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 Kity Wilson || 31 Janvier 1995 ▬ 22 Novembre 2o11

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MessageSujet: Kity Wilson || 31 Janvier 1995 ▬ 22 Novembre 2o11   Jeu 12 Jan - 1:14


" La mort ne consulte aucun calendrier "

La balle n'avait pas touché la bonne personne. Une petite blonde, blessée à l'épaule, son pull dégoulinant de sang, darda ses grands yeux magnifiques et innocents dans ma direction. Une alvéole rouge se dessina sur le côté gauche de sa poitrine. Elle me regarda, me fixa, une expression d'étonnement sur le visage. Et puis elle tomba en arrière. Les yeux grands ouverts. [...] Je venais de la tuer. Comme ça. Une balle fichée en pleine poitrine. [...] Les larmes dégoulinaient sur mes joues. Je l'avais tuée. [...] Je songeais à Lancelot. [...] Je fermai les yeux de la petite blonde, serrai sa tête contre ma poitrine. Une plainte s'éleva dans le brouhaha de la salle, au milieu des tirs et des blessés. C'était un accident. Un terrible accident. Mais le résultat était là. .Eva Esperanza
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MessageSujet: Re: Kity Wilson || 31 Janvier 1995 ▬ 22 Novembre 2o11   Jeu 12 Jan - 12:03

    Enterrée. Morte.

    Qu'est-ce que je venais faire là, en fait ? Je l'ignorais. Le visage de Kity Wilson m'accompagnait chaque nuis dans mes cauchemars. Auparavant, je n'aurais pas eu tant de scrupules. Oui, mais elle, elle était innocente. Elle avait pris ma fille en main quand je n'en étais plus capable. Je revis le canon du revolver, pointé vers elle, alors que le tir dérapait et allait se ficher dans sa poitrine. Son regard, surtout. Oui, les yeux de Kity n'avaient jamais été plus expressifs qu'au moment de sa mort. J'avais pleuré longtemps, sur son corps, avant que la police ne me sépare d'elle. Je le leur avais dit. Je n'avais rien caché. Oui, c'était moi, ma faute, à moi. Dans l'embrouillamini, dans la cohue, je n'avais été que trop vite. Je descendis de la voiture, petits pas après petits pas. Mes béquilles me faisaient trop mal, j'avais opté, contre mon gré croyez-moi, pour une chaise roulante. J'avançais dans le cimetière, jusqu'à la tombe toute neuve de la jeune femme. Je savais que ce que j'avais fait allait circuler. Dans les journaux, à la télévision, par le biais de la Voix, par tous les moyens possibles et imaginables. Je savais que j'allais devoir rendre des comptes. A Lancelot. A Isobel. Aux amis de Kity, à sa famille, à ceux qui l'aimaient. Pour eux, sans doute, n'étais-je que le monstre qui avais pointé mon arme sur elle et l'avais tuée. Mais c'était un accident. Un putain d'accident. J'avais à présent quatre morts sur la conscience, et le traumatisme d'une fille. L'amener chez le psy ? Elle n'était pas en âge. Alors je décidais de jouer le tout pour le tout. Je la tirais de la portière arrière. La pris dans mes bras. Elle voulut marcher. Tant mieux, parce que si elle s'asseyait sur mes cuisses, cela n'allait vraiment, vraiment pas me faire du bien. Elle gambada donc à côté de moi, sa petite tête résolument baissée au sol. Si j'avais pu la protéger. Si seulement j'avais pu.

    Un gros bouquet de fleurs dans les mains, composé d'absynthe, d'asphodèle, de cinéraire et d'edelweiss. Un bouquet composé exprès pour elle, pour lui montrer à quel point j'étais désolée. A quel point j'aurais voulu remuer le passé. Je donnais une fleur de Lin, symbole de gratitude, à Sonata, pour qu'elle aussi lui rende un hommage comme il se devait. La tombe était neuve. Le visage de Kity me regardait encore. J'en tremblais presque. Sonata resta un moment devant la tombe, silencieuse. Sa petite voix résonna enfin, cette voix qui s'était tue depuis des jours.

    "Elle reviendra pas, la dame ?"


    Une larme roula sur ma joue.

    "Non, chica. Elle t'a sauvé la vie, alors ne l'oublie pas. D'accord ?
    - ...oui, maman."

