blessures, et non les réouvrir parce qu'on avait insulté ma soeur, ou qu'on m'avait touché. Pourquoi ? Pourquoi alors avais-je eu autant de mal à assimiler ça ? Toutes ces questions se mélangeaient dans ma tête alors que le petiot, tremblant de fureur, de peur et de chagrin m'assénait quelques mots de plus sur June, que j'entendis à peine. Je venais de comprendre que oui, d'autres pouvaient souffrir bien plus que moi, et que j'étais un putain d'égoïste.

Il leva les mains, cria. Hurla une vérité que je m'échinais à oublier depuis des années. Et pourtant, il fallait croire que ça faisait du bien qu'on me rappelle quel enculé j'étais. Il n'y avait pas d'autres mots. Voir l'amour de ma vie mourir n'avait pour autant pas fait de moi un coeur de pierre, mais un homme aigri et plein de haine. Je ne pus ressentir que des regrets. Des putains de regrets. Surtout au moment où les mains du gamin s'effondrèrent au sol, alors que sa voix éclatait en sanglots déchirants.

C'est beau, un homme qui pleure. On se sent faibles mais une femme ne peut qu'être attendrie par le regard d'un homme qui pleure. C'est tellement rare que c'est précieux. Mais je n'étais pas une femme. J'étais un autre homme, qui commençait à comprendre que faire pleurer un adolescent, cela ne faisait pas partie des compétences requises pour être un bon médecin. Je venais de le détruire, en l'espace de peu de temps. Pire, je l'avais frappé, je risquais gros. Mais me faire virer était bien le cadet de mes soucis. A cet instant, je songeais juste à quel monstre j'étais pour avoir ravivé les souvenirs d'un enfant terrifié. L'âme humaine est vraiment étrange. La mienne était pourrie. Je restais quelques instants pantois, incapable de décider quelle conduite adopter pour qu'il arrête de pleurer. Sa dernière phrase, à peine murmurée, ne me laissa pas indifférent et me causa une décharge identique à celle que je ressentais lorsqu'on me touchait. Je lâchais ma prise, reculais, et m'assis à côté de lui, tentant de remettre mes idées en place. Bon. Et maintenant, je faisais quoi ? Alors que cette pensée me rongeait, ma voix brisée prononça quelques mots, le visage baissé en direction du sol pour ne pas affronter la vue de cet enfant que je venais de casser en miettes.

"Moi non plus."


Je me levais, tentant de retrouver un semblant de contenance, cherchant dans mon esprit un moyen de calmer le jeu, une façon de me faire sinon pardonner, au moins oublier. C'était impossible, mais bon. Je me dirigeais vers mon bureau et tirai d'un petit freeser deux paquets de glace. Je posais l'une sur mon oeil blessé par le coup d'Azraël, et conservais l'autre dans ma main. A l'aide de mes quelques doigts libres, j'attrapais rapidement désinfectant et sparadrap, puis me rassis de nouveau devant le petit, qui n'avait pas bougé d'un pouce. Recroquevillé sur lui même comme un bébé, en position foetale, son corps tremblant sous l'assaut violent des sanglots, il me faisait de la peine, parce que tout cela, eh bien... C'était entièrement de ma faute. Je posais tout mon barda sur le sol, à quelques centimètres de lui. Pris mon visage en étau, entre mes mains. Je ne pourrais jamais rattraper cela. Me faire haïr était entièrement contre ma volonté. Nom de dieu, j'étais vraiment une sale crevure.

"Je... Putain, je suis désolé. Je sais que ça vaut rien, que le mal est fait, mais je te demande pardon. C'est allé beaucoup trop loin."


Je ne le touchais pas. J'aurais pu, mais il était trop recroquevillé sur lui même pour que je viole de nouveau son intimité en le touchant. Un long moment passa, le temps qu'il se calme, et que les tressautements de son corps ne soient plus qu'un souvenir. Que sa respiration redevienne calme. Cela mit du temps, beaucoup de temps. Tout ce temps que je passai, en silence, assis près de lui, prêt à intervenir au moindre problème. En silence. Un silence très embarrassant, mais je n'avais rien à dire qui puisse réparer tout le mal que je venais de faire. Finalement, lorsqu'il redressa sa tête, je pus constater que ses plaies s'étaient réouvertes. D'un geste calme, presque apeuré, je lui tendis désinfectant, pansement et glace.

"Tu peux t'en occuper tout seul, si tu veux."


Dans une situation pareille, que faire ? Fallait-il que je brise le silence au prix d'en prendre plein la gueule ? Mais je le méritais après tout. Je tentais une approche. A pas d'éléphant.

"Est-ce que tu as été suivi après l'accident ?"
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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Dim 8 Déc - 14:39

AZRAËL

Petit récapitulatif de ma journée, pour le fun. Levé a 7h49, shoot dans le réveil qui n'a encore servit à rien, puisque sa sonnerie réveille toute la chambrée, mais pas moi. Saut dans la salle de bain, brosse a dents dans une main, fringues dans l'autre. Ressortir trempé a la recherche de chaussettes ou d'un slip ou parce que j'ai pris deux pulls au lieu d'un ensemble. Enfiler tout ca, et sautiller dans l'escalier pour finir de lasser mes grolles, mon sac à dos tressautant en rythme sur les épaules. Arriver en cours avec une minute de retard, aller a la vie scolaire en courant, mot de retard, cours, la faim jusqu'à midi bien installée qui se fait les griffes, bouffer à en crever au self, repartir en cours, appliquer la technique du boa. Gribouiller. Inventer un nouveau tag, revenir à l'ancien, ce besoin impérieux de sortir. La rue, enfin, la course, escalader, la façade, la chute. Le retour somnambule, la lumière trop vive de la lampe de poche en pleine face, la pièce blanche aseptisée, odeur citron, plongée dans le noir, mon sang couleur encre qui s'étale sur le mur. Sortir, choc encore, un corps contre un autre. Et cette partie de ping pong qui a démarré et qui semble devoir finir dans le rouge, chair et hémoglobine, steack tartare, peau retournée, tripes à l'air. 2 partout.

Un gout acre de sang sur la langue. Le sien. Envie de cracher par terre. J'ai envie de vomir. Il se tient contre le mur, qu'il a heurté en reculant. Grotesque. Pathétique. Touchant. Le le HAIS. Son image brule sur ma rétine, et il glisse comme un pantin jusqu'à terre. Il tremble. Moi non. Détaché. Je réalise. Les extrèmes. Je suis le mouvement de sa main sur son cou, mes yeux comme attachés a son geste, je vois le sang. Je n'arrive pas vraiment à m'en vouloir, mais cette vue fait retomber ma hargne. Je ne le hais pas. Je ne l'aime pas. D'ou ca vient, cette violence ? Je ne l'aime pas. Je ne le hais pas. C'est quelque part sur la corde raide, en balance entre les deux. Je n'ai pas pitié de la forme recroquevillée contre le mur. J'ai mal de l'avoir mordu. Mes bras s'enroulent autour de son corps pour le réconforter, autour de sa gorge pour l'étrangler. Je me vois l'étrangler. Cette idée termine de me rendre muet. Figé par l'acte, maintenant figé par la vue du liquide vermeil. Très loin de lui. Il relève la tête, je vois de la folie dans son regard, mais je suis tétanisé, vidé, avec la sale impression d'avoir failli quelque part : j'ai fait couler du sang.

