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 C'est la merde. [Elsa]

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MessageSujet: Re: C'est la merde. [Elsa]   Lun 20 Fév - 1:15

    Je suis en plongée avec les anges.

    Par la fenêtre découverte, un manteau blanc recouvre peu à peu le sol d’un linceul abandonné. Une myriade exponentielle de corps luttent contre les billes blanches d’espoir froid qui leur sont livrées. Bouche, yeux, visage, mains, pieds, pas une moindre parcelle de leur corps n’est épargnée par le froid qui recouvre à présent cette région trop haute pour connaître la moindre chaleur hivernale. Lorsque la pluie tombe en petits filins crachant, on ne pense plus qu’à ce que l’on ne fera pas dans la journée. Alors, on reste allongés. Les enfants sautent dans les flaques. Rient. Rentrent trempés, salissent un intérieur propret et élégant installé par des parents aimants. La pluie, la neige. Antipodes du soleil. Les symboles du chagrin pour certain, beaucoup sans doute. Les symboles de joie pour d’autres. Mais le résultat est le même. On s’enferme. On observe. Par la fenêtre, le paysage grisâtre qui s’étend à perte de vue. On se surprend à remercier le ciel de vivre dans un endroit chaud et sec, sans penser un seul instant à ceux qui n’ont pas cette chance. Les arbres boivent l’eau glacée pénétrant dans la terre, tandis que nous, ruminons de sombres pensées gonflantes de colère et de nostalgie. Ils ne veulent pas voir, ne cherchent pas à comprendre. Rient de ceux qui s’amusent dans l’eau, cette eau maudite, pourtant indispensable. Et moi ? Moi, je pense.

    Rappelles-toi de tout. De la pluie qui ruisselle sur tes vêtements déjà trempés. De la pluie qui mouille tes chaussettes, inonde tes cheveux, te donne des frissons maladifs. Rappelles-toi de la neige, qui t’empêche de conduire, de ce froid qu’elle créé qui t’empêche de penser, d’aller fumer dehors au grand air, qui t’empêche d’aller te promener. Rappelles-toi de cette neige et de ce froid qui rougissent ton nez, qui font pâlir les adeptes du soleil. Rappelles toi de tes mains glacées, ces mains que tu ne peux pas mettre à l’abri, faute de gants ou de poches. Rappelles-toi de cet univers, adouci et paisible, rappelles toi de ce cœur tremblant à l’idée de te retrouver sous ces températures hivernales, insupportables, intenables. Rappelles-toi de ce vent qui court dans ton cou, qui te donne envie de rentrer à l’abri. Rappelles-toi de la chaleur qui suit le froid. Rappelles toi de tes doigts, glacés, plongés dans la chaleur confortable d’un intérieur. Rappelles-toi comme ils te font mal, ces quelques minutes insupportables avant que le sang ce décide à revenir enfin dans tes paumes, dans ton corps. Dans ton âme.

    Mais rappelles-toi aussi. De cette pluie qui te fait tant rire, lorsque tu sautes dans une flaque pour tremper un ami un peu trop prétentieux. Rappelles-toi de cette odeur divine de terre mouillée, qui te donne la sensation d’être vivant, enfin. Rappelles-toi du plaisir fugace de voir cette herbe verte, après des averses de plusieurs jours. Rappelles-toi de la caresse de l’eau sur ta peau nue, lorsqu’il fait trop chaud. Des douces et arides, presque, éclaboussures sur tes habits secs et brûlants. Rappelles-toi de la blancheur magnifique et pâle de la neige, de la rigidité et des glissades folles, sur cette glace que tu t’amuses à briser du talon de ton pied. De cette neige que tu jettes en riant, qu’on t’envoie dans les cheveux, sur tes vêtements de grosse laine. Cette neige, dans laquelle tu fais l’ange, tu te roules en soupirant de bonheur. Sur laquelle tu skie, sur laquelle tu fais de la luge, sur les tertres de ta maison. Rappelles toi de ces douces soirées d’hiver au coin d’un feu, tandis que tu admires les flocons tomber, au loin. Quelle chose est la plus importante des idées ? Le verre n’est qu’à moitié plein. Une larme. Une mesure. Un comptage des bonheurs qui illuminent lentement cette vie que tu passes, la seule que tu connaîtras et que toi, dans ton ingratitude, tu ne veux pas profiter. Quel est le plus important ? Tu l’ignores. Dans ton cœur, dans ton corps, ces idées qui déconnent. Mais pour toi, le verre est toujours à moitié vide. Et moi ? Je danse.

    Vivre. Quel beau mot, vivre. Tu ne te laisses pas abattre, même si tu prétends le contraire. Jusqu’à ce que l’on me dise l’inverse, le constat est le même. Vivre. C’est rire, pleurer, c’est aimer, haïr. C’est porter des stigmates sanglantes de peine, et des rayons doux de bonheur insatiable. C’est regarder par la lucarne le paysage extérieur. C’est courir sans savoir pourquoi, c’est rire, seul, dans sa voiture. C’est hurler des chansons d’une voix fausse, c’est boire un peu pour profiter de l’instant. C’est danser jusqu’à en perdre haleine, jouer jusqu’à ne plus pouvoir réfléchir. C’est faire l’amour avec l’autre, fusion et sensations, et se sentir, épuisé mais heureux, dans des bras confiants. C’est le regarder, jusqu’à en avoir mal aux yeux, plus encore, même. C’est avoir peur de mourir. C’est caresser ses cheveux, passer les doigts sur son corps chaud, poser la tête sur son épaule au doux parfum. C’est embrasser ses lèvres, dévorer son corps, dormir enveloppée dans l’odeur réconfortante de son corps. C’est profiter de chaque instant sans réfléchir une seule seconde aux conséquences que cela aura. Tu t'es abandonnée. Il a murmuré. Des mots que tu as toujours rêvé d'écouter. Qui ont bercé ton coeur d'adolescente.


    Lorsque j'observais Elsa, cette jeune fille, qui devait avoir allez, seize ans ? Oui, certainement. A son âge, j'aimais d'un amour tendre un homme qui m'a trahi. Et que j'ai tué pour ça. Je ne l'imaginais pas faire cela, elle, cette jeune femme en deuil, qui souffrait à la fois d'un drame familial, et de la perte de Chase, qu'elle devait aimer comme moi j'avais aimé Liam. Je songeais un moment à lui. A son visage. Son sourire innocent. Son air sage. Sa tendresse, ses mots d'amour. Ses doux cajolements, et sa tendresse limpide. Puis Pollo. Plus sauvage. Aussi aimant. Mais aussi lâche, également. Et Lancelot... Lancelot. Il n'y avait aucun mot pour décrire ce jeune homme. Je l'aimais. D'un amour que je n'avais jamais éprouvé. Et je portais son enfant, dont j'allais devoir me débarasser. ça me faisait du mal. Trop de mal. Mais ce que dit Elsa me réchauffa le coeur. Un peu, au moins. Je la lâchais. Sonata courut vers moi, sa petite bouche pleine de glace dégoulinante, un grand sourire aux lèvres, fixant ma camarade sans aucune retenue. Un de ces jours il allait falloir que j'apprenne à ma fille que fixer quelqu'un, ça se faisait pas.