    Maman. Pour la première fois ma fille venait de m'appeler maman. Elle déposa sa fleur sur la pierre tombale, et attrapa mon bouquet pour le poser juste à côté. Je n'avais demandé aucun mot, rien, et encore moins mon nom. Personne ne devait me trouver ici. Je risquerais de le regretter. Mais Sonata sembla vouloir rester là. Je songeais que le fait qu'elle m'ait parlé signifiait sa guérison du mal interne qui la rongeait. Je me sentis légèrement mieux pour elle. Mais toujours aussi mal pour moi.

    Nous restâmes là, silencieuses. Le poids de la culpabilité me rongeait, comme de l'acide.
    Les larmes tombèrent en petites gouttes sur l'herbe du cimetière.
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MessageSujet: Re: Kity Wilson || 31 Janvier 1995 ▬ 22 Novembre 2o11   Sam 14 Jan - 17:05

    Droite, gauche. Droite, gauche. Droite, gauche. Tu enchaines les pas comme autant de minutes qui s'écoulent et te rapprochent de la fin. Le précipice est là, juste à côté de toi. Il te guette, patient. Et toi, tu ne fais pas attention. Il y a presque trois ans, tu as déjà failli sombrer, en tuant ta mère. En abandonnant ta sœur. Mais tu t'es relevé. Tu as rencontré celle qui deviendrait ta femme. Tu l'as aimée. Le précipice était toujours là, cependant. Tu as glissé. Tu en as aimé une autre. Cette passion a failli te dévorer, mais là encore tu t'en es sorti. Du moins, c'est ce que tu pensais. Ta fille est née, tu es entré à l'université... et alors que tu te croyais délivré de cette épée de Damoclès, ton pied a de nouveau dérapé.


Voilà presque une semaine que je n'avais plus mis les pieds à l'université. J'avais recommencé à fumer, c'était de pire en pire. Le seul endroit où je me sentais bien, c'était chez moi, entre Katariina et Lena. Elles étaient tout pour moi, mais dès que je les quittais, je me sentais horriblement démuni. Happé. Et je n'osais rien avouer à Lena. Je l'avais déjà tant de fois déçue. Elle, ma femme, l'amour de ma vie, celle qui m'avait donné une fille merveilleuse. Elle qui était tout pour moi, j'étais incapable de lui avouer mes faiblesses. Tant de fois... trop de fois ! Beaucoup trop, je devais me montrer fort. Mais au lieu de ça, je passais mon temps à me détruire, comme un faible. Au fond, je l'avais toujours été, faible. Incapable de me gérer. Lena, qui était pourtant plus jeune que moi, se montrait bien plus mâture. Je l'admirais du plus profond de mon cœur. Je l'enviais, aussi.

Aujourd'hui, après avoir fumé un joint plutôt corsé, j'avais décidé d'aller rendre visite à Eva. Cela faisait un moment que je ne l'avais plus vue. Depuis que je m'étais enfui du Club de musique, en fait. Ce jour là, elle m'avait retourné. Bouleversé. Et j'avais alors compris que je ne pourrais jamais oublier quelqu'un comme elle. Les personnes fortes m'attiraient comme des aimants. En leur présence, je me sentais moins... misérable ? Je me détestais, depuis quelques temps. Le grand Apollo, si fort, avait totalement disparu. Il n'était plus qu'une illusion, que j'entretenais avec le peu de conviction qu'il me restait. Je ne trouvai pas Eva dans sa maison. Sonata n'était pas là, non plus. J'essayai de l'appeler, en vain. Après une heure de recherches infructueuses, je compris enfin. Le braquage. Il y avait eu beaucoup de morts. Ça avait du la bouleverser... Sonata était avec elle, j'avais vu le reportage à la télévision qui parlait de cette histoire. A tout hasard, je me rendis au cimetière. Connaissant Eva, sa présence là-bas ne m'aurait pas étonné.

Avant de me mettre à chercher qui que ce soit, je fis un détour par la tombe de Chase. Le temps passait à une allure folle, mais j'avais l'impression que c'était hier qu'il nous avait quittés. Dix minutes plus tard, je quittai sa tombe pour me mettre à la recherche d'Eva. J'arpentai les allées, tranquille. Cet endroit était reposant, même si horriblement morose. Je me sentais à ma place, ici, curieusement. Au détour d'une immense tombe ornée de lys blancs, j'aperçus une femme en fauteuil, accompagnée d'une petite fille. Je ne me serais pas arrêté... sauf que les cheveux de la femme brillaient d'un rouge vif et sanglant, reconnaissable entre mille. Eris Melody, Eva Esperanza. Un léger stress oppressa ma poitrine. Que faisait-elle en fauteuil. Doucement, je m'approchai, sans faire de bruit. Une fois à sa hauteur, je posai simplement ma main sur son épaule.