Je le voit bondir au ralentit, et le choc me coupe le souffle et m'envoie valser. Il suit le mouvement, et je l'empoigne pour l'écarter de moi. On m'a mit la tête sous l'eau, et je n'arrive plus a respirer. Ou c'est son genou dans mon ventre. Du noir passe devant mes yeux. Ma main part comme si elle n'était pas a moi et je le gifle. Sa siffle. Ça heurte. Ça rentre. Ça claque. Le bruit sourd me ramène à la réalité aussi abruptement que ma chute de tout à l'heure. J'ai le gout de vivre au creux d'un moi qui ne m'appartient plus. J'ai le gout de vivre dans tout le corps, et je lui rend coup pour coup, puisqu'il est une menace à mon intégrité. ON M'ATTAQUE BORDEL ! Mes neurones en ébullition, la tête à l'envers, je pince sans tendresse la peau à portée, son genou se soulève, je me débat pour qu'il dégage, je crie parce que c'est la guerre, et que la guerre du silence consiste à en envoyer d'autres au front, alors que là, c'est moi contre lui, c'est de l'officiel. Je frappe comme je peux, les images en flash, trop rapide, ca s'empoigne, se bouscule, il couine, l''air entre dans mes poumons, ma main qui se ferme, mon bras qui se détend avec force, mon poing en contact avec sa figure. Deuxième gifle pour contenter l'autre côté de mon visage sur lequel on ne pouvait pas encore faire cuire d'oeuf, le compte est bon, je reste figé sous le choc. Ca papillonne en noir encore une fois. Sonné pour la deuxième fois, je rend les armes. Mon corps tendu par l'effort se ramollit un peu, une fraction de seconde. Je sent le poids de son corps sur mon estomac, et son bras en travers de ma gorge. Sur qu'il sentirait même si je déglutissait. Pour le moment c'est en blanc et noir. J'amorce un geste pour retirer son bras, il l'appuie d'avantage. Ma tête suit le mouvement, et mon regard rencontre le sien. C'est tout ce qu'il lui fallait pour me postillonner au visage, et il y va a long traits bien baveux. Du fiel qui me dégouline sur la figure.

"Je t'avais prévenu, connard !"

Deuxième. Manque de vocabulaire. Lui refiler mon dictionnaire d'argot. Côté tranche de préférence, et de suffisamment loin ou de suffisamment haut pour fendre en deux son nez à angle droit. Je rigole, son bras se ressere, je bouge de nouveau pour qu'il me lâche, son poids pèse un peu plus, il appuie encore. Ma poitrine se soulève furieusement pour chercher de l'oxygène, et je reste tranquille parce que respirer passe avant faire la guerre.

"En quoi ça t'intéresse mon bonheur, hm ?! Qu'est-ce que ça peut te foutre ?! Je suis ton toubib, je suis pas là pour te dire si je suis heureux ou pas ! Et d'ailleurs je n'ai jamais rien dit de tel, pigé ? Seulement que j'avais tout ce que je voulais. Et il y a une nuance, petit merdeux ! Et June, elle t'aurait avoiné depuis une bonne heure, tu vois ?"

"Vous... êtes en train de m'étouffer"

Ma voix me semble parvenir de très loin, et je heurte mon coude contre le sol. La douleur est salutaire, ma vision s'éclaircit. Il relâche un peu la pression. Pas suffisamment pour que je puisse faire quoi que ce soit. Juste attraper son bras et lutter pour le tenir aussi moins que possible de ma gorge. J'ai l'impression de lutter contre un rocher, et se sont mes doigts qui appuient contre la peau rougie, je sens les battements affolés de mon coeur contre mes phalanges. Je lutte. Hargneux.

"Pourquoi t'as dessiné les deux tours, gamin ? Pour faire le malin ? Ou peut-être bien que tu y étais ? Ben alors, on la ramène moins ? T'as trop pris de béton sur la tête, ça doit être ça qui t'a rendu névrosé."

TOURS. BETON. Le noir sans les paupières, l'air qui se raréfie, l'espace qui rapetisse pour se concentrer juste sur lui, sur moi, sur son poids, sur l'univers qui se barre et qui tourne, se distend et se déforme. Il est en train de m'étrangler. Il est en train de m'étrangler. Le jour se fait quelque part sous ma caboche. CE TYPE M'ETRANGLE. Mourir. Son bras écrase les doigts contre ma gorge avec une telle force que je ne respire plus. Mon corps qui était devenu mou regimbe, mes yeux ou se couchaient un voile noir s'ouvrent en grand et je crie. L'air qui me restait dans les poumons s'expulse, la violence de l'acte le secoue, j'aggripe ses poignets avec toute la force dont je suis capable. Levés entre nous, je n'ai pas la force de faire plus, et je lui assène ce que je mon cerveau gueule, alors qu'il m'asphyxie pour me faire la lecon.

"Votre soeur est morte, j'en ai rien à foutre. Elle est morte."

J'assène. Je voit la douleur comme un coup qui s'abat, et je me cogne en même temps. Je parle de ma mère, je parle de mon père, je parle des soeurs que je n'aurais pas, je parle de la petite fille dont il ne restait que la tête, je parle de cette jambe anonyme, sans sexe et sans visage, je parle de ses femmes que j'ai enjambé, je parle de l'inconnue qui crève quelque part. Et j'ai mal parce que c'est douloureux. Ceux qui restent ont mal de la mort des autres.

"Oui j'y étais. Vous vous êtes vivant et vous êtes pire que mort. Mais vous cognez suffisamment pour elle. Vous voulez pas être heureux, ce que vous voulez c'est vous morfondre ET VOUS OSEZ ME PARLER DE RESPECT DEs MORTS ?"

Ma voix se précipite, heurtée, parce que les mots font mal, et que j'en ai assez, ce type est hermétique, ce type ne veux pas entendre, ce type me réponds des choses qui font mal, cesse donc de t'acharner, abandonne PUTAIN ! Abandonne. La chute de l'immeuble. Cette furieuse envie de dessiner. Je.ne.peux.pas. Incapable. Ma voix a enflé sur le dernier acte. Mes doigts relâchent leur prise. Glissent par terre. Parce que je n'en peux plus. Mon dos meurtri, mes mains écorchées, mes coudes en sang, les côtes meurtries, et l'âme en miettes. Oui j'y étais. Vous avez pu subir ce que vous voulez, vous n'avez pas vu. Vous n'avez par ramassé de jambe, vous n'avez pas touché l'os à nu, vous n'avez pas enjambé les cadavres, vous n'avez pas vécu ca. ALORS ARRETEZ ET SORTEZ DE MA TETE !

"Je peux pas en avoir rien a foutre de vous"

Un filet de voix. Je ne sent pas les larmes crasses. Je sais qu'elles sont là parce que j'y vois flou. Je pleure à cause de ce type. Je pleure pour se type. Constatation douloureuse, parce que tu tisse un lien qui vient chercher quelque part dans mes tripes, la ou personne ne va, parce que mes tripes, a part ma mère à l'heure de ma conception, personne ne les a tripotées. Couché sur le dallage, écrasé par un médecin qui se plaît à se piller lui même pour pouvoir éroder son entourage. Poudre de verre.
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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Jeu 7 Nov - 23:34

KYLE

Putain putain putain putain.

Non. Non ! Je ne comprends pas. Je ne comprendrais sans doute jamais. Pourquoi lui, et pourquoi moi ? Pourquoi avais-je osé, moi, le petit médecin sans histoires, le bonhomme bourru qui ne sort jamais de ses gonds, comment avais-je pu me laisser dominer par un... Môme ? Un môme au regard sauvage. Un petit bonhomme qui osa pourtant poser ses mains sur moi. Qui commit l'erreur fatale, puis qui insulta mon recueillement à l'égard de ma soeur. Je n'aurais pas pu garder mon sang-froid. Peut-être parce que la fatigue avait eu raison de moi, peut-être parce son contact, à la fois électrisant et immonde, agréable et terrible, attirant et répulsif, avait fait de moi un être prisonnier d'un regard. Mon cerveau tournait à l'envers. Perdu dans une action qui allait trop vite pour moi, je ne parvins même pas à avoir le recul nécessaire pour reprendre les choses calmement. Il m'énervait. Il m'énervait bien trop. Je ne pouvais plus réfléchir à cause de lui. C'était étrange. Même Cassandre, même Eva, jamais ne m'avaient fait un effet pareil. Malgré tous ses efforts, jamais Cassandre ne parvint à provoquer chez moi un flot de fureur tel que celui que je ressentais vis à vis du gamin. Et je lui en voulais pour cela. Toutes ces années j'étais resté le même. Je n'avais jamais cherché à changer.De mon esprit, était née une discipline de fer, un calme presque ascétique, presque inquiétant. Et, en l'espace d'une heure à peine, cet immonde petit cancrelat venait de jeter à bas toutes ces années de discipline. Cette idée m'était tout bonnement insupportable.