    "Sonata, sécate la boca y saluda a elsa, por favor."


    Elle darda ses grands yeux sur Elsa. Gazouilla un bonjour. Un bonjour qui signifiait "Je te teste. Je t'observe. Je t'étudie." Je poussais un soupir. Et continuais rapidement ce que j'avais à dire.

    "Même si je voulais le garder. Lancelot a une maladie héréditaire. Si je gardais ce bébé en sachant qu'il a une chance sur deux d'attraper cette maladie, et que s'il l'a, il mourra à vingt ans... il l'a dit lui-même. ça serait atrocement égoïste."


    Je relevais la tête. Je pris ma fille dans mes bras, posais ma tête dans ses cheveux, comme je faisais à chaque fois que j'avais besoin d'elle pour me réconforter. Requiem posa sa grosse tête sur ma cuisse. On faisait un sacré trio, tous ensemble. Comme une famille. Une vraie.

    "ça me fait chier, toutes ces histoires. Si seulement j'étais un mec .Je balancerais les nanas comme des sachets vides, je frapperais à toutes les portes, sans me sentir responsable de rien. Je serais un abominable macho. Mais putain. Le bien que ça me ferait..."


[PARDOOOOON T.T]
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MessageSujet: Re: C'est la merde. [Elsa]   Sam 4 Fév - 19:19

Honte. Une honte.

Je regarde mes pieds comme une gamine de deux ans et demi qui aurait fait une faute inavouable. Je me ronge les ongles. Enfin, ce qu'il en reste. J'ai tellement parlé de tout mon bordel familial qu'il doit plus me rester que la peau au bout des doigts. C'est bizarre, ça, comme réflexe. Dès que je suis mal à l'aise ou alors que je ne sais pas quoi faire dans une certaine situation, je me mets à me ronger les ongles. Enfin, je me les ronge tout le temps mais là, c'est plus que d'habitude. Elena me hurle dessus quand elle voit ça. Mais ça ne dure pas longtemps.

J'évite consciencieusement le regard d'Eva. Je viens de dire à une femme enceinte et maman que j'avais tué un gosse. Que j'avais bossé dur pour tuer un bébé. Alors qu'elle, elle rêve de garder celui qu'elle porte en elle à l'instant même. ça me fait mal au coeur, mal au ventre. J'ai les mains qui tremblent. J'observe les enfants qui jouent dans l'air de jeux juste en face. Y a-t-il la fille d'Eva, parmi eux ? J'essaie de déceler un visage qui pourrait ressembler à celui de la jeune femme assise à côté de moi. Mais je n'en ai pas le temps. Elle prend mon menton entre ses doigts et me force à la regarder. Elle est énervée. Je le savais. Seulement pas pour la raison que je pensais.

Elle fronce les sourcils. Me parle. Elle me dit tout ce que je sais déjà. Tout ce que je me suis déjà dit et redit, qui a déjà tourné dans ma tête cinquante fois. Le fruit d'un inceste, c'est pas quelque chose que j'aurais pu assumer. Conçu avec aucun amour.

« Non, je... Je... »

Elle me fixe. Puis, me lâche. Je ne sais pas quoi dire. Je me sens oppressée. Assaillie, envahie. J'accroche mes mains au banc. Elle dit que j'ai choisi la bonne solution, que je ne dois pas m'en vouloir, en gros. Elle me parle un peu du bébé. De... De "mon" bébé. Mon ventre se tord lorsqu'elle dit ça. Ce n'était pas un bébé. Encore moins le mien. C'était... le fruit d'une chose qui n'aurait jamais dû avoir lieu. Malheureusement.

Eva poursuit en m'expliquant qu'en plus de tout ça, il aurait pu avoir une tare, que je n'avais vraiment pas à regretter mon choix. Elle me dit que ce n'est pas trop tard pour avoir un bébé. Mes poils se hérissent sur ma peau. Jamais. Jamais je ne voudrais d'un enfant. Je peux pas. Enfin, si je peux. Mais je ne veux pas. Je suis trop jeune aussi. Mais bon. C'est surtout le souvenir qu'y s'y rapporte qui me fait frissonner. Je n'écoute pas tellement le reste de sa phrase. Elle a baissé la tête. Et moi, je recolle mes genoux fragiles contre mon corps frêle.

Eva élève à nouveau la voix. Son cas est différent, dit-elle. Elle préfère perdre son bébé, plutôt que son père, parce qu'elle ne s'en relèvera pas.

Je soupire. Je ne peux rien faire. Je hais Lancelot. Je sais qu'il ne voudra pas de ce bébé. Eva devra avorter. La fatalité est là. Je glisse mes mains dans mes poches et fixe un point sans le voir vraiment, de mon regard vide de quoique ce soit. Une seule phrase sort de ma bouche à cet instant.

« Quoique tu fasses, Eva... Ton bébé comprendra ton choix. Tu es sa maman, avant tout. »

Voilà. C'était tout. Je n'avais certainement pas aidé Eva, avec cette phrase. Mais ça résumait ce que je pensais, alors... autant le dire.
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MessageSujet: Re: C'est la merde. [Elsa]   Ven 3 Fév - 11:22