Mes yeux se posèrent sur le nom gravé dans la pierre. Kity Wilson.
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MessageSujet: Re: Kity Wilson || 31 Janvier 1995 ▬ 22 Novembre 2o11   Dim 15 Jan - 23:39

    Dis moi que tu ne m'en veux pas.

    Le silence de la pauvre enfant me brise le coeur. Assise sur ce putain de fauteuil, j'ai mal à la cuisse. Très mal. Je voudrais que ça change, mais je ne peux pas. J'ai envie de hurler, de frapper la tombe de mes poings, de sortir le cadavre de cette fille et lui rendre la vie. Retourner en arrière. Diriger le tir à la dernière minute. Mais je ne peux pas. Elle est morte. Morte, putain. Kity Wilson. Je savais que si je restais là trop longtemps, quelqu'un allait venir. Kity était très aimée, à Wynwood, et moi, nettement moins, cela allait sans dire. Je touchais mon ventre du bout des doigts. Je n'avais pas encore pris de décision à propos du moutard, non plus. Je ne savais plus quoi faire de ma vie, en fait, c'était aussi simple que ça. Tout me semblait vide, fade, sans goût aucun, sans motivation aucune. Je pouvais tout accepter. Je pouvais tout laisser de côté, mais je ne voulais pas qu'on me laisse seule. Peu importe du reste. Je voulais seulement ne pas être seule. La petite main de ma fille se posa tendrement dans la mienne. Nous partagions la même peine, le même traumatisme, même si ma fille en avait certainement plus souffert que moi. J'étais adulte. Elle n'était que trop petite pour avoir subi autant de peines et de souffrances. Elle m'adressa cependant un sourire. Attrapa la fleur qu'elle avait posé sur la tombe de Kity. Et me la tendit, comme si elle comprenait sa signification. Comme si elle me disait "Merci. Merci à toi." Je me sentis touchée. Les larmes brillèrent dans mes yeux, mais je ne les laissais pas couler. Lorsque je sentis la main sur mon épaule, je sursautais, et me retournais vivement.

    Qu'avais-je cru ? Que c'était un agresseur ? Quelqu'un qui m'en voulait ? Mais non, en vérité. Ce n'était que Pollo. Que je n'avais pas vu depuis des semaines, trop occupé avec sa nouvelle famille, sans doute. J'étais à la fois heureuse, et j'avais les boules, pour lui. Il était déprimé, défraîchi. Connement. La vie de famille n'était peut-être pas faite pour lui. Je ne lui adressais pas un sourire, même si j'étais réellement contente de le voir.Sonata ? Elle se contenta de le fixer intensément. Pollo, pollo, pollo, pollo...

    "Salut, Pollo. T'as pas bonne mine."

    Dixit la fille qui s'était mangée une balle dans la cuisse et qui s'était faite tabasser par trois brutes. J'avais encore l'oeil au beurre noir, d'ailleurs. Mais quelle importance. Je l'observais un instant. Je n'avais rien à dire de plus. Le sous entendu, il le comprendrait parfaitement. "Tu as mauvaise mine parce que tu n'as pas choisi la bonne personne. Tu as mauvaise mine parce que tu as une famille et que tu te fais chier. Tu as mauvaise mine parce que ta copine est une serpillère à pattes. Tu as mauvaise mine parce que tu ne m'as pas vu depuis des semaines. Tu as mauvaise mine... parce que j'ai mauvaise mine."
    Mais je ne dis pas tout cela. Cela ne servait à rien de dire tout ça. Il avait très bien compris tout seul. Savais-il, pour Kity ? Au vu de son air surpris, non. La jeune fille avait eu un enterrement à son image. Innocent, modeste. Calme, et tranquille. J'avais fracassé sa porte une semaine avant sa mort. Et puis, je l'avais tuée. Comme ça, je l'avais tuée. Je l'avais tuée, putain. Moi qui avais juré de ne plus jamais user d'une arme si je n'en étais pas obligée, j'avais tué une innocente qui n'avait rien demandée. Et je me retrouvais comme une idiote, devant sa tombe, alors que j'aurais dû fuir, fuir, m'enfuir loin. Mais je n'en avais pas eu le courage. J'étais restée pour une sorte de rédemption bien à moi. Mais cela n'avait pas marché. Je vis le regard de Pollo sur mon fauteuil roulant. Je lui souris sans aucune joie.