Et je n'étais pas au bout de mes peines.

Brusquement, deux mains chaudes vinrent se refermer sur mes joues. J'eus un mouvement de recul, tenant presque de la décharge électrique, mais rien n'y fit. Ses mains, fermes, ne me lachèrent pas. Il ne me lâchait pas. Il ne me libéra pas. Alors, après ce mouvement instinctif, mon corps devint aussi dur que de la pierre. Il n'y avait pas un muscle relâché dans tout mon être, j'étais tendu comme un arc. Je pus sortir un rapprochement sensible de son corps tout entier contre le mien.
Non. Non, non, non, NON !!! PAS CA !!
Mais si.
Un ange passa, le temps que cet affreux connard referme un peu plus les étaux lui servant de mains sur mon visage, approchant sa propre tête de mon cou. La moindre respiration de sa part alla se déposer près de mon oreille, et au premier je fus pris de tremblement violent. Du dégoût. Oui, c'était forcément du dégoût. Rien d'autre. Ces frissons n'étaient que du dégoût. Il ne recula pas. Il ne bougea pas. Ne trahit pas la moindre émotion, si ce n'était la jouissance du bourreau prenant plaisir à faire son travail. Il fallait que cela cesse. Mais je n'avais pas la force de faire le moindre mouvement. Il me sembla presque qu'en inspirant l'odeur de mon cou, il aspirait mon âme, ma chair, mon énergie. Je fermais aussitôt les yeux, tentant d'oublier qu'accroché à ma gorge, les lèvres chaudes à quelques millimètres de ma peau, me touchant de part en part, se trouvait un élève. Un élève qui riait à mon oreille, un rire outrageux de triomphe. Un tutoiement et une provocation. J'accrochai mes mains à ses poignets et tirai. Mais j'étais impuissant. Il savait ce qui me faisait mal. Il savait. Et c'était insoutenable.

A dix-sept ans, je m'étais mis à refuser brusquement tout contact physique avec tous mes proches, à l'exception de June. Pete pensa d'abord que mon comportement était celui d'un ado basique, en pleine crise. Mais cela alla beaucoup plus loin que tout ce qu'il aurait pu songer. Les années passèrent, et mon adolescence s'évapora comme neige au soleil. Pour autant, je ne parvins toujours pas à laisser ma mère me prendre dans ses bras. Le moindre contact provoquait chez moi une terrible décharge électrique. Dans le cas d'Azraël, ces décharges étaient accompagnées d'étranges frissons. Ma mère pleura longtemps, la perte de notre lien physique. Jusqu'à sa mort, en fait. Elle crut longtemps que je ne l'aimais plus. Et malgré tous mes efforts, jamais elle ne comprit que le problème ne venait pas d'elle, ni de moi, mais d'autre chose. Quelque chose qui me terrifiait encore. Quelque chose qui remuait dans mon esprit, au travers du brouillard. Au travers de ma peur. Parce que je ne m'en rappelais pas, mais mon corps lui, se souvenait très bien.

Quelques mots, un cri. Une insulte. C'était de bonne guerre. Je ne m'offusquais même pas du ton qu'il prit. C'était comme de l'eau glissant sur les plumes d'un oiseau. J'étais bien trop sous le choc pour comprendre. Mes mains se refermèrent un peu plus fort sur se poignets. A m'en faire mal aux phalanges.

Et soudain, le geste.

Tout alla si vite que je n'eus même pas le loisir de crier. Ses dents se plantèrent dans ma gorge avec violence. L'action dura une fraction de secondes, mais sa frappe fut tellement violente, tellement imprévisible, vive et douloureuse que ma première réaction fut de réprimer un hurlement étouffé, puis de serrer les poings pour frapper son plexus solaire. Il ne m'en laissa pas le temps. D'un geste aussi vif que sa morsure, il me poussa et se jeta lui-même en arrière, surpris lui même par la violence et la surprenante idiotie de son geste enfantin. Il venait de mordre quelqu'un. Cela aurait été très risible à raconter, mais pour moi ce n'était pas drôle du tout. La choc me plaqua contre le mur, et je me rétamais par terre, tremblant de tous mes membres. Une douleur forte s'accompagna de mon rétamage serré sur le cul, et je passai ma main sur mon cou. Du... DU SANG. Ce con m'avait mordu jusqu'au sang. Et il parlait encore de June ! Je relevais vivement la tête, tentant de maîtriser les tremblements violents qui avaient pris possession, une nouvelle fois, de mon corps. Comme si un pikachu venait de me balancer un Fatal-Foudre. Un truc de barré quoi. Mais pour l'heure, je n'avais qu'une idée en tête. Il fallait que je lui réponde.

Et que je lui arrache la tête.

Je me levais d'un bond, et me jetais sur l'élève. Je n'avais plus besoin de la moindre réflexion. J'allais lui péter la gueule, un point c'est tout. J'allais lui apprendre à tenir sa langue, j'allais lui montrer qu'on ne me faisait pas saigner impunément. Et qu'on n'avait pas le droit de me toucher. Je le percutais de tout mon poids, nous faisant tomber tous les deux sur le sol. Une lutta acharnée commença, durant laquelle j'eus du mal à distinguer où se trouvaient les différentes parties du corps de l'élève. Je frappais au hasard, essayant de le maîtriser pour lui faire comprendre que je n'étais pas un petit rigolo. Finalement, au bout d'un long moment de lutte durant lequel je pris un coup de poing dans l'oeil qui allait probablement me coller un sacré cocard le lendemain, je parvins à immobiliser le bonhomme, tant bien que mal. Je n'avais plus de forces. Lui, allongé sur le dos, par terre, et moi à califourchon sur son ventre, un bras sous sa gorge pour le dissiper de faire le moindre geste compromettant. J'allais lui apprendre.

"Je t'avais prévenu, connard !"
crachais-je à son visage, ivre de rage.

Je l'avais prévenu de ne pas me toucher. Ni de parler de ma soeur. Il venait d'enfreindre deux règles en deux minutes, et maintenant il allait en payer le prix.

"En quoi ça t'intéresse mon bonheur, hm ?! Qu'est-ce que ça peut te foutre ?! Je suis ton toubib, je suis pas là pour te dire si je suis heureux ou pas ! Et d'ailleurs je n'ai jamais rien dit de tel, pigé ? Seulement que j'avais tout ce que je voulais. Et il y a une nuance, petit merdeux !"


Je pris une respiration, histoire de calmer ma rage. Ah, loupé.

"Et June, elle t'aurait avoiné depuis une bonne heure, tu vois ?"


Et c'était vrai. Ma soeur n'avais aucune patience. Elle était parfaitement du genre à taper d'abord, et poser des questions ensuite. C'était pour cela que j'aimais Eva. J'avais cru retrouver le miroir de June au travers d'elle. Finalement, un sourire narquois se dessina sur mon visage.

"Pourquoi t'as dessiné les deux tours, gamin ? Pour faire le malin ? Ou peut-être bien que tu y étais ? Ben alors, on la ramène moins ? T'as trop pris de béton sur la tête, ça doit être ça qui t'a rendu névrosé."