    J'ignore quel fut le geste le plus étonnant de la froide Elsa Beth Vicious, à ce moment-là de notre conversation. Plus je songeais à Lancelot, plus je me disai qu'il allait être difficile de me sortir de ce merdier, surtout avec lui comme père. Mais Elsa accomplit son geste étonnant. Elle essuya mes larmes du bout des doigts, avec un calme et une douceur dont je ne l'aurais jamais cru capable. Oui, car pour moi, Elsa n'était rien de plus que cette fille qui prenait soin de la femme de Pollo. Celle pour qui il m'avait quittée. Effectivement, merci le moutard, faut croire. Mais Elsa était plus que cela. C'était une jeune fille blessée par la mort de Chase, plus encore que je n'aurais pu le deviner, car mon entrevue avec Chase Turner s'était réduite à une menace de le frapper s'il touchait encore à un professeur. C'était mon éthique à moi. On touche pas à un prof. C'était au bal des anarchistes, je m'en rappelle encore. Ce jour où Pollo et moi nous étions séparés, vraiment. Quelques jours plus tard il avait débarqué dans ma chambre, pour me parler de la trahison abominable de Lancelot. Et cela fut vraiment fini. Ma dépression avait commencé. A l'hôpital, il était venu me voir, et tout s'était peu à peu arrangé, comme un accord complexe, notre amitié s'était soudée, à la vie à la mort. Mais avec tout ce qui m'arrivait, je ne croyais plus que Lancelot serait à même de m'aimer. Et je l'acceptais. Lorsqu'Elsa me dit qu'elle aurait aimé que mon bébé soit celui de Pollo, je grimaçais. Moi, non. Je ne voulais pas que cet enfant soit celui de Pollo. Je voulais une part de moi et de Lancelot. Même si j'avais été avec Pollo, s'il m'avait choisie plutôt que Lena, sans doute aurais-je couché avec Lancelot. Peut-être même plusieurs fois. Et j'aurais eu ce bébé. Et je me serais retrouvée ici, sur ce banc, comme si la roue ne tournait que dans un sens, ce cercle vicieux me poursuivant avec acharnement.

    Et puis, elle ouvrit la bouche, encore une fois. Et elle me raconta tout. Absolument tout. La chose horrible que son père avait faite, comment elle avait dû s'en sortir. Comment elle s'était battue pour ôter la vie à cette chose qui grandissait en elle. Un dégout profond me prit, pour la personne qui avait pu lui faire cela. Mais je me rendis compte que ce qui dégoûtait Elsa, c'était son propre comportement. Le fait de travailler dur pour payer l'opération, pour se débarrasser de ça. Non, ce n'était pas un "bébé" comme elle le disait, c'était "ça". C'était le fruit d'une ignominie écoeurante qui n'avait aucune place dans ce monde. Et lorsqu'Elsa se met à m'éviter du regard, je sors de mes gonds. A moi de lui dire ce que je pense, et à ma façon. J'attrape son menton, tourne sa tête de force vers moi, et la fixe, en fronçant les sourcils. J'aimerais la gifler pour l'idiotie qu'elle a dit, mais je me contente de l'observer, et de lui répondre. Simplement, lui répondre.

    "Tu aurais voulu engendrer le fruit d'un inceste, Elsa ? Tu aurais pu vivre avec ce bébé, avec le souvenir que cet enfant n'était pas conçu avec le moindre amour, mais par un union contre-nature ? Et tu lui aurais dit quoi, le jour où il t'aurait demandé qui était son père, Elsa ? "C'est aussi le mien" ?"


    Je lâche son visage. Je suis très émotive en ce moment, il faut que je me calme. Je ne sais pas quelle décision prendre au sujet de cet enfant, et cela me mine complètement. Elsa veut que je le garde. Mais si je le garde, le père me quittera à jamais, et cela, ça me tuerait. Je poursuis, cependant, mettant de côté mes états d'âme, un instant.

    "Tu as pris la seule décision qui était sage et réfléchie. Les IVG existent, ce n'est pas pour rien. A seize ans, le corps n'est pas encore prêt à accueillir un bébé. Je peux te le dire parce que moi, même à dix-huit ans, j'en ai chié pour accoucher de Sonata. Garder ce bébé, ça aurait signifié que tu aurais eu, chaque jour de ta vie, l'image de cet enfant que tu ne désirais pas vraiment. Et dans ces cas-là, il vaut mieux ôter un simple embryon de ton corps que de congeler ton bébé, par exemple."


    Hum. C'était un peu gore, ce que je disais. Mais je n'avais pas fini.

    "Et la consanguinité, tu y as pensé ? Ton enfant aurait pu avoir une tare. Et là pour le coup, t'aurais vraiment tout gagné. Tu as pris la bonne décision et tu n'as rien à regretter. C'est pas trop tard, pour avoir un bébé. Soit avec quelqu'un, soit seule, c'est pas trop tard. Il y a des inséminations artificielles à tous les coins de rue, c'est très à la mode."


    Je baissais la tête. Mes larmes ne couleraient plus, pas avec ce que je venais d'entendre. J'espérais avoir remis cette jeune fille sur le droit chemin. Je regardais ma fille s'ébattre dans le parc, avec Requiem, qui avait discrétos sa place à mon pied. Sale cabot.

    "Mon cas est différent. Ce petit n'a rien demandé. Mais je préfère le perdre lui, que perdre le père, Elsa. Je ne m'en relèverai pas."


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MessageSujet: Re: C'est la merde. [Elsa]   Jeu 2 Fév - 0:31

Un, deux. Trois, quatre. Inspirer, expirer. Inspirer, expirer.

Il faut que je me calme. Respirer, calmement. Je sentais le regard d'Eva sur moi. Je passe une main dans mes cheveux. Mes lèvres tremblent, j'ai froid. Un soupir. Une inspiration, une expiration. Je me concentre. Mes doigts sont glacés. Je lâche le tee-shirt d'Eva, doucement. J'ai le regard vide, et la mémoire qui flanche. ça y est, j'ai arrêté de pleurer. ça été difficile mais, j'y suis arrivée. ça m'a demandé un gros effort. Mais c'est passé. Je suis courageuse. Chase me le disait. Que j'étais courageuse.

En plus, Eva me dit qu'elle veut garder ce bébé. Qu'elle aimerait beaucoup. Elle en rêve, mais c'est compliqué. Je soupire. J'ai encore les mains qui tremblent. J'entends Eva qui prend une très longue inspiration, synonyme d'une annonce proche et importante. Un peu comme un truc qui te tombe sur le coin de la gueule sans que tu t'y attendes vraiment. C'est bizarre. Mais bon. La jeune maman n'attend pas plus longtemps. La sentence tombe. Mon coeur loupe un battement. Lancelot.

Ce connard. Ce foutu enfoiré. Ce français de merde. C'est lui le père. Comment... Comment un mec aussi égoïste, égocentrique, hautain, comment... Comment peut-il apporter sa contribution à la formation d'un être vivant ? ça me dépasse. Merde, Lancelot, quoi ! J'ai mal au coeur, je me sens mal pour Eva. Parce que... si Lancelot apprend qu'Eva est enceinte... Il ne voudra pas le garder, ce bébé. Je sens les larmes remonter. Non. Eva m'étreint. God... Pourquoi est-ce qu'il a fallu que ce soit Lancelot, bordel.