    "Eh ouais. Encore. Je ne sais que m'attirer des emmerdes. Tu es pas au courant ? On m'a tiré dans la cuisse. J'suis enceinte..."


    Une larme coula sur ma joue. Une seule. Mais elle représentait à elle seule le chagrin profond que j'éprouvais. J'aurais aimé mourir sur place plutôt que d'accepter de voir le regard offensé, énervé, de mon ami. Mon "Ami" devrais-je dire. Car je n'avais rien oublié. J'avais fait de mon mieux, mais je n'avais rien oublié. Malgré Lancelot, malgré tout ce qu'il s'était passé, je n'avais rien oublié.

    Putain.

    "...Et j'ai tué cette pauvre fille."

    Je baissais humblement la tête. Sonata fusilla silencieusement mon ami du regard. Comme pour dire "Si tu lui dis un truc méchant, je t'arrache les boyaux et j'men fais une ceinture." Je pris ma tête entre mes mains. Lâchais celle de ma fille, qui se tourna vers la tombe, humblement. Comment j'avais pu faire ça. Une seconde fois.

    "C'était un accident... le pistolet... le cran de sécurité... j'ai voulu tirer... mais c'est elle que ça a touché... morte sur le coup..."


    Par à-coups, je lui racontais tout. Le braquage. La menace sur Sonata. Mon passage à tabac. Le dérapage, les flics, la cohue, les morts. Ma fille, qui pleurait. Le tir, dans ma cuisse, le tir dans l'épaule de Kity. Sur Hope. Les cris,les pleurs, le sang sur le sol, sur les mains innocentes de Sonata. Le type, qui l'avait attrapée par les cheveux. Le flingue. Ce flingue que j'avais attrapé pour lui exploser le crâne. Le tir, qui avait touché la mauvaise personne. Le second qui n'avait pas raté sa cible. La mort de Kity. Ses grands yeux sombres qui s'étaient posés sur moi avant de ne plus jamais voir. Je m'efforçais de ne pas pleurer. Mais c'était dur, très dur.

    Une fois de plus, c'était moi, le monstre.
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MessageSujet: Re: Kity Wilson || 31 Janvier 1995 ▬ 22 Novembre 2o11   Mar 31 Jan - 1:19

    Non, je n'avais pas bonne mine. Je n'avais jamais eu bonne mine, de toute façon. Le seul moment où le rouge me montait aux joues, c'était pendant l'amour. L'amour, je le vivais tous les jours. Mais pas avec... Non, rien. Ne pas y penser. Je remis le col de ma veste en jeans en place, doucement. Un peu gêné, peut-être ? Sonata me fixait. J'aurais presque pu l'entendre répéter mon surnom inlassablement. Sauf qu'elle se taisait. Traumatisée, cette petite ? Oh, si peu. Je me posais des questions. N'était-elle pas mieux avant, au fond ? Et à travers elle, je reportais la question à moi-même. N'étais-je pas mieux avant ? Mais avant quoi ? En tout cas, une chose est sûre... J'étais mieux avant qu'Eva ne se mette à parler. Qu'elle ne me raconte tout ça. Ses malheurs... qui deviendraient les miens, puisque tel était notre destin, sans aucun doute. Elle et moi étions liés, je devais me faire une raison. Tout ce qui l'atteignait me touchait par procuration.

    Eh ouais. Encore. Je ne sais que m'attirer des emmerdes. Tu es pas au courant ? On m'a tiré dans la cuisse. J'suis enceinte... et j'ai tué cette pauvre fille.