Mon bras raffermit son emprise sur sa gorge. Il ne me toucherait pas, pas cette fois.
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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Lun 4 Nov - 23:26

AZRAËL

Il pose le café devant moi sans rien dire, et je l'observe sucrer le sien. Ce type boit du caramel. Je grimace légèrement, avant de sourire. Bon, je trouve ça drôle. Un type aussi guindé qui bouffe son café à la cuillère, parce qu'il y a tellement de sucre dedans que ca doit se solidifier tout seul, ça a un côté attrayant. Il a l'air d'un iceberg et il boit des cafés qui ressemblent vaguement à de petits oursons : beaucoup trop doux, bref, écœurants. J'avale une gorgée du café et repose la tasse avant de l'assassiner du regard parce qu'il n’arrête pas de me zieuter et que j'aime pas ca.

Ce type est dérangé. Profondément, parfaitement dérangé. Il fait le tour du bureau et me fixe comme s'il avait vu la vierge. Je suis bien tenté de me foutre à poil et de dandiner du cul, mais la de suite, j'ai un manque de motivation certaine. Je viens de lui mettre dans les dents qu'il joue au zombie depuis le décès de sa soeur, et lui il reste stoïque. Ce type me tue. Il n'est. PAS. humain. Voilà, c'était simple ! On nage en plein délire depuis que je suis entré dans cette infirmerie après tout. Et puis quand toutes les hypothèses plausibles ont été éliminées, reste l'improbable, du moment que cela reste logique. En fait, il doit se limer les oreilles tout les matins. Tout est clair à présent. Ce type, c'est Spock déguisé. Ou un autre de ses copains vulcains. Pas de sentiment. Une putain de machine. Mais ce n'est pas vrai. Parce que s'il n'ouvre pas la bouche, son visage est très expressif. La grimace pour dire que ca le blesse, et la colère. Je met une seconde pour comprendre pourquoi. Ouais bon, personne n'aime qu'on vous mette le nez dans votre merde, moi en premier. La colère ne passe pas. Il fait le tour du bureau pour revenir vers moi, et bien qu'il avance très lentement, son regard a pris une lueur dangereuse que je connais bien. Et qui me hérisse les poils. Mon coude se rappelle soudainement à moi. L'instinct de conservation, qu'on appelle ça. Dommage qu'il se réveille TOUJOURS après que j'ai ouvert ma grande gueule. Un jour, je me ferais dessouder, c'est tout.
J'aurais la bonne idée de me dire que j'aurais du me taire en agonisant sur le sol. Pathétique.

Mon père ne ma pas battu, mais il buvait beaucoup, et quelquefois, ses yeux prenaient cet aspect métallique qui annonçait les coups. Oh, rarement. Et souvent, c'était moi qui provoquait cette réaction. Mon père se foutait royalement de savoir si je vivais ou non, oubliant de me faire à manger ou de s’inquiéter de moi, tout simplement. J'étais un enfant abandonné, un jeune adolescent orphelin. Je m’accommodais comme je pouvais de cette situation. Quand il avait trop bu, il se rappelait soudain de mon existence, et se rependait comme une serpillière. Il m'attrapait et me forçait au contact, avec son haleine fétide chargée d'une odeur de mauvais vin et sa bouche un peu baveuse, pâteuse de ce trop d'alcool. Câlins, bisous, et puis "je t'aime" et "tu ressembles tellement à ta mère". Ça ca me défrise toujours quand j'y pense. Ma mère était BELLE. Bordel. Bref, comme les enfants sont méchants, et que même si je n'étais plus vraiment un enfant, j'étais déjà méchant quand même, je l'envoyais se faire voir, profondément horrifié par ces soudaines crises d'attention, que j’espérais désespérément le reste du temps. C'est a dire quand il était sobre et occupé à se saouler pour oublier. Mon père ivre ne m'inspirais que du dégoût. Je passais toujours après la bouteille. Bref, le refus passe toujours mal, se prendre un râteau par son fils ca fait grincer des dents, et quand on est bourré, VRAIMENT BOURRÉ, on a plus de limites. Généralement, je le sentais toujours venir, et je prenais la poudre d'escampette, flânant dehors pendant quelques heures histoire d'être sûr qu'il dormirait lorsque je rentrerais. Au bout du compte, mon père ne m'étais tombé dessus que deux fois. C'était bien suffisant pour que je m'en rappelle et pour que mon squelette en porte les marques. Je n'en ressort pas traumatisé en tout cas. Je n'ai jamais pris de dérouillée par mes petits camarades à la sortie de l'école, comme une grande majorité de mioches. Voilà qui devrait compenser la balance cosmique. Certaines choses transparaissent aux radios. On m'a fait la remarque la première fois que j'ai fini a l'hosto. Psy et compagnie. Sauf qu'après, j'ai continué d'y aller. J'ai trop de fractures causées par mes "exploits" pour que celles-là se remarquent dans la masse. Je recule d'une façon tout à fait sensible, et ma chaise recule en même temps que moi, raclant légèrement le sol.

Frappe-moi pas.

En fait si. Il ferme le poing, lève le bras, et cogne. Je lève les bras devant mon visage pour me protéger du coup, mais trop tard. Je bute sur son bras tendu, et une douleur cuisante assaille mon visage, du côté droit. PUTAIN. Ma tète part en arrière sous le choc.  Lui se recule aussitôt, et moi je me lève dans la foulée. La chaise s'échoue sur le sol avec un certain fracas, et je recule suffisamment pour me mettre hors de portée. PUTAIN. Mais qu'est ce qui ne va pas avec ce type ? Soit il se la joue hyper sensible et un PEU TROP VIOLENT soit il se prend pour balais-man. CHOISIS BORDEL. Ma main va a ma joue par réflexe. C'est kitsch, mais si vous voulez, on peut faire le test. Je vous tire une gifle et on va voir si vous allez pas vous tâter pour vérifier que j'vous ai pas enlevé un morceau. Mon regard est celui d'un gosse scandalisé. Bon, je savais très bien ce qui allait se passer. Mais il m'a frappé PUTAIN.

« Je… Tu… »

"Nous, vous, ils. Vous êtes MALADE !"

Il oscille et moi je recule encore parce que franchement, une baffe, ça suffit.

« Sale petit con. »

Sale vieux con. J'ouvre la bouche et je la referme. J'ai rien à répondre à ça. A part Sale pédale coincé du cul, bâtard et j'en passe. Mais la surenchère n'emmène à rien, a part à une autre mandale, et je suis pas maso. Il retourne s’asseoir et moi, je reste loin. Pas fou. Il me jette un regard de roquet mal... Bref, un regard PAS CONTENT, que je lui rend bien.

« Tu as eu ce que tu voulais ? c’est bon ? Dis  moi  gamin, on t’a appris à honorer la mémoire des morts ? Pas seulement des tiens, mais aussi ceux des autres ? Tu peux bien me prendre pour tout ce que tu veux. Un vieux con givré, si tu veux, même me faire passer pour le pire enfoiré de tous les Etats Unis, c’est pas un problème pour moi. »

Là, je m'approche, parce que mon instinct de survie c'est de nouveau barré, et que je veux lui en foutre une moi aussi, vu qu'on en vient aux mains. Qui me parle d'honorer la mémoire des morts ? Surement pas lui, dites moi que je rêve ! Mais je ne peux pas rêver parce que je serais sans doute en train de me branler : Y'a encore qu'avec l'orgasme qu'on atteint le septième ciel. Là, il va tout de même quasiment aussi haut dans le domaine de la connerie. Tu crois que tu l'honores, ta soeur, en jouant les pingouins et en revisitant le mythe de Dracula ? Taré. Je m'approche, parce que je veux faire sauter les dents de cette bouche venimeuse et sale. La mémoire des morts, c'est le job à plein temps que je me suis fixé. Alors forcément, ces paroles ne me font pas vibrer, excusez moi du peu. Sauf qu'il à la bonne idée de planter les mains sur le bureau et de venir coller son nez de rapace a quelques centimètres du mien.