Je sens une goutte d'eau tomber sur mon épaule légèrement découverte. J'entends la respiration heurtée d'Eva. Elle pleure. Ce n'est pas la première fois que je vois Eva pleurer. ça ne me fait pas grand chose. Enfin, ça ne me fait pas paniquer, quoi. Eva est victime de beaucoup d'injustice. Et là, à cet instant, j'aurais voulu qu'elle me dise que le père de ce bébé, de cette crevette qui grandissait au fin fond de son ventre, c'était Apollo. Oui, ç'aurait créé un tas d'emmerdes. Encore plus que maintenant. Mais au moins, j'aurais eu la certitude que ce bébé allait vivre. Qu'on allait pas lui refuser la vie, merde !

Encore une fois. Une putain d'injustice. ça me redonne envie de pleurer. Elle m'explique comment tout ça est arrivé. Pourquoi, comment... Elle l'aime. ça me fait chier qu'elle l'aime, l'autre gros connard, mais tant pis. Comme je lui ai dit, il y a quelques semaines, on ne peut pas tout contrôler, dans la vie. Je la vois essuyer ses larmes, rageusement. Mais elles coulent toujours sur son jolie visage. Elle dit que ça sera à lui de décider. Je me dégage de l'étreinte d'Eva et pose mes deux mains glacées sur ses joues. J'essuie un peu ses larmes.

Je prends une voix douce, calme. Celle que je prenais lorsque j'étais avec Chase, ou lorsqu'Elena avait besoin de moi. Aujourd'hui, malgré mon immense chagrin. Malgré toutes mes emmerdes et ma furieuse envie de retourner à Londres, je vais aider quelqu'un.

« J'aurais voulu que le père de ton bébé soit Apollo, Eva, tu sais... »

Je m'éloigne un peu d'elle. Je replie mes genoux contre moi, je soupire.

« Hm. ça ne va pas arranger les choses, ce que je vais te dire. Mais, je vais te dire, ce qu'il s'est passé. Pourquoi j'ai tué une vie qui n'avait rien demandé. Pourquoi un être fragile et innocent est mort juste parce que j'en ai décidé ainsi. ça dû te paraître absurde que je te demande ça, tout à l'heure, quand j'y pense... Bref. Je suis pas tombée sur la meilleure des familles, malheureusement. Mais bon, on choisit pas, commençai-je. J'ai la voix qui tremble un peu, mais ça va. J'ai pas de mère. Elle est morte au moment où elle m'a mise au monde. C'est triste, je sais. Mais après tout, je ne l'ai pas connue. Elle me manque, tout le temps. Tous les jours, même si je refuse de l'avouer. Mon père m'en a toujours voulu. Il s'est mis à boire. Encore, et encore. Me faisant regretter chaque jour de mon existence. Mais bon. On choisit pas, comme j'ai dit. Et alors, il y a un an et demi, je suis rentrée chez moi, un soir. Il était tard. Mon paternel était entrain de se défoncer la gueule avec une bouteille de Whisky, comme d'habitude. Elle est tombée par terre. Je me suis énervée. Lui aussi, l'alcool aidant. Plus aucune issue possible. Il était fou. Plus en état de se contrôler. Cette nuit a été la pire nuit de toute ma vie. Violée par mon propre père. Vive la famille. »

Je m'arrête. Je déglutis avec peine. De longs frissons me secouent l'échine. Oh. On se calme. Je reprends, voix tremblante.

« Et puis, l'alerte. Retard des règles, nausées, et tout le bordel. Un test. Et là, un coup de massue sur la tête. Enceinte à seize ans, par son père. A seize ans. Je voulais pas garder ce... ce truc. ça me rongeait de l'intérieur. C'est horrible de dire ça, je sais. Mais c'est comme ça. »

Je me racle la gorge. J'ai mal au ventre.

« Hm. J'ai bossé. Jour et nuit. Sans relâche pour payer l'intervention. J'avais pas un rond. J'ai fait des boulots mal payés, pourris, avec la fatigue et toute la merde de la grossesse, Eva. Je me battais pour tuer une vie. Tu te rends compte ? Alors que ma mère, elle, n'avait demandé qu'à vivre... »

Souffle rapide. J'enchaîne, rapidement.

« Finalement, j'ai réussi. J'avais assez d'argent. J'étais dans les temps. J'ai presque pas hésité, quand je suis allée à la clinique. Presque. Parce qu'inconsciemment, on s'y attache. Et bordel, qu'est ce que j'ai détesté ce sentiment à la con, Eva... Je l'ai haï. Ce gosse, après tout, c'était peut-être une chance, mais... mais non. C'était le sang de mon père, aussi. Et ça, non. Je ne pouvais pas... Je pouvais pas... »

Ma voix s'enfuit vers le sol. Les mots s'y écrase. Un murmure simplement. J'ai mal au ventre. Je passe une main dans mes cheveux. Je regarde autre part, pour fuir le regard d'Eva. Je suis un monstre. Une meurtrière.
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MessageSujet: Re: C'est la merde. [Elsa]   Sam 24 Déc - 14:50

    Je savais depuis bien longtemps qu'Elsa était une fille intelligente. Malheureusement sa nature était légèrement naïve, pour moi en tout cas. Ses larmes n'avaient fait que redoubler. Je comprenais le chagrin de cette pauvre fille. Elle avait perdu un bébé suite à quelque chose de noir, que j'ignorais. Je lui avais ouvert mon coeur, mais je n'avais pas voulu lui dire ce qu'il m'arrivait. J'étais enceinte, cruellement enceinte, et la souffrance que cette grossesse me provoquait me donnait la nausée avant même que les symptômes arrivent. J'étais devenue impuissante. Impuissante face à l'adversité. Je n'avais pas le choix, je ne savais pas ce que je pouvais bien faire pour contourner la catastrophe. Y avait-il une alternative à cette terrible erreur ? Non. Elsa, voyant que je lui avais donné le paquet et jeté ma clope, comprit tout de suite. Quand je vous disais qu'elle était loin d'être conne. C'était un euphémisme marqué. Elle fondit en larme, une fois de plus. Elle était vraiment mal, la pauvre. Elle s'accrocha à moi. Me supplia. De garder le bébé, de tout faire, de tout mettre en oeuvre pour m'en occuper. Elle se proposa même à l'adopter, à l'élever elle-même. Si j'avais été dans mon état normal, une telle proposition m'aurait tout bonnement et tout simplement outrée. J'étais déjà mère depuis trois ans, et sans vouloir me vanter, je pensais prendre assez soin de ma fille pour prétendre être une bonne mère. Alors un deuxième enfant ? Pas de problème. Si ça ne tenait qu'à moi, je n'aurais pas hésité la moindre seconde. J'aurais gardé cet enfant, je l'aurais élevé, nourri, aimé, comme j'aimais Sonata, que je voyais jouer avec les autres enfants en riant. Requiem restait campé sur sa position, sans dormir, observant attentivement l'enfant, et prêt à bondir au cas où il lui arriverait quelque chose. Mon chien était une vraie mère poule. C'tait triste à dire, quand même. Mais il était bien plus protecteur avec ma propre fille que moi. Bref. Je regardais Elsa, en silence. Elle pleurait. Je ne devais pas pleurer. Je ne devais pas faire comme elle. Mais il fallait qu'elle comprenne.