    De profondément blessé, énervé et outré, mon regard se figea dans l'expression de la surprise. Qu'avait-elle dit ? Momentanément, j'en oubliai que cette fille que j'avais aimée... que j'aimais, d'amitié... d'am... non. Non, j'en oubliai simplement qu'elle était enceinte. Enceinte. Meurtrière et enceinte. Meurtrière, une fois de plus. Une larme roula sur sa joue. Ainsi, c'était vrai. Sa voix ne la trahirait jamais, contrairement à son regard. Elle disait vrai. Elle se prit la tête entre les mains, lâchant celle de sa fille au passage. La petite me fusilla du regard, puis se tourna vers la tombe. Sonata avait-elle vu ça ? Était-elle là au moment des faits ? Pourquoi Eva avait-elle fait ça ? Qu'est-ce qu'il lui était passé par la tête, nom de Dieu ! Les questions se bousculaient dans ma tête, les sentiments me submergeaient. Putain. Ce joint, j'aurais pas du le fumer, je n'y comprenais plus rien. Rien, le néant.

    C'était un accident... le pistolet... le cran de sécurité... j'ai voulu tirer... mais c'est elle que ça a touché... morte sur le coup..., commença-t-elle, avant de poursuivre et de tout me raconter, du début à la fin.

    Je l'écoutais, debout à côté d'elle comme un idiot. Les bras ballants. Elle pleurait. Je voyais bien qu'elle essayait de retenir ses pleurs. Comme toujours, Eva essayait de rester forte. Quand elle se tut, je restai un moment silencieux. Un mot. Un petit mot si innocent vint alors marteler ma tête. Enceinte, enceinte, enceinte, enceinte. Une question me brûlait les lèvres. De qui... De qui était-elle enceinte ? Malheureusement, je connaissais déjà la réponse. Ce connard de Lancelot. Je le haïssais. Le goût du sang s'imprégna dans mon cerveau. Comment...? Je me secouai, tentai de revenir à la réalité. Ma main droite se porta à ma lèvre. Mordue. Le sang venait de là... Ma main gauche, quant à elle, se posa sur l'épaule d'Eva, à nouveau. Une fois mes pensées plus ou moins ordonnées, je m'accroupis en face d'elle et posai cette fois ma main sur sa jambe. La non-blessée.

    C'est pas de ta faute, Eva. Tu n'y es pour rien, tu as simplement voulu sauver ta fille. C'est normal, j'aurais fait pareil. Ça aurait pu arriver à n'importe qui., réussis-je à articuler.

    Je plongeai mes yeux bleus dans les siens. Depuis que je fumais le joint, j'avais renoncé au port des lentilles. Tant pis pour le look. Ainsi maquillés de noirs, ils faisaient presque peur, mes yeux. Mais seulement pour les personnes qui ne me connaissaient pas. Eva, c'était différent. Dans mes yeux, je suis sûre qu'elle pouvait aisément décrypter ma souffrance. Enceinte. Enceinte, bordel. Et cette pensée... cette insupportable idée que ce bébé, il aurait dû être de moi. Insupportable... et égoïste pensée. Ainsi, je faisais partie de ces êtres éternellement insatisfaits. Quel fléau.

    Tu... tu es enceinte de qui ?

    Apollo Tässäon, ou l'art du masochisme en puissance. Leçon un.
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MessageSujet: Re: Kity Wilson || 31 Janvier 1995 ▬ 22 Novembre 2o11   Mar 31 Jan - 16:48

    Les minutes passèrent. Interminables. Insoutenables minutes, qui me dévoraient, les unes après les autres. Je me sentais partir, petit à petit. Mais je n'allais pas me laisser dévorer par la culpabilité. Non. Pas ça.

    Je vis Pollo afficher un air de total incompréhension. C'était normal. Je m'y attendais. Après tout, j'avais tué une des jeunes filles les plus aimées de Wynwood. Par Lancelot, surtout. J'ignorais ce que ressentait réellement mon français à l'égard de cette fille. Mais cela m'avait dégouté. A présent, cela me rendait malheureuse. Je jetais un oeil sur la tombe de la blondinette, tandis que Pollo parlait. Il me disait que je n'avais pas à m'inquiéter. Alors pourquoi affichait-il cet air de totale incompréhension ? Il ne pensait pas ce qu'il disait. Il m'en voulait, lui aussi, pour avoir assassiné cette pauvre fille. Il m'en voulait, c'était certain. J'avais envie de hurler. Sonata, elle, ne se retourna pas vers Pollo. Elle se contenta d'observer la tombe de Kity, sans doute perdue dans des pensées où ni mon ami, ni moi, n'étions les bienvenus. Apollo. Il m'avait fait tellement de mal, et tellement de bien à la fois. Ma cuisse m'élançait, mais je fis de mon mieux pour ne rien montrer de la douleur qui rongeait ma cuisse. Pire, encore, c'était qu'en sortant de la banque, on m'avait retiré la balle sans la moindre anesthésie. Sonata était près de moi. Elle pleurait encore. Alors j'avais retenu mes cris, et je n'avais pas frappé l'infirmier. J'étais tout bonnement tombée dans les pommes. On m'avait fait une transfusion de sang.