« Mais ne t’avise plus ni de me toucher, ni de parler de June sur ce ton. »

Comme il a pas l'air d'en avoir fini, je prend mon mal  en patience. Il se lève, et fait le tour du bureau. Encore. Il va encore me frapper ou bien ? Mes mains se posent sur son col, parce que je vais vraiment le défoncer. Il a l'air de ne pas trop aimer ça, mais je m'en tamponne le coquillard avec un patte d'alligator femelle. Vas-y, cogne, parce que j'ai bien envie de te rendre ce coup-ci. Il regarde mon dessin. Et c'est la phrase de trop.

« A propos de drame, j’aimerais bien savoir pourquoi ton œuvre d’art semble s’y méprendre au World Trade Center. »

PUTE. Il a reconnu les deux tours dans mon gribouillage. Il ose me parler de drame avec cet air désinvolte juste après m'avoir tourné son poing dans la figure. S'il se sent insulté parce que je lui ai mit dans la tronche qu'il se laissait crever parce que sa soeur a passé l'arme à gauche, le simple fait qu'il m’interroge là dessus dans cette situation, ou le simple fait qu'il m'interroge tout court suffit. J'attrape son visage à deux mains, je lui laisse le temps de se rendre bien compte que je le tient, parce que mon corps c'est significativement rapproché du sien. Pas que ça me ravisse, mais en réalité, il me semble que le cogner, ce serait moins fort et moins douloureux que ça.

DONC CRÈVE. J'ai une vision fugace d'Harry Potter avec ses mains pleines de cambouis  plaquées sur la tronche de Quirell. Sauf que je suis pas bigleux donc j'évite de lui foutre les doigts dans l'oeil ou dans la bouche. Il pourrait me mordre. Hors, ca, c'est tout à fait mon idée et j'voudrais clairement pas qu'il me la pique. Je sens sa respiration se bloquer, parce que j'ai collé ma bouche affreusement près de son oreille, a ce sale con. Petit ricanement. Mon souffle se heurte contre sa peau, et même pour moi c'est vraiment trop près, mais là j'ai de l'adrénaline liquide dans les veines. Ce type, c'est l'Everest.

"Et tu vas faire quoi, te plaindre au dirlo ? Nan dis le moi quand tu iras, je viendrais avec toi, promis."


Le vouvoiement est allé se faire foutre, et la politesse avec. Ils se tiennent à la queue leu-leu, et ils adorent ça, c'est sur. Ses mains se referment sur mes poignets pour les écarter et mes doigts se resserrent. Sans le blesser. Sans le lâcher non plus. Si tu crois que j'en ai fini, tu te trompes. Tu m'as violenté physiquement par deux fois. Je t'en dois une. Je colle mon corps de jeune prépubère à celui du grand père et il tressaille de dégoût. Ma bouche effleure son oreille, parce que s'il faut être sadique je le serais sans aucun problème. Même si cette forme de sadisme ouvre tout un horizon de questions. Heureusement qu'action rime souvent avec "cerveau vide".

"Ne.T'avise.plus.de.me.cogner.CONNARD."

Là, plusieurs options s'offrent à moi. Reculer et lui octroyer un véritable coup de boule. Lui tourner une droite théâtrale. Mais non. Je ne vais pas m'abaisser à le cogner. Ses mains crispées ne m'éloignent plus, elles me serrent simplement, suffisamment pour imprimer de jolies marques, j'en suis sûr. Ca termine de me mettre les couilles à l'envers. MARRE QUE TU ME FASSES MAL. Je croise son regard en biais, et ce qu'il lit dans le mien a l'air de lui faire peur. Tant mieux. Je plante les dents dans son cou. Je suis pas un putain de vampire à la Twiligth, mais j'espère bien que ta femme va se faire la vie pour ça. Je ne fais pas semblant, je plante véritablement les dents, et rien à foutre si la peau cède, je te jure qu'avec ça tu vas pas m'oublier demain. Tu penseras à moi en sortant de la douche et en enfilant tes putains de foulards, promis. Tes mains se décrispent et je suppose que tu vas encore me frapper, mais voilà, je te repousse de toute la force de mes petites mains musclées et tu recules de quelques pas sous l'impact. Moi, j'ai fait un bond en arrière.

MAIS QU'EST CE QUI M'A PRIS ?! Je passe une main sur mon visage. J'hallucine. SÉRIEUSEMENT. Je viens de le mordre. Je viens sérieusement de le mordre.
Il tremble et moi aussi. On va ouvrir une classe de spasmophiliques, filmer, mettre ca sur You Tube et se faire du fric. Je lui péterais les dents pour ramasser toute la thune. Ta June, je ne la connais pas, mais c'est sur qu'elle devait être plus sympathique que toi.

"Ne parlez pas de mes gribouillages alors que vous ne supportez pas qu'on vous réponde ! Je parle de June sur le ton que je veux, puisque je ne parle pas d'elle mais de vous. Elle, elle doit avoir honte. Et franchement j'aurais honte à votre place. C'est quoi le problème, j'ai appuyé ou ca fait mal ? Et puis me parlez pas d'honorer les morts alors que vous crachez qu'avoir des rêves ne sert à rien et que vous êtes parfaitement HEUREUX BORDEL"

J'ai un peu crié sur la fin parce que ce type me met hors de moi. Et je me suis rapproché aussi, parce que la colère, ben ca crée du rapprochement, que voulez-vous ? Sur les deux tours, pas un mot. La phrase à atteint son but, alors maintenant, occupes toi de toi et de tes nerfs en pelote, rage et pleure mais ne viens pas jouer dans ma cour, merci mais non merci.
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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Lun 4 Nov - 21:02

KYLE

Il y avait quelque chose chez ce jeune homme, quelque chose qui m’énervait et me fascinait à la fois. Je savais parfaitement que mon regard en disait long sur ce que je pensais et ressentais. J’avais plutôt tendance à le fixer, dans le cas présent, et je savais qu’au moindre faux pas, j’allais prendre cher.
Certes, je n’étais pas le genre d’homme à prendre en compte mon ressenti personnel lorsque je m’adressais à un patient. En vérité, j’avais tendance à subir, moi aussi, de mon silence et de mon calme. Je voguais dans un univers un peu trop grand pour moi, depuis la mort de June. Je n’avais plus d’idéal, plus de volonté, plus d’envie. Et c’était pour cette raison précise que Cassandre m’avait quitté. Parce qu’avec les femmes, je n’étais qu’un légume, un légume sans âme et sans volonté. Sans envie de faire le moindre effort pour les autres, cela me paraissait bien trop superflu. Alors je l’avais délaissée. Un petit peu, d’abord, au profit de mon fils, puis énormément, au point de passer mes soirées en compagnie d’un livre qu’avec elle. Au début, elle n’avait rien dit. Elle s’était contentée de demander avec les yeux, anxieuse et confuse, pourquoi son mari la rejetait comme un déchet qu’on abandonne aux ordures, sans le moindre regard en arrière. Puis elle ne demanda plus, et ses yeux ne furent plus que le reflet triste et frustré de son exaspération. Le soir, elle lisait elle aussi, dos à moi, allongée sur le côté, lumière allumée parfois jusqu’à une heure du matin. Se demandant sans doute pourquoi elle n’avait pas écouté sa mère, pourquoi elle avait épousé ce traine savate qui passait ses journées et ses nuits à vaquer à des affaires dont elle n’avait plus l’exclusivité. Elle aménagea ensuite son étagère personnelle dans laquelle elle prit un plaisir malsain à ranger des livres psycologiques tels que « Pourquoi mon mari ne me touche plus » « Mon homme est impuissant » « mes erreurs de jeunesse » et j’en passe. Et si la plupart des choses avaient un rapport concret avec le sexe, il y en avait aussi qui attaquaient un peu plus, sur ma condition de médecin, sur mes lectures, mon travail. Elle fut d’autant plus énervée de constater que sa méchanceté eut un impact sur moi aussi fort que si on m’avait jeté une petit brindille sur le nez. Alors elle le devint encore plus. Sa méchanceté s’aiguisa, devint plus froide et plus agressive, et j’eus droit à des scènes de ménage à répétition, chaque soir, chaque week end. J’avais interdiction de mettre le moindre pied chez ses parents. Ni chez ses amis. D’amants, nous étions passés à colocataires, en l’espace de deux ans. Tout cela à cause de June. Je finis par demander le divorce, pour le bien de mon fils. Je ne voulais pas que ma bêtise soit responsable de sa mauvaise éducation.
Elle pleura, le jour où je la quittais. Mais même ses larmes n’eurent pas le moindre effet sur moi.