    "C'est pas aussi simple que ça Elsa. J'ai très envie de le garder, vraiment, je rêve de le garder. Mais c'est compliqué."

    Je pris une longue inspiration. Comment le dire ? Que pouvais-je faire ? Comment le pouvais-je ? Je souffrais de ce qui m'arrivait, mais moi, je n'avais perdu personne. Pas encore. Je regardais mes pieds.

    "Le père, c'est Lancelot."

    Je serrais Elsa dans mes bras, un peu plus. Les larmes roulaient sur ses joues, sur les miennes également. Je savais pourquoi elle me suppliait de le garder. Et pourquoi je me suppliais également. Mais que pouvais-je faire ? Rien de plus. J'avais mal. ça ne pouvait faire que mal. Je ne pouvais pas ressentir autre chose. Je n'éprouvais aucun dégout pour la petite chose qui se formait en moi. Mais je ne pouvais pas le garder sans le consentement de mon ami. Je ne voulais pas le perdre. Ma voix se perdit dans un sanglot étouffé.

    "J'ai encore déconné... ça s'est passé comme ça, il est venu à la maison, et voilà... on a oublié... Et moi j'ai laissé faire, parce que je l'aime Elsa, je l'aime putain ! Je préfère prendre la "vie" de ce futur bébé, que de le perdre. J'ai perdu Pollo, Liam, Sonata, même si à présent elle est là... une personne de plus, ça me tuera."

    J'essuyais rageusement mes larmes. Ne pas faire preuve d'autant de faiblesse. Putain, je me haïssais.

    "Ce sera à lui de décider... le jour où j'aurais le courage de lui en parler."
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MessageSujet: Re: C'est la merde. [Elsa]   Ven 23 Déc - 11:53

Je crois que je n'ai jamais autant pleuré de toute ma vie. Je ne me suis jamais autant laissée aller, aussi. Mais... la pression est devenue insoutenable. Vraiment. C'est devenu trop fatiguant. Beaucoup trop fatiguant. De tout refouler, de tout gérer. D'être forte. Je suis trop jeune pour ça, bordel ! J'ai que dix-sept, bientôt. Et un trop lourd passé derrière moi... Je sentis le second bras de la belle Eva se refermer autour de mes épaules. J'étouffe mes pleurs, au maximum. Ça aussi, c'est fatiguant. Je n'ai plus de force. Je suis fébrile, fragile. J'ai l'impression que je vais me casser d'une minute à l'autre.

Eva reprend la glace qu'elle m'a donnée, qui était logée dans ma main. Je n'en voulais pas, de toutes façons. J'ai pas faim. Elle s'éloigne un peu de moi, farfouille dans ses poches. J'en profite pour essayer d'essuyer mes larmes, même si elle ne veulent résolument pas s'arrêter de tomber. Elle prend un paquet de cigarettes. M'en tends une. Je la mets entre mes lèvres, à l'aide de mes doigts tremblants. Je l'allume. Première bouffée. Expiration. Larmes. Je souffle un merci, sincère. Je pleure encore. Mais je ne sanglote plus. Je retire rapidement sur ma clope. C'est pas des Black Stones. Mais je m'en fiche.

J'entends Eva soupirer. Je baisse un peu la tête. Je tremble comme une feuille morte. Je n'arrive pas à m'arrêter de pleurer. C'est nul. Elle me dit que ses parents sont morts, ainsi que sa petite soeur. Elle était jeune. Ma réaction est normale. Mais elle, elle a sauté de joie. Elle les détestait. Elle a assassiné quelqu'un qu'elle aimait. Parce qu'elle n'avait pas réussi à pleurer. Elle veut que je vide mon sac. Je relève la tête, et plante pour le première fois mes yeux larmoyants dans les siens. J'y vois beaucoup de choses. Mais quelque chose me perturbe... Il est... comme maternel... Un peu comme celui d'Elena, il n'y a pas longtemps.

La jeune femme met une cigarette entre ses lèvres. L'allume. Puis l'éteins aussitôt, pour la jeter au sol. Elle me tend son paquet. Elle n'y a plus droit. Elle me le donne. Et là, tous les morceaux se recollent. Eva. Eva, elle est enceinte. J'en suis sûre à quatre-vingt-dix-huit pour cent. Je retire rapidement sur ma clope. J'enfourne la paquet dans la poche de mon cuir. Non...

« T'es enceinte, Eva ..? », demandai-je, presque paniquée.

Je ne la laisse pas répondre. Je panique.

« Tu vas le garder ? »

Mes larmes coulent un peu plus fort, un peu plus vite. J'ai l'impression d'être dans la même situation qu'il y a bientôt deux ans. Non, non et non. Personne ne doit mourir. Plus personne. Surtout comme ça.

« Je t'en supplie, garde-le, Eva. Le tue pas, fais pas la même erreur que moi..! Fais pas cette putain de connerie, beaucoup trop de gens son morts, alors qu'ils n'avaient rien demandé..! C'est juste un bébé... Un bébé, Eva... Je t'en supplie. Je pourrais l'adopter, si tu veux ! Mais le tue pas...! Garde-le... Pitié... »

Mes larmes s'étaient déchaînées, à nouveau... J'ai mal au coeur. J'avais accroché un pan de son tee-shirt. Mon souffle est court, ma voix suppliante.

« J'en t'en supplie... »
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MessageSujet: Re: C'est la merde. [Elsa]   Dim 11 Déc - 13:52

    Elsa craqua. Comme je le "voulais" entre guillemets.