    Sonata s'en était sortie, physiquement au moins. A l'hopital, les infirmières me l'avaient enlevée, pur la laver de tout ce sang qui n'était pas le sien, sur ses vêtements, ses petites mains, dans ses cheveux. Mais Sonata n'avait pas été lavée jusqu'au bout, de toute la haine dont elle avait été témoin dans la grande pièce où nous avions été enfermées. Je n'avais rien pu faire pour elle. Au moins, recommençait-elle à manger. Toutes les deux, seules, chez moi, nous n'étions que deux âmes égarées, incapables de réfléchir correctement. Je faisais brûler la nourriture, j'oubliais de nettoyer certaines choses. J'ouvrais ma porte à n'importe qui. Je passais des heures entières devant la télévision, sans me demander si je n'avais pas mieux à faire. Souvent, je prenais Sonata près de moi, et Requiem dans mes bras. Mon chien ne quittait jamais Sonata. Le soir, quand elle faisait des cauchemars, je laissais le chien dormir dans son lit, son corps encore petit se pelotonnant contre me fille. Il serait le protecteur de Sonata. Et j'étais contente de voir que Requiem ne laissait pas grand monde s'approcher d'elle. Il avait mordu Lancelot pour cela, d'ailleurs. Je repris la main de ma fille. Elle demanda à grimper sur moi. Je la déposais avec délicatesse sur mes cuisses, sans prêter attention à la douleur qui faisait trembler ma jambe. Je la pris dans mes bras. Sans rien lui dire.

    Et puis, je compris pourquoi Pollo avait été aussi surpris. En vérité, il semblait s'en ficher pas mal, de mon double-meurtre. Non, lui, ce qui lui faisait peur, c'était l'autre chose que je lui avais annoncé. J'étais enceinte. Je sentis que quelque chose n'allait pas avant même de le regarder. Lorsqu'il me demanda, d'une voix froide et tremblante, de qui j'étais enceinte, je sentis que la réponse, il la connaissait déjà. Il s'était mordu la lèvre, et avait posé sa main sur mon épaule. Sa main, qui serrait d'ailleurs cet épaule un peu trop fort. Mais je laissais faire. Je fermais les yeux un instant. Oui, effectivement, j'étais quelqu'un d'un peu étrange. Je m'accrochais, autant que je le pouvais, à un ami qui me soutenait, mais qui refuserait toujours de devoir accepter le fardeau de fonder une famille. Il me l'avait nettement fait comprendre. Mais j'étais tombée enceinte, et tout avait basculé depuis ce moment-là. Je n'aurais donc pas un seul instant de paix à moi, et à moi seule ?! Je fixais Pollo. Sans prêter attention à sa lèvre blessée. L'heure n'était plus à prendre des gants. J'allais dire les choses cash. J'en assumais les conséquences.

    "Lancelot."


    Le seul mot que j'échappais de mes lèvres tomba comme un couperet. J'allais avoir un deuxième enfant de la personne que Pollo haïssait plus que tout au monde. Il le savait à présent, même s'il l'avait deviné. De qui pouvais-je l'être, sinon ?

    "Nous en avions discuté, un jour, je le lui avais demandé... Il a refusé. Catégoriquement. Il a refusé, pour ne pas transmettre sa maladie, et parce que Lancelot a autant de paternité qu'une huître... Nous nous sommes disputés. Un jour, il m'a surprise avec Ezio. Il n'a pas du tout apprécié. Je ne sais pas si c'était une vulgaire crise de jalousie ou autre chose... mais toujours est-il que nous avons discuté... et on a couché ensemble. Une fois. Une seule putain de fois."


    La colère grondait dans ma voix. Mais je fis de mon mieux pour la dissimuler. Oui, j'étais en colère. Contre moi, contre Lancelot. Contre Pollo, trop choqué pour comprendre ma détresse. Contre ceux qui avaient transformé ma fille en poupée de chiffon. En colère. Une colère que je cachais, comme mes larmes.