Je ne savais pas pourquoi je pensais à Cassandre à ce moment là. Peut-être que parce qu’au travers du regard de défi mêlé de colère que me lançait, en biais, le gamin, je reconnaissais là le jeu de mesquinerie auquel elle s’était livré pendant des mois. Le jeu du non-dit, ou du tout-dit-avec-le-regard. Je ressentais beaucoup de colère, de haine viscérale vis-à-vis de moi de la part d’Azraël. Et je pouvais comprendre pourquoi. Après tout, j’avais vidé une fiole d’alcool concentré sur son bras. Le genre de truc qui ne donne pas vraiment envie de m’adresser une petite accolade, m’voyez. Je ne parvins pas trop à percevoir le grommellement dans sa voix, à la suite de mes paroles. Mais j’étais persuadé que cela n’avait rien de gentil.

Finalement, il me réclama un café noir, que je lui servis en même temps que le mien. J’y mettais toujours deux sucres. Parce que caféine + sucre ça réveille doublement. Enfin, c’était ce que je me confortais à m’imaginer pour justifier le fait que je buvais de la merde à longueur de journée. De la merde qui faisait grossir. Vachement grossir, même. Accoudé au mur, face à lui, je me surpris à le regarder un peu plus longuement. En fait, j’avais besoin de ce caf, d’abord, parce que je n’avais pas eu le temps d’en boire un avant de partir, et aussi parce qu’il m’avait touché. J’étais allergique au contact, totalement allergique. Il l’avait certainement compris. Un frissonnement de dégoût me parcourut, alors que je repensais à cette main, cette main sale, cette main dégoutante, se poser sur le tissus de mon veston, puis sur mon visage. Sur mon putain de visage. Voilà pourquoi je regarde. Pour ne jamais oublier le visage d’ange de celui qui a commis ce sacrilège. Mes mains en trembleraient encore. Mais est-ce seulement pour cela ?

Je n’ai pas le temps de songer à un autre cas de figure. Déjà le silence se brise. Violemment. Les mots tombent de la bouche du gamin comme un couperet, des mots amers et pleins de ressentiment. Des mots qui semblent cacher autre chose, bien au-dessus de ce que je crois être de la provocation. Non, c’est pire. D’un geste brusque, je détache mon regard et pars m’asseoir derrière mon bureau, pris d’un vertige. Il a dit morte, il l’a accentué. Ignore-t-il donc tout de la politesse, de la compassion ? Non, sans doute, mais il n’a pas envie de m’en faire profiter. Cet ignoble gamin est le démon personnifié. Ma jumelle était ma vie. Elle était mon sang, et je savais parfaitement que depuis sa mort, j’avais perdu tout goût, toute envie. Je vivais comme un fantôme. Comme un exilé qui rêverait à sa ville natale. Moi, je rêvais à ma tendre sœur. Elle était morte dans mes bras, exténuée par la faim, la fatigue, la maladie, et les coups de Carter, qui n’avait jamais cessé de la martyriser, même quelques jours avant sa mort. Comment avais-je pu laisser faire une chose pareille ? Est-ce que je méritais la mort pour ne pas l’avoir sauvée ? Je jetais au garçon un regard noir. Puis reposais mes yeux sur mon bureau. Je n’avais jamais parlé de ma sœur. Même pas à Cassandre, même pas à Eva. Cassandre sut que j’avais une jumelle le jour où ma mère échappa son prénom lors d’un repas de famille. Lorsqu’elle s’étonna de mon impasse totale sur elle, je lui dit que June était sortie de ma vie à cause de son mec. Mais c’était faux. June errait encore dans ma mémoire. Et j’entendais encore sa voix chaleureuse me chanter « Hey Jude », qu’elle avait changé en « Hey June » pour faire « son prénom ». C’était ma perle de beauté. Le soleil de ma vie. Et le jour de sa mort, je sus que sans elle, je ne pourrais avoir une belle vie. Aimer une femme, l’épouser et vivre heureux. J’honorais sa mémoire avant d’honorer les vivants, Olie, mon fils, faisant seule exception. Pourquoi, alors que je n’avais jamais parlé de ma sœur, avais-je décidé de l’évoquer en face d’un gamin stupide et vantard qui m’agaçait au plus haut point ? Pourquoi m’étais-je senti touché par le dessin qu’il avait fait, par son regard de chat sauvage, et sa voix moqueuse et hostile ? C’était un mystère. Je n’avais pas de réponse. En revanche, pour ce qui était de ce qu’il venait de dire, j’en avais une toute prête.

Je me levais, lentement. Fis quelques pas vers lui. Il eut un mouvement de recul. Oui, normal. Je rassemblais alors mes maigres forces dans mon petit poing et, sans prévenir, sans avertir, sans esquisser le moindre haussement de sourcil l’avertissant de mon geste, je levais mon bras gauche et le frappai alors de toutes mes forces.

Le choc de l’impact le fit basculer en arrière, mais il ne tomba pas de sa chaise. Mon poing l’atteignit à à la joue droite. Et puis, aussi vite que je l’avais frappé, je me jetais alors en arrière, pétrifié d’horreur. Je venais de mettre une droite à un gamin. A un élève. Je risquais la radiation, mon travail, et même la prison, s’il s’avisait d’ouvrir sa gueule. Pourtant, la fureur, une nouvelle fois, avait pris le dessus sur la raison. Il m’avait insulté, et ma sœur avec, alors qu’il ne savait rien. C’était aussi grave que me toucher.

« Je… Tu… »


Les mots s’entravaient dans ma bouche. J’étais partagé entre l’horreur de mon acte et la colère, suite à ses paroles. Je fus incapable de prononcer le moindre mot pendant quelques secondes, avant que finalement, je puisse articuler trois mots.

« Sale petit con. »


Bas les masques. L’alcool, ce n’était rien. Ça, c’était plus grave. Et même si le coup n’avait pas dû lui faire bien mal, je venais de commettre l’irréparable. Et le pire… C’était que malgré la peur de perdre mon job, malgré la cruauté et la violence de mon acte… Je me foutais pas mal des conséquences. Mes fesses allèrent se poser sur la fauteuil. J’étais vidé de toute énergie. Malgré le café. Malgré tout ce que j’avais fait pour tenir tête à ce gamin. Il était infiniment plus fort que moi. Je le savais. Par deux fois, j’avais eu recours à la violence pour me protéger. Deux échecs. Je levais la tête vers lui et lui jetais un regard furibond. Et honteux.