    Pleurer, ça faisait toujours du bien. Quand on subit une injustice, les sanglots montent d'eux mêmes. Ils nous envahissent. On se vide d'un seul coup, à travers de simples larmes au goût trop salé, de toutes nos peurs, nos rancoeurs, notre haine. Les larmes, c'est fabuleux. ça coule le long de nos joues pour vider toute son âme de colère, de chagrin. Nous pleurons tous un jour. Parce qu'intel est mort. Parce que notre mec ou notre copine nous a largués. Parce que nous avons un enfant non désiré. Parce que nous sommes tombés au sol et nous nous sommes faits très mal. Pour beaucoup d'autres raisons encore, nous pleurerons tous un jour, des larmes coulant en un torrent continu. C'est ce qu'Elsa fit. En l'espace de quelques minutes, la jeune fille qui retenait ses larmes devant moi posa sa tête sur mon épaule et se laissa aller. Je jetais ma glace à Requiem, qui s'empressa de la finir avec joie. Avant de faire le moindre geste, je m'assurais que Sonata était entre de bonnes mains et ne faisait pas n'importe quoi. Puis, l'ayant repérée, je pris cette fille dans mes bras. Je la connaissais à peine, mais je savais ce qu'elle avait traversé. Liam était mort, lui aussi. Il était mort dans me bras, de ma propre main. Et pourtant, s'il avait su combien je l'avais aimé, à quel point, peut-être ne m'aurait-il jamais trahi. Depuis mon enfance, j'avais un sacré caractère. Mais tout avait changé ce jour où je commis un triple homicide, par haine, par rancoeur, chagrin, à cause de ces putains de larmes, qui ce jour là avaient résolument refusé de couler. Alors j'étais heureuse de pouvoir permettre à cette jeune fille de pleurer tout son saoul, sans crainte d'être dérangée. Elle était si jeune. C'était quand même malheureux.

    J'attrapais sa glace. Je savais qu'elle n'en mangerait pas. Je la donnais à un enfant qui passait devant nous. Il me remercia gentiment, et s'enfuit, tout content. Quant à moi, je sortis un paquet de cigarettes, et en tendis une à Elsa.

    "Tiens. C'est pas des brunes, mais on ne fait pas sa bégueule. ça va te faire du bien."


    Je poussais un soupir.

    "Tu sais, mes parents sont morts avec ma petite soeur, dans un accident de voiture. J'étais jeune, mais je m'en rappelle encore. Et tu vois... ta réaction, c'est la plus normale. C'est celle à avoir quand un être cher s'en va. Moi... j'ai sauté de joie. Je les détestais. Et la personne que j'aimais, sans doute autant que toi tu aimais Chase, je l'ai assassinée. Parce que je n'avais pas réussi à pleurer. Alors vide ton sac, un bon coup. ça va te faire du bien, tu verras, ça aussi."


    Pleurer, ça faisait du bien. Parce que lorsqu'on séchait ses larmes, ensuite, on se sentait mieux. Comme libérés d'un poids. Je ne la lâchais pas. Cette fille, je pensais qu'elle était du côté des méchants. Du côté de ceux qui m'avaient abandonnés, pour féliciter Lena et son sale bambin qui venait de naître. Je n'en avais pas été capable. Mais en tout cas, je m'étais bien fourvoyée sur le compte d'Elsa. C'était un fille bien. Vraiment, très bien. Et si je pouvais l'aider, par un moyen ou par un autre, eh bien je le ferais. J'allumais ma cigarette. Puis l'éteignis. La jetais au sol.

    Merde. ça non plus je n'y avais pas droit. Je tendis le paquet à Elsa.

    "Tiens. Je ne peux plus fumer, moi. Fais-toi plèz. ça donne le cancer, mais parfois ça soigne les gros chagrins."


    Après le meurtre de Liam, j'avais fumé un paquet en une heure.

(pardon, ça pue la crotte uu')
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MessageSujet: Re: C'est la merde. [Elsa]   Dim 11 Déc - 0:11

Eva soupire. Je l'entends. Moi, je me mords la lèvre. Mes jambes fermement collées contre moi, entourées de mes bras, je pose mon menton sur mes genoux. Je sens la jeune femme enrouler son bras autour de mes épaules. Je baisse un peu la tête. J'ai les lèvres qui tremblent. Mes dernières résistances se brisent, les unes après les autres. Ma coquille se perce, sûrement. Eva me demande de lui épargner mes larmes aux yeux. Elle continue en disant que tout le monde sait ce que c'est que de perdre quelqu'un. Elle n'est pas là pour me juger, ni personne dans ce putain de parc. Elle veut que je me lâche un coup. Que je laisse ma dernière résistance s'effondrer. Et moi, avec. Elle est certaine que ça ne me fera que du bien. Elle met la glace, froide, encore emballée dans un sachet en plastique, dans ma main. Elle m'adresse un petit sourire. Pour la première fois, j'affronte son regard. Et je rebaisse la tête, ma respiration est heurtée.

Je sens une première larme couler le long de ma joue. Suivie de plusieurs autres. Inlassables. Mes épaules se secouent au rythme de mes sanglots. Je laisse doucement ma tête glisser contre l'épaule d'Eva, fatiguée. Et je me mets à pleurer. Et à pleurer. Je n'arrive pas à m'arrêter. J'aimerai m'enfuir. Ne jamais avoir vu le jour. Je voudrai tout envoyer valser, tout exploser. Mais à la place, je me mets à chialer dans ce parc blindé de monde. Je suis super énervée. Et j'ai super peur, aussi. Tellement peur de finir comme mon père. Comme mon père. Rien que son souvenirs me soulève le coeur. Lui ressembler, rien ne pourrait m'arriver de pire. Mais après tout, c'est peut-être ce à quoi je suis destinée ? Dans les nouvelles de Zola, l'alcoolisme se transmet généralement de génération en génération.

Mon paternel, il a perdu sa femme, à cause de moi. Il m'a maudit chaque jours de ma vie. Il s'est laissé aller. Il a bu. Beaucoup trop bu. Beaucoup trop fumé. Il me faisait regretter ma naissance tous les jours. Il m'a violée, m'a humiliée, m'a tout arraché. Comme moi, lorsque je vis la jour, lors de ce putain de cinq janvier mille neuf cent quatre-vingt-quatorze. Et moi... On m'a enlevé Chase. Celui que j'aimais, celui pour qui j'aurais pu faire n'importe quoi. Moi aussi, je suis énervée. Comme mon paternel. Alors... est-ce que je vais me mettre à boire, aussi, un jour ? Non, surtout pas. Jamais. Je ne veux pas lui ressembler. Bordel. Est-ce que j'aurais le droit au bonheur, un jour ?

Je pleure toujours contre l'épaule d'Eva. J'ai super honte. Vraiment super honte. Je place ma main devant ma bouche, pour étouffer mes sanglots. Ca ne marche pas. Je m'excuse, un million de fois, auprès d'Eva. C'est sincère, en plus. Je veux calmer, il faut que je me calme. Absolument que je me calme, sinon, je vais faire une crise, je vais paniquer, ça va empirer, et je vais plus respirer, non, non, non, calme-toi.