    "Je ne lui en ai toujours pas parlé. Je ne veux pas qu'il m'abandonne. Pas lui. Jamais."


    Le sous entendu avait eu le mérite d'être clair.
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MessageSujet: Re: Kity Wilson || 31 Janvier 1995 ▬ 22 Novembre 2o11   Dim 12 Fév - 17:07

    Ce connard de Lancelot. Rien à faire, je n'arriverais jamais à l'apprécier. Encore moins maintenant que je venais d'avoir la confirmation d'Eva de ce qu'il avait osé faire. Enfin, si c'était possible, parce qu'il était un peu près la personne que je haïssais le plus sur cette planète, hormis moi. Oui, je me haïssais. Je me haïssais de ressentir tout ces putain de sentiments. Envers elle... J'étouffais. Je suffoquais à cette idée. Les mains de ce compositeur de malheur parcourant le corps gracieux d'Eva. Mon Eva... Et ses mains qui jaillissaient de part et d'autre de son ventre, qui dévalaient jusqu'à la courbe de ses seins, là où jadis mes lèvres s'étaient posées... Pour peu, je l'aurais bien étranglé, s'il avait été à ma portée, là, tout de suite... ou même elle. Elle qui me faisait du mal, peut-être même le faisait-elle exprès. Peut-être s'amusait-elle de me savoir en colère ? Je serrai son genou dans ma main, sans m'en rendre compte. Agenouillé en face d'elle, je l'écoutai poursuivre. En colère. Tout comme elle.

    Nous en avions discuté, un jour, je le lui avais demandé... Il a refusé. Catégoriquement. Il a refusé, pour ne pas transmettre sa maladie, et parce que Lancelot a autant de paternité qu'une huître... Nous nous sommes disputés. Un jour, il m'a surprise avec Ezio. Il n'a pas du tout apprécié. Je ne sais pas si c'était une vulgaire crise de jalousie ou autre chose... mais toujours est-il que nous avons discuté... et on a couché ensemble. Une fois. Une seule putain de fois. Je ne lui en ai toujours pas parlé. Je ne veux pas qu'il m'abandonne. Pas lui. Jamais.

    Cette dernière affirmation acheva de m'énerver. Elle l'aime. Eva aime ce connard. Comment fait-elle pour arriver à ressentir ne serait-ce qu'une once de sympathie pour lui ? Et en plus, il était malade. Une maladie qu'il aurait pu transmettre. Inconsciente. Stupide. Ridicule. A quoi pensait-elle ? Je me redressai de toute ma hauteur et toisai mon amie. Dans mon regard brûlait cette envie que j'avais de la secouer, de la faire réagir... partagée à celle de la prendre dans mes bras et de lui dire combien elle me manquait et à quel point elle me faisait souffrir en m'annonçant ça.

    Tu es folle, Eva. Qu'est-ce que tu feras si le gosse de ce connard est malade ? Tu le condamneras ? Pour ton propre plaisir égoïste ? Pour te sentir moins seule... pour retenir un mec qui fuira à la première occasion. C'est n'importe quoi. Ça m'énerve. Pense un peu à lui...

    Et plus je parlais, plus je sentais la rage monter. Ma voix s'éteint, dure, froide. Blessée, pour qui saurait l'entendre à travers ma colère. "Pense un peu à lui"... Oui, mais de qui est-ce que je parlais, au fond ? De l'enfant qui allait naître, puisque connaissant Eva c'est sans doute ce qu'elle ferait, ou de moi ? Qui était ce lui, au fond ? D'une main tremblante, je sortis de ma poche un paquet de cigarettes. Je m'éloignai d'Eva et Sonata tout en coinçant l'une d'elles entre mes lèvres. J'allais partir... mais quelque chose me retenait. Je n'avais pas envie de me disputer avec elle. Perdre son amitié n'était même pas envisageable. Quitte à en souffrir. Je revins sur mes pas tout en tirant nerveusement sur ma cigarette.

    Tu veux que je te ramène...? On... On pourrait en discuter plus calmement, non ? lui proposai-je, tout en tentant de relativiser.
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MessageSujet: Re: Kity Wilson || 31 Janvier 1995 ▬ 22 Novembre 2o11   

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