« Tu as eu ce que tu voulais ? c’est bon ? Dis moi gamin, on t’a appris à honorer la mémoire des morts ? Pas seulement des tiens, mais aussi ceux des autres ? Tu peux bien me prendre pour tout ce que tu veux. Un vieux con givré, si tu veux, même me faire passer pour le pire enfoiré de tous les Etats Unis, c’est pas un problème pour moi. »


Mon visage alla alors se planter à quelques centimètres du sien. Sans le toucher. Non, hors de question de le toucher.

« Mais ne t’avise plus ni de me toucher, ni de parler de June sur ce ton. »


Je levais la tête, et regardais un moment son dessin. Une nouvelle fois. Puis m’écartais, et lui fis face, debout devant lui.

« A propos de drame, j’aimerais bien savoir pourquoi ton œuvre d’art semble s’y méprendre au World Trade Center. »
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MessageSujet: Re: Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)   Dim 27 Oct - 20:36

AZRAËL

Surtout, ne pas le regarder. Ses mains se posent de nouveau sur moi et mon estomac se tord d'une étrange manière. Je sers les dents, pas à cause de la douleur, mais parce que ca m'horripile de me faire tripoter comme ça. Les bonnes vieilles infirmières ne m'ont jamais gêné. Mais là, je voudrais juste foutre le camps le plus vite possible. Il est doux, et j'ai encore plus envie de lui éclater la tronche qu'avant. C'est quoi ton délire là, tu veux pas envoyer des pétales de roses pendant qu'on y est ? J'entends les violons, et j'ai vaguement envie de dégueuler maintenant du coup tu vois ? SURTOUT, NE PAS LE REGARDER. Je suis mortifié. J'ai honte. Putain. Me retrouver dans le noir, même une infime seconde, face à ce type. Il a vu a quel point j'ai flippé. Je déteste ça.

C'est long, ces minutes qui s'égrènent avec ses mains sur moi. Lui, toucher les autres, ça a pas l'air de lui déplaire plus que ça. Je dirais même qu'il a l'air d'en avoir rien à foutre, comme s'il manipulait un beaf-steack. Moi ca m'donne envie de mordre. Mais par contre, qu'on pose la main sur lui... J'ai croisé son regard juste avant que la lumière ne s'éteigne. Il était outrageusement près. J'ai eu l'envie fugace de lui donner un coup de boule. Mon coude brûle. Je déteste avoir mal. Je suis quelqu'un de douillet. Je déteste encore plus qu'on me fasse mal. Malgré mon physique de girafe, je n'ai jamais reculé pendant un affrontement. Seulement, je ne sais pas bien par ou riposter.  La lumière qui disparaît. Un frisson d'horreur remonta le long de mon échine. Et lui ne bouge pas, comme frappé par la foudre. Deux contacts, deux blessures. Ce type est corrosif. Sa main qui tremble entre mes doigts, qui serrent à se couper. Je suis incapable de m'en détacher, et je serre encore plus fort quand lui tremble, parce que j'ai besoin d'un point solide dans l'espace, parce que j'ai besoin d'un contact, parce que j'ai PEUR.

Accoudé à la fenêtre, je regarde dehors pour ne pas avoir à regarder dedans. Parce que je ne veux pas le voir. L'entaille est encore fraîche, quand ma paume est chaude de sa main qu'elle étreignait un moment auparavant. Et je suis obligé de constater que si la panique à été le déclencheur de ce geste, la sensation ne m'a pas laissé indifférent. Mais j'ai déjà choppé quelqu'un jusqu'à l’étouffer BORDELOS. J'ai pas eu cette sensation hautement déplaisante en serrant le petit corps de Rose contre moi jusqu'à lui en faire péter les côtes. Nan, on était deux chiots crevant de trouille, on était deux gosses lâchés dans le noir. Elle avait son corps de plante verte plaqué contre mon corps de girafe, on s’escaladait pour mieux s'enfuir, et on serait sans doute bien rentrés l'un dans l'autre pour fusionner, mais mes paumes n'étaient pas moites, ma bouche ne s'était pas asséchée, ma respiration ne jouait pas au yoyo, mon ventre ne s'était pas tordu. Pas de cette façon en tout cas. J'ai bien une idée qui me vient à l'esprit, mais ça ne colle pas. Généralement on est tout gaite d'être dans cet état là. Généralement, on le conçoit sans mal, d'avoir des réactions telles que celles là. Je me traite de gros con. Ca ressemble... Ça ressemble aux prémices. A la tension d'un flirt. On dirait une putain d'attirance. TA GUEULE AZA. Franchement, ta gueule. Je sers le poing contre ma bouche, et mes pupilles se dilatent un peu, parce que j'ai décidé que j'allais arriver à voir dehors. Je n'ai pas peur de regarder le noir. Pas en étant dans une pièce éclairée j'veux dire. C'est quand il est tout autour de moi que ça craint. Mon regard se durcit et je regarde dehors avec un peu plus d'assiduité. N'IMPORTE QUOI.

Trop d'émotions le même soir, c'est tout. D'abord, je manque passer l'arme à gauche en faisant une chute qui aurait pu s'avérer mortelle, et je m'épluche comme un légume, je transforme mon menton en fontaine, se faisant, contre le mur de crépis qui fait office de rape à gruyère, et la rambarde de marteau piqueur. Je nique mon haut de vadrouille préféré, et ça, ça me les fout à l'envers. Je suis pas accroc à mes fringues, mais ce haut là, j'y tenais. C'est avec lui sur le dos que j'ai fait mes coups les plus osés à N-Y, et que j'ai dormi trois soirs de suite dans le métro en compagnie de mes amis clodos. Ça et puis franchement, ça pique. Je me tape presque trente minutes de marches, pour finalement manquer la crise cardiaque en me faisant surprendre par un putain de surveillant, qui essaie de me rendre aveugle avec sa lampe torche et gueule comme un goret en voyant que j'ai décidé de faire trempette dans la peinture rouge. Je me retrouve bloqué sur un pieu d'infirmerie, façon hosto avec une odeur de citron-à-vous-déboucher-les-sinus. A ce moment là, je suis fatigué tant mentalement que physiquement par ce qui vient de m'arriver, je suis blessé aussi, et donc, à cran. Un petit dessin pour le réconfort. Ca marche pas. Les nerfs en pelote. Je tente de m'en aller, ce qui est encore le plus sensé. Je rentre dans un mur, qui s'avère être un type, qui agrippe par le bras, pile là ou il ne faut PAS, me redirige vers l'infirmerie, puis m'apprends que je vais me faire DÉGOMMER par Emeric. Quand je me défend -un peu comme je peux, la façon est peut être étrange mais JE SUIS PERTURBE au cas ou ça semble pas bien clair !- l'autre décide de SE TRANSFORMER EN HOMME DES CAVERNES ET ME VERSE LA BOUTEILLE D'ALCOOL SUR le BRAS ! Je ne suis PAS DU TOUT ÉNERVÉ. Après il me fait le coup de la panne d’électricité. Je suis SUR qu'il a éteint la lumière exprès. CE CON. IL L'A FAIT EXPRÈS. Alors c'est pas du désir, c'est du DÉGOÛT, de la peur, et je suis très content d'être en vie en même temps, hein, et je suis énervé parce qu'il est horripilant et parce que la soirée est de plus en plus pourrie, et la tension qu'il y a ici, entre ses PUTAINS D'YEUX QUI NE ME LÂCHENT PAS et moi qu'il regarde (LOGIQUE), cette tension c'est une tension qui dit que je veux l'étriper pour me venger, VOILA.  C'crédible quand même, je trouve. Si on fait le compte, y'a de quoi être dévarié. Si si, j'vous jure. En plus, ce type n'a pas de seins, son poignet est deux fois épais comme le mien, il est con, a peu près aussi sensible qu'un caillou, certes plutôt bien foutu, mais pour un GRAND-PÈRE, et je suis pas gérontophile.