« Je... je suis... je suis désolée, Eva... »
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MessageSujet: Re: C'est la merde. [Elsa]   Ven 9 Déc - 9:12

    J'avais fait beaucoup d'erreurs dans ma vie. Mais là j'avais l'impression de m'être rangée. Alors pourquoi cela m'arrivait-il maintenant ? Et avec lui. Lancelot était mon ami. Nous avions abordé le sujet, mais tout avait débordé. Son refus avait été catégorique. Je n'avais rien pu dire. Pour lui, je n'étais qu'une égoïste qui allait condamner un enfant à vivre peu de temps, en mauvaise santé. Lancelot dépérissait. Pas physiquement encore, mais moralement. Plus le temps passait, et plus je le voyais enchaîner ses conneries. J'étais allée voir Kity. Il l'avait complètement détruite, cette pauvre fille. J'avais été virulente avec elle, mais j'avais dû mettre un bon coup de méchanceté pour être sûre d'avoir la paix. Au moins là, je savais qu'elle ne chercherait pas à m'embrouiller, et à récupérer Lancelot. Si il ne pouvait pas m'appartenir, alors il n'appartiendrait à personne d'autre. Quitte à agresser toutes les jeunes filles qu'il rencontrera. En revanche, je risquais de me faire engueuler. J'avais pété la porte de Kity, et la Voix avait tellement apprécié mon exploit qu'elle avait décidé d'en faire part à... Wynwood en entier ? Ben ouais. Elle faisait pas les choses à moitié. Mais quand Lancelot apprendrait que j'étais allée menacer Kity, ça allait chier. Cela dit, il m'avait fait le même coup avec Pollo. Et il me pardonnerait. Comme je l'avais pardonné. Pour l'heure, le sujet n'étais pas là. Quelle décision allais-je bien pouvoir prendre ? Pour moi, avorter, c'était voler une vie, qu'elle soit humaine ou pas humaine. C'était tuer un futur, un bonheur. Mais avais-je le choix ? Si je le gardais, je perdais mon amitié. Si j’accédais au souhait de Lancelot, je perdais un bébé. Un bébé que j'avais désiré depuis que Lancelot m'avait révélé sa maladie. Qui n'avait pas failli malgré ses arguments.

    J'observais Sonata. Que me manquait-il ? Rien. J'avais déjà une fille. Mais elle n'avait pas de père. Sans doute n'en aurait-elle jamais. Je n'étais pas capable de garder les hommes. J'aurais pu me caser avec Ezio, mais je savais que quelque chose clochait avec lui. Il me cachait quelque chose. J'en étais sûre. Mais il ne m’avait posé aucune question, au sujet de Sonata. Alors je n'en posais pas au sujet de l'objet étrange qu'il portait sur sa main. Même si je me doutais de ce que c'était, malheureusement.

    Elsa refusa ma glace. Je voyais bien qu'elle retenait ses larmes. Putain. Je n'aimais pas cela. Pour une fois, elle pouvait bien se lâcher cette nana, non ?! Je m'agaçais. J'avais parfaitement entendu dire qu'Elsa s'était isolée, folle de chagrin. Alors pourquoi est-ce qu'elle refusait comme ça de se laisser aller, pour une fois ? Je poussais un soupir. Moi, je passerais ensuite. La vie c'était quand même plus joyeux que la mort. J'aurais dû me réjouir de savoir que j'avais un petit cornichon dans le bocal. Mais non. Je ne le pouvais pas. Agacée, j'entourais fermement ses épaules de mon bras. Elle baissait la tête.

    "Eh. Tu n'es pas devant la cour martiale. Alors épargne moi les larmes aux yeux, steuplait. Tout le monde sait ce que c'est de perdre quelqu'un. Je ne suis pas là pour te juger. Personne ici, d'ailleurs. Lâche toi un bon coup, ça ne pourra te faire que du bien."


    Je mis la glace dans sa mimine.

    "Et fais moi le plaisir de bouffer ça."

    Je lui adressais un pauvre sourire. Je me dis qu'Elsa devait être moyennement fan du contact physique. Pour moi elle avait toujours été une ado très froide. Mon tempérament de feu faisait un peu contraste. Mais je l'aimais bien c'te fille. Elle avait oublié d'être conne.
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MessageSujet: Re: C'est la merde. [Elsa]   Mer 7 Déc - 22:55

Errer. C'est ce que je fais depuis deux mois. J'errais dans un monde, dans ma bulle bloquée entre le rêve et la réalité. Toutes les nuits, je rêvais de lui. Et chaque matin, lorsque je me réveillais, son absence se faisait encore plus douloureuse et vive, malgré les jours qui passent. J'ai super mal au coeur, quand j'y pense. Mais bon, il n'y a pas que des choses tristes, ces derniers temps. La naissance du bébé d'Elena et d'Apollo fut une excellente nouvelle. Leur fille est adorable, super mignonne. Et les parents sont super heureux. Je suis contente pour eux, vraiment. Ils ont tous les deux perdu leur famille, et là, il sont entrain d'en construire une. Une vraie famille. Ils le méritent vraiment. Surtout Elena. Elle n'a plus ses parents. Ni son petite frère. Apollo, il a encore sa soeur, lui, d'après ce que j'avais compris. Bref.

Je ne sortais pas beaucoup, en ce moment. L'air s'était un peu rafraîchi, avec l'hiver qui allait arriver. Puis, la Noël, aussi. Les couples qui se baladent main dans la main, dans les rues, tout ça. J'avais envie d'aller voir cette foutue mer, mais je me retenais. Premièrement, parce que Luke y serait peut-être. Et aussi, parce que je me fais du mal pour rien, en y allant. A regarder les vagues se déchaîner, rageuses. Elles me l'ont pris. Me l'ont arracher, alors qu'elles avaient vu. Elles avaient tout vu, ce fameux soir du mois de Mars. Et pourtant. Ca ne les a pas empêcher de le prendre, et de l'emmener avec elles, dans les tréfonds sous-marins. Je n'en veux même pas à Sacha, qui l'a entraîné là-bas. J'en veux juste à cette foutue mer. Celle qui a vu notre histoire naître.

Mais aujourd'hui, il fallait que je m'aère. Ou que j'erre autre part, je ne sais pas. J'ai enfilé une écharpe, une veste. Et je suis partie. J'ai longé les rues bondées de Miami. Je ne suis pas allée en cours. C'était rare que je loupe le lycée, mais c'était paradoxalement de plus en plus fréquent, en ce moment. Il y a un début à tout. Promis, je m'y remettrai sérieusement. Mais pas maintenant. J'ai marché, longuement. Je ne saurais pas dire combien de temps. Mes pas m'ont conduit au parc. Je me suis assise sur un banc, et j'ai rapproché mes genoux de mon corps frêle. J'étais sûre que de l'extérieur, je devais avoir l'air d'être une petite chose fragile. Et c'était ce que j'étais. Seulement, ma fierté me poussait à dire le contraire.

Je regardai sans vraiment le voir un petit oiseau qui picorait un morceau de gâteau qui avait été émietté juste là. Les cheveux devant les yeux, je soupire. Puis, je sentis quelqu'un qui s'asseoir à côté de moi. Je relevai la tête légèrement. Une chevelure flamboyante. Eva. Elle me tendit une glace. Et je devinai qu'elle était au chocolat. J'osai à peine la regarder dans les yeux. Je ne voulait pas qu'elle voit mes cernes violacés. Je ne voulais pas qu'elle voit mes yeux rougis. Je ne voulais pas voir de pitié, et de compassion dans son regard. Je l'entends dire que le chocolat est bon pour le moral. Je la regarde. Elle a pas l'air mieux que moi.

« T'as l'air d'en avoir plus besoin que moi. »

Elle a des yeux rougis, fatigués. Quelque chose a changé, dans son regard, aussi. Je ne saurais dire quoi. Mais ça m'est familier. Elle me présente ses condoléances. Elle est désolée. Je soupire, passe une de mes mains fragiles dans mes cheveux. Non, je ne dois pas pleurer. Pas ici, avec tout ces gens. Les larmes aux yeux, je déteste ça. C'est un équilibre précaire. On se bat contre soi-même. C'est épuisant.

« Y a pas de quoi. C'est... c'est la vie. »

Ma voix s'étrangle. Alors je me tais. Je ne prends même pas la glace qu'Eva me tend, et qu'elle a payé de sa poche. Je suis juste là, à essayer de retenir mes larmes, par fierté.
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MessageSujet: C'est la merde. [Elsa]   Mer 7 Déc - 11:07

    Positif.

    Non. Je ne peux pas y croire. C'est impossible. Choquée, prostrée dans ma chambre, contre mon lit, je me demande encore comment ça a pu arriver. Il n'y a pas d'erreur possible. J'en ai acheté six. Je vais aller faire une prise de sang. Mais j'en suis certaine. Un retard de quinze jours m'a mis la puce à l'oreille. Je ne peux pas y croire. Je ne veux pas, non plus. Sonata ne comprend pas. Tout allait bien. Puis Eva s'est effondrée en sanglotant près de son lit. Alors elle est arrivée à quatre pattes pour la consoler. C'était le plus important La consoler. Mais malgré le contact rassurant de ses petites mains potelées sur mes doigts, et de ta tête contre mes cuisses, je n'arrivais pas à me calmer. J'en avais six dans la main. Tous. Positifs. Comment avais-je pu faire une chose pareille. Il m'avait dit non. Mais nous avions oublié. Depuis Sonata je ne prenais plus la pilule. On avait rien sous la main. Tout s'est passé trop vite. Putain. Non. Il va me tuer. Comment vais-je pouvoir lui dire ça ? Comment je vais pouvoir lui faire avaler que ce n'était qu'un accident ? Ne rien lui dire. Appeler Pollo. Lui parler. Pollo, oui, c'est la première personne à qui il fallait que je le dise. Je l'appellerai plus tard. Pour l'heure, réfléchir. Trouver pourquoi. Pourquoi tout cela s'est passé. Comment est-ce possible. Comment ais-je pu faire une chose pareille, je n'arrive pas à y croire. Comment ais-je pu oublier ? Nous avons oublié. N'oublie pas Eva, NOUS avons oublié. Nous avons oublié qui nous étions, et pourquoi nous ne devions pas nous précipiter. Mais il m'avait offert ce cadeau. Et celui ci en était un second, mais non désiré. Qu'est-ce que je pouvais faire ?

    Nous étions en Décembre, il faisait encore chaud, à Miami.
    Et moi, je venais de tomber bêtement enceinte de Lancelot.
    Il n'avait suffi que d'une fois. Bordel. Une seule fois.

    Je me levais vivement. Attrapais ma fille. Toi, tu es née sans amour, mais tu as été conçue avec. Si je garde ce petit, il aura été fait sans amour, et né avec. Peut-être. Si je le garde. Je te prends dans mes bras. Te serre, les yeux pleins de larmes. Il est seize heures. J'attrape la laisse de Requiem. Direction le parc du quartier, pas bien loin de Wynwood. Je ne voudrais pas faire attendre qui que ce soit, que ce soit ma fille qui a bien envie de se dégourdir les jambes, que le chien, qui aimerait bien éviter de s'oublier dans l'appartement, de peur de se prendre la correction de sa vie. Alors j'attrapais les clés de la porte. Sortit. Claquais la porte. Descendis les escaliers, saluais machinalement les voisins, sans même les regarder. Comment allais-je faire. Cette question tournait et tournait encore. Qu'est-ce que j'allais bien pouvoir faire ? Comment j'allais faire pour m'en sortir ? Et quand il l'apprendrait, que me dirait-il ? Il avait pourtant été clair. Mais moi, non. J'avais encore le choix. Mais je ne supporterais pas un second abandon. Pas cette fois, non. Je traversais les rues au feu vert, docilement. Ne criais pas sur les gens qui me bousculaient, pressés pour aller travailler. J'étais effondrée. J'aurais voulu être autrement. Mais je n'avais pas d'autre alternative. Lorsque j'arrivais au parc, Sonata me réclama une glace. Regardant au loin, je vis une fille, assise sur un banc. Elsa. Que faisait-elle ici ? Je l'observais, en faisant la queue. Je savais ce qui lui était arrivé. Elle avait perdu son "petit ami" celui qui était mort à cause de cet enfoiré de Sacha Farmer. Elsa. Il lui arrivait que des merdes, décidément. Elle et moi, on se ressemblait plus qu'on ne pourrait le croire. J'achetais trois glaces. Une fraise pour Sonata, une mangue pour moi, une chocolat pour Elsa. Tout le monde aimait le chocolat. Je m'avançais vers elle, tandis que Sonata se ruait vers l'aire de jeux, ses petites mains collantes de glace.Requiem s'allongea docilement près de moi, en surveillant la fillette. Et moi je m'assis près d'Elsa. Lui tendis la glace.

    "Il paraît que le chocolat c'est bon pour le moral. Ya des endorphines et tout."

    Je regardais ma fille s'ébattre avec innocence. J'aimerais bien, moi aussi, avoir encore trois ans.

    "Toutes mes condoléances, Elsa. Je suis vraiment désolée."

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