Mon monologue ne me rassure pas. Peut être parce que les tout petits poils sur ma nuque sont dressés, parce que je sent très bien qu'il me détaille depuis tout à l'heure.

Finalement, j'envoie se faire foutre mon stoïcisme -Un comble ! Moi stoïque, et lui qui s’excite ! Non mais franchement c'est le monde à l'envers. Je savais que le coup du balais, c'était contagieux. Ouais, contagieux !- et je me retourne vers lui. Mon regard est clairement hostile. C'est bon, je te regarde. Qu'est-ce-que-tu-veux ? Je me sens toujours pas près à lâcher un mot. Ca se bloque dans ma gorge. Une grosse boule de contrariété. J'ai l'impression d'avoir 5 ans. Vraiment. Et que je vais me mettre à chialer. Ça me fait bizarre, parce que mes yeux me piquent, et que j'avais oublié ce que ça faisait. Ces lèvres bougent. J'entends sa voix, et ça m'apaise d'un coup, comme si j'attendais qu'il veuille bien ouvrir sa grande gueule d'emmerdeur depuis tout à l'heure. C'est surement le cas en plus. Misère.

"Ma soeur t'aurait dit son voeu. Jouer dans un groupe de Rock et devenir une star."

Je bug sur l'emploi de l'imparfait. Elle aurait ? Ma bouche se plisse en un pli amer. C'est n'importe quoi Aza. Elle m'aurait dit, parce qu'elle me le dira pas, vu que je la connais pas. Arrète de penser que dès qu'on parle au passé de quelqu'un, c'est parce qu'il est mort. Ok, je décline toujours au passé quand je parle de ma famille, manque de choix oblige. En la matière, la vie m'a pas fait de cadeaux. Mais c'est pas pour ça que certains n'emploient pas le passé pour mettre un peu de fantaisie dans le dialogue. Ou par étourderie. J'imagine pas Porter fantasque ou étourdi. Ce type, c'est un glaçon doublé d'une machine. Un frigidaire, un vrai. Je ne sais pas ce qu'il faut répondre. Les macchabées, ça n'a pas de rêves. VU QUE C'EST MORT. Calme. Respire par le nez. On peut porter les leur peut être, mais eux en tout cas n'en ont plus. C'est pour ca que t'as pas de rêves et que t'es aussi moche alors ? Hé ben. Ca ne me fait pas rire, et j'ai pas envie de me moquer. Même si dans ma tête, la petite voix supure l'ironie. Dans un coin, y'a un Warning qui clignote. Y'a écrit "SUJET SENSIBLE" en gros et en rouge. Ma bouche prends un pli amer et je me rends compte que ça me fait souffrir qu'un gars comme ça utilise l'imparfait. Un type qui ne se mouille pas, c'est un type qui a peur de perdre quelque chose, parce qu'il a déjà tout dans les pognes, non ? N'est-ce pas ? Alors il peut pas avoir de morts dans le placard. Ça me fait mal. comme une rage de dent. Désagréable, horripilant. J'ai l'impression qu'en plus du reste il vient de me baffer. Le grand insensible qui lâche sa bombe.

"Mais je ne suis pas un rêveur. Et j'ai déjà tout ce que je veux. Pas besoin de faire le moindre voeu, je n'ai rien à demander."

Bâtard. T'es vraiment un bâtard. Doublé d'un abruti. Ca existe pas de pas avoir de rêve. C'est pt'être cul de dire qu'on a des rêves. Comme c'est cul de prendre quelqu'un dans ses bras juste pour le plaisir et de gueuler "je t'aime" a sa mère en pleine rue. Ben les gens devraient être un tout petit peu plus cul et beaucoup moins cons, on y gagnerait tous. Les bisounours sniffent pasd de la coke et se suicident pas à tour de bras, eux. Si t'as pas de rêve alors t'es mort. Et si t'es mort, t'atomise pas tes élèves à tour de bras. Juste, t'es tout vide et tu fais pas chier.

"T'as l'air de nager dans le bonheur comme un marsouin, c'est clair..."
J'ai grommelé, à voix basse certes, mais pas assez peut être. Je presse la main contre ma bouche et je me détourne très vite. 1, je l'ai tutoyé et ca ca craind. Et puis 2, parce que j'ai une putain de larme qui a roulé sur ma joue. Une larme pour une parfaite inconnue et pour un type qui me charcute depuis que je suis entré dans son infirmerie.

"Tu devrais t'installer un peu plus confortablement. J'ai des bouquins dans mon bureau, et j'avais l'intention de me faire un caf. Tu n'as qu'à me demander ce que tu veux, excepté sortir d'ici avant demain matin. Crois-moi, pour ta santé je dois vérifier si tout va bien."

Voilà qu'il se la joue grand seigneur maintenant. Mais j'ai pas non plus envie de me priver pour le plaisir de lui tenir tête. Lui tenir tête, oui. Etre con pour dire d'être con, non. Je ne me retourne pas vers lui, et j'en ai rien a foutre si c'est impoli. Manquerait plus qu'il me voit chialer ou m'essuyer les yeux.

"Je veux bien un café. Noir."

Pas de merci. Soyons cons jusqu'au bout. Je ne compte pas dormir. Il y a encore quelques heures avant le jour, et pour une fois, la première peut être depuis un long moment, je redoute le présent. J'ai envie d'être n'importe ou ailleurs. Il est occupé ailleurs, et je m'essuie vite fait les yeux parce que FRANCHEMENT ca craind. Je tire un siège de l'autre coté du bureau, le coté patient, et je l'éloigne suffisament pour que nos pieds ne respirent pas le même air.  Il pose le café, et il me regarde sans rien dire. Je dis merci, et il me regarde toujours. Exédé, je relève la tête pour croiser son regard. VRAIMENT CHIANT. Je romps le silence, parce qu'il a toujours pas bougé, debout à côté de moi. Il doit surement vérifier son travail. Je décide de répondre parce qu'il a pas l'air décidé et que je sens sans avoir à regarder que mes mains tremblent.

"C'est impossible d'avoir tout ce qu'on veut. Sinon, votre soeur ne serait pas morte et vous n'auriez effectivement rien à demander. Faites pas semblant d'être parfaitement heureux, ca existe pas. Si tout était au mieux, vous vous prendriez pas pour un ours polaire aussi."

C'est sorti avant que j'ai pu la fermer. Ca passe dans mon regard. Pas fait exprès. J'ai jamais su tenir ma langue. Ça va encore me poser des problèmes. Ah, là, ça lui a moyennement plu. Il est allé s’asseoir fissa derrière son bureau. Tu crois que parce que t'es plus vieux tu vas m'apprendre la vie peut être ? Hein ? Tu crois que c'est une question d'âge, le fait d'en avoir pris plein la tronche ? N'importe quoi. Et tu vois, y'a pas d'âge pour faire l'émo. Toi, t'es une espèce assez exotique de poisson rouge. T'as pas la mèche sur l'oeil et t'essaie pas de t'ouvrir les veines à la p'tite cuillère. Nan, toi, t'as carrément baissé les bras. C'est pire. Et tu prends ta voix de gentil médecin pour dire que les rêves, on s'en fout, qu'on a pas besoin de ca, comme si t'était arrivé. Mais ARRIVÉ OU ? La petite tasse de café noir fume devant moi. La nuit s'annonce palpitante. C'est son tour d'ouvrir la bouche. Je ne me rend pas compte que je tire nerveusement sur le pansement de mon coude. Parler des morts, ça m'amuse pas vraiment. J'ai l'impression d'être dans la quatrième dimension. Peut être que je suis vraiment tombé de cet immeuble et que j'ai une GROSSE hallu' depuis tout à l'heure.
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Intéressant [Pv my amore] (- de 16 ans et à ne pas archiver)
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